II. L’Épine blanche · 06
Bien avant l’heure fixée pour l’inauguration, la marquise Éveline, la comtesse Nathalie et la jolie Fiorella sont allées surveiller les derniers préparatifs auxquels présidait le marquis d’Haricourt. Sur le seuil de la Rotonde, Nathalie qui se faisait une fête des étonnements naïfs de Fiorella, ne put retenir un cri de stupéfaction à la vue de douze jeunes fillettes dont l’aînée n’avait pas treize ans, toutes d’une admirable beauté, et n’ayant pour tout vêtement qu’une écharpe de gaze :
Quelle est donc cette nouvelle et merveilleuse surprise, chère Éveline ? s’écria la Comtesse en dévisageant avec feu toutes ces enfantines nudités.
Permettez-moi, belle Nathalie, de vous présenter les petites servantes du Temple de l’Amour. C’est cette chère Clarisse qui nous les a admirablement stylées, vous en jugerez vous-même avant peu : Nounou, le Marquis et moi n’avons eu presque rien à faire pour les mettre au point. — Mais, quand sont-elles donc arrivées, ces divines petites prêtresses de Vénus ?… — Ah ! nous avons eu soin que ce fût de nuit, ma toute belle, et immédiatement nous les avons amenées ici, pour les regards indiscrets. — Et quelles seront ici leurs fonctions ? — Celles qu’il vous plaira, lascive ! — Je devine !… Mais quel dommage qu’avec ces fillettes il n’y ait pas aussi des petits garçons : Ce serait d’un piquant ! — Soyez satisfaite, grande polissonne, il y a aussi des petits garçons. — Où donc sont-ils ?… — Ne les voyez-vous pas là-bas, sur le seuil des Eaux Courantes ? Je dois vous dire qu’ils sont spécialement préposés au service des bidets plongeurs. — Oh ! se faire laver et chatouiller par ces petites mains d’enfant !… Vous m’en donnez une envie !… — Moi aussi j’éprouve cette envie lubrique… dit en rougissant Fiorella, la jolie fille de Justine, dont le tempérament de feu n’avait pu voir ces enfants sans éprouver un prurit intense. — Allez donc en faire l’essai, mes belles compagnes, dit Éveline, et vous viendrez après nous raconter vos impressions. En attendant, je vais aider ce cher Marquis à débarrasser les tableaux de leur gaze pudique : C’est aujourd’hui la fête du nu !
Ces tableaux aux scènes ultra anacréontiques étaient de vrais chefs-d’œuvre devant lesquels s’extasièrent Éveline et son compagnon de travail : Ils eurent cependant tous deux la force de résister aux tentations et aux suggestions de ces chaudes peintures.
Après une assez longue absence, Nathalie et Fiorella revinrent en folâtrant, et, sur les instances d’Éveline, avouèrent combien ces jeunes garçons étaient experts à opérer la toilette intime d’une femme. Le Marquis déclara que son devoir était de s’assurer si les soins de propreté avaient été parfaitement administrés aux jeunes visiteuses : À cet effet, deux petites servantes d’amour firent coucher côte à côte sur le tapis Nathalie et sa compagne, et là les troussèrent sans façon d’abord par devant, puis par derrière. Le Marquis, ayant mis des deux côtés, le doigt, puis le nez et, enfin, la langue, déclara que l’opération ne laissait absolument rien à désirer, et faillit être surpris dans cette lascive opération par le second groupe d’arrivants, composé de sœur Thérèse, de la comtesse Olympe, de Suzanne d’Arvan, de Marthe Pélissier et d’Anna Dumoulin, côté des dames ; et du comte Léonce, de Robert Dumoulin, de Claude et Léon de Rifray, les neveux de Nathalie. — Nounou, restée au château, avait pour mission d’ouvrir aux initiés la première porte des souterrains : Elle ne devait rejoindre l’amoureuse assemblée que la dernière avec la plus jeune et la plus âgée des vierges confiées à sa garde. Une fillette guidait les nouveaux venus.
Les nouveaux arrivants poussèrent des exclamations de surprise devant le spectacle magnifique qu’offrait à leurs regards ébahis le Temple de l’Amour. La somptuosité de l’ameublement, la voluptueuse disposition des divans et des lits, les groupes érotiques et lascifs taillés dans le marbre ou reproduits sur la toile avec la magie des couleurs, l’attente enfin de la volupté rêvée, les promesses d’amour échangées, les propos irritants, le stimulant de ces fillettes et de ces petits garçons dont rien ne cachait les pudiques et mignons appas, tout cela, joint à de vagues parfums d’Orient qui répandaient dans l’air comme une morbidesse lubrique, invitait d’une invincible façon aux douces jouissances de l’amour.
Anna Dumoulin fut la seule à exprimer un sentiment de crainte : J’ai peur, moi, dit-elle, dans ces souterrains ! — Peur ? Eh, de quoi donc ? dit en riant la comtesse Olympe, « tu ne risques pas autant ici que l’autre jour sur le cerisier, quand les deux Vicomtes te regardaient par dessous ». — Oh ! Comtesse, ce n’est point pour ma vertu que je crains… Mais à la pensée que nous sommes sous la terre…
Éveline. — Estimons-nous heureuses, mes amies, de la crainte superstitieuse qui nous met ici à l’abri de toute indiscrétion. N’est-ce pas une merveilleuse trouvaille que cette entrée cachée des souterrains. Vraiment, le marquis d’Haricourt en première ligne, et puis Nounou avec votre humble servante, en découvrant l’entrée secrète de la Rotonde, avons bien mérité de votre reconnaissance : ces clous d’or mystérieux, ces dalles qui pivotent, ces escaliers obscurs, ces caves perdues, ces blocs de granit qui se déplacent… Vrai, c’est le bon Dieu qui avait préparé notre temple !
Nathalie. — Le bon Dieu ou le Diable !… Mais je ne puis me lasser d’admirer ces luxueuses tentures, cette richesse de décorations !…
Éveline. — Et ces jolis petits garçons aux formes ravissantes dont la jolie Suzanne ne peut détacher ses regards…
Suzanne d’Arvan. — Ils sont si jolis, Marquise !… surtout ce petit chose !…
Éveline. — Quel petit chose, ma gentille Suzette ?…
Suzanne. — Ce qui leur pend au bas du ventre, ne voyez-vous pas ?…
Éveline. — Si ! Mademoiselle ; apprenez qu’une jeune fille ne doit pas regarder ce qui pend au bas du ventre des jeunes garçons ; c’est très laid !
Suzanne. — Et moi qui trouvais cela si gentil !… j’aurais aimé d’y toucher !…
Éveline. — Vous êtes une petite dévergondée, Mademoiselle d’Arvan ! Le moment n’est pas encore venu de vous laisser amuser avec les petits garçons : Il faut d’abord laisser les grands garçons s’amuser avec… vous ! Mais qu’est-ce à dire ?… Voici Paul de Civray qui arrive seul ?
Paul. — Aimables compagnes, et vous, Reine d’Amour, permettez qu’à mon entrée dans le sanctuaire des Voluptés, je vous baise respectueusement les mains, en vous adressant mes plus chaudes félicitations.
Éveline. — Baisez à votre gré, charmant ami ; mais qu’avez-vous donc fait de votre cher compagnon Louis d’Aunac ?
Paul. — J’ai laissé Louis dans la chambre de Mademoiselle votre fille : Ils n’attendaient, pour venir nous rejoindre, que l’arrivée des demoiselles Féraud : Fernande et Lucy, qui sont des nôtres, vous le savez ?
Éveline. — Charmantes recrues !… Et c’est à Louis que nous les devons ?
