‹ Les Carbonari de l’amourChapitre 24 sur 24 · II. L’Épine blanche · 07

II. L’Épine blanche · 07

Pendant que mandolines et guitares modulaient leurs plus tendres et leurs plus lascives symphonies ; pendant que, de toutes parts, les couples enlacés se livraient aux délices de l’amour, et qu’aux ahans énergiques des mâles en rut répondaient les rires perlés ou les soupirs aiguillonnants des jeunes femmes affolées de jouissance, une des loges supérieures de la Rotonde était le théâtre d’une scène étrange.

Joséphine, la perverse petite châtelaine, avait au début de la fête galante, entraîné avec elle Anna Dumoulin, la mignonne héroïne dont nous avons dévoilé les amoureux exploits dans le pavillon de chasse de la Cerisaie, en tête à tête avec Louis d’Aunac et son cousin Paul de Civray. — Les deux jeunes filles également émoustillées, voulaient jouir du coup d’œil plongeant sur toutes ces fureurs érotiques, et embrasser dans son ensemble le spectacle de toutes ces amoureuses caresses. Nos deux jeunes amies ont escaladé côte à côte, en riant, le grand escalier de marbre et s’élancent gracieuses dans la galerie circulaire. Rien ne gêne leur démarche de vierges graciles, car tous vêtements importuns, sont restés au vestiaire ; et, dans leur impudique nudité, les mignonnes se regardent avec une admiration mêlée de désirs encore inavoués chez Anna, mais déjà aiguillonnants chez Joséphine. Toutes deux troublées et frémissantes pénètrent dans la première loge qui se présente à leurs yeux, et courent à la balustrade de porphyre.

Le bras de Joséphine étreint la taille souple d’Anna, qui enlace brusquement les reins cambrés de la jeune châtelaine, effleurant d’une main légère la rondeur séduisante de ses deux seins crispés. « Chérie, murmure Joséphine en baisant doucement son amie sur les lèvres, te souvient-il de toutes les espiègleries que nous faisions ensemble au couvent ? » — « Oh ! oui ! surtout quand Suzanne et Marcelle nous enseignaient pour s’amuser, toutes les sottises sans nom qu’elles aimaient tant de nous voir accomplir. » — « Avoue, Anna, que ni toi ni moi n’éprouvions la moindre peine à satisfaire nos grandes amies. » — « Les polissonnes !… comme elles nous excitaient habilement à les satisfaire !… Quelles espiègles que Suzanne et Marcelle ! » — « Elles promettaient, les friponnes ! » — « Et elles ont tenu ce qu’elles promettaient ma chère… Regarde donc Marcelle, là-bas… au pied de ce lit vers lequel la pousse le Comte d’Ermenonville qui veut jouir d’elle… Vois-tu, chère Joséphine, comme Marcelle écarte les cuisses, la lubrique !… » — « Elle ouvre la porte d’amour à son amant. Rien de plus naturel que cette tendre prévenance… tiens, Anna, les voilà aux prises… C’est Suzanne que je voudrais voir jouer du violon… où se cache-t-elle ?… — « Comment, ne la vois-tu pas, là en face de nous… Oh ! ma chère, elle peut concourir présentement avec Marcelle pour le titre de Rosière… ne la vois-tu donc pas, agitant avec une rapidité fébrile son gros et blanc derrière ?… — « Comment, tu crois que c’est Suzanne qui nous étale ainsi son beau fessier ? » — « Oh ! je reconnaîtrais son cul entre mille… » — « C’est elle, en effet, tu as raison ; et quel est donc l’heureux favori que Mademoiselle d’Arvan chevauche avec tant d’allégresse ? » — « C’est le bel Olivier d’Haricourt le plus voluptueux organisateur de cette fête érotique. » — « Vois donc comme il prend tendrement son plaisir de la jolie Suzanne, comme ses mains finement aristocratiques se promènent avec lenteur sur les flancs satinés et vibrants de son cavalier femelle. » — « Il est juste, ma chère, qu’il se paye des peines qu’il a prises, et qu’il jouisse à son gré de celles d’entre nous qui ont l’heur de lui plaire. Je t’avoue, Joséphine que je languis d’être sa victime. » — « Et moi donc ! Tu peux être certaine que je brûle de me livrer à lui, » — « Ma tendre amie cet heureux moment ne tardera guère pour toi… Ce matin même, le Marquis disait devant moi à ta maman qu’il éprouvait une folle envie de te chatouiller l’entrée de la matrice… » — « Oh ! le vilain ! Et qu’à répondu maman ? » — « Comme toi elle a dit : Fi ! le vilain !… et, le prenant par la main, elle l’a invité en riant à venir dans sa chambre… » — « Pourquoi faire ? » — « Oh ! cela se devine, ma belle. Ils ne sont ressortis qu’un long moment après, en compagnie de Justine qui avait été témoin de l’acte… elle me l’a avoué après. » — « Eh ! quoi, il l’a eue devant Justine ?… » — « Sans éprouver la plus petite honte, ne pouvant, pour le moment chatouiller la matrice de la fille, il s’est contenté en houspillant celle de la maman : Sais-tu bien Joséphine, que ta mère est digne de toi ? » — « C’est vrai, tous les messieurs assurent que maman est une voluptueuse. » — « Tiens, la voilà, justement occupée à se faire mettre ça par le joli Bastien… » — « Et vois donc comme elle rit, et comme elle tressaute, en lui introduisant son joli bijou au bon endroit !… » — « Ma chère Joséphine, nous sommes ici admirablement installées pour juger des coups, mais avoue que… » — « J’entends, petite effrontée, tu aimerais mieux être actrice que spectatrice ? » dit Joséphine en cherchant du bout des doigts le bouton d’amour de la gentille Anna, bouton qu’elle n’eut pas de peine à découvrir entre les grandes lèvres entrebâillées du conin de son amie… « Oh ! chérie, lui dit Anna en sursautant, chatouillée, je regrette que nous n’ayons pas amené avec nous l’un de ces jeunes gens qui nous mettrait ça par derrière, tandis que nous ne perdrions rien de tout ce qui se passe de charmant dans le temple de l’Amour.

