Chapitre 37
JACQUES. – « A coup sûr, il va arriver un nouveau déluge,
« et tous ces couples viennent dans l’arche. –
« Voici une paire de bêtes bien étranges. »
SHAKSPEARE. Comme il vous plaira.
La mode change pour les histoires du genre de celle-ci comme pour toutes les autres choses de ce monde. Il fut un temps où l’auteur était obligé de terminer son récit par une description détaillée de la noce, même de la jarretière enlevée ; ce n’était pas assez d’avoir fait passer son héros et son héroïne à travers tant d’épreuves et de dangers, il fallait encore les conduire jusqu’au pied du lit nuptial : c’était le dénouement de rigueur. On n’omettait pas alors la moindre circonstance, depuis les regards tendres de l’époux, et l’aimable rougeur de la mariée, jusqu’au surplis neuf du ministre de la paroisse, et le tablier de soie de la suivante de l’épousée. Mais ces sortes de descriptions sont maintenant négligées, par la même raison sans douter que les mariages publics ne sont plus à la mode, et qu’au lieu de réunir ses amis dans un bal ou dans un banquet, le couple fortuné s’échappe dans une chaise de poste aussi furtivement que s’il voulait prendre la route de Gretna-Green, ou même faire pis encore. Je suis loin de me plaindre d’une innovation qui épargne à l’auteur la peine de faire de vains efforts pour donner un air de nouveauté à ces descriptions banales et cent fois répétées, mais néanmoins je me trouve forcé, dans cette occasion, de revenir à l’ancienne méthode, comme un voyageur peut se trouver obligé de passer par une route qui depuis quelque temps est abandonnée. Le lecteur expérimenté a pu s’apercevoir que le chapitre précédent a été employé à déblayer la route de tout ce qui pouvait l’encombrer, c’est-à-dire de tous les personnages subalternes de notre histoire, afin que la place fût entièrement libre pour l’heureux mariage dont il nous reste à parler.
Il serait vraiment impardonnable de passer légèrement sur ce qui intéressait si vivement notre principal personnage, le roi Jacques. Ce monarque, qui joignait l’instruction à un bon naturel, ne jouait pas un grand rôle dans la politique de l’Europe ; mais, en compensation, il était prodigieusement affairé lorsqu’il pouvait trouver une occasion favorable de se mêler des affaires particulières de ses chers sujets ; et l’approche du mariage de lord Glenvarloch était pour lui une chose de la plus haute importance. Il avait été frappé, autant du moins qu’il pouvait l’être, lui qui n’était pas très-susceptible de ces sortes d’émotions, de la beauté et de l’embarras de la jolie Marguerite Ramsay, dès la première fois qu’il l’avait vue ; et il se vantait beaucoup de la pénétration qu’il avait montrée en découvrant son déguisement, et en démêlant tous les fils de cette intrigue.
Pendant que lord Glenvarloch faisait sa cour à sa jeune maîtresse, Jacques, pendant plusieurs semaines, se fatigua les yeux au point, à ce qu’il assura lui-même, de mettre presque hors de service une des meilleures paires de lunettes sorties de la boutique du père de Marguerite, à force de fouiller dans de vieux livres et de vieux parchemins pour prouver que la jeune fiancée descendait d’une famille illustre, et détruire ainsi la seule objection que l’envie pût faire contre ce mariage. Ses efforts furent couronnés du plus heureux succès ; du moins il se le persuada, car un jour que sir Mungo Malagrowther déplorait amèrement devant lui que Marguerite Ramsay ne fût pas noble, le roi l’interrompit brusquement, et lui dit : – Réservez vos regrets pour une meilleure occasion, sir Mungo ; sur mon ame royale ! je soutiens que David Ramsay, son père, est noble de neuf quartiers ; car son bisaïeul descendait de l’antique et belliqueuse famille des Dalwolsey, les plus braves chevaliers qui aient jamais tiré l’épée pour leur roi et pour leur pays. N’avez-vous jamais entendu parler de sir William Ramsay de Dalwolsey ? celui dont John Fordoun dit : – Il était bellicosissimus, nobilissimus.Son château subsiste encore, pour preuve, à trois milles à peu près de Dalkeith, et à un mille de Bannockrigg. David Ramsay sort de cette souche illustre, et il n’a point dérogé par l’état qu’il exerce ; il se distingue autant que ses ancêtres. Si les anciens chevaliers faisaient des trous avec leurs épées dans les cuirasses de leurs ennemis, hé bien ! il fait des entailles dans les rouages de ses montres. J’espère, monsieur, qu’il est aussi honorable de donner des yeux aux aveugles que de les faire sauter de la tête de ceux qui voient, et de nous montrer à apprécier le temps qui fuit, que de le passer à boire, à crier, à rompre des lances, ou à d’autres occupations aussi peu chrétiennes. Et il faut que vous sachiez que David Ramsay n’est pas un simple ouvrier, mais bien un artiste libéral, dont les merveilles vont presque jusqu’à créer un être vivant ; car ne peut-on pas dire d’une montre ce que Claudien dit de la sphère d’Archimède de Syracuse :
Inclusus variis famulatur spiritus astris,
Et vivum certis motibus urget opus[143].
– Pourquoi, dit sir Mungo, Votre Majesté ne donnerait-elle pas au vieux David des armoiries aussi-bien qu’une généalogie.
– C’est ce que j’ai déjà fait, sir Mungo, dit le roi, et il me semble que nous qui sommes la source d’où découlent tous les honneurs de ce monde, nous sommes libre d’en accorder à une personne qui nous touche de si près, sans offenser le chevalier du château de Girnigo. Nous avons déjà consulté les doctes membres du collège des hérauts d’armes, et nous nous proposons d’ajouter aux armoiries de ses aïeux une roue de montre qui aura le Temps et l’Eternité pour supports, dès que le premier héraut d’armes aura pu décider de quelle manière on doit représenter l’Eternité.
– Je la ferais deux fois aussi grande que le Temps[144], dit Archie Armstrong, le fou de la cour, qui se trouvait alors présent.