Paul. — À Louis qui a triomphé de Fernande, et à moi, Marquise, qui ai endoctriné sa jeune sœur !… et cela pas plus tard qu’hier !…
Anna. — Comment Vicomte !… La pudique Lucy !… elle, si réservée !… Vraiment je n’en reviens pas !…
Paul. — Ah ! mignonne, tu n’en reviens pas, parce que tu te souviens de la peine que tu éprouvas, lorsque tu la surpris un matin… dans son lit ?…
Anna. — Oh ! l’indiscrète fille ! être allée conter cela !…
Paul. — Oui, elle me l’a conté entre deux luttes d’amour, elle m’a même avoué que cette jouissance forcée, car tu la pris de force, avait été pour elle une révélation. Elle ne s’était pas encore sentie, la pauvrette. Les premières confidences de ses jeunes amies n’avaient fait qu’effleurer sa chaste ignorance… Mais hier matin, Fernande, pressée de désirs, s’est livrée à Louis en sa présence. La vue de leurs fureurs amoureuses et de leurs folles jouissances lui a fait éprouver un doux martyre auquel il me tardait d’apporter le souverain remède : Louis et Fernande s’étant éclipsés, sans doute pour aller effacer à grande eau les traces sanglantes du premier assaut, je pénétrai à mon tour dans la chambrette où Lucy m’accueillit à bras ouverts…
Fiorella. — À bras ouverts, Monsieur le Vicomte, mais le reste ?…
Paul. — Le reste, belle enfant, je l’ouvris moi-même, et n’eus pas à pousser la clef bien fort pour pénétrer dans la mignonne serrure : Nous nous étions abandonnés au doux penchant de la nature, sans songer à fermer la porte à clef : Fernande nous surprit au milieu de nos plus doux transports et ne fit qu’en rire : « Ne vous gênez pas, tous deux !… Louis, mon tendre amant, va revenir… où donc le recevrai-je, moi ?… par bonheur que le lit est grand !… » À ces mots Louis rentre à son tour dans la chambre virginale, et prenant Fernande entre ses bras, il contemple un moment notre extase : puis il couche son amie sur le dos, à côté de nous, et la découvrant jusqu’au nombril, se met en devoir de jouir d’elle : Lucy le regardait faire avec curiosité, moi, dans le tendre repos qui suit l’extase, j’admirais la nudité de Fernande dont la volupté ne tarda pas à clore les paupières. Ce fut, Mesdames, une délicieuse partie carrée. Les deux sœurs poussaient des petits cris ravissants qui stimulaient nos efforts en les excitant elles-mêmes.
Après deux vives et complètes jouissances savourées côte à côte, nous avons porté le dernier coup à la timidité virginale de ces fillettes, en leur proposant l’échange des cavaliers. D’abord interdites d’un pareil sans gêne, elles ont fini par consentir à l’échange au milieu d’éclats de rire provoqués par nos caresses folles : Louis et moi nous en donnions en toute liberté, de rouler nos deux belles, ensemble sur le lit, et de fouiller au hasard sous les jupes troussées. Fernande et Lucy, mises à l’unisson, n’ont pas tardé à prendre plaisir à cet enfantin libertinage. Aussi, lorsque je me suis emparé de Fernande, et que je lui ai enfoncé ma pique où vous savez, elle m’a regardé avec un air de reconnaissance infinie… Lucy, de son côté, s’est livrée à Louis avec une sorte de rage amoureuse. Puis, cette rage éteinte par les jouissances répétées, les deux sœurs dégagées de tout scrupule, se sont prêtées avec joie à tous les jeux libertins auxquels il nous a plu de les provoquer… Et voilà, mes chères sœurs, comment l’Aubépine compte deux fleurs de plus dans son sein.
Éveline. — Il me tarde de les voir arriver les mignonnes : elles feront un charmant pendant avec les amies de ma fille qui brûlent, j’en ai la certitude, de déchirer le voile de leur naïve innocence. Songez, mes amies, que ni les deux néophytes ici présents, ni leurs compagnes, ne savent pas encore exactement comment est fait un homme : elles ignorent, les pauvrettes, ce qui se passe entre deux nouveaux mariés, la nuit de noces, n’est-ce pas, chère sœur Thérèse ?
Sœur Thérèse. — Elles sont encore ignorantes, chère Marquise, du tendre mystère, mais leurs dispositions sont excellentes : Vous en jugerez bientôt.
Paul. — Et les vôtres, ma chaste sœur ?…
Robert Dumoulin. — Oh ! des siennes, moi j’en réponds !
Léonce d’Ermenonville. — Heureux coquin de Robert ! Avoir dépucelé la chaste épouse de Jésus !… Songiez-vous que vous faisiez son mari…
Olympe d’Aunac. — Fi ! Léonce ! Voulez-vous bien vous taire ! Parler ainsi devant deux jeunes séminaristes ! Que vont penser Claude et Léon de Rifray ?
Léonce. — Ma chère, ils en entendront bien d’autres ici. Ce sont là des vétilles auxquelles une femme d’esprit ne doit pas s’arrêter : Moi, j’ai toujours eu un faible pour le costume religieux : il faudra, mon ami, que vous vous fassiez prêter, par sœur Thérèse, sa guimpe et sa cornette ? voulez-vous ?
Olympe. — Lubrique ! Puisque c’est au costume de nonne que vous en voulez, adressez-vous directement à sœur Thérèse, qui est le plus friand morceau de religieuse qu’on puisse rêver, et qui se fera un saint devoir de satisfaire votre libertine envie.
Sœur Thérèse. — Oh ! Madame la Comtesse ! Faut-il que ma faiblesse soit ainsi dévoilée à tous… même à ce beau seigneur ?…
Léonce. — Permettez, divine nonne, que je baise l’auréole bistrée de vos grands yeux noirs, avant de cueillir sur vos lèvres entr’ouvertes le baiser qui distille les désirs de l’amour…
Sœur Thérèse. — Mon frère, mon ami !… Vos baisers me brûlent les paupières. Ciel !… que me faites-vous ?… que faites-vous à votre sœur ?… Quoi ! cette main qui s’égare… où va-t-elle, mon Dieu ?…
Anna. — Elle va caresser la jolie rose du jardin…
Éveline. — Le joli jardin que Robert a si bien arrosé cette nuit… Ce coquin de Robert !… Mais il a pris goût à la chose… Voyez-le entraîner à l’écart Marthe et Suzanne, nos deux gentilles pucelles… voyez comme il les serre de près et leur parle à l’oreille, en leur montrant le marbre d’Ève faisant l’amour avec Adam… Elles rient, les polissonnes.
Anna. — Comme la coquille doit leur démanger, à ces petites !… si j’étais Robert…
Olympe. — Petite vicieuse !
Éveline. — Il ne te déplairait peut-être pas, ma chère Anna, de contempler le beau braquemart de ton frère, fourrant tour à tour son museau dressé dans ces deux boutons de rose ?
Le Marquis Olivier. — Or ça, mes belles amoureuses, en attendant la fête, voulez-vous que nous prenions patience en jouant aux jeux innocents ?… Cela vous va ? Bravo ! Asseyons-nous en rond… Venez près de moi, jeunes et jolies fillettes : Dites-moi votre nom et votre âge ?
Suzanne. — Je me nomme Suzanne d’Arvan, j’ai dix-sept ans et je suis vierge.
Marthe. — Mon nom est Marthe Pélissier, et j’ai quatorze ans.
Le Marquis. — Vous possédez sans doute encore votre fleur d’innocence ?
Marthe. — Jamais un homme ne m’a vue plus haut que la jarretière.
Éveline. — Adorables gamines, je languis de les voir sous leur linge !
Fiorella. — À quel jeu voulez-vous, jouer, Mesdames ?
Marthe. — À pigeon vole ! Cela nous fera rire.
Tous ensemble. — Oui ! oui ! à pigeon vole… Qui mène le jeu ?
Fiorella. — Moi, si vous voulez. Arrangez-vous bien autour de moi ; ça y est ! Moineau vole !… Anna et Suzanne, un gage chacune… Serin vole !… un gage, vicomte Paul !… Condor vole !… un gage, Monsieur le comte Léonce, ignorez-vous que le condor est un oiseau des Andes ?
Léonce. — Moi j’ai cru un con d’or en deux mots… enfin, je suis pris… voici mon gage.
Fiorella. — Con de fille vole !… Ah ! Mademoiselle Marthe qui a fait voler un con de fille ! un gage et vite.
Marthe. — Aussi, Monsieur d’Ermenonville venait de parler d’un con d’or, et vous avez dit que ça vole… Voici mon gage.
Fiorella. — Tirons maintenant les pénitences. Deux gages à la fois : Un monsieur et une dame. Qui condamnera ?…
Éveline. — Toi, friponne, donne-moi les gages et ferme les yeux… Bien entre mes deux jambes… Voici deux gages : Condamnez, Mam’selle Tribunal.
