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Chapitre 19

« Parlez-moi, ventrebleu ! d’une femme pareille !

« Dans les camps, à l’armée, elle ferait merveille.

« Elle est faite, ma foi, pour aimer un soldat.

« En l’armant elle-même à l’instant du combat,

« Elle lui chanterait couplet et chansonnette,

« Quand même l’ennemi, du son de sa trompette,

« Semblerait à deux pas répéter son refrain ;

« On la verrait panser et bander de sa main,

« Sans trembler, sans frémir, sans pousser un murmure,

« D’un amant renversé la plus large blessure,

« Et baiser tendrement son front ensanglanté.

Ancienne comédie.

Lorsque Marguerite entra dans l’appartement Foljambe, elle trouva celles qui l’habitaient occupées, à leur ordinaire, la maîtresse à lire, et la suivante à travailler à une grande pièce de tapisserie, ouvrage auquel elle s’était constamment appliquée depuis le premier instant que Marguerite avait été admise dans cette retraite.

Hermione fit un signe de tête à Marguerite d’un air de bonté ; mais sans lui parler, et cette jeune fille, accoutumée à cet accueil, ne fut pas fâchée d’avoir quelques instans pour recueillir ses idées. Elle se baissa sur le métier à tapisserie de Monna Paula, et lui dit à demi-voix : – Vous en étiez justement à cette rose, Monna, la première fois que je vous vis. – Voyez : voilà l’endroit où j’ai eu le malheur de gâter la fleur en essayant d’imiter votre point. Je n’avais guère que quinze ans alors. Ces fleurs me vieillissent, Monna Paula.

– Je voudrais qu’elles vous rendissent sage, mon enfant, répondit Monna Paula, dans les bonnes grâces de laquelle la jolie mistress Marguerite n’était pas aussi avancée que dans celles de sa maîtresse ; ce qui venait en partie d’un caractère naturellement austère qui ne pardonnait rien à la jeunesse et à la gaîté, et en partie aussi de la jalousie que conçoit toujours une suivante favorite contre quiconque lui paraît une sorte de rivale dans l’affection de sa maîtresse.

– Que dites-vous à Monna, petite ? demanda Hermione.

– Rien, madame, répondit Marguerite, si ce n’est que j’ai vu trois fois fleurir les fleurs véritables depuis que je vois Monna Paula travailler dans le jardin de sa tapisserie ; et ses violettes ne fleurissent pas encore.

– C’est la vérité, ma petite ; mais les fleurs qui sont le plus long-temps à s’épanouir sont celles qui durent davantage. Vous les avez vues trois fois fleurir dans le jardin, mais aussi vous les avez vues se faner trois fois. Celles-ci ne redoutent ni la rigueur du froid ni l’ardeur du soleil.

– Vous avez raison, madame ; mais elles n’ont ni vie ni odeur.

– C’est comparer une vie agitée par l’espoir et la crainte, mêlée de succès et de revers, en proie à la fièvre de l’amour et de la haine, partagée entre les passions et la sensibilité, remplie d’amertume et abrégée par des alternatives de toute espèce, à une existence calme et tranquille, qui n’est animée que par le sentiment du devoir, et qui ne s’occupe pendant son cours doux et paisible qu’à s’en acquitter avec constance. Est-ce là la morale de votre réponse ma petite ?

– Je n’en sais rien, madame ; mais j’aimerais mieux être l’alouette qui chante en s’élevant au haut des airs sur les ailes du vent d’été, que le coq perché sur cette verge de fer, qui ne remue que pour s’acquitter de son devoir, en indiquant de quel côté le vent souffle.

– Des métaphores ne sont pas des argumens, ma belle enfant, dit Hermione en souriant.

– J’en suis fâchée, madame, car c’est une manière assez commode de dire sa façon de penser quand elle diffère de celle des personnes à qui l’on doit du respect. D’ailleurs il s’en présente sans fin à l’esprit, et elles sont si agréables ! elles vont si bien au fait !

– Vraiment ! Eh bien ! faites-m’en donc entendre quelques-unes ?