– Taisez-vous, ou vous serez fouetté, lui dit le roi en réponse à cette indication. Et vous, mes fidèles sujets d’Angleterre, vous pouvez faire votre profit de ce que nous avons dit, et ne plus tant vous presser de vous moquer de nos généalogies écossaises, quoiqu’elles remontent un peu haut, et qu’elles soient assez difficiles à établir. Vous voyez qu’un homme de bonne famille peut, pendant quelque temps, laisser de côté sa noblesse, et cependant savoir où la retrouver s’il en a besoin. Un marchand ambulant, un colporteur, métier si commun chez nos bons sujets d’Ecosse, ira-t-il étaler sa généalogie aux yeux de ceux qui lui achètent une aune de ruban ? Aura-t-il un chapeau de castor sur la tête et une rapière au côté, tandis qu’il porte sa boutique sur le dos ? Non, non : il suspend son épée à la muraille, dépose son castor sur une planche, met son arbre généalogique dans sa poche, et fait tout doucement son métier, comme si le sang qui coule dans ses veines ne valait pas mieux que de l’eau trouble ; mais qu’il fasse fortune, qu’il devienne un riche négociant, ce que nous avons vu plus d’une fois, voyez la métamorphose qui s’opère aussitôt, milords.
In nova fert animus mutatas dicere formas
Corpora[145].
Il tire de sa poche sa généalogie, il ceint son épée, il donne un coup de brosse à son chapeau, et le voilà en état de défier tout l’univers. Nous entrons dans tous ces détails, parce que nous voulons vous convaincre que ce n’est qu’après avoir tout examiné mûrement que nous nous sommes déterminé à honorer secrètement de notre présence royale le mariage de lord Glenvarloch avec Marguerite Ramsay, fille et héritière de David Ramsay, notre horloger, et descendant en ligne directe de l’ancienne famille de Dalwolsey. Nous regrettons que le noble chef de cette maison ne puisse être présent à la cérémonie ; mais lorsqu’il y a de la gloire à acquérir quelque part, il est rare qu’on trouve lord Dalwolsey dans son château. Sic fuit, est et erit[146]. – Geordie Tin-tin, puisque vous vous chargez de faire les frais du repas de noce, j’espère que vous nous traiterez bien.
Heriot s’inclina respectueusement. Dans cette occasion, le roi, qui était grand politique en fait de bagatelles, avait fait d’adroites manœuvres pour se débarrasser du prince et de Buckingham, en trouvant un prétexte pour les envoyer à Newmarket. Il était bien aise d’être délivré de leur présence, pour s’abandonner plus librement à son goût dominant pour le commérage et les petites intrigues ; car il trouvait un censeur dans Charles, qui, par caractère, était plus strict observateur du cérémonial, et un autre dans son favori même, qui, depuis quelque temps, ne jugeait plus convenable de paraître approuver toutes les fantaisies de son maître.
Après le lever du roi, sir Mungo Malagrowther attendit le brave citadin dans la cour du palais, et s’empara de lui, malgré tous ses efforts pour lui faire subir l’interrogatoire suivant :
– Voilà un vilain tour qu’on vous joue, maître George ; – il faut convenir que le roi a eu bien peu d’égards : – ce dîner de noce vous coûtera une jolie somme.
– Il ne me ruinera pas, sir Mungo, répondit Heriot ; c’est aux bontés du roi que je dois ma fortune, il est juste que ma table soit bien servie le jour où il l’honore de sa présence.
– D’accord, d’accord ;… d’ailleurs il faudra bien que nous payions tous plus ou moins. Nous nous cotiserons sans doute pour faire une dot aux jeunes gens ; car enfin il ne faut pas mettre dans un même lit quatre jambes nues. Voyons, maître George, que vous proposez-vous de donner ? Il est juste de commencer par la Cité quand il est question d’argent.
– Une simple bagatelle, sir Mungo. Je donne à ma filleule la bague de mariage. C’est une bague que j’ai achetée en Italie ; elle a appartenu à Côme de Médicis. Marguerite n’a pas besoin qu’on vienne à son secours. Elle a une terre qui lui vient de son aïeul maternel.
– Le vieux marchand de savon ? Il sera nécessaire d’avoir recours à sa boutique pour laver la tache faite à l’écusson de Glenvarloch. J’ai entendu dire que cette terre n’était pas grand’chose.
– Mais, sir Mungo, elle vaut bien certaines places à la cour, qui cependant sont recherchées par des personnes de qualité.
– La faveur de la cour, dites-vous ? la faveur de la cour, maître Heriot ? s’écria sir Mungo feignant, suivant son usage, de ne pas l’avoir entendu : c’est la lune dans un seau d’eau. Si c’est là tout son héritage, je la plains du fond du cœur, la pauvre enfant ; car je leur porte vraiment un vif intérêt.
– Je vais vous confier un secret qui calmera vos touchantes inquiétudes. Lady Dalgarno donne une dot convenable à la jeune mariée, et assure le reste de ses biens à son neveu.
– Quoi ? vraiment ? sans doute par égard pour la mémoire de son mari qui est dans la tombe. – C’est une histoire singulière que celle de la mort de ce pauvre lord Dalgarno. Quelques personnes pensent qu’il a eu de grands torts. Aussi, pourquoi aller épouser la fille d’une maison avec laquelle on est en querelle. Il est rare que ces sortes d’alliances soient heureuses. Il est vrai que ce fut moins sa faute que celle des parens qui le forcèrent à ce mariage. Mais, après tout, je suis charmé que les jeunes gens aient de quoi vivre ; qu’ils le doivent à la charité ou à une succession, n’importe. Par malheur, quand lady Dalgarno vendrait tout ce qu’elle possède, même jusqu’à sa dernière chemise, elle ne saurait leur rendre le beau domaine de Glenvarloch. – Il est perdu pour eux, perdu à jamais.
– Il n’est que trop vrai, dit George Heriot ; nous ne pouvons découvrir ce qu’est devenu ce coquin d’André Skurliewhitter, ni savoir ce que lord Dalgarno a fait de l’hypothèque.
