‹ Les Contemporains, 3ème Série Études et Portraits LittérairesChapitre 21 sur 56 · I

I

J'ai besoin de rappeler ici que la perfection littéraire d'une oeuvre n'est pas, même pour un lecteur très lettré, l'unique mesure du plaisir qu'il y prend. On est tenté de croire que le critique, lui du moins, n'a pas d'autre mesure; mais cela ne lui est point possible, quand il le voudrait. Et, par exemple, il y a des livres qui sont d'un artiste incomplet, où il serait facile de signaler des fautes et des lacunes, et qui plaisent néanmoins par la sincérité avec laquelle ils laissent transparaître l'homme qui les a composés, son caractère, son tour d'esprit, ses habitudes, sa condition sociale. (Il faut, bien entendu, que cet homme soit intéressant et supérieur à la moyenne des esprits.)--C'est par là d'abord que les romans de M. Jules de Glouvet sont aimables. Il est fort probable qu'il y a plus de charme et de poésie dans les romans rustiques de M. Theuriet, une imagination plus robuste et plus touffue dans ceux de M. Ferdinand Fabre, un art plus délicat dans ceux de M. Pouvillon; mais le _Marinier_, le _Forestier_, l'_Étude Chandoux_ (sans compter, qu'il s'y rencontre des parties vraiment belles) m'amusent et me retiennent parce qu'à chaque instant je sens, je vois _par qui_ ces romans ont été écrits. Je sens que l'auteur _doit_ être un magistrat, un propriétaire rural, un agronome, un chasseur, un érudit-amateur et un bon humaniste. Tout cela fait à ses livres une figure à part, ce qui est l'essentiel et ce qui suffirait à me les faire goûter, quand même cet homme de loi lettré et ami des champs ne serait point, par-dessus le marché, un poète bien authentique.

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Le magistrat a l'oeil lucide et le goût de l'exactitude minutieuse. Souvent il a dû, pour rétablir la scène de quelque crime, examiner des plans d'appartement, regarder de près des mobiliers, passer en revue, et méthodiquement, de menus objets. S'il compose des romans, ses descriptions devront se ressentir de cette habitude professionnelle. Et en effet, toutes les fois que M. de Glouvet décrit, on dirait qu'il s'est «transporté sur les lieux» pour en «dresser l'état». Voyez ce fragment d'une description dans le _Berger_:

... Le logis occupe une moitié de la chaumine, sans communication avec l'autre, qui sert à tous usages et tient lieu de bûcher. La bergerie s'appuie perpendiculairement à cette chambre noire et se prolonge dans la direction du carrefour, terminée par un fournil aux crevasses lierrues. La barrière à claires-voies, qui donne accès du chemin dans la cour, est chargée d'un pavé massif à son extrémité fixe, _de telle sorte que le battant, facilement poussé de dehors, revient tout seul à son point de départ par l'effet du contrepoids_. Dans cette cour, les auges pour abreuver le troupeau, une brouette chargée de paille; près du mur, une meule à aiguiser, et, au-dessus, un sabot cassé, servant de gaine aux lames usées. Des balais de bruyère sont debout contre la porte de l'écurie. On entend par la lucarne le bêlement d'un mouton malade. La grande fourche est piquée dans le fumier, à côté du râteau _qui sert à mettre les crottes en morceau_...

Remarquez, outre la minutie excessive des détails juxtaposés, le luxe des explications techniques. Vous trouverez dans chacun des romans de M. de Glouvet une bonne douzaine d'inventaires de ce genre. Et ses paysages aussi sont, pour la plupart, des inventaires et n'arrivent que rarement à faire tableau: c'est la nature vue par un juge d'instruction qui a appelé le paysage «à comparoir». Dans le _Marinier_, les détails abondent sur la vie du fleuve, sur la manoeuvre des bateaux, sur leur disposition intérieure, etc.: a-t-on la sensation de la Loire? Dans le _Forestier_, toute la forêt nous est expliquée, et les moeurs et les métiers de ses habitants: a-t-on la sensation de la forêt? En général, l'oeil de M. de Glouvet décompose, mais ne résume pas: il nous laisse faire ce travail et se contente de nous le rendre facile. Il apporte, d'ailleurs, dans ses notations successives d'objets particuliers, une merveilleuse netteté, et qui n'est pas un petit mérite, même en littérature.--Et il va sans dire que j'exagère ici mon impression; mais je continuerai à l'exagérer pour être clair.

