‹ Les aventures de Todd Marvel, détective milliardaire Tome IChapitre 24 sur 32 · Chapitre 2 La confession de Markham

Chapitre 2 La confession de Markham

Un quart d’heure s’écoula dans le silence étouffant de la forêt. Puis, brusquement, la réaction qu’avait espérée le détective se produisit. Ned Markham se releva d’un bond, drapé dans ses haillons et se campa en face de John Jarvis.

— Si vous êtes un homme, lui dit-il d’un ton résolu, vous me laisserez une chance ! Cela, vous le ferez, à cause de ma fille ! Est-il juste que la pauvre Lilian expie les sottises et les crimes dont elle est innocente ? Je vais vous proposer quelque chose :

« Rabington tient certainement beaucoup plus à rentrer dans son argent qu’à me voir pendu ?

— C’est très probable.

— Eh bien, je sais où sont les deux millions de dollars, je vous aiderai à les reprendre ; je ne vous dis pas que cela sera commode, mais ce n’est pas impossible.

— Et quelles sont vos conditions ?

— Un pardon plein et entier. Je n’ai que quarante ans, je puis refaire ma vie.

— Vous teniez à l’instant un tout autre langage. Vous laissiez à entendre que les bank-notes étaient gardées en lieu sûr…

— J’ai changé de point de vue, voilà tout, déclara froidement Markham. Vous avez tout à gagner et rien à perdre en acceptant mon offre.

— Qui me prouvera que je puis avoir confiance en vous ?

— Votre propre expérience des hommes. Regardez-moi ! Suis-je le même qu’il y a un quart d’heure ? Je me suis ressaisi. J’ai retrouvé la volonté de lutter. L’énergie et la loyauté vont de pair. Vous devez sentir que je parle sincèrement.

Étonné de ce changement d’attitude, John Jarvis eut une minute d’hésitation, mais Markham avait parlé avec un accent de franchise si convaincant, si brutalement vrai qu’il fut persuadé. Il y a des heures où le pire criminel ne ment pas.

— Dans l’intérêt de mon ami Rabington, déclara-t-il, je ne crois pas devoir refuser ce que vous proposez, mais c’est à l’expresse condition que vous ne me cacherez rien.

— Je n’ai aucune raison de dissimuler.

— Je sais déjà que vous avez eu pour complice la femme qui a pris la fuite avec vous, la señora Violante Alvaredo.

Ned Markham avait changé de visage.

— Violante ! murmura-t-il entre ses dents. Je me suis promis que je la tuerais ! Oui ! Elle a été mon mauvais génie.

Il soupira douloureusement et passa la main sur son front comme pour chasser des pensées importunes.

— Cette femme m’avait complètement affolé, reprit-il au bout d’un instant… Mon aventure est d’une désolante banalité. J’ai agi comme le dernier des naïfs…

« Violante Alvaredo appartient à une ancienne famille espagnole des environs d’Orizava, et elle est très fière de son origine. Elle répète avec orgueil qu’il y a un Alvaredo sur la liste des conquistadors que donne le vieil historien Bernal Diaz del Castillo. Elle est avec cela d’une beauté foudroyante. Grande brune élancée, ses traits sont d’une régularité admirable, ses cheveux dénoués tombent jusqu’à ses pieds, ses grands yeux de velours, tour à tour noyés de langueur ou fulgurants de passion sont les plus beaux, les plus impérieux, les plus caressants et les plus terribles qui soient au monde et sa démarche harmonieuse et souple est celle d’une reine !

— Quel enthousiasme ! Je crains que vous ne soyez encore mal guéri.

— Hélas ! murmura Ned Markham avec un soupir, quel malheur qu’une si parfaite beauté soit unie à une perfidie, à un cynisme dont je n’ai pas vu d’exemple.