La jeune belle-sœur de Valentine Dumoulin venait de prononcer ces paroles lorsqu’elle sentit deux cuisses musculeuses s’appliquer très étroitement contre ses fesses rebondies, et qu’un volumineux engin chercha à se frayer passage entre ses cuisses embrasées. Au comble de la joie et, sans changer de posture, la lascive fillette écarta légèrement les jambes et, malgré les dimensions énormes de son impertinent visiteur elle lui offrit gracieusement l’hospitalité la plus confortable. Au même moment Joséphine sentait de son côté deux bras vigoureux l’étreindre par derrière, et un Priape insolent profiter de ce que ses deux cuisses étaient écartées, pour pénétrer d’un seul bond jusqu’au fond de son vagin frissonnant. Sans s’inquiéter autrement de s’enquérir à qui appartenaient les deux hôtes lubriques à qui elles venaient d’ouvrir l’asile de leur pudicité, les deux amies de Couvent s’abandonnant aux chaudes caresses de leurs assaillants inconnus, buvaient des yeux le spectacle enchanteur de quinze couples occupés à savourer dans toutes les postures imaginables les ineffables ivresses de leurs sexualité délirante.

La délicieuse surprise qui venait de combler les vœux d’Anna n’était pas un effet du hasard. Si les deux jeunes filles n’avaient pas été si émues en pénétrant dans leur loge, elles auraient pu entendre des bruits de voix, et des éclats de baisers dans la loge voisine… Elles auraient vu tout à l’heure s’entr’ouvrir leurs rideaux, et apparaître dans l’entrebâillement la tête souriante d’une grande et belle femme.