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Un magistrat sait son code, a appris à se reconnaître dans les affaires embrouillées, dans les questions d'héritage et d'intérêt. Or, il est naturel de se servir de ce qu'on sait, et la science de M. de Glouvet vient d'autant mieux à propos, que la chicane tient une assez grande place dans la vie des paysans. Vous trouverez dans le _Marinier_ et dans la _Famille Bourgeois_ des questions d'héritage et d'argent expliquées avec tant de clarté qu'elles en deviennent intéressantes, même si vous les séparez du drame où elles jouent leur rôle. Et l'_Étude Chandoux_ vous fera voir, dans un détail et avec une netteté qui vous rempliront d'aise, comment s'enfonce un pauvre diable de notaire, comment il lutte, à quelles manoeuvres il peut recourir et comment il arrive à la banqueroute. Visiblement le romancier prend plaisir à nous exposer ces choses, et ainsi l'intérêt de la fable se double pour nous de l'intérêt qu'on prend toujours à voir élucider une affaire compliquée.

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Un magistrat, un homme dont la profession est de faire respecter la loi et de punir les méchants, doit être très préoccupé de morale et, s'il écrit, en mettre dans ses livres. Et, en effet, les romans de M. de Glouvet sont très moraux. Assurément il n'a pas la naïveté de nous montrer la vertu toujours heureuse; mais il châtie le vice et le crime avec une infaillible régularité. Je ne prétends point que ce souci de corriger les moeurs en racontant des histoires s'étale grossièrement; mais très souvent il se devine. Il y a dans l'histoire de Jean Renaud, qui fait tant de bonnes actions, qui nourrit son grand-père, puis une vieille pauvresse, qui sauve son ennemi d'un incendie et qui adopte un orphelin, quelque chose qui fait songer à ces livres de lecture des écoles primaires écrits pour la «moralisation» des enfants. Et je ne m'en plains pas, car ce souci d'un bon coeur n'est point incompatible avec l'art ni avec l'observation; il implique de la cordialité, de la simplicité, de la gravité; puis, la littérature d'aujourd'hui nous a tant déshabitués des «récits moraux et instructifs» que, lorsqu'il s'en présente un par hasard, on est tout prêt à trouver cela original, on est charmé, on est ému et on s'en sait bon gré; on se dit comme le Blandinet de Labiche: «Mon Dieu! que les hommes sont bons!» et en même temps on jouit de sa propre bonté.

C'est ainsi que l'_Idéal_, qui est un livre tout plein de bons sentiments et où même les sermons abondent, lu à la campagne, dans un milieu paisible et patriarcal, m'a fait passer d'agréables heures.--M. d'Artannes, un gentilhomme qui a toutes les vertus et beaucoup d'expérience et d'esprit, se fait le mentor d'une fillette et s'applique à former son esprit et son coeur. Puis il part pour le pôle Nord et revient au bout de quelques années; mais, dans l'intervalle, Hélène, qui a grandi, est devenue une mondaine enragée, une amazone excentrique. D'Artannes la morigène, la reconquiert, la ramène au sérieux, lui fait épouser (ô candeur!) un brave homme de ses amis. Bientôt l'élève s'ennuie, recommence sa vie folle; d'Artannes continue de veiller sur elle: elle l'envoie promener... jusqu'au jour où ils reconnaissent qu'ils s'aiment d'amour. Ils se le disent, car ils sont sûrs d'eux: ce sont leurs âmes qui s'aiment, et c'est là sans doute «l'Idéal». Mais (et ici reparaît la perspicacité du magistrat, qui doit être en même temps un homme très moral et très clairvoyant) un jour la chair reprend ses droits: de quoi les deux amants se punissent en se séparant pour jamais. Cela veut-il dire que «l'Idéal» est une région où il est difficile d'habiter longtemps? ou bien que «l'Idéal», ce n'est pas seulement l'union des âmes? Le sens du livre reste un peu obscur. Mais, au reste, tout ce que mon dessein m'oblige à signaler ici, c'est un je ne sais quoi dans le ton, une nuance, un rien, ce qui fait que c'est bien une «magistrature» que d'Artannes exerce sur sa jeune amie, et que la gravité du charmant directeur sent quelquefois la barrette du juge.