« Il y a trois mois, elle vint à Presidio et loua une villa voisine de la mienne. J’ai su plus tard qu’en agissant ainsi, elle suivait un plan froidement combiné. Comme elle l’avait deviné, dès que je l’eus vue, j’en devins amoureux fou. Je lui offris de l’épouser, sans écouter les remontrances de mes amis qui m’assuraient que Violante n’était qu’une aventurière.

« Elle accueillit ma proposition mieux que je ne pouvais l’espérer. Très féline, très enveloppante, elle ne m’opposa pas un refus formel, mais « elle désirait mieux me connaître ». Une première expérience qu’elle avait faite du mariage n’avait pas été heureuse. Le mari qu’elle avait épousé à seize ans, avait dissipé sa dot et l’avait abandonnée. Il était mort, heureusement, mais elle avait besoin de beaucoup réfléchir pour contracter une nouvelle union, malgré toute la sympathie que je lui inspirais.

« Le temps passa. Sa présence, son sourire étaient devenus pour moi un besoin aussi impérieux que la nourriture ou le sommeil.

« Elle avait la folie des bijoux. Les gemmes les plus coûteuses lui paraissaient des choses de première nécessité, le mot indispensable revenait sans cesse dans les demandes qu’elle m’adressait avec une désinvolture superbe : « indispensables », les colliers de perles pour faire ressortir la blancheur de sa peau, les rivières de diamants pour montrer que leurs feux étaient moins étincelants que ses beaux yeux, les rubis moins rouges que ses lèvres et jusqu’à un diadème de saphirs « indispensable » pour donner à sa fastueuse chevelure le reflet bleuté de l’aile du corbeau.

« Elle me remerciait à peine et le lendemain c’était une nouvelle fantaisie plus onéreuse que celle de la veille. Puis, il fallut des robes en harmonie avec les bijoux. On fit venir les toilettes de la Nouvelle Orléans, de New York, de Paris même.

— Cela coûte cher, dit froidement le détective.

— Tout m’était égal, pourvu qu’elle fût contente. J’étais en proie au vertige, je puisais à pleines mains dans la caisse sans vouloir songer aux conséquences. Notez que jusqu’alors je n’avais pas obtenu la plus légère faveur. C’est à peine si elle me permettait de lui baiser la main. Si je tentais de devenir plus familier, j’étais foudroyé par un regard de reine offensée, accompagné d’une moue hautaine.

« Enfin mes soins furent récompensés. C’est-à-dire que nos fiançailles furent célébrées, mais dans le plus grand mystère. Violante avait d’excellentes raisons pour ne pas attirer sur sa personne l’attention publique.

« Dès lors de nouvelles complications surgirent ; la famille de la noble señora refusait son consentement, puis Violante avait des dettes laissées par son premier mari. Sous divers prétextes, elle me demanda des sommes dont l’importance allait croissant « mais qui n’étaient, disait-elle, qu’une avance, dont les riches terrains miniers qu’elle m’apportait en dot, me rembourseraient amplement ».

« Enfin le jour vint où je dus avouer que je devais trois cent mille dollars à ma caisse. Je tremblais que cette révélation n’amenât une rupture.

« Il n’en fut rien.

« Violante me répondit, avec un beau sang-froid, que, puisque j’en étais arrivé là, je ne serais pas puni plus sévèrement pour avoir volé deux millions de dollars que trois cent mille. Nous n’avions qu’à traverser le Rio del Norte pour nous trouver en sûreté au Mexique. Là notre mariage serait célébré et grâce à l’argent volé je pourrais mettre en valeur les fameux terrains miniers qui constituaient la dot et qui renfermaient des gisements aurifères d’une richesse incalculable.

« Elle finit par me persuader, ajouta Ned Markham en rougissant, je n’ai pas besoin de vous raconter ce que vous savez déjà…

— Pourquoi, demanda brusquement le détective, n’avez-vous pas traversé la frontière aussitôt après le vol ?