Cette inconnue qui avait entendu et si vite exaucé le vœu érotique d’Anna n’était autre que l’intime amie de Nounou et son initiatrice aux joies de l’amour. C’était Madame Clarisse, cette élégante amie du Corse Ursino, qui avait présidé autrefois à l’initiation de Justine Tizarello, initiation opérée par le jeune Corse dans le salon et sur le sopha de la complaisante courtisane. C’était Clarisse qui, sur la prière de Nounou, avait enrôlé et dressé tous ces gamins et gamines, enfant de chœur, du temple de Vénus ; Clarisse qui dans une secrète entrevue avec Nounou, la Marquise et Olivier, avait réglé tous les détails de l’apothéose qui devait dignement terminer la fête d’amour par une éclatante surprise.

Grâce à l’habileté et à la complaisance de Clarisse, dix-huit Éthiopiens dans toute la force de la jeunesse, solidement charpentés et débordant de sève, étaient arrivés de Bordeaux l’avant-veille, sous la conduite du Révérend Stephenson, vénérable missionnaire attaché à l’importante entreprise coloniale Watter-Foot et Co. La Directrice en chef de la maison Mistress Mac-Ayrel, qui avait reçu de Clarisse certains services d’une importance capitale, avait consenti, sur la prière de son amie, à lui confier la fleur de ses nègres les plus beaux et les plus vigoureux. Par surcroît de précaution et pour éviter toute déperdition de marchandise, chacun des Éthiopiens avait été muni d’un cadenas de chasteté dont le Révérend missionnaire remit la clef à Clarisse, en lui faisant livraison de sa cargaison « d’Épines noires » dans la ferme de Mauvalat, vieille construction à demi ruinée, inhabitée depuis des années et des années et que sa situation sur le bord de la grande route aurait dû cependant sauver de l’abandon.

Des bruits sinistres propagés et grossis par la superstition des paysans, couraient sur cette vieille demeure. Ce fait n’étonnera point nos lecteurs quand ils apprendront que les Carbonari avaient autrefois fait de Mauvalat leur lieu de rendez-vous, et que cette vieille maison communiquait par un souterrain secret avec la Rotonde qu’ils connaissent. C’est par un souterrain que les soldats étaient introduits dans le sanctuaire tandis que les chefs, nous l’avons vu, y pénétraient par le château de la Vigeraie. — Éveline et le Marquis d’Haricourt, après maintes recherches, avaient fini par découvrir cette seconde issue, mieux cachée encore que la première. C’est par là que les noirs, guidés par Éveline et Clarisse, avaient pénétré jusqu’à la salle d’attente qui devait être leur unique demeure jusqu’à l’heure de l’action. Là, grâce aux soins empressés de Clarisse, d’Éveline et de Nounou, rien ne leur manquait de ce qui pouvait flatter leurs instincts paresseux et gourmands. Mais telle est l’ardeur de tempérament de cette race brûlante que quelques-uns d’entre eux pleuraient en vain de se débarrasser du cruel cadenas. — Dans ces cas le fouet du Révérend missionnaire intervenait vigoureusement et rétablissait le calme en zébrant de sang le noir épiderme de la bête en rut.

L’heure approchait où ces parias allaient goûter les joies divines du Paradis de Mahomet. — « Demain, leur avait dit Clarisse, pour les consoler de leurs cruelles privations ; demain, beaux enfants du désert, je livrerai à l’amoureuse fureur de vos Priapes déchaînés les corps nus des plus belles femmes blanches de notre pays, aussi luxurieuses que le sont à quinze ans les vierges Éthiopiennes. Je vous livrerai ces beautés enchanteresses dans toute l’ardeur de leur passion, dans tout le feu de l’amour, et je livrerai en même temps à votre rage puissante les corps nus de leurs amants pâmés. C’est sur des couples râlant de volupté que vous bondirez comme les fauves lions bondissent sur un troupeau de tremblantes gazelles. C’est en pleines chairs, blanches et satinées, mâles ou femelles, au gré du hasard, que se planteront, frémissants, vos membres indomptés. Encore quelques heures, amis, et cette sève qui vous tourmente s’épanchera librement à gros bouillons dans les appas de tout sexe les plus blancs ou les plus roses que vous puissiez rêver pour engaîner votre virilité.