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Un magistrat, c'est souvent un monsieur qui possède des maisons de campagne, des fermes et des terres. Il s'occupe d'agronomie, passe ses vacances dans ses domaines, les parcourt en guêtres et en habit de chasse, cause avec les paysans, s'intéresse à leur sort, va voir l'instituteur, offre aux élèves de l'école primaire des livrets de caisse d'épargne, préside dans son canton les comices agricoles, gémit sur la désertion des campagnes et se plaint que l'agriculture manque de bras. C'est ce propriétaire rural et cet économiste éclairé qui a écrit une partie des romans de M. de Glouvet. C'est lui qui nous démontre, dans l'_Étude Chandoux_ et dans la _Famille Bourgeois_, non point sèchement, mais avec quelque chose du sentiment et de la poésie de Virgile au troisième livre des _Géorgiques_, combien il est funeste aux familles rurales de quitter les champs pour la ville, la richesse solide et la paix de leur vie campagnarde pour les emplois de la bourgeoisie ou pour l'oisiveté vaniteuse.

La fermière Rose Chandoux vend sa ferme, s'installe en ville, veut que son fils soit notaire. Elle le met au collège, où le lourdaud n'apprend rien. On lui achète tout de même une étude; on compte sur un beau mariage pour la payer. Tous les mariages manquent. Chandoux s'enfonce, Chandoux tripote, s'associe avec un homme d'affaires qui n'est qu'un coquin, mange la grenouille, est arrêté... Ses parents se sont ruinés pour lui, et sa soeur, à cause de lui, n'a pu épouser un brave garçon qui l'aime. Morale: si Rose Chandoux avait gardé sa ferme, son fils serait riche et n'irait pas en prison.

La vieille demoiselle Geneviève Bourgeois, propriétaire d'un beau domaine acquis par plusieurs générations de fermiers, reste seule avec les deux enfants de son frère défunt, Gustave et Adèle. Elle a le tort de les gâter et de les mettre au lycée et au Sacré-Coeur. Adèle, ambitieuse et sèche, épouse un vieux pour sa fortune, la dévore en quelques années et, après toutes sortes d'intrigues malpropres pour pousser son mari, se retrouve veuve et sans un sou, et se réfugie à Paris, où nous savons bien ce qu'elle deviendra. Gustave, moins pervers, mais paresseux et médiocre, après avoir tenté de tout, tombe dans la misère et la crapule. Tous deux ont ruiné leur tante, qui meurt de chagrin. Morale: s'ils étaient restés à la Cassoire, tout cela ne serait pas arrivé.