— C’était bien notre intention, mais il s’est produit un contretemps. L’enquête du coroner et les autres formalités m’ont retenu très tard. Les Indiens venus de la rive mexicaine s’étaient lassés d’attendre et étaient repartis et j’ai dû rester à Presidio toute la journée du dimanche.

— Ce qui a bien manqué de vous devenir fatal.

— C’est vrai, je n’avais que très peu d’avance sur vous… Mais j’ai hâte d’en finir avec ma misérable aventure. Une fois en sûreté, nous prîmes le train jusqu’à Mexico, et je remarquai que Violante paraissait préoccupée, elle n’adressait la parole à personne et le panama qu’elle portait était toujours rabattu sur ses yeux, j’en sus plus tard la raison. Une fois elle m’arracha des mains un journal illustré que je m’apprêtais à lire et le lança par la portière du wagon, et quand je lui demandai l’explication de ce geste : « Vous n’avez pas besoin de lire, me dit-elle, cela me déplaît, cela doit vous suffire. » Un voyageur m’apprit plus tard que l’illustré contenait les portraits de plusieurs bandits célèbres, entre autres, ceux du général Pedro Estrada et de sa dévouée lieutenante, la fameuse doña Alferez.

« Vous devinez n’est-ce pas que la doña Alferez et Violante Alvaredo n’étaient qu’une seule et même personne…

« Il avait été décidé que notre mariage aurait lieu dans le magnifique domaine de l’Estanzilla que possédait ma fiancée à cinq jours de marche de la capitale et qui occupait, assurait-elle, toute une vallée délicieusement fertile. À Mexico nous achetâmes des chevaux et nous nous mîmes en route, accompagnés de quatre hommes que Violante avait choisis elle-même.

« À mesure que nous nous éloignions de la ville, elle reprenait toute sa gaieté et toute son arrogance. Je m’aperçus que les rares vaqueros ou Indiens que nous rencontrions la saluaient avec une déférence exagérée. Elle m’expliqua effrontément que sa famille était très puissante et très populaire dans la région et que le respect qu’on lui témoignait était tout naturel. La vérité, c’est que les passants – si respectueux – avaient grand-peur d’être détroussés.

« Nous fûmes obligés de faire un long détour pour éviter de traverser les placers de Santa Maria, un des principaux établissements de la Mexican Mining Bank, qui ne sont qu’à dix milles de l’Estanzilla.

« Après une série de marches fatigantes à travers un pays montagneux et sans routes tracées, nous atteignîmes l’Estanzilla, où je comptais enfin trouver la récompense de mes peines.

« Je demeurai muet de surprise, le magnifique domaine se réduisait à un fort démantelé qui doit dater de l’occupation française, au lieu de la fertile vallée qu’on m’avait annoncée, des ravins stériles aux rocs tourmentés dont le fort occupait le point culminant.

« Violante riait aux larmes de ma mine désappointée : « Entre, me dit-elle, me tutoyant pour la première fois depuis que nous nous connaissions, tu n’es pas au bout de tes étonnements. » Nous franchîmes un pont-levis, des portes massives s’ouvrirent comme d’elles-mêmes à notre approche pour se refermer aussitôt derrière nous. Nous étions dans une vaste cour carrée, où une trentaine de cavaliers armés jusqu’aux dents contenaient leurs chevaux, comme s’ils eussent été prêts à partir en expédition.

« À la vue de ces hommes aux faces patibulaires, le voile de l’illusion se déchira, la vérité m’apparut : J’avais été odieusement berné, c’est dans un repaire de voleurs de grand chemin que j’apportais les deux millions de dollars que j’avais volés moi-même. Tout s’écroulait autour de moi.

« Je faillis m’évanouir de saisissement.

« Au centre de la troupe dont il était sans doute le chef, se tenait un cavalier dont le sombrero et le zarape étaient galonnés et brodés d’or. Deux énormes brownings à pommeau d’argent étaient passés dans sa ceinture et sa selle était couverte en peau de jaguar. Gros et robuste, le teint basané, le visage très régulier, orné de deux longues et fines moustaches noires, ce personnage ne manquait pas d’allure.

