« Les foins sont coupés, on mange des fraises »
Les foins sont coupés ; on mange des fraises :
Accordant nos pas et joignant nos mains,
Dans les sables blancs, chauds comme des braises,
Nous sommes allés chercher des chemins.
Les foins sont coupés ; on mange des fraises.
Comme ses doigts prompts chiffonnaient les fleurs,
Et les tourmentaient, ces pauvres petites !
Elle fit, mêlant toutes les couleurs,
Un charmant bouquet, des plus insolites.
Comme ses doigts prompts chiffonnaient les fleurs !
Au bout d’une lieue, elle était bien lasse ;
Or il se trouva que j’étais bien las.
Les oiseaux causaient entre eux à voix basse ;
Moi, je lui disais : « Je t’aime » tout bas.
Au bout d’une lieue, elle était bien lasse.
On s’assit à l’ombre, au pied d’un prunier,
Et je l’embrassai sur la bouche. Certes
C’était simple et doux comme du Chénier.
Elle soupira : « Les prunes sont vertes ! »
On s’assit à l’ombre, au pied d’un prunier.
Le ciel s’enflamma derrière Versailles ;
Légère et courant, nez rose, au grand air,
Elle allait, venait, et dans les broussailles
Son rire partait, pétillant et clair.
Le ciel s’enflamma derrière Versailles.
Le long du chemin, pendue à mon bras,
En s’en revenant elle était bien lasse.
Moi, je lui disais « je t’aime, » tout bas ;
Les oiseaux causaient entre eux à voix basse.
Elle s’en revint pendue à mon bras.