– Par exemple, il serait bien hardi à moi de vous dire que, plutôt que de mener une vie calme et tranquille, j’aimerais assez une petite variété d’espoir et de crainte, de passions et de sensibilité, et… et de tout ce dont vous venez de parler. Mais je puis dire librement, et sans que personne me blâme, que je préfère un papillon à un escarbot ; un tremble, dont les feuilles sont toujours agitées, au triste pin d’Ecosse, dont le feuillage est perpétuellement immobile ; et que de tous les ressorts, de toutes les chaînes, de tout le bois et le cuivre que les doigts de mon père assemblent artistement, il n’est rien que je déteste autant qu’une vieille grande horloge à la mode d’Allemagne, qui sonne sans jamais y manquer les heures, les demi-heures, les quarts et même les demi-quarts d’heure, comme s’il était bien important que tout le monde sache qu’elle est remontée et qu’elle va. Or comparez à cette lourde et vilaine machine la jolie pendule que maître Hériot vous a fait faire, qui joue cent jolis airs, et qui, lorsqu’elle sonne l’heure, fait sortir et sautiller en rond une troupe de joyeux danseurs.

– Mais laquelle de ces deux pendules va le mieux, Marguerite ?

– Je dois convenir que… la vieille pendule allemande a l’avantage à cet égard. Je crois que vous avez raison, madame, des comparaisons ne sont pas des argumens ; du moins les miennes ne m’ont pas réussi.

– Vraiment, Marguerite, dit Hermione en souriant, il me paraît que vous avez fait bien des réflexions à ce sujet depuis peu.

– Peut-être trop, madame, répondit Marguerite d’un ton assez bas pour n’être entendue que d’Hermione, derrière la chaise de laquelle elle venait de se placer. Elle prononça ces mots d’un ton grave, et ils furent accompagnés d’un demi-soupir qui n’échappa point à l’attention de celle à qui ils s’adressaient.

Hermione tourna sur-le-champ la tête, regarda fixement Marguerite, et après un instant de silence ordonna à Monna Paula de se retirer dans l’antichambre, et d’y emporter son métier à tapisserie. Lorsqu’elle fut seule avec sa jeune amie qui restait toujours appuyée sur le dossier de sa chaise, elle lui dit de venir s’asseoir près d’elle sur un tabouret.

– Je resterai ici, madame, si vous me le permettez, répondit Marguerite sans changer de position ; je voudrais que vous m’entendissiez sans me voir.

– Au nom du ciel ! ma chère enfant, qu’avez-vous donc à m’apprendre que vous ne puissiez dire en face à une amie aussi véritable que je le suis ?

– Vous aviez raison, madame, dit Marguerite sans répondre directement à cette question, quand vous me disiez que j’avais fait bien des réflexions depuis peu ; mais malgré toutes mes réflexions, je sens que j’ai eu tort : vous serez fâchée contre moi, mon parrain sera mécontent, et cependant je ne saurais qu’y faire, il faut le sauver.

– Le ! répéta Hermione, ce petit mot m’explique tout le mystère. Mais venez devant moi, petite folle, que je vous voie. Je parie que vous avez pensé trop souvent au malin apprenti de votre père ; il y a long-temps que le nom du jeune Vincent n’est sorti de votre bouche, ce n’est pas une preuve que votre cœur ne songe pas à celui qui le porte. Avez-vous été assez folle pour lui permettre de s’expliquer sérieusement ? on m’en a parlé comme d’un jeune homme entreprenant.

– Il ne l’est pas assez pour me dire des choses qui pourraient me déplaire, madame.

– Mais elles ne vous ont peut-être pas déplu, ou peut-être ne vous a-t-il pas encore parlé, ce qui serait plus sage. Ouvrez-moi votre cœur, ma chère amie ; votre parrain ne tardera pas à revenir, et nous l’admettrons en tiers à notre consultation. Si le jeune homme a de l’industrie, et que sa famille soit honnête, il est possible que son défaut de fortune ne soit pas un obstacle insurmontable ; mais vous êtes tous deux bien jeunes, Marguerite, et je suis bien sûre que votre parrain voudra que Vincent d’abord finisse son apprentissage.