– Croyez qu’il aura pris ses mesures pour qu’elle ne retombe pas entre les mains de son épouse après sa mort. L’idée que Glenvarloch eût pu rentrer dans ses biens l’aurait troublé dans sa tombe, et je ne doute pas que sur ce point il ne soit bien tranquille.
– Cela n’est que trop probable, sir Mungo ; mais j’ai différens ordres à donner pour la fête ; je vous laisse vous complaire dans ces réflexions.
– La noce est fixée au 13 de ce mois, n’est-ce pas ? lui cria sir Mungo en courant après lui ; je serai chez vous à l’heure prescrite.
– Le roi fait lui-même les invitations, répondit Heriot sans se retourner.
– Artisan vil et brutal ! dit en lui-même sir Mungo ; si ce n’était ces vingt livres sterling que tu m’as prêtées la semaine dernière, je t’apprendrais le respect que tu dois à un homme de qualité ; mais en dépit de toi je serai du banquet.
En effet sir Mungo trouva moyen d’être invité ou commandé pour le service du roi le jour de la noce. Il n’y avait qu’un petit nombre de spectateurs à la cérémonie ; car Jacques, dans ces occasions, préférait, ainsi qu’il le disait lui-même, les petits comités où il pouvait déposer librement le poids, pour lui si pénible, de la représentation royale. Il manquait au mariage deux personnes qu’on eût dû s’attendre à y voir ; c’était lady Dalgarno, que sa santé, ainsi que la mort récente de son époux, empêchait d’y assister ; et Richie Moniplies, dont, depuis quelque temps, la conduite avait été extrêmement mystérieuse. Il réglait lui-même à sa fantaisie son service auprès de lord Glenvarloch ; et, depuis l’aventure d’Enfield-Chase, il venait régulièrement le matin l’aider à sa toilette, et ne reparaissait que le soir. Il disposait à son gré du reste de la journée, sans rien dire à son maître, qui, ayant alors un nombreux domestique, avait moins besoin de ses services. Cependant lord Glenvarloch était assez curieux de savoir à quoi il pouvait employer tout ce temps ; mais Richie ne se montrait nullement pressé d’être plus communicatif.
Le jour de la noce, Richie remplit avec un soin particulier ses fonctions de valet de chambre, et ne négligea rien pour faire ressortir avec avantage la tournure et la taille élégante de son maître. Après avoir présidé à sa toilette avec le plus grand soin, après que le fer eut, suivant son expression, donné le dernier fini à ses longues boucles de cheveux, il mit gravement un genou en terre, baisa la main de son maître, et le supplia humblement de lui donner son congé.
– Eh quoi ! quel est ce caprice ? dit lord Glenvarloch ; si vous quittez mon service, Richie, c’est sans doute pour entrer à celui de ma femme ?
– Je lui souhaite, ainsi qu’à vous, milord, un serviteur aussi attaché que moi ; mais le ciel l’a voulu : je suis obligé de vous quitter.
– Hé bien, Richie, si vous êtes las du service, nous chercherons à vous trouver quelque autre emploi ; mais du moins vous me suivrez à l’église, et l’on vous verra au repas de noce ?
– Excusez-moi, milord, et veuillez me permettre de vous rappeler nos conditions : j’ai en ce moment une affaire pressante qui me retiendra pendant la cérémonie ; mais je serais fâché de ne pas paraître au dîner de maître George, car il s’est mis en frais, et ce serait manquer de reconnaissance que de ne pas y faire honneur.
– Faites ce que vous voudrez, répondit lord Glenvarloch, et il ne put s’empêcher de songer un moment au caractère bizarre de son domestique : mais bientôt ces réflexions firent place à celles qui devaient naturellement l’occuper dans un pareil instant.
Le lecteur peut se figurer, sans que nous lui en fassions la description, les fleurs qui furent jetées sur le passage des deux époux, la troupe de musiciens qui accompagna le cortège, – la célébration du mariage par un évêque, le roi qui vint les joindre à Saint-Paul, et livrer lui-même la mariée au jeune lord, au grand soulagement de Ramsay, qui eut ainsi le temps, pendant la cérémonie, de calculer et de combiner avec précision les proportions exactes des rouages d’une pièce d’horlogerie qu’il était alors en train de monter.
Après la cérémonie, les voitures du roi, conduisirent les personnes de la noce chez George Heriot, où une superbe collation les attendait dans les appartemens Foljambe. A peine le roi fut-il arrivé dans cette jolie retraite, que, jetant à vingt pas son épée et son ceinturon avec autant de promptitude que s’ils lui brûlaient les doigts, et plaçant sur la table son chapeau à plumes, comme pour dire : – repose ici la grandeur ! il se versa une grande coupe de vin qu’il vida à la santé et au bonheur des deux époux ; il se mit à courir et à sauter dans la salle, débitant ses bons mots, qui n’étaient ni des plus spirituels ni des plus délicats, mais qu’il accompagnait toujours de grands éclats de rire, afin d’encourager le reste de la compagnie à l’imiter.
Sa Majesté se livrait à tout l’élan de sa joyeuse humeur, et l’on allait passer dans la salle du banquet, lorsqu’un domestique vint parler à l’oreille de maître Heriot. Celui-ci sortit aussitôt de l’appartement. Il y rentra quelques instans après, et, s’approchant du roi, il lui dit à son tour quelques mots qui parurent faire tressaillir Sa Majesté.
– Ce n’est pas son argent qu’il redemande ? dit le roi d’un ton brusque.
– Nullement, sire. Il est d’une indifférence complète à cet égard, et il attendra aussi long-temps que Votre Majesté le désirera.
– Parbleu, dit le roi, c’est parler en brave homme et en fidèle sujet, et nous lui saurons gré de ces sentimens. Allons, qu’il entre. Pandite fores[147]. – Moniplies ! – On aurait dû plutôt appeler ce garçon Monypennies[148],quoique, sur ma foi, vous autres Anglais, vous croyiez que c’est un nom que nous n’avons pas en Ecosse.