Fiorella. — La dame doit se lever, elle ira prendre le monsieur par le bout des doigts, et l’amènera au milieu de notre cercle : Là elle dira au Monsieur en lui caressant la moustache : « Croyez-vous être seul à porter la barbe ». À ces mots, le Monsieur s’assurera que la Dame porte aussi la barbe, et constatera à haute voix la chose. Cela fait, le Monsieur priera la Dame de constater s’il est bien un représentant du sexe mâle. À cette prière, la Dame fera coucher le Monsieur sur le dos, le ventre en l’air et lui déboutonnera le pantalon. Puis, soulevant la chemise, elle prendra dans sa main le membre viril qu’elle secouera doucement en le faisant voir à toute la société. Après ce premier divertissement, le Monsieur, sans changer de posture, invitera la Dame à se découvrir devant lui jusqu’au ventre, pour nous faire voir si elle porte des pantalons. En cas de refus, il est autorisé à jouir d’elle sur-le-champ, en notre présence, et de la façon qui lui plaira le mieux, sans tenir compte de la pudeur ou des résistances vertueuses de la Dame. Si celle-ci, sur la prière du Monsieur se découvre gentiment et lui fait voir sa petite moustache tout à loisir, le Monsieur, après l’avoir considérée à sa fantaisie, lui dira de baisser le rideau. La Dame rabattra ses jupes, et se mettant à genoux auprès du Monsieur, lui réintégrera le membre viril dans son discret asile, et lui aidera à boutonner son pantalon. Le Monsieur se relèvera alors et reconduira la Dame à sa place. J’ai dit.
Éveline. — Les gages sont du comte Léonce d’Ermenonville et de Mademoiselle Marthe Pélissier. Allons, Mademoiselle, debout et exécutez la pénitence en compagnie du Comte qui vous attend.
La petite Marthe, toute rouge et frémissante, se lève aux applaudissements de l’assemblée, et offrant le bout rose de ses jolis doigts aux lèvres de Léonce, l’invita à la suivre.
Léonce. — Oh ! Mademoiselle, pitié pour ma pudeur ! si vous saviez quelle honte est la mienne !… où me menez-vous, adorable fille !…
Tous. — Au milieu, bien au milieu… Nous voulons tout voir… ici !
Et Marthe ayant pris en riant le bout tordu de la moustache de son partenaire : « Il s’imagine peut-être, ce beau garçon être seul à porter une barbiche si noire !… Holà !… Monsieur le Comte… que faites-vous ?… où allez-vous donc ?…
Léonce. — Permettez-moi, gentille, de m’assurer si vous portez aussi la moustache… Tout le monde ici désire savoir la chose… ah !… la voici ! oh ! la délicieuse barbiche !… quelle est souple et fine !… Mesdames et Messieurs, j’atteste en votre présence que Mademoiselle Marthe est dotée d’une barbe qui peut lutter, et lutter glorieusement, avec les plus touffues.
Marthe. — Halte là !… où va votre doigt ?… Là, il n’y a pas de poils ?…
Léonce. — Adorable petite amie !… Soyez maintenant assez aimable pour vous assurer que mon costume ne cache pas le corps d’une femme, et que je possède tous les attributs de mon sexe.
Marthe. — Le malheur, cher Comte, c’est que je ne connais ces attributs que par ouï dire ?… Pour me faciliter la recherche de votre sexe, veuillez vous coucher sur le dos… Est-ce donc moi qui dois vous déboutonner le pantalon…
Olympe. — Oui, petite coquine… Et lui soulever la chemise…
Marthe. — Aïe ! si maman me voyait ! comme elle me fouetterait… Déboutonner un Monsieur !… Mais qu’est-ce donc qui force ainsi sous les boutonnières ?… On jurerai que ça remue !… Moi j’ai peur.
Éveline. — Soyez sans crainte, petite amie… vous êtes d’une maladresse délicieuse.
Marthe. — Aussi, c’est la première fois… Aïe ! Maman !… ça est parti comme un ressort d’acier… Voyez comme la chemise se tient dressée !
Éveline. — Il vous faut regarder ce qui la tient en l’air…
Marthe. — J’ai une telle peur… quand ma main s’approche, il bondit !…
Le Marquis Olivier. — Une écuyère consommée comme vous, Mademoiselle, ne doit pas redouter un cheval qui se cabre. Empoignez par le museau.
Marthe (poussant un cri de joie). — Je le tiens !… Oh ! qu’il est brûlant ! et gros !… regardez, Mesdames !… Quel fier étalon !…
Olivier. — À quoi reconnaissez-vous qu’un cheval est étalon, mignonne ?…
Marthe. — Aux deux grelots qui lui ballottent entre les cuisses, Marquis, et que je ne puis presque pas saisir à pleine main, tellement ils sont gonflés… Ne trouvez-vous pas comme moi, Mesdames, que ces deux agréments ajoutent un charme piquant à la verge en érection ?
Fiorella. — N’oubliez pas, Mademoiselle, qu’il vous faut secouer doucement le membre viril en le faisant voir à toute la société !…
Àces mots, la petite Marthe, sans lâcher les breloques rebondies, se met à branler gentiment l’organe amoureux qu’elle a saisi entre le pouce et l’index, et le fait voir tour à tour à toute l’assemblée. Léonce, sentant approcher l’éjaculation, mit fin à cette scène lubrique en invitant la jeune Marthe à se découvrir devant lui jusqu’au ventre, voulant s’assurer disait-il, si la jeune fille portait des pantalons. — J’ai bien envie de refuser de vous obéir, lui dit Marthe à l’oreille. — Pourquoi cette rébellion, ma toute charmante ? — Pour vous forcer à me violer tout de suite ? — Vous ne perdrez rien pour attendre, mon amour ; il vaut mieux que nous nous excitions jusqu’au paroxysme : troussez-vous très haut, je veux vous voir. — Et Marthe, obéissante, se découvre gentiment devant le Comte : Spectateurs et spectatrices dévorent du regard la petite fente rose qui brille sous l’épaisse et noire forêt de boucles frisottantes. À cette vue enchanteresse, les désirs de Léonce deviennent si vifs que la nature impatiente se soulage d’elle-même par une abondante émission de liqueur séminale. Confus d’un accident si inattendu et qui provoque l’hilarité générale, le Comte fait remettre Marthe en état de décence, et lui aide à emprisonner le boute-joie lascif dans son discret asile. Après quoi il prend la jeune fille par la main et la reconduit galamment à sa place, aux applaudissements joyeux de toute l’assemblée ravie.
Au même moment, un nouveau groupe d’arrivants, plus nombreux que les deux premiers, fit sont entrée dans la salle des fêtes, et fut accueilli par les plus joyeuses acclamations : En tête, et conduits par deux jeunes servantes nues, marchaient Valentine Deffieux, la belle jardinière, avec le poète érotique Octave d’Ormilly, puis le jeune André Gelin au bras de Berthe Devaire, Bastien Darrède avec la jolie belle-sœur de Valentine : Anna Dumoulin et enfin, le jeune Léopold Morin en compagnie d’Emma Gelin, la sœur d’André et d’Alice Noirmont, l’une des gentilles pucelles, condamnée à perdre ce jour-là sa fleurette de quinze ans.
Dans le remue-ménage qui accompagne l’installation des nouveaux venus, le comte Léonce prit place à côté de la petite Marthe dont la jeunesse, la naïveté et la chaste impudeur avaient fait sur ses sens la plus vive impression. Mis au courant de ce qui venait de se passer entre Marthe et le Comte, les arrivants demandèrent à ce qu’on continuât les jeux innocents. Alice et Berthe coururent s’asseoir à côté de Suzanne, et l’on revint à « Pigeon vole » pour compléter les gages. Lorsque Fiorella eut assez de fois donné leur vol aux vits, aux pines et aux couilles, on constata avec joie qu’aucune de ces dames n’était exempté du tribut : quant aux Messieurs, ils avaient chacun deux ou trois gages à racheter. Pour la seconde fois, Éveline chargea Fiorella de dicter les pénitences, et tira un double gage.
Fiorella. — Je condamne la Dame à une confession plénière de ses péchés, et le Monsieur au rôle de confesseur. Ils s’assiéront tous les deux sur l’épais matelas que l’on va emprunter au lit le plus rapproché ; mais tout en se mettant côte à côte ils s’assiéront en sens inverse, de façon que la Dame regardera du côté de l’Orient et le Monsieur du côté de l’Occident. Au confesseur de poser les questions les plus intéressantes, et en cas de réponse insuffisante, le droit d’user de sa pénitente.
Éveline. — Marquis Olivier, veuillez recevoir la confession de Mademoiselle Suzanne d’Arvan, ici présente : Voilà le confessionnal qui vous attend.
Sur l’invitation gracieuse du Marquis, Suzanne rougissante, quitta ses deux jeunes amies et vint s’asseoir sur le matelas rebondi, en sens inverse d’Olivier, et tous deux se penchant un peu en arrière, purent se regarder fixement les yeux dans les yeux.