Ces libidineuses promesses produisirent un effet magique sur la troupe des mâles Éthiopiens qui vinrent, pêle-mêle, offrir avec le plus vif empressement, comme témoignage touchant de leur reconnaissance, leur langue rouge à la vulve en feu de Madame Clarisse. Celle-ci ne crut pas devoir se dérober à cet hommage spontané. Adossée au divan, les jupes troussées jusqu’au milieu du ventre, les jambes largement écartées, la belle courtisane fut, tour à tour, léchée avec passion par les dix-huit esclaves, en présence du Révérend Stephenson qui la regardait faire avec calme et dignité. Deux des noirs, les plus ardents à l’œuvre, eurent l’heureuse inspiration de lui darder leur langue vibrante dans l’orifice mignon cher aux enfants de Kédom, et lui fouillèrent jusqu’au fondement les mystérieux replis du Cyclope contracté. Clarisse, enthousiasmée de ce sublime hommage déclara qu’elle prenait les deux impudiques à son service intime, alléguant la nécessité de châtier en tête-à-tête leur dévergondage sans pareil. Et comme la nuit approchait, elle confia le noir troupeau au missionnaire, emmenant avec elle les deux élus de son cœur dans la loge supérieure dont elle avait fait sa chambre à coucher.

Là, après une courte absence de leur belle, les deux noirs furent pendant plus de deux heures en butte aux plus énervantes agaceries de leur jolie conquête jusqu’au moment où, ne pouvant plus maîtriser ses impérieux désirs, Clarisse donna enfin la liberté à leurs priapes furieux. Un fol assaut fut livré aux charmes secrets de l’heureuse coquine. Chacun des rivaux voulait la posséder le premier et peu s’en fallut qu’un combat sanglant ne s’engageât. Heureusement, l’ingénieuse créature trouva un moyen bien simple de tout concilier. Renversant sur le dos l’un des deux noirs, elle l’enjamba et s’accroupit sur lui, le cul relevé, offrant ainsi au galant, resté debout, l’entre-deux provoquant de ses fesses d’albâtre. La lutte fut épique, et l’intrépidité des assaillants ne fut surpassée que par l’héroïsme de leur jolie adversaire qui, jusqu’à une heure avancée, défia les lubriques ardeurs de ses noirs amants.

Lassés, à la fin, de tant de folles jouissances, nos trois héros s’endormirent pour ne s’éveiller qu’au bruit confus que firent les premiers arrivants dans la Rotonde.

Pour l’intelligence de notre récit, nous devons rappeler que Madame Clarisse, avant de se livrer à l’amour avec ses deux sauvages galants, avait eu soin d’aller donner ses derniers ordres pour la fête. Servants et servantes du Temple d’Amour, gamins et gamines, jeunes et émoustillantes négresses, tout ce petit monde savait son rôle à merveille. — Clarisse, satisfaite de son examen, en avait confié la garde à sa sous-maîtresse, et était revenue en toute hâte retrouver ses chers amoureux. Nous avons vu comment ils s’étaient endormis au milieu des plaisirs.

Le réveil des deux Éthiopiens fut pour la belle courtisane le signal de nouvelles délices. Dociles esclaves de leur adorable conquête, les nègres obéirent aveuglément aux caprices les plus étranges de la perverse créature. Elle faillit leur arracher, de colère, le signe distinctif de leur virilité parce qu’aucun d’eux ne put venir à bout de pisser dans son bijou. Les pauvres noirs se disposaient de leur mieux à satisfaire cette bizarre fantaisie, mais, à peine, leur organe avait-il pénétré dans le petit retrait rose qu’une érotique contraction de tous les muscles s’opposait à l’émission de l’urine et imposait à l’athlète confus une gymnastique involontaire, à laquelle Clarisse, furieuse de la désobéissance, mais entraînée par le plaisir, ne tardait guère à s’associer, tout en jurant à son partenaire que, l’affaire terminée, elle allait lui arracher sa pique ou ses breloques. Les noirs riaient et montraient leurs dents blanches tout en continuant l’œuvre lascive.