Marguerite n’avait pas cherché jusqu’alors à désabuser lady Hermione de sa méprise, uniquement parce qu’elle n’osait l’interrompre ; mais le dépit que lui firent concevoir ses derniers mots lui donna enfin la hardiesse de s’écrier : – Je vous demande pardon, madame, mais ce n’est ni le jeune homme dont vous parlez, ni aucun apprenti, ni même aucun maître de la cité de Londres…

– Marguerite ! s’écria lady Hermione, le ton de mépris avec lequel vous parlez des gens de votre classe, dont plusieurs sont au-dessus de vous sous tous les rapports et vous feraient beaucoup d’honneur en pensant à vous, ne me paraît pas une bonne garantie de la sagesse de votre choix ; car il me semble que vous avez fait un choix, et je crains bien qu’il ne soit inconsidéré. A qui donc êtes-vous attachée ainsi ?

– A un jeune lord écossais, madame, à lord Glenvarloch, répondit Marguerite en baissant la voix, mais cependant d’un ton assez ferme pour un pareil aveu.

– Au jeune lord Glenvarloch ! répéta lady Hermione du ton de la plus grande surprise ; jeune fille, votre raison est égarée.

– Je savais que vous me parleriez ainsi, madame, répliqua Marguerite ; c’est ce qu’une autre personne m’a déjà dit, c’est peut-être ce que tout le monde me dirait, c’est ce que je suis quelquefois tenté de me dire moi-même ; mais regardez-moi, madame, car à présent je puis me placer devant vous, et dites-moi si mes yeux et mon accent annoncent quelque dérangement dans mon esprit, quand je vous répète que j’ai fixé toute mon affection sur ce jeune lord.

– S’il n’y a de la folie ni dans vos yeux ni dans votre accent, jeune fille, j’en trouve beaucoup dans ce que vous dites, répondit lady Hermione d’un ton de réprimande ; où avez-vous jamais vu qu’un amour déplacé ait produit autre chose que des malheurs ? – Cherchez un époux parmi vos égaux, Marguerite, et ne vous exposez pas aux dangers et aux maux sans nombre, résultat inévitable d’une passion qui ose s’élever plus haut qu’elle ne peut atteindre. – Pourquoi souriez-vous, jeune fille ? Y a-t-il quelque chose à mépriser dans ce que je vous dis ?

– Non, certainement, madame. Si je souris, c’est seulement parce que je pense qu’il est bien singulier que tandis que le rang établit une si grande différence entre des créatures formées du même limon, l’esprit du vulgaire se rencontre quelquefois si bien avec celui des plus hautes classes de la société : il n’y a de différence que dans l’expression. Dame Ursley m’a dit précisément la même chose que vous venez de me dire ; la seule différence, c’est que vous, madame, vous me parlez de dangers et de maux sans nombre, et dame Ursley m’a parlé de potence et d’une mistress Turner qui a été pendue.

– En vérité ! et qui peut être cette dame Ursley, que votre prudence m’a associée dans la tâche difficile de donner des conseils à une jeune folle ?

– La femme du barbier Suddlechops qui demeure à deux pas d’ici, madame, répondit Marguerite avec l’air de la plus grande simplicité, mais n’étant pas fâchée au fond du cœur de trouver un moyen indirect de mortifier celle qui lui donnait des avis peu

– Il est malheureux, madame, le plus malheureux des hommes ; entouré de pièges de toute espèce ingénieusement disposés pour le perdre de réputation, le dépouiller de ses biens, et peut-être même le priver de la vie. Ce plan a été formé d’abord par la cupidité ; mais aujourd’hui il est suivi par la vengeance, par la méchanceté la plus prononcée, la plus active ; car lord Dalgarno…

– Monna Paula ! Monna Paula ! s’écria lady Hermione interrompant sa jeune amie ; elle ne m’entend pas, ajouta-t-elle, il faut que j’aille lui parler, je reviendrai dans un moment. Elle sortit de l’appartement, et y rentra presqu’au même instant.

– Vous avez prononcé un nom que je croyais connaître, lui dit-elle ; mais Monna Paula vient de me remettre sur la voie ; je ne connais pas votre lord… Quel nom lui avez-vous donné ?