Olivier. — Ma fille, vous êtes-vous saintement préparée à cette pieuse confession ?
Suzanne. — Je crois être prête, mon père : interrogez-moi, je répondrai.
Olivier. — Très bien, mon enfant ; êtes-vous en état d’innocence ?
Suzanne. — S’il suffit pour cela d’être vierge, je suis innocente, mon père.
Olivier. — Cela ne suffit pas, ma fille. Savez-vous bien ce que c’est que la virginité ?
Suzanne. — C’est la vertu première de toute jeune fille qui n’a jamais connu l’homme.
Olivier. — Qu’entendez-vous par « connaître un homme ? »
Suzanne. — C’est accomplir avec lui « l’œuvre de chair ».
Olivier. — Veuillez mon enfant, m’expliquer comment s’accomplit « l’œuvre de chair ».
Suzanne. — L’œuvre de chair qui n’est permise qu’en état de mariage s’accomplit naturellement par l’introduction du membre viril dans l’ouverture sexuelle de la femme.
Olivier. — Qu’entendez-vous par « membre viril » et par « ouverture sexuelle ».
Suzanne. — Mon père, votre membre viril, c’est ce qui pend au bas de votre ventre, ce joli morceau de chair au museau rose qui fait si souvent gonfler votre pantalon ; quant à l’ouverture sexuelle, c’est la fente mignonne par laquelle les femmes font pipi.
Olivier. — Ces objets indécents ne portent-ils pas d’autre noms ?…
Suzanne. — Pardon, mon père ; le membre viril s’appelle encore verge, pine et boute-joie, et notre fente à nous porte le nom de « bijou », de « petit chat » et de « conin ». Conin se dit pour la fillette, « con » pour la femme, et « conasse » pour la vieille ».
Olivier. — Ainsi donc, ma fille, jamais une pine d’homme n’a pénétré dans votre petit conin de fillette ?
Suzanne. — Jamais, mon père, je suis vierge !
Olivier. — Vous êtes bien joyeuse, mon enfant, de posséder encore votre pucelage ?
Suzanne. — Oh ! oui, mon père, j’en suis joyeuse, bien joyeuse !
Olivier. — Mais pourquoi donc ?
Suzanne. — Parce que ainsi je suis bien sûre de goûter, quand je le voudrais, l’ineffable jouissance qu’éprouve la femme en perdant sa virginité.
Olivier. — Pourriez-vous me dire, mon enfant, en quoi consiste cette jouissance.
Suzanne. — Ne l’ayant pas encore éprouvée, cela m’est bien difficile, mon père. Toutefois, l’on m’a dit que rien ne peut égaler, même dans l’imagination la plus riche, l’intensité du plaisir que l’on éprouve en accomplissant l’acte divin dans lequel l’homme et la femme unissant leurs amoureux efforts, calment, à l’aide d’un voluptueux frottement, l’exaspération de leurs organes intimement unis.
Olivier. — À quelle époque avez-vous vu, pour la première fois, une pine ?
Suzanne. — Jusqu’aujourd’hui, je n’avais pas eu ce bonheur, mon père : il m’était seulement arrivé de voir des membres de tout petits enfants semblables à ceux qui étalent là-bas leur innocente nudité, mais je ne sais vraiment ce qu’est le « membre viril » que depuis que ma chère Marthe nous a étalé celui du comte d’Ermenonville.
Olivier. — Quel effet vous a produit la vue de ce membre, ma fille ?
Suzanne. — Un effet ravissant : je me suis sentie chatouillée jusqu’au fond des moelles, et le frisson qui m’a secoué était délicieux.
Olivier. — N’avez-vous pas éprouvé aucune sensation particulière dans votre ouverture sexuelle ? Dites-moi tout, très exactement.
Suzanne. — Puisqu’il me faut tout dire, je vous avouerai, mon père que, à la vue de cette grosse et belle queue, j’ai senti là où vous dites des contractions spasmodiques dont je n’étais pas maîtresse, et que ces contractions n’ont pris fin qu’avec l’émission d’une certaine quantité de liqueur brûlante que je ne crois pas être du pipi.
Olivier. — Et que supposez-vous qu’était cette liqueur ?
Suzanne. — Il m’a semblé que c’était la même liqueur que nous répandons quand nous nous livrons entre filles au crime d’impureté.
Olivier. — Cette émission, ma fille, a-t-elle été accompagné d’une sensation agréable ? avez-vous joui complètement.
Suzanne. — Non, mon père, il manquait quelque chose à mon plaisir : j’aurais voulu, à ce moment serrer un homme dans mes bras crispés.
Olivier. — Les aveux que vous me faites, ma fille, ne produisent-ils sur vous aucun effet impudique et coupable ?…
Suzanne. — Dois-je me confesser, mon père, des désirs obscènes que j’éprouve en ce moment, et qu’a fait naître en moi votre interrogatoire ?
Olivier. — Vous devez me dire, ma fille, quels sont ces désirs et quel en est l’objet ; sinon je ne puis vous donner l’absolution de vos péchés.
Suzanne. — Mon cher confesseur, j’éprouve une envie folle de sentir vos doigts effilés caresser les bords de ma virginité palpitante.
Olivier. — Ô perverse et effrontée petite créature, je vais surmonter le sentiment de honte que je ressens à vos lubriques paroles, et satisfaire votre libertin désir… là !… que je découvre à tous votre impudeur… là !… que tout le monde voie bien comme vous écartez les cuisses pour recevoir mes caresses… là… montrez à tous ces grandes lèvres roses et entrebâillées, ce boutonnet rouge qui se dresse comme une langue de chair sortant d’une pêche fendue… là… là… mignonne… que personne n’ignore comme vous vous agitez sous mes doigts raidis… et comme vous déchargez lascivement.
Suzanne. — Aïe !… aïe !… mon père… je fais !… oh !… je fais !…
Àces mots tous les assistants accoururent auprès de la jeune pénitente pour admirer les jets laiteux qu’elle projetait par saccades ininterrompues sous les provocantes titillations du Marquis. Léonce et Marthe profitèrent de ce mouvement pour s’éclipser.
Olivier. — Et maintenant, ma fille, maintenant que j’ai étalé votre honte à tous les regards, ce qui a été votre première punition, voici la pénitence que j’impose à votre naïve ignorance, et qui seule pourra mériter l’absolution complète de vos péchés : Vous allez commencer par dévêtir votre confesseur et le dépouiller de tout ce qui voile sa nudité. Lorsque vous m’aurez mis, ma fille, en complet état d’innocence, c’est-à-dire tel que j’étais lorsque je sortis du sein de ma mère, vous vous dépouillerez à votre tour de tous vos vêtements, sans excepter le plus intime, et nue comme moi, vous me ferez des caresses sur tout le corps, excepté sur mon membre viril qui restera interdit à votre lubricité. Fleur de péché, vous essayerez de m’entraîner dans votre chute par toutes les provocations que vous pourrez imaginer, sans toutefois me toucher la pine : Tout le reste sera à votre discrétion ; mais vous n’obtiendrez la rémission de vos péchés que si vous réussissez à me faire jouir sans me toucher la queue… J’ai dit.
En un clin d’œil l’ordre donné fut exécuté, et les assistants émerveillés purent contempler à loisir le couple charmant en état de nudité absolue : Suzanne, affolée d’amour, s’élança sur le corps nerveux de son confesseur et le couvrit de baisers et d’attouchements depuis la tête jusqu’aux pieds, en respectant le fruit défendu… Des pieds, ses baisers remontèrent lentement, passant d’une cuisse à l’autre avec une volupté inouïe… Le priape du Marquis se démenait automatiquement. Prévoyant ce qui allait arriver la tendre Éveline fit apporter sur le matelas épais un immense édredon de satin rose… Éperdue de désirs Suzanne colla ses lèvres sur celles du Marquis, et de sa langue amoureuse enveloppa celle de son vainqueur extasié de tant de lasciveté chez une jeune fille encore vierge… Un mouvement dont il ne fut pas le maître fit pousser un cri de joie à Suzanne…
Àce cri répondit un autre cri plus vibrant, mais étouffé aussitôt sous les ardents baisers du beau Léonce. À ce même instant, l’adorable petite Marthe Pélissier s’abandonnait à son amant, et s’embrochait elle-même avec une telle vivacité qu’elle ne put retenir le cri de douleur que lui arracha la rupture violente de la membrane de l’hymen. Sœur Thérèse accourut aussitôt au secours de l’enfant, mais elle arriva au moment où les deux amants enlacés se roulaient sur le tapis, en proie à la crise vibrante qui noie les désirs dans un torrent de volupté : Marthe, voyant sœur Thérèse se pencher sur elle avec tendresse, la saisit à bras-le-corps, pendant qu’au plus secret de ses appas le membre viril de Léonce se livrait aux dernières contractions d’une folle jouissance : « Me voilà femme ! » murmura avec orgueil la fillette à l’oreille de la nonne. — « Mes compliments, chère petite dame », lui répondit la religieuse en lui rendant son baiser, et à vous, beau vainqueur, mes félicitations sincères. Mais complétez son bonheur, mon ami, je lis dans ses yeux mouillés le désir d’un nouvel outrage… Bravo, bravissimo ! voilà qui s’appelle jouer des fesses !… Hardi, Marthe, répliquez-lui avec ardeur… Très bien, mignonne, je vois avec plaisir que vous ne ménagez ni vos reins, ni votre petit cul !… Puisqu’ici tout va bien, moi j’en profite pour retourner auprès de cette chère Suzanne.
