Chapitre 1 Un bank-note de mille dollars
Deux voyageurs, à peu près vêtus à la façon des cow-boys, et qui tous deux paraissaient épuisés de fatigue, descendaient lentement les pentes d’une vallée déserte de la Cordillère, à une trentaine de milles de Mexico. Leurs vêtements étaient couverts de poussière, la sueur ruisselait de leurs fronts et ils pliaient presque sous le poids de deux sacs de toile remplis d’ustensiles et d’outils.
Tous deux répondaient au type de voyageurs que l’on rencontre dans cette partie du Mexique, où abondent les prospecteurs, les mineurs sans travail, les aventuriers et les bandits de toute espèce.
— Un peu de courage, Dadd, dit le plus âgé des deux hommes, qui paraissait avoir une quarantaine d’années et dont les façons, en dépit de sa barbe inculte et des loques dont il était vêtu, gardaient une certaine allure de gentleman. Un peu de courage ! dans une demi-heure nous serons arrivés ! Regarde, tout là-bas au fond de la vallée, on peut déjà distinguer les échafaudages, le « derrick » du puits à pétrole et les hangars de la mine allemande.
— Il est grand temps que nous arrivions, répondit le second voyageur, un maigre adolescent, au nez crochu, au menton de galoche, qui ressemblait à une vieille dame très laide, mais dont la physionomie était néanmoins sympathique et malicieuse.
D’un geste accablé, il remonta une des bretelles qui soutenaient son sac, et continua à suivre en silence le sentier rocailleux.
— Je suis à bout de forces, mon vieux Toby, s’écria tout à coup l’adolescent en se débarrassant de son sac, qu’il jeta violemment à terre.
« Il est midi et nous marchons depuis le lever du soleil. Te reste-t-il encore quelques provisions ?
— Un peu de lard fumé et une galette de maïs, et peut-être au fond de ma gourde, une gorgée d’eau-de-vie de canne.
Sans attendre la réponse de Dadd, Toby s’était, lui aussi, débarrassé de son sac, dont il tira la galette de maïs qui était à la fois gluante et dure, le morceau de lard fumé, à peine plus gros qu’une boîte d’allumettes ordinaire. Il partagea fraternellement le tout avec son camarade.
Les deux vagabonds s’étaient installés à l’ombre d’un rocher, sous lequel un peu d’herbe avait poussé, et reposaient leurs membres endoloris.
Ils ne se relevèrent que quand il ne resta plus un seul atome des provisions, plus une seule goutte d’eau-de-vie au fond de la gourde.
— Cela va mieux, s’écria Dadd, avec un sourire qui ressemblait à une grimace, mais je crois bien que, sans cette petite collation, j’aurais été tout à fait incapable d’atteindre les établissements de la Deutsche Natrona, dont nous ne sommes plus guère qu’à un demi-mille.
— Heureusement que là, nous allons nous dédommager de nos privations.
— J’en ai la ferme conviction. Où qu’il se trouve, le docteur Kristian aime à mener une existence très large. De plus, je vais lui apprendre bien des choses qu’il ne sera pas fâché de connaître.
— Et tu vas me réconcilier avec lui ?
— C’est promis ! Dépêchons-nous maintenant, il me tarde d’être arrivé.
— Tu ne parlais pas de cette façon, il y a un instant.
— Maintenant cela va tout à fait bien, puis nous touchons au but de notre voyage, et c’est toujours une chose agréable.
Ils continuèrent d’avancer malgré la chaleur, accablante à cette heure de la journée. Le soleil frappait la terre presque perpendiculairement, les arbres et les rochers ne projetaient plus aucune ombre ; une vapeur violette ou bleue s’élevait des montagnes lointaines comme si, sous cette ardeur dévorante, la terre eût exhalé les dernières traces de l’humidité qu’elle pouvait renfermer.
— Sale pays ! grommela Toby.
— Il est certain que ce n’est pas aussi opulent que les belles cultures d’orangers qui environnent Los Angeles. Ce pays a pourtant certains avantages ; ici la police n’est pas contrariante, comme dans le Nord.