– Lord Dalgarno, le plus méchant homme qui existe. Sous l’apparence de l’amitié, il a conduit lord Glenvarloch dans une maison de jeu, dans l’espoir de le voir s’y ruiner ; mais l’homme à qui ce faux ami, ce traître avait affaire était trop vertueux, trop modéré, trop prudent pour se laisser prendre dans un pareil piège. Que fit alors ce vil lord Dalgarno ? il tourna la prudence et la modération de celui qu’il voulait perdre contre lui-même, et persuada aux autres que parce qu’il ne voulait pas devenir la proie des loups, il s’associait avec eux pour avoir une part de leur butin. Et pendant qu’il cherchait si bassement à perdre un compatriote bien éloigné de concevoir le moindre soupçon, il avait grand soin de le tenir entouré de ses créatures, et de l’empêcher de se présenter à la cour et de voir les personnes de son rang. Depuis la conspiration des poudres il n’y a pas eu de complot plus infâme, tramé avec une adresse plus perfide, suivi avec plus de constance et de malignité.

La chaleur avec laquelle Marguerite s’exprimait arracha un sourire mélancolique à lady Hermione. Soupirant ensuite elle lui dit qu’elle connaissait bien peu le monde dans lequel elle allait vivre, puisqu’elle était si étonnée de le trouver rempli de perfidie et de trahison.

– Mais de quelle manière, lui demanda-t-elle ensuite, avez-vous pu découvrir les vues secrètes de lord Dalgarno, d’un homme qui a dû prendre toutes les précautions que les traîtres oublient rarement ?

– Permettez-moi de ne pas répondre à cette question, madame ; je ne pourrais le faire sans trahir le secret que j’ai promis à d’autres. Qu’il me suffise de vous dire que ce que je viens de vous apprendre est aussi sûr que les moyens par lesquels je l’ai appris sont certains. Mais je ne dois les faire connaître à personne. – Pas même à vous, madame.

– Vous êtes trop hardie, Marguerite. Vous mêler de pareilles affaires à votre âge ! – Non-seulement c’est une chose dangereuse, mais cela ne convient même pas à une jeune fille.

– Je savais que vous me diriez encore cela, madame, répondit Marguerite avec plus de douceur et de patience qu’elle n’en montrait ordinairement quand on lui faisait quelque reproche ; mais Dieu sait que mon cœur n’est animé en ce moment que du désir de sauver un homme innocent, et victime d’un traître. – J’ai trouvé moyen de lui faire donner avis de la fausseté de son ami ; mais hélas ! cette précaution n’a fait qu’accélérer sa perte ; car il est perdu si l’on ne peut le secourir promptement. Il a accusé de trahison son faux ami ; il a tiré l’épée contre lui dans le parc, et il est maintenant exposé au châtiment terrible prononcé par la loi contre ceux qui violent les privilèges du palais.

– Voilà une histoire bien extraordinaire ! Lord Glenvarloch est-il donc en prison ?

– Non, Dieu merci, madame. Il est dans le sanctuaire de Whitefriars ; mais il est douteux que cet asile puisse le protéger dans le cas où il se trouve. On parle d’un ordre délivré par le lord grand-justicier. Un étudiant du Temple a été arrêté, et se trouve inquiété pour avoir favorisé sa fuite. On profitera même du refuge que la nécessité l’a forcé de chercher dans un pareil endroit, pour nuire encore davantage à sa réputation. – Je sais tout cela, mais je ne puis le sauver. – Je ne puis le sauver sans votre aide.

– Sans mon aide, jeune fille ! vous perdez la raison. – Dans la retraite où je vis, quel moyen puis-je avoir de secourir ce malheureux jeune lord ?

– Vous en avez pourtant le moyen ! – Oui, vous en avez le moyen, ou je suis bien trompée. – Ce moyen, qui dans cette ville, dans ce monde, peut venir à bout de tout. – Vous êtes riche, et une faible portion de votre richesse me mettrait en état de le soustraire au danger qui le menace. Il recevrait les moyens et les instructions nécessaires pour s’échapper, et je…

– Et vous l’accompagneriez dans sa fuite sans doute, dit Hermione d’un ton d’ironie, pour recueillir le fruit de vos sages efforts en sa faveur.