La thèse que soutient ici M. de Glouvet est si juste qu'il ne faut pas lui en vouloir si ces deux romans sont un peu trop conçus comme des démonstrations. En réalité, à moins d'une vocation spéciale et de circonstances exceptionnelles, un fils de paysan qui se fait bourgeois et qui embrasse, comme on dit, les professions libérales, y perd presque toujours, et de plusieurs façons. Il y perd certainement en bien-être. Puis, la vie d'un notaire, d'un avoué, d'un professeur, n'est-elle pas une vie mesquine, pleine de contraintes et de servitudes, à côté de celle d'un propriétaire rural? De même, un ouvrier des villes est souvent moins heureux qu'un salarié de la campagne. Enfin, le travail des champs garde toujours une noblesse: il est si naturel, si nécessaire pour que l'humanité vive, qu'il en devient auguste; c'est le travail antique, connu des patriarches et des rois. Aujourd'hui, celui qui vit sur un sol qui lui appartient est le plus libre des hommes, est vraiment roi dans son domaine. Joignez que la terre, paisible et patiente, régie par des lois éternelles, communique à ses travailleurs quelque chose de sa paix et de sa sérénité. Mais l'homme des villes, s'il exerce une «profession libérale», est bientôt marqué d'un pli professionnel et, si c'est un métier manuel, d'un pli d'esclavage. Et quoi de plus déplaisant d'ailleurs que tel ouvrier qui a lu ou que tel bourgeois à moitié lettré et à moitié intelligent? Par contre, c'est parmi ceux qui ne savent pas lire que l'artiste a le plus de chance de trouver des paysans originaux et de grande allure, et c'est moins dans la Touraine ou l'Île-de-France que dans les provinces reculées, mieux défendues contre les «bienfaits de la civilisation».--Et pourtant il faut bien qu'une sélection se fasse, que les classes dites supérieures soient entretenues et rajeunies par celles d'en bas. Mais peut-être n'est-il point nécessaire ou même est-il mauvais de tant aider à cette ascension: elle se fera d'elle-même, dans la mesure où il le faut.

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Un magistrat qui est quelque part propriétaire rural, presque seigneur de village, s'intéresse à ce coin de terre, à ses us, à ses traditions, à son langage. Il recherche l'origine des superstitions locales, comme fait M. de Glouvet dans le _Berger_. Volontiers il sera membre de quelque société d'archéologie, et linguiste ou philologue à l'occasion. M. de Glouvet a étudié le vieux français et a sans doute collectionné les archaïsmes usités dans sa province. Souvent il interrompt le dialogue pour nous donner l'étymologie d'un mot ou d'une locution:

--Et Léontine, qu'en dit-elle?

--Pas grand'chose. On la chapitre en répétant que je suis trop ci et trop ça, pour la dégoûter. D'aucunes fois elle s'en guémente, souventes fois non.

_Se guémenter_, verbe très usité sur les bords de la Loire, signifie proprement: _s'inquiéter_. Le Tourangeau Rabelais l'a employé à plus d'une reprise. Mais on devrait écrire: _quémenter_, car le mot vient sans nul doute de «quément», forme primitive de l'adverbe _comment_; d'où le sens littéral: «se quémenter, se demander comment[55].»

[Note 55: Sauf erreur, se _guémenter_ est plutôt une corruption du vieux verbe se _guermenter_ (qu'on trouve, par exemple, dans Villon), et qui vient apparemment du latin populaire _querimentari_.]

On comprend, après cela, que M. de Glouvet n'ait point résisté à la tentation d'écrire en vieux style des contes moyenâgeux. Je sais que cet exercice est assez facile, pour l'avoir pratiqué une fois par hasard, et j'ai connu des élèves de rhétorique qui y réussissaient mieux que dans le français d'aujourd'hui. On écrit «moult, adoncques, las! guerdon, oubliance, gente damoiselle, madame la Vierge, cuider, ardre, se ramentevoir», etc.; on fait aller les substantifs et les adjectifs deux par deux et l'on supprime le plus de pronoms personnels et d'articles possible; puis on y fourre la chevalerie de la _Chanson de Roland_, l'amour mystique du cycle d'Artus, la dévotion des Mystères et la gaillardise des Fabliaux. C'est bien simple. L'inconvénient, c'est qu'à moins d'être de la force de M. Paul Meyer ou de M. Gaston Paris, on arrive à se composer, sous prétexte de «vieil françoys», un jargon aimable, mais hétéroclite, où se mêlent la syntaxe et le vocabulaire de trois ou quatre époques différentes. Qu'importe, après tout? Même quand on n'est pas capable d'apporter dans cet exercice l'imagination drue, robuste, copieuse, qui sauve et soutient les _Contes drolatiques_ de Balzac, ces contes sont encore agréables à ceux qui les écrivent, et d'aventure à ceux qui les lisent, et c'est le cas des _Histoires du vieux temps_ de M. Jules de Glouvet. On a l'illusion, lorsqu'on n'est pas un grand philologue, de lire un texte du moyen âge sans être arrêté par les perpétuelles difficultés des textes authentiques; on goûte le charme combiné de la mièvrerie de la forme et de la simplicité des sentiments; et, comme il est convenu que le moyen âge est naïf, comme son langage nous paraît tel (peut-être parce qu'il est en général plus lent et plus empêtré que le nôtre,) on savoure de bonne foi cette naïveté. C'est le moyen âge mis à la portée de tout le monde, un bric à brac littéraire assez semblable à celui que nous aimons dans nos mobiliers, où nous préférons parfois du faux vieux aux si jolis meubles soyeux et capitonnés qu'on nous fabrique aujourd'hui.