« C’est vers lui que – sans plus se préoccuper de moi que si je n’avais jamais existé – Violante dirigea son cheval, puis, se haussant sur ses étriers, elle embrassa l’homme, à pleine bouche, avec une sorte de gloutonnerie passionnée.

« Me voilà, mon Pedrillo adoré, murmurait-elle, en l’étreignant ardemment dans ses bras, âme de mon cœur ! que je suis heureuse ! Trésor de ma vie ! Je ne te quitterai plus jamais, même pour un seul jour !

« Et comme Pedrillo ne répondait qu’avec une certaine nonchalance à ces brûlantes caresses, elle jeta un regard brillant de jalousie vers trois ou quatre femmes, assez jolies, qui se trouvaient mêlées aux cavaliers.

« M’as-tu gardé ton cœur, au moins, pendant ma longue absence ? fit-elle. Ah ! si je croyais que tu eusses commis, même par la pensée, un péché contre notre amour, je crois que je t’arracherais les yeux avec mes ongles !…

— As-tu réussi ? demanda-t-il.

— Oui, dit-elle orgueilleusement en me montrant du doigt, j’ai accompli ce tour de force que tu croyais impossible. Le yankee est là avec ses dollars. Regarde s’il ne fait pas une mine à mourir de rire !

« J’étais fou de rage de m’être si sottement laissé berner. Le sang m’aveuglait. Je pris mon browning et je tirai en visant à la tête.

« Avec le plus beau sang-froid du monde elle fit faire un écart à son cheval, ma balle effleura le bord de son léger panama et alla s’aplatir sur le mur.

« Violante n’était nullement émue.

— Voilà l’homme que j’aime, me cria-t-elle, le général Pedro Estrada, qui grâce à tes dollars sera bientôt dictateur du Mexique. Avant un mois nous aurons fait un « pronunciamento » et levé un corps d’armée.

— Tu seras toujours mon adorée, murmura-t-il, flatté dans son amour-propre par ces démonstrations passionnées.

« Je constatai alors que Violante me détestait de toute la puissance de son ingratitude.

— As-tu donc pensé, me cria-t-elle, avec sa moue la plus dédaigneuse, qu’un homme comme toi pourrait jamais devenir mon mari ? Oserais-tu te comparer à Pedrillo ? Lui il tient la campagne avec ses soldats et il prend noblement partout ce dont il a besoin, comme cela est permis en temps de guerre, toi tu n’es qu’un voleur de l’argent qui t’était confié, et je t’ai justement puni !

« Cette fois, c’en était trop, j’étais insulté et bafoué après avoir été dépouillé. J’étais fou de rage, mes mains tremblaient, j’ajustai de nouveau l’aventurière, bien décidé cette fois à ne pas la manquer. Mais avant que j’eusse eu le temps de tirer, un lasso siffla à mes oreilles, je me sentis les bras entravés et je fus brutalement arraché de ma selle avec une rapidité qui ne me donna pas le temps de réfléchir.

« Mon browning avait roulé à terre, les bandits riaient aux éclats, celui qui m’avait si adroitement cueilli tirait sur son lasso de toutes ses forces, me forçant à raboter de mon dos le pavé de la cour, j’eus bientôt les mains et le visage en sang.

« Pendant quelques minutes je servis de jouet à cette canaille.

— En voilà assez ! dit enfin Pedro Estrada, flanquez-le dehors et qu’il aille où il voudra !

— Il serait plus prudent de lui casser la tête, objecta haineusement Violante, il a tiré sur moi, puis il peut nous dénoncer…

— Lui, fit « le général » avec un gros rire, et à qui ? Ce n’est toujours pas au consul des États-Unis ! Ouste ! vous autres, débarrassez-moi de ce coquin, je l’ai assez vu !