– Rien de plus respectable sans doute que la famille des Monypennies, dit sir Mungo, Malagrowther ; c’est dommage qu’elle soit si peu nombreuse.
– La famille semble augmenter chez vos compatriotes, sir Mungo, dit Lowestoffe, que lord Glenvarloch avait invité au banquet, depuis que l’heureux avènement de Sa Majesté au trône en a amené à Londres un si grand nombre.
– Il est vrai, monsieur, il est vrai, dit sir Mungo en secouant la tête et en regardant George Heriot ; quelques-uns de nous ne se sont pas mal trouvés de cet événement heureux pour la nation anglaise.
Dans ce moment la porte s’ouvrit, et, au grand étonnement de lord Glenvarloch, on vit entrer son ancien domestique Richie Moniplies dans la parure la plus brillante, et même la plus recherchée. Il avait un costume superbe de brocart, et il conduisait par la main la maigre, la desséchée Marthe Trapbois, vêtue de velours noir des pieds à la tête. Cette parure lugubre faisait ressortir si singulièrement la pâleur et la gravité mélancolique de sa figure, que le roi ne put s’empêcher d’éprouver quelque trouble, et de s’écrier : – Quel diable de fantôme nous a-t-il amené là ? Sur mon ame ! c’est une morte qui se sera enfuie du tombeau avec son drap mortuaire.
– Oserai-je, dit Richie, surpliquer Votre Majesté d’accorder un regard favorable à celle qui, grâce à une petite excursion que nous avons faite ce matin ensemble à l’église, est maintenant mon épouse, et se nomme mistress Marthe Moniplies ?
– Diable ! mon ami, elle a un air terriblement suranné, dit le roi Jacques. Etes-vous sûr que dans son temps elle n’ait pas été fille d’honneur de la reine Marie, notre cousine, de brûlante mémoire ?
– Je suis sûr qu’elle m’a apporté cinquante mille livres sterling, en bel et bon argent, sans compter le reste ; c’est ce qui m’a fourni les moyens d’obliger Votre Majesté, ainsi que plusieurs autres.
– Vous n’avez pas besoin de parler de cela, dit le roi ; nous n’oublions pas les obligations que nous vous avons pour cette bagatelle, et nous sommes charmé qu’elle ait donné ses richesses à un homme qui sait en faire usage pour son roi et pour son pays. Mais comment avez-vous obtenu sa main ?
– Sire, à l’ancienne manière de notre pays. Elle est le prix de mon courage. Nous étions convenus qu’elle m’épouserait quand j’aurais vengé la mort de son père. Je l’ai vengée, et j’ai pris possession.
– C’est la fille du vieux Trapbois ! s’écria Lowestoffe. Depuis si long-temps qu’elle a disparu, que diable en avez-vous fait ? où avez-vous pu l’enfermer si étroitement, l’ami Richie ?
– Dites maître Richard, si vous le voulez bien, répondit Richie ; ou maître Richard Moniplies, si vous le préférez. – Pour répondre à vos questions, je vous dirai que j’ai su lui trouver une retraite aussi sûre qu’honnête chez un de mes compatriotes, et ne vous étonnez pas que j’aie été si discret ; il fallait de la prudence, maître Lowestoffe, lorsqu’il y avait en campagne d’aussi fins matois que vous.
Le ton de fierté avec lequel Richie avait prononcé sa réplique excita une gaieté générale, excepté de la part de son épouse, qui fit un signe d’impatience, et dit, avec son ton sec et sa sévérité ordinaire : – Paix, paix, c’en est assez ; n’oublions pas ce qui nous a fait venir. Et à ces mots, elle tira une liasse de parchemin qu’elle remit à lord Glenvarloch, en disant à haute voix : – Je prends à témoin Sa Majesté et tous ceux qui sont ici présens, que je rends le domaine de Glenvarloch à son légitime propriétaire, et que dès ce moment il rentre en pleine et entière possession de son bien.
– J’étais présent lorsque l’hypothèque fut rachetée, dit Lowestoffe ; mais j’étais loin de soupçonner que ce fût vous qui en fissiez les frais.
– Et quelle nécessité y avait-il que vous en fussiez instruit ? dit Richie ; eût-il été bien sage d’aller vous le corner aux oreilles ?
– Paix, lui dit son épouse, paix encore une fois ! Ce papier, ajouta-t-elle en en présentant un autre à lord Glenvarloch, vous appartient aussi ; prenez-le, mais ne me demandez pas comment il se trouve entre mes mains.
Le roi, s’approchant de lord Glenvarloch, s’empressa de jeter les yeux sur l’écriture, et s’écria : – Sur notre ame, c’est notre signature royale ; c’est ce billet qui est égaré depuis si long-temps ! comment se trouve-t-il en votre possession, madame la mariée ?
– C’est un secret, dit Marthe sèchement.
– Un secret que ma bouche ne révélera jamais, dit Richie d’un ton résolu, à moins toutefois que mon roi ne me l’ordonne.
– Je vous l’ordonne, s’écria Jacques en tremblant et en balbutiant, excité par une impatiente curiosité, tandis que sir Mungo, à qui il tardait encore plus de pénétrer ce mystère, se dressait sur la pointe des pieds, et, les deux mains passées derrière ses oreilles, semblaient concentrer toutes ses facultés pour ne pas perdre un seul mot. Marthe, pendant ce temps, lançait un regard expressif à Richie, qui, sans s’intimider, dit au roi que le pauvre défunt, son beau-père, très-brave homme dans le fond, ne marchait pourtant pas toujours très-droit ; qu’il aimait assez à fouiller dans les poches de ses voisins, et que parfois il lui restait quelque chose dans la main.