Celle-ci, avait été tellement surexcitée en entendant le cri de Marthe suivi de sanglots et de râles de volupté, qu’elle jugea le moment venu de porter le dernier coup à la chaste résistance du Marquis : Le laissant donc aller à la renverse sur le souple édredon, les seins hardis, le ventre en avant, les jambes amoureusement écartées, la monichette secouée de frissons nerveux, la fente d’amour dardant sa languette de chair rouge et pointue… la pudique Suzanne inspirée soudain d’un souffle poétique adressa, à son impitoyable vainqueur, la prière touchante que vous allez lire :
Puisque au mépris de mon enfance,
Sans pitié pour mon ignorance
Tu me provoques à l’Amour ;
Olivier, dans ma folle ivresse,
Puisqu’une ineffable tendresse
À toi me livre sans retour ;
Puisqu’il t’a plu, dans un caprice,
De savourer le fruit novice
Trahi par mes sens embrasés,
Et qu’à tes volontés soumise
J’ai quitté jusqu’à ma chemise
Pour mieux répondre à tes baisers ;
Puisque tu veux que, toute nue,
Sans voiles j’étale à ta vue
Mes plus mystérieux appas ;
Et que sur ma couche enfantine
Je t’offre, en fille libertine,
L’emboîture de mon compas ;
Puisque sur mon édredon rose
Pour toi seul j’ai pris cette pose
Qui livre à ta lubricité,
Dans l’écartement de mes cuisses,
Le sanctuaire des délices,
Le trône de la volupté !
Ô méchant ! pourquoi de ta pine
Aux bords nacrés qu’elle lutine
Arrêter le gland rubicond ?
Qu’elle entre !… ô Ciel… tu me rends folle !
Mets-le ! mon amour, mon idole !
Mets-moi ta pine dans le con !
Veux-tu qu’en « Brouette » qui roule
Nous savourions devant la foule
Les plaisirs les plus amoureux ?
À la « Balançoire » impudique
Veux-tu que ton membre lubrique
Doive le jet voluptueux ?
Voudrais-tu qu’à la « Paresseuse »
S’engloutit ta verge fouteuse
Dans le corail de mon vagin ?
Ou préfères-tu qu’en « Levrette »
Je te livre sur ma couchette
L’entre-deux de mon cul badin ?
Veux-tu que ma main virginale
Prenne ta raideur triomphale
Et la saccade jusqu’au jour ?
Veux-tu que ma lèvre innocente
Sur ta nudité frémissante
Taille la « Plume de l’Amour ?
Veux-tu que ma langue idolâtre
Jusque sous tes fesses d’albâtre
Poursuive ta virginité ?
Dans une molle et chaste pose
Veux-tu de la « Feuille de Rose »
Savourer l’impudicité ?
Pourquoi, dans sa fierté hautaine
Ton priape qui se démène
Méprise-t-il mon doux tourment ?
Oh ! méchant, abrège un martyre
Que mes lèvres ne peuvent dire,
Tant il est lascif et charmant !
Pourquoi ton regard plein d’ivresse
Sur le corps nu de ta maîtresse
Promène-t-il son impudeur ?
Pourquoi cette main qui m’agace
Se borne-t-elle à la menace
De masturber ma rose en fleur ?
Quand mes sens éperdus frétillent,
Pourquoi de tes yeux qui pétillent
Chatouiller tout mon corps pâmé ?
Des attouchements de ta verge
Viens donc froisser ma fente vierge
Et mon clitoris enflammé !
Jusques au fond de ma matrice
De l’instrument du sacrifice
Dirige, enfin, l’essor vainqueur !
Et que ta double et grosse couille
Qui me séduit et me chatouille
Soit le témoin de mon bonheur !
Ne vois-tu pas, lascif Satyre,
Que je nage dans le délire ?
Qu’il me faut… ou foutre… ou mourir ?
Sous ton jet brûlant que j’adore
Éteins le feu qui me dévore :
Nom de Dieu !… Fais-moi donc jouir !…
L’effet, produit sur les assistants, par cet appel désespéré de la vertu aux abois, fut magnifiquement lubrique : D’un côté, le poète Octave d’Ormilly fouillait fiévreusement sous les jupes de la jardinière et de sa jeune belle-sœur, tandis qu’Alice et Berthe, bien tendrement penchées l’une vers l’autre, préludaient par des baisers de colombe aux voluptés entrevues et ardemment désirées : Tout près d’elle, la comtesse Nathalie, sans quitter des yeux la nudité en rut du Marquis, venait de plonger une main enquêteuse et polissonne dans le pantalon de Léopold Morin qui se laissait manipuler, frissonnant et raidi. Bastien, emporté par l’ardeur de son tempérament, venait de sortir de sa braguette un priape encore inexpérimenté, mais dont la pose fière fit la plus vive impression sur Emma Gelin, assise à côté de lui, et qui ne put s’empêcher de le saisir à poignée en dirigeant sous ses jupons la main tremblante de Bastien. Claude et Léon de Rifray, incités par Robert, s’approchèrent de leur ami Léopold pour voir de plus près les jolies frictions que lui prodiguait leur tante Nathalie, aux yeux de laquelle ils étalèrent, sans la moindre vergogne, leur impudicité : La Comtesse les fit alors placer tous les trois à genoux devant elle, et s’amusa de leurs trois organes comme des touches vibrantes d’un clavecin.
Suzanne d’Arvan, les yeux clos, la vulve enflammée, les bras affalés, les cuisses ouvertes, attendait… Bientôt elle poussa un cri étrange, un cri de pudeur outragée et de joie triomphante, un cri de douleur et de volupté, d’amour et de honte… le cri de sa virginité ravie ! Soudain, des bras, des cuisses, des jambes elle enlaça le Marquis furieux d’amour, et se plongea elle-même le membre révolté de son adversaire jusqu’au plus profond de ses entrailles… Sœur Thérèse buvait des yeux ce lascif tableau et riait de voir Éveline défendant sa vertu contre les juvéniles attaques de Robert.
Bientôt une harmonie triomphale annonce l’arrivée des derniers sociétaires, et les portes grandes ouvertes livrèrent passage à la baronne Gabrielle, à la resplendissante Joséphine, chacune à un bras du vicomte Alfred de Lortara, — à Lucy Féraud accompagnée par le comte Urbino de Mirafiore, — à la brune Fernande au bras de Georges de Brueil, — à la rieuse Herminie, conduite par le vicomte Louis d’Aunac, — et enfin à Justine qui, en fidèle Nounou, arrivait avec le précieux dépôt qui lui avait été confié, et menait par la main Marcelle et Laure.
Sauf la pauvre Marthe, en proie aux spasmes de l’initiation, et sauf le Marquis plongé dans les ravissements extatiques d’un coït virginal, tous les membres de l’Aubépine se levèrent pour recevoir les derniers arrivants et leur faire fête. Lucy et sa sœur, par leur tenue modeste, leur air ingénu, la grâce de leur maintien et la voluptueuse expression de leurs traits, firent la conquête de tous les cœurs. Éveline surtout, ne pouvait se lasser de les admirer, de les embrasser, de les baiser sur la bouche… elle alla même plus loin, et soulevant brusquement les jupes de Fernande, elle lui décocha un baiser brûlant au bas du ventre, baiser de feu que la piquante brune lui rendit du reste aussitôt de la même façon, aux applaudissements joyeux des spectateurs. — Pendant ce temps, le Marquis avait achevé Suzanne pantelante.