— Il n’y a pas de bonheur complet en ce bas monde, conclut Toby avec une résignation toute philosophique.
Tout en parlant, ils étaient arrivés en face d’une solide palissade derrière laquelle s’élevaient les bâtiments de l’exploitation minière.
Dadd tira la corde d’une cloche ; des aboiements se firent entendre de l’intérieur, et un gros homme qu’escortaient deux dogues d’Ulm parut de l’autre côté de la barrière à claire-voie.
Ce personnage, petit et chargé d’embonpoint, était complètement rasé, et il y avait dans l’expression de sa physionomie une certaine bonhomie pédantesque qu’accentuaient encore un menton à triple étage et de vastes lunettes à branches d’or.
Vêtu de toile écrue, il était coiffé d’un chapeau pointu de forme tyrolienne, orné d’une plume et qui semblait beaucoup trop petit pour le vaste crâne sur lequel il était posé comme une toiture sur une chaumière.
— Que voulez-vous ? demanda-t-il d’un ton autoritaire à ses deux minables visiteurs, en employant la langue espagnole, mais avec un fort accent allemand.
— Je voudrais parler au Señor ingénieur, fit Dadd en se découvrant respectueusement.
— C’est moi l’ingénieur, Ludwig von Hagenbach, docteur de l’université d’Iéna, conseiller privé, pour le moment directeur de la Deutsche Natrona.
Le directeur avait énuméré ses titres avec une complaisance et une solennité dont Dadd se garda bien de sourire.
— Il y a erreur, fit-il, c’est au Herr Doktor Kristian que je désire parler.
Ces simples paroles amenèrent dans la physionomie de l’Allemand un changement aussi subit qu’extraordinaire. Sa face rose devint écarlate, ses mains furent agitées d’un tremblement.
— Vous êtes des amis du docteur Kristian ? demanda-t-il en se contenant à grand-peine.
— De ses amis intimes, répliqua Dadd en se rengorgeant.
D’écarlate, le docteur était devenu violet, et à la grande surprise de Dadd, il s’écria en poussant de véritables hurlements auxquels les dogues firent chorus.
— Voulez-vous fiche le camp, tas de bandits ! et plus vite que ça ou je vous fais manger par mes chiens ! Ah, vous êtes les complices de cet infâme gredin qui a disparu il y a huit jours en emportant trois milliards de marks, qui est en relations avec tous les coquins du pays et qui nous a vendu des mines qui n’existaient pas !
Le gros homme était dans un état de fureur qui touchait à l’apoplexie, mais ni Dadd ni Toby ne restèrent là pour voir si oui ou non il serait foudroyé par une congestion.
Ils détalèrent de toute la vitesse de leurs jambes en adressant au Herr Doktor toutes les injures de leur vocabulaire en anglais, en français, en espagnol et surtout dans cet argot des malfaiteurs qu’on appelle le « slang ».
Lorsqu’ils furent arrivés à une certaine distance des bâtiments de la Deutsche Natrona, Dadd fit halte brusquement. Il était exaspéré.
— Tu te figures peut-être, dit-il à son compagnon, que la chose va se passer comme cela ? Que nous allons continuer à traîner la savate sur les grandes routes – si encore elles étaient bien entretenues ! – Quand ce ne sont pas des fondrières ce sont d’anciens lits de torrents dont les cailloux aigus vous déchirent les pieds.
— Tu as une idée ?
— Bien sûr ! et mon idée c’est tout d’abord de tirer vengeance de ce gros Allemand qui nous a jetés à la porte avec tant d’arrogance. Je comprends que le docteur Kristian lui ait volé sa caisse. Il ne pouvait pas moins faire. En le faisant, il a joué certainement un rôle providentiel. Sa conduite nous indique celle que nous avons à suivre.