– Fi donc, dit Marthe en l’interrompant. S’il faut mettre au jour cette infamie, faites-le du moins brièvement. Oui, milord, ajouta-t-elle en s’adressant à Glenvarloch, la pièce d’or n’était pas la seule amorce qui attirait ce malheureux vieillard dans votre chambre pendant cette nuit terrible que vous n’avez sûrement pas oubliée. Son but, et il en vint à bout, était de dérober ce papier. Le misérable scribe avait passé la matinée avec lui, et je ne doute pas qu’il ne l’eût poussé à ce crime pour vous empêcher de pouvoir jamais rentrer dans vos biens… S’il y avait dans cette conspiration un complice encore plus puissant, que Dieu lui pardonne, car il est maintenant dans un lieu où il aura à répondre de ce crime.
– Que Dieu lui pardonne, s’écria lord Glenvarloch ? et tous ceux qui étaient présens répétèrent la même prière.
– Quant à mon père, ajouta-t-elle, et une sorte de mouvement convulsif se peignit involontairement dans ses traits, son crime lui a coûté la vie ; car je suis persuadée que le misérable qui lui a conseillé le vol, le matin même, laissa ouverte la fenêtre par laquelle entrèrent les assassins.
Chacun gardait le silence ; le roi le rompit le premier en donnant l’ordre qu’on arrêtât sur-le-champ le scribe. I, lictor, ajouta-t-il, colliga manus, – caput obnudito, – in-felici suspende arbori[149].
Lowestoffe répondit respectueusement que le scribe avait pris la fuite à l’époque du meurtre de lord Dalgarno, et que depuis on n’en avait pas entendu parler.
– Hé bien, qu’on le cherche partout, dit le roi. Mais changeons de discours. Ces histoires font frissonner involontairement, et elles ne conviennent pas à une noce. Hymen, ô hymênée ! ajouta-t-il en frappant dans ses mains. Lord Glenvarloch, vous ne dites rien à cette bonne mistress Moniplies, qui vous rend vos biens le jour de votre mariage ?
– Ah ! sire, dit Marthe, qu’il garde le silence ; c’est ce qui convient le mieux à ses sentimens et aux miens.
– Il faut du moins, dit lord Glenvarloch, que je vous parle du remboursement de l’argent que vous avez avancé pour moi, car je ne puis rester votre débiteur à cet égard.
– Nous en parlerons plus tard, dit Marthe ; mais jamais vous ne sauriez être mon débiteur ; et elle ferma la bouche, comme si elle était décidée à n’en pas dire davantage.
Cependant sir Mungo n’était pas homme à laisser ainsi tomber la conversation, et s’approchant de Richie : – C’est une étrange histoire que celle de votre beau-père, brave homme, lui dit-il, et il me semble que votre épouse vous eût dispensé volontiers de la dévoiler.
– Sir Mungo, répondit Richie, je me suis fait une règle de toujours dire moi-même ce que je sais de mal de ma famille, car j’ai remarqué que, si je ne le faisais pas, d’autres s’empresseraient de le dire à ma place.
– Mais savez-vous, Richie, que vous avez là une maîtresse femme, reprit sir Mungo ; et qu’elle m’a tout l’air de vouloir mener son époux ?
– Si elle se borne aux paroles, sir Mungo, je tâcherai d’être aussi sourd que qui que ce soit ; et si elle en venait aux effets, j’ai un bras pour lui répondre.
– Très-bien dit, Richie, s’écria le roi. Ma foi, sir Mungo, il vous a battu deux fois. En vérité, madame la mariée, pour un fou, votre mari ne manque pas d’esprit.
– Sire, répondit-elle, il est des fous qui ont de l’esprit, il en est d’autres qui ont du courage, et ils n’en sont pas moins fous. Si j’ai pris cet homme pour mari, ce n’est ni pour son esprit, ni pour sa raison ; c’est parce qu’il s’est montré mon protecteur lorsque j’étais abandonnée. Il est honnête, il a le cœur bon ; c’est plus qu’il n’en faut pour faire excuser un grain de folie. Condamnée à chercher un protecteur dans le monde, qui n’était pour moi qu’un vaste désert, je dois encore remercier le ciel de celui qu’il m’a envoyé.
– Et vous parlez si sensément, dit le roi, que, sur mon ame, je veux essayer si je ne pourrais en faire quelque chose. – Voyons, Richie, à genoux. Que quelqu’un me prête sa rapière.
– La vôtre, M. Langstaff[150] Le roi commet ici, peut-être à dessein, une erreur sur le nom de Lowestoffe. – Tr. (singulier nom pour un homme de loi). Allons, il n’est pas nécessaire de l’agiter en vrai Templier qui voudrait transpercer un huissier !
Le roi prit l’épée, et détournant les yeux, car c’était un objet sur lequel il n’aimait pas beaucoup à les arrêter, il s’efforça de l’appuyer sur l’épaule de Richie ; mais il manqua de la lui enfoncer dans les yeux. Richie, effrayé, voulut se relever ; mais Lowestoffe le retint à genoux : sir Mungo dirigea l’épée royale, et l’accolade qui conférait la noblesse fut reçue avec respect. – Surge, Carnifex[151],dit le roi : levez-vous, sir Richard Moniplies de Castle-Collop, – Et nous, milords, allons nous mettre à table, car la soupe se refroidit.
q
[1] Qui ne sauraient appartenir qu’à l’homme. – Tr.
[2] Lutin femelle. – Ed.
[3] Lettres à sir Richard Heber. Ouvrage dans lequel on discute la question de savoir à qui doivent être attribués les romans de l’auteur de Waverley. – Ed.
[4] Poète anglais. – Ed.
[5] On prétend que le chacal amène la proie au lion pour se nourrir de ses restes. – Ed.
[6] C’est la maison, c’est la maison : ce mot est pris aussi dans le sens de notre chez nous – Tr.
[7] Printer’s devils : on appelle ainsi les petits apprentis de l’imprimeur. – Ed.
[8] Expression de Shakspeare. – Tr.
[9] Poème de Spencer.
[10] Auteur d’épopées.
[11] Spencer. – Ed.
[12] M. Constable. – Ed.
[13] L’Ecossais : ce nom revient à celui de Paddy pour désigner l’Irlande. – Ed.