Sur l’ordre de la sous-maîtresse qui vint prendre discrètement certaines instructions de Clarisse, deux gamines montèrent au galant trio le chocolat réparateur. Ce fut, pour les deux nègres et pour leur blanche maîtresse, une agréable diversion aux amoureuses fatigues.

Ils en profitèrent pour aller regarder par le balcon ce qui se passait dans la grande salle de la Rotonde où, en ce moment, les couples enlacés et presque nus, s’abandonnaient aux langoureux accents d’une ravissante musique et attendaient dans l’ivresse de la chair pressée contre la chair le signal de nouveaux plaisirs.

Ce fut avec le plus vif intérêt que nos mystérieux spectateurs écoutèrent les paroles éloquentes de la Marquise et qu’ils suivirent, dans tous ses détails, le dépucelage complet de Mademoiselle Laure Morin. Ils virent toutes les indécentes privautés que se permit sœur Thérèse, la jolie nonne, sur le corps immaculé de la jeune victime. Ils virent le jeune Léon de Rifray sodomisé dans les bras de la vierge par le comte d’Ermenonville. Ils virent Nounou se chatouiller avec fureur ; une tante aristocratique aussi jeune qu’elle était ravissante, enseignant, tour à tour, à ses deux neveux, à jouir pleinement d’une femme ; Justine, la délicieuse soubrette, expérimentant sur un adolescent inexpérimenté, les tendres effets de la feuille de rose ; Berthe, Alice et Marcelle déniaisées à la fois, sur le même lit par trois gaillards qui vous les menaient grelots battants ; Léopold et Bastien dévirginisés avec la plus virile énergie par la chaude Nathalie et par l’effrontée Fernande ; la Marquise, Lucy et Olympe assaillies à leur tour et enfilées comme trois perles fines, avec ce piquant détail que la comtesse Olympe jouait le joli jeu avec son propre fils qui lui déclarait, sans se gêner, que son plus vif désir était de lui loger un petit frère dans le ventre. Ces paroles lubriques, ce spectacle incendiaire exaspéra les sens des deux noirs, et ils allaient se livrer sur Clarisse à de nouveaux attentats, lorsqu’un bruit de voix étouffées attira l’attention de leur maîtresse sur la loge voisine. Ordonnant aux deux galants l’immobilité et le silence, elle alla, sur la pointe des pieds, écarter le rideau de la loge d’où venaient les voix entendues. C’est alors qu’elle aperçut Joséphine et Anna tendrement enlacées, et qui étalaient bien innocemment à ses yeux la nudité provocante de leurs blancs derrières. Peut-être la lascive Clarisse se serait-elle oubliée dans cette délicieuse contemplation, lorsqu’elle entendit Anna exprimer naïvement le vif regret qu’elle éprouvait de ne pouvoir se livrer à un homme tout en jouissant du spectacle érotique que lui offraient tous ces couples enlacés et se caressant avec rage.

Pauvre petite, pensa Clarisse, que ne suis-je un homme ! Comme je te logerais ça avec joie là où cela te démange tant !… et à ton amie aussi, car elle m’a l’air d’en avoir autant d’envie que toi, à la façon dont elle ouvre lascivement ses jolies fesses… Mais, j’y songe… oh ! quelle délicieuse idée !… Quelle ravissante surprise !… allons chercher mes deux nègres !…

Et voilà comment, instruits et guidés par Clarisse, les deux vigoureux Éthiopiens avaient pénétré sans bruit dans le vestibule de la loge, et après avoir quelques instants contemplé par l’ouverture des rideaux la blanche nudité des deux fillettes, venaient d’introniser si gentiment leurs énormes priapes entre les cuisses frissonnantes des deux aimables spectatrices.