— Je pense que tu n’as pas l’idée d’attaquer le Herr Professor dans son camp retranché où il possède toutes sortes de moyens de défense, des armes de précision, des chiens féroces…
— Il ne s’agit pas de cela. Nous allons tout simplement attendre qu’il sorte. Il serait bien extraordinaire qu’il n’eût pas sur lui une somme suffisante pour nous permettre de regagner Mexico où nous tâcherons de retrouver la piste du docteur Kristian. Il faut absolument que nous sachions ce qu’il est devenu.
Dadd avait une véritable autorité sur Toby. Celui-ci accepta donc de se ranger à son idée et tous deux, en attendant que la grosse chaleur fût un peu tombée, s’installèrent à l’ombre d’un rocher pour faire la sieste.
Ils savaient qu’à cette heure du jour, et par cette chaleur, aucun Européen ne peut sortir, sous peine de s’exposer à une insolation, et l’endroit où ils s’étaient installés était situé en bordure de l’unique sentier qui aboutissait à la factorerie.
Les deux vagabonds étaient accablés de fatigue, aussi leur sieste se prolongea-t-elle beaucoup plus longtemps qu’ils ne se l’étaient proposé. Le soleil déclinait derrière les pics déchiquetés de la Cordillère lorsqu’ils se réveillèrent enfin. Ils étaient parfaitement reposés, mais ils mouraient de faim.
— Où allons-nous ? demanda Toby, dont le sommeil avait embrouillé les idées.
— Tu sais bien, répliqua Dadd que nous attendons Ludwig von Hagenbach.
— Singulière idée que tu as eue là, grommela Toby tourmenté par une faim dévorante, et si ce gros Allemand ne sort de sa forteresse que d’ici huit jours, nous faudra-t-il mourir d’inanition en attendant son bon plaisir ?
Dadd, qui de même que son compagnon était torturé par de cruels tiraillements d’estomac, était de fort méchante humeur.
— Me prends-tu pour un imbécile ? riposta-t-il avec aigreur. Nous occupons le seul sentier par lequel puissent passer les gens de la factorerie. De toute façon, il faudra bien qu’ils sortent.
— Et s’ils ne sortent pas ?
— Tais-toi donc ! Est-ce que tu ne t’es pas toujours bien trouvé de mes conseils ?
— Cela dépend ! grommela Toby avec un haussement d’épaules.
La discussion menaçait de s’envenimer quand des aboiements retentirent dans la direction des hangars.
Dadd et Toby se glissèrent précipitamment derrière un rocher.
La barrière venait de s’ouvrir et le professor Ludwig von Hagenbach en sortit, pour aller respirer le frais dans la montagne, après sa sieste.
Ce savant personnage voulait sans doute profiter des dernières heures du jour, pour se livrer à sa passion pour les sciences naturelles, car il était muni de tout un attirail compliqué. Il portait en bandoulière une longue boîte verte destinée à recueillir les plantes, un filet à papillons reposait sur son épaule, sa ceinture était garnie d’un lourd marteau de géologue, qui faisait pendant à un revolver presque aussi gros qu’une mitrailleuse ; enfin sa canne qui renfermait intérieurement un parasol se terminait par une petite bêche pointue arrondie en forme de cœur qui, suivant le cas, pouvait être employée comme outil d’herborisation ou comme arme défensive. Nous allions oublier une lunette d’approche de gros calibre et une musette remplie de provisions qui se faisaient équilibre de chaque côté de sa bedaine.
Le professeur s’avançait gravement, s’arrêtant à chaque instant pour regarder le paysage ou se penchant pour étudier le sol, en homme pour qui une promenade est une occupation sérieuse et bien rétribuée. Il mit presque un quart d’heure à franchir la courte distance qu’il y avait entre l’établissement, dont il était directeur, et l’endroit où ses deux ennemis s’étaient mis en embuscade.
Il venait d’y parvenir lorsqu’il aperçut à terre une petite plante grasse, à fleur jaune, qui sans doute manquait à ses collections car il se baissa rapidement pour la cueillir en poussant un cri de joie.
Il n’eut pas le temps de se relever.
Petit Dadd, agile comme un singe, lui avait sauté sur les épaules, pendant que Toby le gratifiait d’un croc en jambe qui le fit s’étaler tout de son long, le nez sur la plante qu’il s’apprêtait à cueillir.