Frères et sœurs de l’Aubépine, s’écria la Marquise, avec le ton de l’autorité souveraine : Nous voici tous réunis, pour la première fois, dans le Temple de l’Amour. Au seuil de ce temple sacré, frères et sœurs, nous avons dépouillé tous les vieux préjugés, les scrupules du monde et l’hypocrisie de la Société, absolument comme nous allons, dans quelques instants, nous dépouiller de tous ces vains et ridicules vêtements que nous devons considérer comme une insulte au Créateur, lequel n’a pas imposé à nos premiers parents, dans le jardin du Paradis, d’autre costume que la simple nudité. Frères et sœurs, revenus par le costume à l’état d’innocence, donnons-nous corps et âme les uns aux autres, et n’ayons d’autre pensée que le bonheur de notre prochain : Vous, mes frères, n’oubliez pas que si Dieu a donné au premier homme une compagne, c’est afin qu’il satisfît en elle les besoins naturels de son sexe. Vous, mes sœurs, gardez-vous d’oublier que Dieu a donné à la femme un amoureux bijou uniquement pour recevoir et contenter l’organe sexuel de l’homme. Loin de nous ces semblants de vertueuse résistance d’une mijaurée qui crie au viol et ne se débat que pour jouir plus libertinement : Livrons-nous sans contrainte au plus doux penchant qui existe : Enfants gâtés de l’amour, épuisons-en les enivrantes délices. Allons donc nous déshabiller en chœur et « Vive l’Aubépine ! Vive l’Épine blanche ! »
Tous à la fois : « Vive l’Épine blanche ! Vivent les Pines blanches ! »
C’est à ce cri cent fois répété que la foule amoureuse se précipite vers l’immense salon de toilette. Là, garçonnets et fillettes, aidés de douze belles négresses de quinze à seize ans ont bientôt fait de dépouiller de tous leurs vêtements les Membres (mâles et femelles) de l’Aubépine. Spectacle curieux que celui de ce déshabillement hâtif, accompagné de petits cris d’effroi pudique chez les jeunes beautés et d’exclamations admiratives chez les hommes rendus plus effrontés par les railleries perverses des dames déjà savantes dans les pratiques d’amour. Les Adolescents, vierges encore furent ceints d’une écharpe de gaze blanche dont les deux extrémités, garnies de franges de soie, pendaient sur la cuisse droite, laissant à découvert leur juvénile impudeur : Les jeunes pucelles furent parées de la même écharpe, avec cette différence qu’elles la portaient en sautoir sur l’épaule gauche, et nouée au-dessus de l’épaule droite : Les négresses avaient reçu d’Éveline l’ordre de les parer ainsi, et s’acquittèrent parfaitement de leur gentille mission, qui mit à une première épreuve la pudique innocence de tous ces frais appas encore intacts. Le reste des sociétaires se para à sa fantaisie, c’est-à-dire que les dames imposèrent, chacune au cavalier de son choix, le costume qui flattait le plus sa polissonnerie ; les Messieurs, de leur côté, présidèrent à la parure succincte de leurs belles amies.
Rien de plus excitant que cette nudité transparente à travers les gazes. Les langoureux accords de la valse entraînèrent dans la Rotonde le gracieux tourbillon, entremêlant les sexes au gré du hasard. Au rythme de cette valse lascive, les danseuses ne tardèrent pas à se laisser aller, languissantes, aux bras nerveux de leurs ardents cavaliers : le contact des chairs nues, les rires provocateurs, les caresses audacieuses, les pressions ardentes, le heurt des couples enfiévrés, les croupes balancées dans une ondulation titillante, tout, enfin, dans ce prélude enchanteur de la fête, surchauffa les sens déjà excités, et porta au plus haut degré l’impétueuse violence des désirs. Complètement nue, un tambour de basque d’une main, des castagnettes de l’autre, les chevilles ornées d’anneaux d’or garnis de grelots sonores, l’ardente Justine, dans ses bonds vertigineux, dans ses poses lubriques, dans le ballonnement de son ventre satiné, dans le déhanchement de ses fesses rebondies, semblait être la grande Prêtresse de cette superbe Bacchanale… Déjà les désirs exigeaient impérieusement des caresses plus substantielles, une satisfaction plus réelle… les regards humides que les Dames dardaient sur le rut tentateur des éphèbes, semblaient appeler le dernier outrage.
Enfants ! s’écria Éveline, modérez votre amoureuse impatience, et attendez pour calmer les révoltes de votre chair, que nous ayons offert à la Reine de la volupté, à la Déesse Vénus, l’hommage propitiatoire de la plus tendre des virginités : La gracieuse enfant qui va immoler sa pudeur sur l’autel de Vénus n’a pas encore quatorze ans révolus, et la Déesse de la Volupté adore le pucelage des enfants. Nos habiles négresses ont déjà dressé l’autel destiné au sacrifice, c’est au milieu de l’Assemblée que Mademoiselle Laure Morin va, pour la première fois, livrer ses adorables appas de vierge à l’érotique ardeur du mâle, c’est sur cette grande couche, dans ces draps de velours noir, que nous allons l’étendre, victime résignée, pour la livrer aux fureurs du Priape qu’elle aura elle-même choisi.
Àces paroles de la Marquise, la jeune Laure a essayé de s’enfuir et de se dérober à l’honneur charmant auquel elle est appelée ; mais elle est vite saisie, enlevée par vingt bras vigoureux, et mollement déposée sur le velours noir de l’autel. Un cri d’admiration accueille cette divine beauté : Tous les membres virils se dressent plus raides, plus furieux, briguant le délicieux et cruel office de bourreaux.
Charmante Laure, dit Éveline, choisissez vite l’heureux sacrificateur qui va vous initier au plus doux des martyres. L’heure est venue ; votre virginité nous appartient. Entre toutes ces piques dressées qui vous environnent, choisissez, ma toute belle mignonne, celle qui doit livrer le sanglant combat contre la fleur de votre pucelage.
Dans le trouble de sa timide inexpérience, Laure, se redressant à demi, demande à Éveline si la douce opération ne peut pas être accomplie sur son corps par une jeune fille. Jugez, chère lectrice, quel éclat de rire moqueur accueille sa naïve requête : plus provocateurs, plus effrontés que jamais, les insignes de la virilité se cabraient sous les yeux de la Vierge… À cette vue, une étrange sensation s’empare de Laure. C’est comme une délicieuse titillation qui la pénètre toute et fait taire la dernière révolte de sa pudeur… Des effluves de volupté lui courent sur le corps… Malgré sa vertu native, elle se sent invinciblement attirée par la fière attitude de ces beaux jeunes gens : Elle les regarde, les contemple tour à tour. Obéissant à une magnétique attraction, les Priapes frôlent le velours de la couche. Laure hésite… on dirait qu’elle a envie de tous à la fois, tant ses regards sont doux et caressants. — Tout à coup, cédant à l’impérieux désir qui la maîtrise, mais redoutant d’instinct la douleur physique inséparable d’une première initiation, sa main va se poser frémissante, sur le Priape le plus coquettement mignon de la galante cohorte.
Pour la première fois, Laure serre entre ses doigts un membre d’homme !… Ô douce surprise ! Elle le presse, elle le froisse, elle l’attire enfin à elle… et le jeune Léon de Rifray, brûlant d’orgueil et de désirs s’élance sur la jeune fille. Involontairement elle serre les jambes. C’est en vain que les mains impatientes de son gentil cavalier essayent de les entr’ouvrir… Sans lâcher la pique furibonde elle se débat et pousse des cris d’effroi. Tandis que les deux mains de Léon pressent, caressantes, ses flancs crispés et la pointe raidie de ses seins… tandis qu’une langue audacieuse se glisse de force entre ses lèvres serrées, elle sent, la pauvre Laure, un impudent genou qui s’introduit brutalement mais lentement entre ses deux cuisses.
Vous avez vu, Madame, un coin d’acier sous la massue du bûcheron, s’enfoncer dans une fente d’arbre ?… Tel ce genou lascif se frayait un passage dans l’entre-deux mignon de la pudicité de Laure, sans respect pour tant de grâce ingénue, sans pitié pour la toison dorée dont il froissait les petites boucles soyeuses… Laure écarta un peu les cuisses… le genou de Léon s’empara de la place si ardemment disputée. Le rut de l’éphèbe réveilla les ardeurs de la pucelle qui balbutia : « Maman !… maman !… »
Alors, brusquement, la Marquise d’un côté, et Justine de l’autre, étalèrent sans pitié la honte de Laure à tous les regards, en lui écartant les genoux aussi relevés que possible, et Léon, sur l’ordre d’Éveline se mit en posture, à genoux devant les deux cuisses ouvertes.