Le regard ravi de Clarisse suivit tous les détails de la double et joyeuse surprise. Il ne pouvait se détacher d’un si tendre spectacle. Vous n’ignorez pas, chère lectrice, quel plaisir éprouvait la lubrique courtisane à être témoin des sottises d’amour. Aussi ne s’arracha-t-elle qu’à regret de cet émoustillant tableau. Mais l’heure était venue de lâcher les noirs enfants de Kédom sur les couples énervés de volupté : Clarisse se dirigea à la hâte vers l’appartement des esclaves. Il n’était que temps : Le révérend missionnaire l’accueillit avec un transport de joie et de soulagement, et les noirs exaspérés la saluèrent en reine par un hourra lascif.

Pendant ce temps nos deux petites amies, toujours accoudées sur les balustres de porphyre, savouraient voluptueusement les saccades et les caresses lascives de leurs galants inconnus… — Mais qui donc cela peut-il bien être !… murmura Anna à Joséphine sans détourner ses regards de la scène… — Que nous importe ! répondit son amie les yeux à demi-clos ; laissons-nous faire ça à la garde de Dieu… l’incognito n’est-il pas des plus piquants ? — Et des plus savoureux !… — Laissons-les donc faire à leur guise ! Il sera bien temps de nous retourner pour les remercier quand ils auront fini ! — Tu as raison, Joséphine. Oh ! les jolies choses qui se passent sous nos yeux !

Àce moment, dans la grande salle surchauffée, Éveline venait brusquement de séparer tous les couples aux prises, et malgré les protestations les plus vives, usant de son autorité de Reine d’Amour, elle avait fait adosser chaque dame au pied d’un lit, avec son amant debout et nu, à deux pas en face d’elle. Quelle ne fut pas l’exaspération des jeunes cavaliers lorsque, sur l’injonction de la Marquise, chacune des Dames se mit en devoir de remplacer par un doigt actif et polisson le bijou de son amant. Louis d’Aunac, quand il vit devant lui sa chère petite maman, la gracieuse Olympe, se livrer, en souriant, à l’exquise masturbation imposée par Éveline, éprouva dans tout son être un long frisson d’impétueux désirs et, s’emparant brutalement de son priape furieux, se mit à le secouer avec une énergie fiévreuse… Tous les mâles, entraînés par cet exemple contagieux, portent sur leurs appas virils une main coupable…

Mais l’épreuve est trop forte, et les désirs trop violemment excités…

En un clin d’œil toutes ces dames sont renversées sur le dos, couchées sur les tapis, allongées sur les lits, roulées sur les divans et enfilées avec rage. L’orchestre jette des notes stridentes et lubriques. On dirait la marche triomphale des antiques Priapées. Les couples aux prises, stimulés par l’attente, bondissent sous le fouet de l’harmonie.

Àleur balcon, Anna et Joséphine, toujours accoudées côte à côte, viennent pour la troisième fois de succomber au spasme divin de la volupté, et constatant avec une joie enfantine que leurs impudents adversaires ne songent pas encore à l’armistice.

Soudain les portes du Temple s’ouvrent à deux battants, des fontaines lumineuses jaillissent en gerbes diaprées de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, et par les portes béantes bondit en rugissant le troupeau lubrique des Éthiopiens.

Un cri d’admiration enthousiaste sort de toutes les poitrines. Rien ne voile la fière nudité des enfants du désert. On dirait que leur peau brillante a été enduite, assouplie et polie par une onction de jais liquide. Leurs regards, pareils à des escarboucles, tranchent sur la noire matité de leurs visages ; et, chargés de voluptueux éclairs dévorent d’avance les groupes lascifs qui les attendent immobiles, les nerfs tendus. Les désirs dilatent étrangement les pupilles des blanches amoureuses… Une pression savante communique à leurs cavaliers l’érotique sensation… et dans un involontaire abandon, les croupes commencent à se dandiner avec une grâce provocante.