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Un bon magistrat est aussi un bon humaniste. Il lit les classiques latins ou même il les traduit. Il se souvient que Montaigne, Montesquieu, de Brosses ont été des magistrats. Il tourne des chansons; il soigne sa correspondance, et ses amis disent: «Le président un tel, ah! quel esprit charmant! et quel lettré!» Assez souvent il s'est formé un idéal de l'élégance du style, d'où le poncif n'est pas tout à fait absent.

M. Jules de Glouvet cite volontiers Théocrite et Virgile et il a des descriptions qui, je ne sais comment, semblent «élégamment» traduites d'une pièce de vers latins:

Le soleil dardait ses rayons _brûlants_ sur la plaine _desséchée_. Les champs, limités par de maigres rangées d'ormeaux, _avaient un aspect morne et grillé_. De la terre poussiéreuse des effluves _chauds_ s'élevaient; les cigales grinçaient sous les herbes _jaunies_; l'alouette planait lourdement, cherchant l'ombre. Des moissonneurs, coiffés de larges chapeaux de paille, _allaient et venaient_ dans la _vaste_ pièce de blé. Les faucheurs, haletants et l'échiné _pliée_, avaient entr'ouvert leur chemise; la sueur coulait sur leur poitrine _velue_. Les faux sifflaient en cadence et les épis _dorés_ se couchaient sous l'oblique morsure (_obliquo morsu_).

Les traits sont exacts, les épithètes sont justes: l'impression d'ensemble fait défaut. C'est tout l'opposé de l' «impressionnisme» dans le style, que j'essayais dernièrement de définir[56]. M. de Glouvet n'hésite pas à écrire que le filet retient dans ses mailles «la perche vagabonde» et qu'il cueille à fleur d'eau «les habitants de la vague». Il nous montre les peupliers «élancés» et les appelle «hôtes murmurants de la falaise». Dans le même paragraphe, il nous parle de «fleurs mignonnes» et de «mystérieux ombrages». C'est dire qu'il se contente d'écrire comme vous, comme moi, comme tout honnête homme de lettré peut le faire en s'appliquant.

[Note 56: Voir l'article sur Mme Alphonse Daudet. (Les _Contemporains_, 1re série.)]

Ailleurs il lui arrive de mêler, dans la même phrase, des archaïsmes et des locutions toutes modernes. Cela fait quelque chose d'assez hybride:

Le désert de Tessé faisait partie de son être; mais le sentiment chez lui était passif, et ses _accoutumances complétaient son cadre_ sans émouvoir sa pensée.

(Nous voyons dans la même page que «sa nature _s'adaptait aux côtés dominants de cette vie physique_.»)

Un chapitre commence ainsi: «Le berger demeura plusieurs mois dans cette _griève malaisance_.» Et quelques lignes plus bas nous le voyons qui «s'appesantit _sous le fardeau de ses chimères inavouées_».--Tant de styles n'arrivent pas à faire un style. M. de Glouvet écrit quelquefois comme un poète ému et qui trouve sa langue sans trop y songer; plus souvent comme un magistrat qui a des lettres.

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... Et dire que je n'aurais peut-être pas vu tout cela si je n'avais pas su que M. de Glouvet est avocat général!