– Que le ciel vous pardonne cette pensée injuste, madame ! – Je ne le reverrai jamais, mais je l’aurai sauvé, et cette idée me rendra heureuse.

– C’est une conclusion bien froide pour un enthousiasme si ardent et si hardi, dit Hermione en souriant d’un air d’incrédulité.

– Je n’en attends pourtant pas autre chose, madame. – Je pourrais presque dire que c’est tout ce que je désire. Il est bien sûr que je ne ferai aucune tentative pour arriver à un autre but. Si je suis hardie pour ses intérêts, je suis assez craintive en ce qui concerne les miens. Pendant la seule entrevue que j’ai eue avec lui, je n’ai pas eu le courage de lui adresser un seul mot ; il ne connaît pas le son de ma voix, et tout ce que j’ai risqué, tout ce qu’il faut que je risque encore, c’est pour un homme qui, si on lui parlait de moi, dirait qu’il a oublié depuis long-temps qu’il ait jamais vu une créature si insignifiante, qu’il lui ait parlé, qu’il ait été assis près d’elle.

– C’est se livrer à une passion romanesque et dangereuse d’une manière aussi étrange que déraisonnable, dit lady Hermione.

– Vous ne voulez donc pas m’aider ? reprit Marguerite ; en ce cas, madame, je n’ai plus qu’à me retirer. – Vous avez mon secret, mais je sais que je puis compter sur votre discrétion.

– Un moment, mon enfant ; dites-moi quels moyens vous auriez pour servir ce jeune homme, si vous aviez de l’argent à votre disposition.

– Il est inutile que je vous réponde, madame, si vous n’avez pas dessein de m’aider ; et si vous en avez l’intention, cela n’est pas moins inutile ; vous ne pourriez comprendre les moyens que je dois employer, sans des explications que l’urgence du moment ne permet pas.

– Mais en avez-vous réellement les moyens ?

– Avec une somme d’argent un peu considérable, j’ai le moyen de déjouer tous ses ennemis, de le soustraire à la colère du roi courroucé, – au ressentiment plus froid, mais plus déterminé, du prince, – à la vengeance de Buckingham, qui poursuit avec acharnement tout ce qui barre le chemin à son ambition, – à la malice infernale de Dalgarno ! – tout, je puis tout déjouer.

– Mais tout cela peut-il s’effectuer sans que vous couriez des risques personnels, Marguerite ? Quelque but que vous vous proposiez, vous ne devez mettre en danger ni votre personne ni votre réputation, par le dessein romanesque de rendre service à un autre. – Moi-même si je vous aidais dans une entreprise fatale ou indigne de vous, j’en serais responsable auprès de votre parrain, votre bienfaiteur et le mien.

– Comptez sur la parole que je vous en donne, madame, sur le serment que je vous en fais ; je n’agirai que par l’entremise d’autres personnes ; je ne paraîtrai dans aucune entreprise qui pourrait être dangereuse, ou qui ne conviendrait pas à une personne de mon sexe.

– Je ne sais vraiment que faire, dit lady Hermione ; ce peut être un acte d’imprudence, d’irréflexion, que de vous aider dans un projet si étrange, et cependant le but en paraît honorable ; et si vos moyens sont sûrs… – Quel est donc le châtiment qu’il doit subir, s’il tombe entre les mains de ses ennemis ?

– Hélas ! la perte de sa main droite, répondit Marguerite d’une voix entrecoupée par des sanglots.

– Les lois anglaises sont-elles si cruelles ? Ce n’est donc que du ciel qu’il faut attendre merci, puisque, même en ce pays de liberté, les hommes sont des loups qui se dévorent les uns les autres. – Calmez-vous, Marguerite, et dites-moi quelle somme est nécessaire pour assurer l’évasion de lord Glenvarloch.

– Deux cents pièces d’or, répondit Marguerite. – Je vous parlerais bien de vous les rendre, car j’en aurai le moyen un jour ; mais je sais, c’est-à-dire je pense que cela vous est fort indifférent.

– Ne m’en dites pas davantage, dit lady Hermione, et allez chercher Monna Paula.

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