Chevalières et chevaliers de l’Aubépine sont également fascinés par le rut menaçant des fils de Kédom. Sveltes et forts à la fois, ceux-ci se sont arrêtés sur une seule ligne, en face des couples dont ils convoitent les ardentes étreintes.

Le signal éclate. Comme l’aigle fond sur sa proie, chaque Éthiopien s’est élancé sur une croupe frémissante, et, tandis que d’une main savamment polissonne il va redoubler les aiguillonnantes amorces des voluptés féminines, de l’autre il introduit avec une énergique rapidité son dard énorme dans les entrailles palpitantes de sa victime fascinée.

Ce sont, de tous côtés, des sanglots, des cris, des rugissements de plaisir, des heurts de chairs convulsées, des baisers furieux, des muscles froissés, des os qui craquent. Les couples se vautrent, s’enlacent, s’étreignent follement les uns dans les autres, et, sur des monceaux de chairs pantelantes, des jeunes filles, des jeunes femmes aux sens pervertis et inassouvis, viennent étaler leur vulve saignante et exiger impérieusement de nouveaux assauts, de nouvelles meurtrissures.

En proie à une indescriptible rage d’érotisme, les adolescents comme les hommes faits hurlent d’une étrange douleur à chaque nouvel attentat, mais à peine leur adversaire bronzé, après les avoir imprégnés de sa sève brûlante se tourne-t-il vers une autre victime qu’ils attendent avec une impatience luxurieuse la nouvelle attaque qui va les faire hurler plus cruellement encore.

Si les mâles ne sont pas épargnés par l’orgie et si leurs pauvres derrières déchirés et maculés portent les stigmates d’inoubliables froissements et d’inavouables souillures, les Dames qui, d’abord, se faisaient un jeu de railler les pauvres amants assaillis et violés jusque dans leurs bras, ne tardèrent pas, elles aussi, à pousser des cris de frayeur et de détresse quand elles virent deux noirs impudents s’emparer tout à coup d’Éveline et de Nounou, les abattre sur les genoux et les sodomiser pantelantes.

Àpartir de ce moment, l’orgie déchaînée ne connut plus ni frein ni bornes. Et pendant plus d’une heure, il fut impossible à Joséphine et à Anna, toujours enfilées et toujours ardentes à la lutte, de distinguer si c’était de douleur ou de plaisir que se tordaient en hurlant leurs compagnes affolées.

La vue de cette infernale mêlée fut comme une traînée de poudre dans les sens surexcités des deux jeunes filles et de leurs noirs servants. D’un commun accord, les priapes toujours indomptés sortirent vivement de leur gaine rose pour faire subir aux deux vierges violées le sort de ces jeunes garçons dont elles admiraient, là-bas, le derrière charmant convulsé sous l’outrage. Pour la première fois, Joséphine joua ce joli jeu qu’Anna avait appris de Paul. Une main aux tétons, l’autre au virginal boutonnet de leur conquête, les deux noirs surent faire si bien apprécier aux jeunes filles les charmes de ce nouveau passe-temps, ils les abreuvèrent de si vives jouissances dans cette bizarre posture que, détournant enfin la tête à demi, Joséphine, la première, jeta sur son fier amoureux un long regard d’admiration chargé de la plus tendre reconnaissance. Heureux et fier de ce regard, le nègre offrit ses lèvres entr’ouvertes à la jeune coquine qui y logea aussitôt sa petite langue rose. Anna, de son côté, ayant éprouvé la curiosité lascive de tâter du bout des doigts la double breloque qui lui battait en cadence le gras des cuisses, hâta par cette manœuvre inattendue, l’explosion de la jouissance chez son amant. Se sentant les entrailles inondées de la bouillante liqueur, elle se mit à rire… lui aussi… Anna, de tourner aussitôt sa ravissante frimousse vers son infatigable lutteur, qui tendit sans façon ses lèvres avides aux baisers de feu de sa partenaire, sûr d’être agréé de la belle… Et ce furent alors, pendant un temps indéfini, de mignonnes et chaudes baisures, bouche à bouche et les langues s’enveloppant tour à tour, des jouissances sans fin et une indicible ivresse à laquelle les râles, les hurlements et les harmonies étranges de l’orgie déchaînée là-bas, ajoutaient un diabolique piment. — « Oh ! c’est trop de bonheur ! je vais mourir », criait Joséphine déjà mouillée. — « Je me fonds ! je me fonds toute », lui répondait Anna oppressée et haletante.