« Il ajouta très haut, certainement exprès pour que je l’entendisse :

— Viens, ma belle Violante, tu m’aideras à porter les bank-notes dans la cave de bronze ! Nous allons compter nos richesses.

« Non sans avoir reçu quelques horions je me retrouvai en dehors du pont-levis, mais dans quel pitoyable état ! J’étais meurtri, désespéré, conspué même, par les bandits et de plus sans un sou en poche.

« J’avais eu la présence d’esprit de ramasser mon browning, mais c’est tout ce qui me restait. En me délivrant du lasso, un des « soldats » de Pedro Estrada m’avait subtilement allégé de mon portefeuille et un autre avait raflé toute la menue monnaie que j’avais en poche. Je délibérai si je ne ferais pas mieux de me sauter la cervelle, tout de suite, pour en finir.

« Pourtant je me raidis contre cette faiblesse et clopin-clopant, je me mis en route à l’aventure. Je crois que j’aurais fait pitié à Violante elle-même…

« Il était écrit, cependant, que je devais revoir une fois encore « le général » Pedro Estrada.

« Le soir de cette néfaste journée, j’avais trouvé l’hospitalité dans la hutte d’un péon indien, mais le lendemain, j’étais si courbatu, si déprimé, que c’est à peine si je pus parcourir quelques milles. Je m’étais arrêté pour me reposer dans un petit bois de cyprès, quand un grand bruit de chevaux parvint à mes oreilles.

« Je me dissimulai promptement derrière un buisson et bien m’en prit, Pedro Estrada et une douzaine de ses hommes passèrent à quelques pas de moi.

« Quelle ne fut pas ma surprise en reconnaissant au milieu d’eux, garrotté sur le cheval qu’il montait, l’ancien sous-directeur de la succursale de Presidio, le belge Gérard Perquin le fiancé de Lilian…

— Que vous avez tenté de faire assassiner », dit sévèrement John Jarvis.

Ned Markham baissa la tête.

— Le malheureux Gérard ! reprit le détective avec tristesse, une fatalité semble le poursuivre. Je savais qu’il était au Mexique, mais j’ignorais ce qu’il était devenu. J’ai appris par une lettre de Mr Rabington que sitôt qu’il a été capable de se lever il est parti pour Mexico, après avoir juré à Miss Lilian qu’il retrouverait les millions volés ou périrait à la tâche.

« Markham, votre fille ne méritait pas d’avoir un tel père ! Quand elle a connu votre crime et votre fuite elle a exigé que Mr Rabington prenne hypothèque sur tous ses biens et comme le total de deux millions de dollars n’était pas encore atteint, Gérard s’est engagé à parfaire la somme. Ils sont encore fiancés, mais Miss Lilian, toujours en deuil, ne sort jamais, bien que la population de Presidio lui témoigne le plus grand respect.

— Pourra-t-elle jamais me pardonner ? balbutia Markham avec accablement.

— Si vous essayez sincèrement de réparer le mal que vous avez fait, dit gravement le détective, je vous promets que je vous aiderai.

À ce moment, Bernardillo, sa sieste terminée, se relevait en bâillant et se dirigeait vers John Jarvis. Celui-ci mit un doigt sur ses lèvres.

— Pas un mot, dit-il à l’oreille de Markham. Il est inutile que l’on sache qui vous êtes. Les coureurs de prairie dans le genre de Bernardillo, sont presque toujours en excellents termes avec les bandits.

La chaleur était maintenant devenue supportable. La petite expédition se remit en route, seulement le détective avait modifié son itinéraire. On allait maintenant se diriger à marches forcées vers le placer de Santa Maria – propriété de la Mexican Mining Bank – qui n’était situé qu’à quelques milles du fort de l’Estanzilla où se trouvaient à la fois le fiancé de miss Lilian et les millions volés.

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