Embarrassé par l’attirail dont il était chargé, le pauvre docteur n’opposa qu’une faible résistance aux deux gredins.
En un clin d’œil, il se vit dépouillé de son revolver-mitrailleuse, de son sac à provisions et de tout ce qu’il portait. Pour l’empêcher d’appeler au secours, Dadd lui avait enfoncé dans la bouche un vieux mouchoir de poche horriblement sale. Von Hagenbach était à demi asphyxié, et de plus, il s’était cruellement meurtri dans sa chute.
Les deux bandits lui enlevèrent son gilet et son veston dans les poches duquel ils trouvèrent quatre piastres mexicaines, de la menue monnaie, et un portefeuille que Dadd fit disparaître avec l’agilité d’un prestidigitateur de profession, en se réservant de l’examiner plus tard tout à loisir.
Le docteur fut aussi dépouillé de sa chemise, de ses lunettes à branches d’or qui allèrent rejoindre le filet à papillons et le marteau géologique.
— J’aime assez l’histoire naturelle, fit Dadd qui s’était passé en sautoir la boîte verte d’herborisation.
Puis après avoir fait une grimace à sa victime, qui se débattait désespérément, tel un veau marin échoué sur un banc de sable.
— Est-ce qu’on lui enlève sa culotte ? dit gravement Toby.
Le docteur, malgré le bâillon qui l’étouffait, poussa un grognement de désespoir. Il tourna vers Toby des regards si suppliants que celui-ci qui, au fond, n’avait pas une mauvaise nature, se laissa presque attendrir.
— Bah ! fit-il, laisse-lui sa culotte ; comme dit un proverbe français « Il ne faut pas tuer tout ce qui est gras ». Puis ce coutil n’a pas l’air de très bonne qualité, ce doit être un « ersatz », une espèce de culotte en papier si tu préfères.
Le malheureux docteur ne bougeait plus depuis qu’il avait entendu dire qu’il ne faut pas tuer tout ce qui est gras – lui qui était d’une corpulence énorme – il se demandait s’il n’allait pas être immolé immédiatement.
— Laissons-lui sa culotte, fit Dadd avec beaucoup de magnanimité. Elle serait beaucoup trop grande pour moi, d’ailleurs. Puis, ce n’est peut-être pas la peine de rester trop longtemps dans ces parages. Attache-moi solidement cet honnête savant, nous allons filer.
Toby s’empressa d’exécuter cet ordre ; il garrotta solidement le prisonnier et eut même la pensée délicate d’arranger le bâillon de façon à ne pas trop le faire souffrir.
Petit Dadd, qui ne se départait pas un instant de son caractère jovial, adressa à sa victime un profond salut avant de l’abandonner à son malheureux sort.
— Au revoir, Herr Doktor, lui dit-il, bien des choses de ma part à l’université d’Iéna. Je vous autorise à écrire à votre consul à Mexico que vous avez été victime d’une agression de la part de von Toby et de von Petit Dadd.
« À part cela, ajouta-t-il d’un ton menaçant, si jamais vous avez la mauvaise idée de porter plainte contre nous, je reviens pour vous couper les oreilles.
— Et pour vous enlever votre culotte, ajouta Toby, qui trouvait excellente cette mauvaise plaisanterie.
— Je vais lui laisser son filet à papillons, déclara gravement Petit Dadd, je suis trop bon, on m’a toujours dit que c’est cela qui me perdrait.
Après s’être copieusement divertis aux dépens de leur victime, Toby et Petit Dadd la laissèrent assez peu confortablement installée à l’ombre du rocher.
— Maintenant, déclara Dadd, qui pliait sous le poids du butin dérobé au docteur, il faut comme disent les gens de sport, « faire de la vitesse ». Il ne serait pas intéressant du tout que les péons de la factorerie nous tombent sur le dos, avec leurs chiens.
— Tu es bon, toi, grommela Toby, moi j’ai une faim atroce.