Et les baisers humides des deux athlètes arrêtaient la parole sur les lèvres des jeunes filles pâmées, et les langues lubriques reprenaient de plus belle leur œuvre incendiaire jusqu’au moment où succombant au plaisir, nos quatre héros roulèrent pêle-mêle sur le tapis témoin de leurs délicieux transports. Là, dans un enchevêtrement indescriptible, Anna fouille tour à tour les plus secrets appas : un instrument de joie frôle ses lèvres ; elle le mord et le suce avec rage. Le galant qu’elle attaque de cette façon s’empare à pleine bouche des charmes empourprés de Joséphine qui, dans un élan lubrique saisit à deux mains la virilité turgescente du nègre réduit à contempler les exploits de son compagnon. Électrisé à son tour celui-ci admire un instant les blanches rondeurs d’Anna qui frétillent à portée de ses baisers et, dans l’emportement de la passion, prodigue à la fillette ravie les caresses brûlantes dont l’enivre cette folle de Joséphine.

Les heures se sont écoulées rapides dans ce divin abandon de toutes les pudeurs virginales. Les deux nègres ont dû se soumettre à d’étranges caprices de leurs voluptueuses amies. Elles ont voulu tout essayer. Brisées, à la fin, d’une étrange et capiteuse lassitude, elles se sont endormies entre les deux nègres, au bras l’une de l’autre, dans une suprême étreinte de jouissance.

Mais lorsqu’après un long sommeil constellé de rêves étoilés, les yeux profondément cernés par les bleuâtres meurtrissures d’un coït enragé, les deux amies s’éveillent frissonnantes, c’est en vain que leur regard langoureux cherche auprès d’elle les Éthiopiens, dont l’héroïque vaillance a affolé et meurtri leurs chairs : Justine souriante se tient seule auprès d’elles pour les aider à se vêtir, car on les attend avec impatience.

La triomphale fête d’amour a pris fin aux derniers râles de l’orgie. Les Éthiopiens n’ont quitté le champ de bataille que les reins ensanglantés par les lanières redoutables du révérend Stephenson : ils roulent déjà sur la grande route de Bordeaux. Alors sont venues les jeunes négresses qui, d’une main délicate ont appliqué aux chairs meurtries le baume bienfaisant qui cicatrice toutes les blessures et refait aux appas violets une virginité nouvelle. Voilà ce qu’apprend aux deux amies la jolie Nounou, en se disposant à les oindre à leur tour avec cette mystérieuse préparation que lui a confiée Clarisse. La douce opération terminée au milieu des rires provoqués par les attouchements et les chatouillements involontaires, Joséphine et Anna s’habillent en toute hâte pour rejoindre leurs amies.

Ces Messieurs ont pris les devants et sont déjà rendus au château. Là ils président aux apprêts du festin qui va dignement couronner cette première fête galante de l’Aubépine, fête qui n’est que le prélude d’une série de débauches et d’orgies dont nous publierons un jour le compte rendu fidèle, à la condition, toutefois chère lectrice, que notre plume légère, tout en effleurant les sujets les plus gracieusement lascifs, a réussi jusqu’ici à ne blesser en rien votre timide et chaste pudeur.

FIN

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