[14] Les étudians en droit qui habitaient et habitent encore les bâtimens du Temple. – Ed.
[15] Dans Roméo et Juliette. – Ed.
[16] Du Taureau noir. – Ed.
[17] Les élégans du temps se plaçaient sur la scène même. On sait que, jusqu’à M. de Lauraguais, il en a été de même sur nos théâtres. – Ed.
[18] Proverbe anglais, pour dire qu’un homme sait rendre les coups qu’on lui donne. – Ed.
[19] Formule abrégée : fleur de soufre et beurre, quantité suffisante. – Ed.
[20] Proverbe fondé sur une superstition, pour dire qu’on n’a pas encore connu le malheur. – Ed.
[21] Abréviation écossaise de Marguerite. – Ed.
[22] Nom d’un ouvrier célèbre à cette époque pour la fabrication des armes. – Ed.
[23] Richie tient encore plus à sa dignité qu’à celle de son maître. Sa réponse rappelle l’anecdote du valet de la fameuse miss Gwyn, qui, le voyant rentrer tout rouge de colère, lui demanda le sujet de son émotion : – Ces coquins, dit le valet, ont eu l’audace de dire que ma maîtresse était une c… – Hé. bien, laisse-les dire, répondit lady Gwyn. – Madame, reprit le valet, qu’ils vous appellent une c… tant qu’ils voudront, puisque cela vous fait plaisir ; mais moi je ne veux pas être appelé le valet d’une c… – Ed.
[24] C’est le titre de la pièce de Massinger. – Ed.
[25] L’apôtre de la réforme en Ecosse. – Ed.
[26] Nous craignons que l’auteur ne soit ici coupable d’un petit anachronisme, John Bunyan n’étant né qu’en 1628 – Ed.
[27] La Vieille enfumée, nom local d’Edimbourg. – Ed.
[28] Titre porté par les rois d’Angleterre depuis Henry VIII. – Ed.
[29] La salière, encore usitée en Angleterre à cette époque, était une pièce d’argenterie de grandeur énorme qui représentait différens sujets, une tour, un château, un rocher. Elle était divisée en un grand nombre de compartimens où l’on servait différentes sortes d’épices et de sauces. Elle se plaçait au milieu de la table et servait de ligne de séparation entre les convives d’un rang distingué et ceux d’une qualité inférieure. – Ed.
[30] Ni l’ivoire ni l’or
Dans mon manoir ne brille encor.
Horace
– Ed.
[31] Secte peu connue aujourd’hui – Ed.
[32] Astrologue du temps. – Ed.
[33] Allusion à l’usage où l’on est en Angleterre de ne payer les marchands et fournisseurs qu’au bout d’une année. C’est ordinairement après les fêtes de Noël. – Ed.
[34] Espèce d’esprit familier, en Ecosse. – Ed.
[35] Du grec Κυγόσογρα, c’est-à-dire cette constellation, cet astre polaire. – Ed.
[36] Badaud de Londres. – Ed.
[37] Your calf-time. Mot à mot : Le temps où vous n’étiez qu’un veau. Le roi se servait volontiers de ces métaphores un peu vulgaires, comme on l’a déjà vu. – Ed.
[38] De peur que quelques personnes, n’importe de quel sexe, ne soupçonne qu’il y a du mystère dans les phrases imprimées en italique, nous croyons devoir prévenir nos lecteurs qu’elles ne contiennent que quelques phrases latines relatives à l’état de la littérature en Hollande ; lieux communs qui ne méritent pas d’être traduits, et qui ne supporteraient pas la traduction littérale. (Note de l’auteur anglais.)
[39] Nous essaierons pourtant d’en donner la traduction à nos lecteurs, par respect pour la curiosité des dames françaises. – Salut ! deux et quatre fois salut, notre cher Glenvarloch !Etes-vous revenu depuis peu de Leyde dans la Grande-Bretagne ? – Ed.
[40] Oui, roi très-auguste ; – je suis resté à Leyde environ deux ans. – Ed.
[41] Deux ans, dites-vous ? Bien, Bien, très-bien. On dit que ce n’est pas en un jour… Vous m’entendez, lord Glenvarloch ? – Ed.
[42] C’est un jeune homme qui a l’air modeste, et qui a de la retenue. – Ed.
[43] Et que dit-on aujourd’hui à Leyde ? – Votre Vossius n’a-t-il rien écrit de nouveau ? Du moins il n’a rien fait imprimer depuis peu, et j’en suis fâché. – Ed.
[44] Vossius se porte bien, roi plein de bonté ; mais ce vieillard vénérable est, si je ne me trompe, dans sa soixante-dixième année. – Ed.
[45] Sur mon ame ! je ne le croyais pas si âgé. – Et ce Vorstius, le successeur et le sectateur du méchant Arminius, ce héros, pour me servir des paroles d’Homère, est-il encore vivant et demeurant sur la terre ? – Ed.
[46] Il n’y a pas long-temps, grand roi, que je l’ai vu vivant, si l’on peut appeler vivant un homme renversé et terrassé depuis long-temps par la foudre de votre éloquence – Ed.
[47] Selon les Anglais. – Ed.
[48] Nourrisson. – Ed.
[49] Ville d’Ecosse, où il y avait alors une université célèbre. – Ed.
[50] Nom de deux petites monnaies d’Ecosse, comme si l’on disait en français, à sous et deniers.– Ed.
[51] Citation de Shakspeare. – Ed.
[52] La prière qui précède le dîner s’appelle gracesen Angleterre. – Ed.
[53] La livre d’Ecosse ne forme qu’environ la vingtième partie de la livre sterling. – Ed.
[54] Citation d’Othello de Shakspeare – Ed.
[55] Fable du pot de terre et du pot de fer. – Ed.
[56] Lord Dalgarno désigne par mouches bleues les blue-bonnets, les toques bleues, c’est-à-dire les Ecossais – Ed.
[57] Ordinary. C’est ainsi qu’on nommait alors, et qu’on nomme encore aujourd’hui à Londres les tables d’hôte. – Ed.