Le regard allumé, la respiration haletante, les couples amoureux se pressaient autour du lit nuptial pour voir de près les détails de l’acte. Éperdue de honte, Laure lâcha le bijou de Léon et, sous ses deux mains jointes, cacha la rougeur de son visage. Mais Sœur Thérèse, qui n’avait pour tout costume que sa cornette blanche, Sœur Thérèse riant du pudique embarras de la pucelle lui écarta les mains de force et se mit à lui prodiguer les plus vifs baisers sur les yeux, sur le cou et surtout sur les lèvres : « Je veux, lui disait tout bas l’adorable nonne, je veux boire le dernier soupir de ta virginité expirante !… » Et pendant qu’inclinée sur Laure, elle dévorait la vierge de ses baisers de feu, étroitement collé à sa croupe rebondie, le Marquis Olivier se livrait, sur le corps divin de cette chaste épouse du Christ aux actes obscènes les plus aiguillonnants.
Laure n’avait pas besoin de ce spectacle incendiaire pour attiser ses ardeurs. Des doigts d’enfant venaient de s’emparer du siège de sa pudeur. Alice, Berthe, Herminie et Lucy avaient sollicité et obtenu de la complaisante Marquise l’honneur de plonger vivant, dans les entrailles de la victime, le redoutable instrument du sacrifice. Les attouchements répétés de tous ces petits doigts causaient déjà à Mademoiselle Morin un prurit intolérable. Son pauvre petit conin frémissant d’impatience s’ouvrait, se fermait, s’entr’ouvrait encore, déjà lubrifié par les amorces du plaisir. Les yeux de son jeune athlète lançaient des éclairs. Sollicité, lui aussi par toutes ces menottes, il ne put maîtriser un brusque mouvement en avant, mouvement offensif auquel la vertu de Laure ne la déroba qu’à demi. La tête du priape révolté avait réussi, du premier coup, à se loger toute rouge, dans l’entrebâillement du virginal bijou.
Àce contact, Laure ne fut plus maîtresse d’elle-même… Ses sens, brusquement réveillés, bondirent sous le fouet des désirs… Et, tout en criant : « Au secours !… Maman !… On me viole ! » la vierge ingénue se précipita au devant de l’outrage suprême.
Les dents serrées, les lèvres crispées, frémissantes sous les baisers ardents de la nonne amoureuse, folle d’impudeur sous le déchirement libertin de la verge qui lui froisse les chairs, Laure vient elle-même en aide à son audacieux vainqueur, et porte brusquement le ventre en avant. Un cri de douleur lui échappe. Le poignard vivant s’est plongé jusqu’au fond palpitant dans sa gaine rose.
Des clameurs, des éclats de joie, des claques sur les chairs nues, des baisers et des caresses lascives saluent le triomphe de Léon de Rifray sur les reins duquel Nathalie et Sœur Thérèse forcent la petite de croiser ses jambes de vierge, pour recevoir l’initiation libertine, et le jet de lave bouillonnante qui d’une vierge pure fait une femme hardie.
Àpartir de ce moment béni, les crises voluptueuses se succédèrent chez la jeune fille sans aucune interruption jusqu’au moment où les négresses vinrent arracher de ses bras Léon de Rifray pour la livrer au Comte Urbino de Mirafiore qui l’abreuva, à son tour, des plus douces voluptés. Bien d’autres tinrent à honneur de faire pousser à Laure le cri charmant qui accueillait chez cette charmante fille l’introduction du Priape entre les lèvres du vagin. Sœur Thérèse qui, après avoir bu sur les lèvres de la jeune fille son premier spasme de femme, s’était livrée, sans la moindre honte, aux impatientes ardeurs du Marquis, sur le rebord même de la couche nuptiale, eut le libertin caprice de livrer elle-même la gentille Laure aux baisers fougueux de son amant. À peine le Marquis Olivier eut-il joui de l’enfant et savouré dans ce coït pervers la plénitude de la volupté, que sa jalouse maîtresse le délogea à la hâte en déclarant d’une voix sifflante qu’elle aussi voulait dépuceler la petite Morin. Olivier se prêta en riant à cette fantaisie saphique, et sœur Thérèse s’empara à pleines lèvres de la chasteté de Laure : « Fais-je bien !… » balbutiait par intervalles la gloutonne religieuse. « Oui, oh ! oui ! murmurait Laure. Il me semble que tout mon être se fond de volupté ! »
Pendant ces délicates polissonneries, ça et là des couples amoureux se disposaient, sans la moindre gêne, à tous les ébats et à toutes les folies que peut suggérer à un libertinage ardent la promiscuité des sexes.
Les caresses lascives de sœur Thérèse ne firent qu’irriter les ardeurs de la jeune Morin sans les satisfaire. Aussi, dès que le joli badinage prit fin dans la catastrophe inévitable, et que la nonne pâmée lâcha sa victime pour rouler pantelante sur le tapis moelleux, ce fut pour Laure une fête triomphale de recevoir tour à tour dans ses bras assoiffés de caresses, Paul de Civray et Louis d’Aunac, puis le galant Georges de Brueil, puis le poète ardent des alcôves, Octave d’Ormilly, puis les jeunes et bouillants éphèbes Claude de Rifray, déjà déniaisé par sa tante Nathalie, Bastien Darrède et André Gelin, dont l’inhabilité charmante doublait les plaisirs de la petite coquine : Léon de Rifray, dont l’ardente Nathalie venait d’expérimenter les amoureux talents, pria sa tante de l’excuser s’il la quittait quelques instants pour aller offrir à la jeune Laure un nouveau tribut de son ardeur…
Pauvre Léon !… Mademoiselle Morin l’accueillit avec un transport d’amour. Ils s’unirent avec rage. Léon s’enivrait de bonheur sur le sein de sa maîtresse échevelée… Ses voluptueuses saccades la faisaient vibrer jusqu’au fond des entrailles : Debout au pied de la couche amoureuse, le beau Léonce contemplait avec avidité les péripéties de ces furieux ébats, et semblait prendre à ce lascif spectacle un extrême plaisir : Nounou la Bacchante endiablée, s’approcha souriante, et caressant du revers de la main la croupe du galant Léon : « N’est-ce pas, monsieur le comte, que ce jeune homme a le plus beau derrière que l’on puisse rêver ? Touchez moi cela ! quelles chairs fermes et satinées ! Et cette ligne de séparation, quel plaisir de l’écarter !… Ah ! monsieur le comte, voilà que vous lui soupesez enfin les grelots d’amour ? Vous voulez donc le faire fondre ?… Ah ! si j’étais à votre place !… » — « Que ferais-tu, mignonne ?… » — Ce que je ferais ? Pendant que cet adorable garçon s’amuse de mademoiselle Morin, je le transformerais sur place en une délicieuse fillette… Voyez donc ces divines blancheurs : cela ne vous donne-t-il pas une envie folle de lui loger votre affaire quelque part ?
Le Comte Léonce d’Ermenonville. — Petite cochonne !… tu me donnes là des idées !… Veux-tu que j’essaye ?… M’aideras-tu !…
Nounou. — De tout mon cœur, cher comte !… Là ; montez par derrière, et postez-vous comme il faut, Dieu ! que vous êtes raide !… Vous, beaux amoureux, ne faites pas attention à ce gentil garçon qui vient becqueter les miettes de votre tendre festin, laissez-le faire !
Chère lectrice, comment vous raconter la suite sans faire monter la rougeur sur votre front rêveur ? L’adolescent, loin de s’indigner d’une pareille attaque se prêta le plus docilement du monde aux manœuvres du comte dont le membre irrité, dirigé par l’habile Nounou, pénétra presque sans effort sa victime résignée, jusque dans les derniers replis du fondement. Léon transporté de plaisir redoublait sur Laure Morin ses lascifs efforts ; et la fillette qui comprit parfaitement son rôle, posa à Nounou les questions les plus érotiques sur la grosseur et la longueur du membre qui fouillait les boyaux de son amant. Justine du geste et de la voix excitait le galant trio : Elle était si jolie ainsi animée de tous les feux de la luxure que la petite Laure ne put s’empêcher, après l’avoir longuement contemplée à la dérobée, de lui chatouiller discrètement le boutonnet sensible. Justine se prêta volontiers à cette fantaisie, et grisée d’une friandise si capiteuse, donna bientôt les signes précurseurs du spasme cher à Vénus… Dans une triple et râlante clameur, nos trois athlètes succombent à la volupté, pendant que Nounou délirante se tord de jouissance sous les titillations de Laure, et laisse s’épancher sur le tapis la lave de feu que distille sa brûlante matrice. — Laure Morin fut inondée, Léon aussi. C’est avec une sollicitude toute paternelle que le comte contempla les deux amants pendant qu’ils faisaient disparaître les traces mouillées de leur déshonneur, la jeune fille à l’aide d’un foulard de soie, Léon avec une chemise de femme oubliée à quelques pas de l’autel de l’amour.
