« Par un soir bleu d’avril elle s’en revenait »
Par un soir bleu d’avril, elle s’en revenait,
Vive comme un pierrot croisé d’un sansonnet,
Ses yeux, comme les yeux d’un chat, luisant dans l’ombre.
Moi, je m’en revenais seul aussi, d’un air sombre ;
Et comme je passais près d’elle, je lui pris
Le bras, qu’elle laissa d’un mouvement surpris,
S’arrondir sur le mien, — tiède, jeune, flexible !
Elle avait, disait-elle, une frayeur horrible
Qu’on ne la vît ; — c’était son quartier… on pouvait
La rencontrer. Oh ! si la chose se savait !
Et redoutant cela, logique rigoureuse,
Elle se rapprochait de moi, rouge et peureuse.
Nous causâmes… Je sus qu’elle habitait en haut
De la rue, à deux pas de chez moi ; que bientôt
Elle aurait dix-huit ans ; qu’elle adorait les robes
Neuves ; que ses voisins étaient des gens très-probes,
Mais qu’ils étaient toujours à l’épier ; qu’ainsi
Il fallait la quitter, et tout de suite… ici !…
Mais que demain, plus tard, on pourrait se connaître.
Et retenant encor le joli petit être
Qui ne fuyait pas trop, je lui fis sur les yeux,
Sur les yeux qu’elle avait grands et noirs, mes adieux.