— Ma foi, tu as raison, on ne va pas bien loin quand on n’a rien dans le ventre. Nous allons donner un coup d’œil aux provisions du Herr Doktor. J’ai toujours entendu dire que les Allemands faisaient un dieu de leur ventre.
— Je souhaite qu’on ait dit vrai.
Petit Dadd ouvrit la musette et en retira avec une mine extasiée une grosse tranche de jambon, des tartines beurrées, une paire de saucisses, la moitié d’un petit pain rond et une importante bouteille de kirsch.
Petit Dadd était à la fois émerveillé et stupéfait.
— Parle-moi de ces gens-là, s’écria-t-il, ça c’est épatant ! S’il ne mange que cela pour son lunch, qu’est-ce que ça doit être à son dîner ? J’en ai une indigestion, rien que d’y songer.
— Tu penses, fit gravement Toby, que ce n’est pas en mangeant de la ficelle qu’il a attrapé une bedaine pareille.
Avec une rapidité surprenante, le pain, le jambon et les saucisses disparurent. Il en fut de même d’une petite boîte de harengs de la Baltique que Dadd avait découverte dans la poche du veston du docteur.
Après ce festin, les deux bandits donnèrent une forte accolade à la bouteille de kirsch.
Ils se sentaient maintenant tout à fait ragaillardis, heureux de vivre, ils envisageaient l’avenir avec confiance et ils n’avaient pas assez de plaisanteries pour se moquer du docteur dont ils venaient d’absorber les provisions de bouche.
— Si on retournait chercher le filet à papillons et la culotte, proposait Toby.
— Vraiment cela m’étonne de toi, répliqua Dadd sévèrement, tu n’es pas un gentleman !
« Je vais voir plutôt ce qu’il y a dans son portefeuille.
Toby était devenu silencieux, Dadd exhiba d’abord divers passeports ornés de cachets multicolores, un diplôme sur parchemin, délivré par la fameuse université d’Iéna et quelques autres pièces d’identité.
Enfin il tira d’un compartiment secret un bank-note de mille dollars qu’il étala complaisamment aux yeux de Toby.
Le bandit le regarda quelque temps avec attention, le froissa et le replia plusieurs fois, en examina les numéros, puis tout à coup, il se leva avec un geste de colère.
— Nous allons retourner sur nos pas, dit-il avec emportement, et que le diable m’emporte si je ne coupe pas les oreilles au docteur.
— Hein ? fit Dadd abasourdi.
— Dame ! Il n’aurait que ce qu’il mérite, c’est un abominable filou. Il nous a « refilé » un bank-note faux.
— Tu es sûr ? murmura Dadd accablé.
— Tu penses que je suis compétent dans la matière. J’en ai fabriqué. Regarde d’un peu près, tu verras que la tête de l’aigle n’est pas nette ; le papier est trop épais, et les numéros ne concordent pas.
— Décidément, fit Dadd, avec le plus grand sérieux, ce boche est un sale voleur.
— Est-ce qu’on retourne lui couper les oreilles ?
— Eh bien, non ! répondit Dadd après un instant de réflexion. Nous allons gagner au plus vite la station qui n’est qu’à un mille d’ici.
— Je ne te reconnais plus, mais alors, et le bank-note ?
— Je vais le passer, c’est ce que nous avons de mieux à faire.
— Personne n’en voudra.
— Tu crois ?
— Mais comment t’y prendras-tu ?
— Mon vieux, fit Dadd en clignant de l’œil, cela me regarde. Je ne sais pas encore comment je ferai, mais je suis bien sûr d’une chose, c’est que je réussirai. Tout ce que je te demande, c’est de me laisser faire.
— Je sais que tu es un malin, murmura Toby un peu vexé, chacun a ses qualités spéciales…
Dadd n’entendit pas la dernière moitié de cette phrase, il avait pris un pas tellement accéléré, qu’il avait déjà laissé Toby très en arrière ; celui-ci se hâta de le rejoindre, et après une demi-heure d’une course folle, tous deux arrivèrent à la station de l’Estanzillo, où ils réussirent à monter dans le train sans autre aventure.
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