L’ardent séminariste revint immédiatement à la charge. Mais Laure, brisée de tant de jouissances le supplia de lui accorder quelques instants de repos. À ces mots la tendre et compatissante Justine s’empara du jeune homme, et, le couchant sur l’épais tapis, le ventre en l’air, offrit à la fillette un charmant divertissement : elle s’amusa d’abord à mordiller du bout des lèvres ce gland rubicond qui ressemble à une grosse cerise au bout du membre viril, puis sa langue pointue fit, rapidement et à plusieurs reprises, le va et vient, du bout du gland jusqu’à la naissance des globes jumeaux qui décorent l’arbre de vie. Ces globes charmants à leur tour devinrent la proie de cette langue indiscrète : Elle en agaçait la double rondeur, et elle en fouillait avec amour les plis et les rugosités… Léon de Rifray éperdu de honte et de jouissance à la fois tressautait et poussait de profonds soupirs ce qui donnait de nouveaux aiguillons aux lubriques caresses de la Bacchante.
Le Comte d’Ermenonville, allongé tout contre Léon, le nez sur ses jeunes appas, buvait des yeux cette lutte émoustillante : « Feuille de Rose, s’écria-t-il soudain, Justine ! Feuille de Rose !… »
Vous rappelez-vous, ma chère lectrice, cet atroce et céleste attentat qui nous ouvrit un nouvel horizon d’impudiques voluptés, cette adorable prise de possession qui venait de vous livrer sous une nouvelle face à la folle passion de votre amant !… Certes vous ne l’avez pas oubliée, madame, cette première tentative du bien-aimé, voulant dans son ardeur passionnée vous posséder toute… toute !… Et ses sollicitations langoureuses et lascives, et vos révoltes virginales lorsque, au sein des affres de la volupté, vous dérobiez à ses baisers de feu le corail enfantin de votre pudeur parce qu’un doigt amoureux s’amusait à polissonner dans le retrait sacré de votre cul marmoréen ?… Et ce cri de triomphe, et ces transports fougueux lorsqu’après mille hésitations, mille peurs, votre amour l’emporta sur votre pudeur, et que, sûre d’augmenter vos plaisirs en doublant ses jouissances, vous consentîtes enfin à livrer à ses regards et à ses baisers embrasés cet admirable revers de médaille qu’on ne découvre qu’aux petits enfants pour leur donner la fouettée… Et… puis… quand la langue de votre amant pénétra dans le sanctuaire des amours défendues ?…
Ôdélices divines d’une Rose égrenée feuille à feuille dans l’abandon suprême de la volupté !… Le Beau Léonce caressait tour à tour les deux amants. Justine exaspérée s’élança en vrai gamin sur le jeune séminariste : À peine se fût-elle percée elle-même avec le dard en érection que lui offrait Léon, que le comte se logeant commodément derrière elle, la pénétra élégamment en levrette, par l’escalier dérobé. La coquine de soubrette proclama en se démenant sous le double outrage, qu’une femme ne pouvait rêver de jouissance plus exquise que celle que lui procuraient ces deux piques lui fouillant les entrailles dans tous les sens.
L’orgie battait maintenant son plein. Pendant que sur l’autel, Laure avait offert à Vénus l’hommage de ses virginales prémices, la jeune fille se caressait d’une main distraite tout en buvant des yeux les ébats du comte et de Léon sur le corps galvanisé de Justine, de toutes parts des couples ardents se poursuivaient, se débattaient, s’étreignaient avec fureur : Des cris, des râles, des appels lascifs, des reproches lubriques entrecoupés de soupirs voluptueux : Un même désir gonflait toutes les poitrines, faisait raidir tous les membres… Blonds conins et délicates pines fraîchement dépucelés se livraient à l’amour avec plus de furie que les cons expérimentés et que les braquemards les mieux dressés aux jeux gymniques. Sur l’ordre de la Marquise et cédant, du reste, à l’attrait d’une curiosité bien légitime, tous les adolescents, jouvenceaux et jouvencelles avaient assisté côte à côte à la dévirgination de la jeune Laure Morin. Mais ce spectacle avait attisé les ardeurs de toute cette brûlante jeunesse au point que la belle Éveline jugea prudent de hâter l’heure des plaisirs amoureux.
Abandonnant la jolie Laure à son heureux sort, Éveline en compagnie de la Comtesse Olympe, de la belle Nathalie et de Valentine Deffieux la piquante jardinière, annonça à la galante assemblée un nouvel exercice d’amour. Sur son ordre Berthe Devaire, Alice Noirmont et Marcelle de Lauterac prirent place sur trois lits, à côté l’une de l’autre, le ventre en l’air, les cuisses entr’ouvertes, la vulve humide des aiguillons du désir : sur un signe de la Marquise, Olivier d’Haricourt s’empara de Marcelle, Alfred de Lortara s’élança sur le lit occupé par Alice, et le Comte Urbino de Mirafiore bondit sur la tendre Berthe. En quelques coups de cul agrémentés des petits cris et contorsions obligatoires, les trois vierges furent déniaisées, enfilées, baisées et foutues. C’est à couillons rabattus qu’y allaient nos trois gaillards. Ce jeu plût tellement aux pucelles qu’elles accueillirent avec enthousiasme la proposition lascive d’une jeune négresse qui les invita au nom d’Éveline à changer de cavaliers.
Éveline n’attendit pas la fin de cette triple bataille pour apporter un tendre soulagement à l’amoureux martyre des deux jeunes séminaristes qui possédaient encore leur virginale innocence.
Léopold Morin et son ami Bastien Darrède étendus sur le dos, la pique dressée, furent livrés par la lascive Marquise : Bastien à la brune et ardente Fernande Féraud, Léopold à la galante Nathalie. Chaque couple assisté d’une gentille négresse qui avait pour mission d’agrémenter la lutte par les plus intimes et les plus émoustillantes caresses… Éveline, Olympe et Lucy Féraud buvaient du regard ce splendide tableau lorsqu’elles furent brusquement assaillies par trois bouillants cavaliers. Octave d’Ormilly qui s’empara de la belle Marquise, Georges de Brueil qui enlaça la taille de Lucy Féraud, et le Vicomte Louis d’Aunac qui, emporté par un élan d’indomptable passion, renversa brutalement la Comtesse Olympe sur le tapis, et se mit en devoir de jouir d’elle malgré les protestations véhémentes et la défense énergique de sa mignonne maman.
La résistance d’Olympe ne fut pas de longue durée. Elle aussi, depuis que son fils avait d’une main lubrique, porté le trouble dans ses plus secrets appas, partageait les coupables désirs de son cher Louis, et brûlait des mêmes feux que lui… Aussi lorsqu’elle subit le contact de cette verge impudique qui voulait pénétrer de force dans ses maternelles entrailles, lui fallut-il faire un effort désespéré pour ne pas s’abandonner immédiatement à toute la fougue de ses sens surexcités… Deux fortes négresses s’approchèrent d’elle, et lui saisissant chacune une cheville, lui écartèrent les cuisses de force. Louis profitant de l’avantage donna un coup de cul si impétueux qu’il transperça sa mère affalée… heureusement que la verge furibonde avait pénétré la belle Olympe par un passage déjà frayé, sans quoi elle lui aurait ouvert le ventre…
L’inceste s’accomplit dans une étreinte folle. « Oh… oh !… Maman… maman… !… » murmurait par intervalles le tendre Louis, chaque fois que le spasme de la jouissance le clouait frémissant et immobile sur le sein palpitant d’Olympe ; tandis que celle-ci les yeux clos, les dents serrées, tous les membres crispés, savourait au sein d’inavouables délices, l’exquise sensation que produisaient à l’orifice de sa chaste matrice, les brûlantes et multiples éjaculations de l’aimable enfant, dont ses deux mains palpaient les fesses rebondies.