[58] Le Génie du lieu. – Ed.
[59] Pour Holyrood. Mauvaise pointe par laquelle le chevalier semble appeler Holyrood – (Sainte-Croix) – Sainte-Racine. – Ed.
[60] La plupart des phrases du chevalier sont citées d’après le texte, et se composent de français ou de mauvais anglais. – Tr.
[61] Dans le texte rendition.– Ed.
[62] Quartier de Westminster où était jadis un jardin, et où est située aujourd’hui une prison. – Ed.
[63] Ami de Falstaff et officier des plus peureux dans le Henri IV et le Henri V de Shakspeare. – Ed.
[64] Le Kean, ou, si l’on veut, le Talma anglais de l’époque. – Ed.
[65] Vénérable mère. Terme générique des universités en Angleterre – Ed.
[66] Chevalier auquel Shakspeare fait jouer un beau rôle. – Ed.
[67] Taverne qui fut souvent le théâtre des réunions joyeuses de Shakspeare et des auteurs ses contemporains. – Ed.
[68] Cabaret dans la Cité, – Ed.
[69] Rivière amenée tout récemment à Londres, sous les auspices de Jacques 1er, par un orfèvre nommé Middlelon, Ce sont plusieurs sources réunies en un bassin dans le comté de Hereford. – Ed.
[70] Shakspeare. – Ed.
[71] Ben Johnson, plus érudit en effet qu’aucun poète dramatique. – Ed.
[72] Boisson composée de lait, de vin, de sucre et d’épices. – Ed.
[73] Heureux les pacifiques. – Tr.
[74] Eminence qui domine Edimbourg et le sublime paysage de ses environs. Voy. les Vues pittoresques d’Ecosse.– Ed.
[75] Expression proverbiale qui revient souvent en anglais pour désigner le diable. – Ed.
[76] Littéralement de la chaise à plongeon,appelée aussi cucking-stool, du mot saxon kaker (espèce de pilon). Ce supplice consistait à fixer le délinquant sur un tabouret ou chaise attachés à une longue poutre qui s’abaissait soudain dans un bassin ou une mare : cette espèce de bain de surprise était non-seulement le châtiment infligé aux femmes de mauvaise vie, mais quelquefois aussi, dans l’origine, aux boulangers en contravention aux lois. – Ed.
[77] Dépouilles opimes. – Tr.
[78] D’avoir combattu avec vous. – Ed.
[79] Le sort en est jeté. – Ed.
[80] Le duc allait s’embarquer à Portsmouth pour aller secourir les protestans de la Rochelle, le 23 août 1628. John Felton était un officier irlandais qui crut délivrer sa patrie d’un de ses plus cruels persécuteurs en immolant le duc de Buckingham. Il frappa le duc au cœur avec un couteau. Arrêté sur-le-champ, il ne chercha pas à se soustraire à son sort, content du coup qu’il avait porté. – Ed.
[81] Tragédie ampoulée que déjà Shakspeare tournait en ridicule dans ses pièces. – Ed.
[82] C’est-à-dire étranger à Londres, stranger, un gentilhomme de province. On dit un foreigner pour exprimer un étranger à la nation. – Ed.
[83] Expression française qui a passé dans la jurisprudence anglaise. – Ed.
[84] Nous avons dans le vieux français (Voy. le Glossaire de Roquefort.) le mot glic, désignant un jeu de cartes : ce doit être le même jeu appelé gleek en anglais. – Ed.
[85] Tib, towser, tiddy, noms que prennent les figures à ce jeu-là. – Ed.
[86] En anglais c’est le the lord of Misrule. – Ed.
[87] Autre école de droit. – Ed.
[88] Deux quartiers de Londres. – Ed.
[89] Le tabac. – Ed.
[90] Le jeu de mots est reproduit assez exactement. Grim en anglais signifie renfrogné. – Ed.
[91] Jardin très-connu alors à Londres, où, sous Elisabeth surtout, l’on avait donné de fameux combats d’ours, – Ed.
[92] Ce registre curieux existe encore, et il est en la possession du savant antiquaire le docteur Dryasdust, qui a offert libéralement à l’auteur la permission de faire graver l’autographe du duc Hildebrod, à l’appui de ce passage. Malheureusement, étant aussi rigoriste que Ritson(*) même pour s’en tenir à la lettre de son manuscrit, le digne docteur attacha à sa libéralité la condition que nous adopterions l’orthographe du duc, et que nous intitulerions cet ouvrage : les Aventures de Niggle(**) ; mais nous n’avons pas cru devoir accepter cette proposition.
(Note de l’auteur anglais.)
(*) Ritson, éditeur des Old English metricat romance. –Ed.
(**) Nigel est un nom écossais : Niggle en traduit assez bien la prononciation, mais en dénature l’orthographe. – Ed.
[93] George-a-Green, ou Jack in the green est un personnage de la fête des ramoneurs, dont on peut voir la description dans l’ouvrage intitulé : Six Mois à Londrespar M. Defauconpret. George-a-Green est un homme placé sous un panier d’osier en forme de pain de sucre, entièrement couvert de feuillage, orné de fleurs et de rubans, et qui en cet état parcourt les rues, et danse au son des iustrumens. – Ed.
[94] Espèce de procession triomphale en l’honneur de la suprématie du sexe, lorsqu’elle s’élevait assez haut pour attirer l’attention du voisinage. Cette procession est décrite avec détail dans Hudibras (IIe partie, chant II). Ceux qui y figuraient s’arrêtaient devant chaque porte des ménages où le mari était soupçonné vivre sous la loi de sa femme. On en balayait le seuil, ce qui signifiait que la ménagère devait se préparer quelque jour à une ovation semblable. Le Skimmington n’a plus lieu en Angleterre, probablement parce que le sexe y gouverne moins despotiquement que chez nos ancêtres – Ed.
[95] Saint-Etienne. – Ed.
[96] La prison de Marshalsea, dépendant de la cour de Marshalsea, tribunal civil dont la juridiction s’étendait à douze milles autour du palais du roi, excepté dans la Cité de Londres. – Ed.
[97] Carajo, jurement très expressif en espagnol. – Ed.
[98] Diminutif de Belzebuth. – Tr.
[99] Allusion à la scène de Shakspeare où le duc de Clarence est noyé en effet dans un tonneau de malvoisie. – Ed.
[100] Il n’en reste plus que trois exemplaires connus : un à la bibliothèque de Kennaquhair, et deux autres, dont l’un en mauvais état, qui sont tous deux en la possession d’un membre distingué du club de Roxburgh, aujourd’hui député à la chambre, au nom d’une grande université (note du capit. CLUTTERBUCK).
[101] Le Chardon royal,nom du vaisseau. Le chardon est la fleur nationale de l’Ecosse. – Tr.
[102] Elisabeth. – Ed.
[103] Quel terme, quelle consolation y a-t-il aux regrets causés par une tête si chère ! (Horace, ode.) – Tr.
[104] Appel à César. – Tr.
[105] Allusion au papist Plot,conspiration papiste. – Ed.
[106] Récit d’un horrible attentat découvert par inspiration divine. – Ed.
[107] Livre publié par Jacques Ier. – Ed.
[108] Un âne robuste, fléchissant sous un double fardeau. – Tr.
[109] J’ai vu la terre, que j’ai trouvée excellente ; j’ai prêté l’épaule, et je suis devenu porteur de fardeaux. – Tr.
[110] Sur une eau salutaire. – Tr.
[111] Moine et conteur italien des premières années du seizième siècle. – Ed.
[112] Beef-eaters. Nom qu’on donne à un corps des gardes des rois d’Angleterre. – Ed.
[113] Ces mascaradesd’origine religieuse, à l’époque de Noël, ont encore lieu quelquefois en Angleterre. – Ed.
[114] Dans un tourbillon : mot d’origine norse. – Ed.
[115] Maison de correction. - Ed.
[116] Catherine Douglas. – Ed.
[117] Videz les poissons, et faites que les sauces soient bien liées, etc. – Tr.
[118] L’onyx avec sa famille, et la pierre précieuse. C’est-à-dire l’onyx et les autres pierres précieuses, etc. – Tr.
[119] Æquam mémento rébus in arduis servare mentent. Hor. Il y a ici un jeu de mots presque intraduisible, et dont nous essaierons de présenter ainsi le double sens : « Souvenez-vous, dans les passes difficiles, de rester ferme sur vos arçons. » – Tr.
[120] Contre toute attente. – Tr.
[121] Le marteau des maléfices. – Ed.
[122] Je suis mort ! On m’assassine ! Au meurtre ! Où aller à présent ? où ne pas aller ? Arrêtez ! arrêtez ! Au voleur ! Qui ? Je ne sais ; je ne vois rien. – Tr.
[123] Il ne faut pas demander d’où vient la venaison. – Tr.
[124] Connaissant le malheur, je sais y compatir. – Tr.
[125] Allez au devant de la maladie. – Tr.
[126] Origine et source. – Tr.
[127] Baby Charles. – Tr.
[128] C’est-à-dire avec le ton que prennent ordinairement les pères, celui de l’autorité. Citation de Térence. – Tr.
[129] Le siècle de nos pères, déjà pire que celui de nos aïeux, nous a produits, nous enfans dégénérés, encore. HORACE. – Tr.
[130] Faute d’usage. – Tr.
[131] Des secrets d’Etat. – Qui ne sait pas dissimuler ne sait pas régner. – Tr.
[132] To toddle, marcher comme un canard. – Ed.
[133] Sins morâ, sans retard. Statim atque instanter, aussitôt et à l’instant. Tr.
[134] Aux prières du mariage dans la liturgie anglicane. – Ed.
[135] Entre les murs de l’église.Les mots précédens sont expliqués par le roi lui-même. – Tr.
[136] Tu as touché juste, Charles, mon enfant. – Tr.
[137] Mot écossais qui signifie oreille. – Tr.
[138] Serpent sous l’herbe. (Anguille sous roche.) – Tr.
[139] Expression biblique. D’un bout de la Judée à l’autre. – Ed.
[140] Voyez le Henry V de Shakspeare. – Ed.
[141] Citation de Shakspeare. – Ed.
[142] Maison de correction. – Ed.
[143] « Une intelligence interne obéit aux astres divers, et fait exécuter des mouvemens réguliers à ce travail animé. »
Cette définition de la montre rappelle le trait de ce Highlander cité ailleurs par Walter Scott. Cette espèce de sauvage écossais voyant une montre arrêtée, après l’avoir regardée quelques heures avec admiration, se mit à crier avec douleur qu’elle était morte. – Ed.
[144] Chaucer dit qu’il n’y a de neuf que ce qui a été vieux. Le lecteur a ici l’original d’une anecdote qui a été depuis attribuée à un Chef écossais de notre siècle.
– L’Auteur.
[145] Je dirai, puisque tel est le vœu de ma muse, les êtres que les Dieux revêtirent de formes nouvelles. – Ed.
[146] Tel il fut, est et sera. – Ed.
[147] Ouvrez les portes. – Tr.
[148] Jeu de mots qu’il est impossible de traduire en français. Mony pennies (plusieurs sous)veut dire qui a beaucoup d’argent. – Tr.
[149] Va, licteur, lie-lui les mains, – rase-lui la tête, – et suspends-le à l’arbre fatal. – Tr.
[150] Long bâton.
[151] Levez-vous, Boucher. Le roi ne peut s’empêcher de faire une allusion à l’ancien métier du nouveau chevalier, auquel l’auteur a d’ailleurs donné un nom qui le rappelle sans cesse ; car moniplies (plusieurs plis) signifie en écossais tripes ou plus exactement cette partie des entrailles appelée panse omasum, etc.
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œuvre du domaine public
Source :
B.N.F. - Wikisource
Ont contribué à cette édition :
Gabriel Cabos
Fontes :
David Rakowski's
Manfred Klein
Dan Sayers
Justus Erich Walbaum - Khunrath