IV
LES HARMONIES.
_Les Harmonies_ de Lamartine me paraissent être, avec _les Contemplations_ de Victor Hugo, le plus magnifique débordement de poésie lyrique qui soit dans notre langue. Si différents de forme et d'inspiration, les deux recueils ont pourtant quelque rapport par leur objet. C'est, ici et là, la plus haute et la plus large poésie qui soit; ce sont deux âmes de poètes en plein contact avec l'immense nature et l'humanité. Mais, de ces deux imaginations souveraines, l'une nous ravit par sa spontanéité et sa grandeur, l'autre nous étonne par son énormité et sa violence. L'une, nous enchante d'«harmonies», l'autre nous éblouit d'antithèses. Lamartine disait que «les ombres n'ajoutent rien à la lumière». Lumière et ombre, c'est toute l'esthétique de Hugo. Ici, triomphe la sereine liberté d'une écriture qui semble improvisée; là, le plus prodigieux effort d'expression plastique qui fut jamais. _Les Harmonies_ semblent presque toutes conçues dans quelque paysage élyséen, au bord d'une mer méridionale, et _les Contemplations_, dans quelque forêt sinistre ou devant un océan livide d'éclairs. Et c'est comme si l'oeil de Lamartine ne voyait les objets qu'à travers un voile diaphane qui en émousse et en agrandit les contours, et comme si, au contraire, leurs saillies subitement démesurées heurtaient l'oeil visionnaire de Victor Hugo. Et la philosophie des _Contemplations_ est donc le manichéisme, c'est-à-dire le monde ramené,--provisoirement,--à une antithèse; et la philosophie des _Harmonies_, c'est le platonisme, ou le monde ramené dès maintenant à l'unité par l'amour; et ainsi se répondent les _Novissima Verba_ et _Ce que dit la bouche d'ombre_.
Je voudrais étudier _les Harmonies_ avec un peu de méthode. La vieille distinction, artificielle, mais commode, de la forme et du fond m'y servira. Et si je commence par la forme, c'est que j'éprouve le besoin de m'inscrire tout de suite en faux contre un jugement de M. Deschanel.
«... Jamais, dit-il, la virtuosité ne fit éclater plus de maestria et de verve; mais les brillantes variations des _Harmonies religieuses_ ressemblent plus souvent à celles d'un improvisateur italien qu'aux chants célestes d'un Palestrina. Je me figure le diplomate poète, à Florence, dans ce milieu cosmopolite, passant ses soirées à la Pergola «entre des abbés et des filles», comme Hercule entre la Vertu et la Volupté; le lendemain, improvisant ses vers dans les jardins de Boboli ou aux Cascine, l'oreille encore pleine des fioritures du ténor ou de la «prima donna»: quelque chose de leur manière rossinienne s'y glissa malgré lui, à son insu. On sait à quel point Rossini est païen tout pur, jusque dans ses _Messes_ et dans ses _Stabat_. Pour un Italien, l'opéra et la messe ne diffèrent pas sensiblement. Cimarosa, comme Rossini, charmait Lamartine dans sa jeunesse. Il le chantait à pleine poitrine. Génies mélodiques, analogues au sien par la veine heureuse et la grâce. Non moins grande, j'imagine, devait être son affinité avec Bellini qui, lui aussi, était un féministe, et en mourut jeune, comme Mozart...»
Oui, cela est spirituel; mais cela est à mille lieues de ce que je sens, à mille lieues de l'impression que je viens de recevoir, une fois de plus, de la lecture totale des _Harmonies_. Il m'est impossible de souffrir que, discrètement et sans y toucher, on rapproche ainsi Lamartine d'un improvisateur napolitain, d'un «ténor», d'une «prima donna» et de ces «féministes» qui, d'avoir été féministes, moururent jeunes. En tous cas, Lamartine n'est pas de ceux qui en meurent, puisqu'il mourut, lui, à près de quatre-vingts ans. Je ne puis non plus comprendre qu'on voie en lui un «païen» à la façon de Rossini. Puis ces mots de «maestria» et de «verve», appliqués à Lamartine, me font peine: ils me semblent le rapetisser étrangement. Et, pour tout dire, je suis bien fâché qu'un livre qui renferme ces chefs-d'oeuvre: _Bénédiction de Dieu dans la solitude_, _Pensée des morts_, _l'Occident_, _l'Infini dans les Cieux_, _le Chêne_, _l'Humanité_, _la Vie cachée_, _Éternité de la nature et brièveté de l'homme_, _Milly_, _le Cri de l'âme_, _Hymne au Christ_, _la Retraite_, _Hymne de la mort_, _Souvenir à la princesse d'Orange_, _le Premier Regret_, _Novissima Verba_ et _Les Révolutions_, paraisse susciter finalement dans l'esprit de M. Deschanel l'image d'un abbé Liszt «pour qui Jéhovah n'est qu'un thème sur lequel il brode des fugues».
Il est vrai que M. Deschanel ajoute: «Par moments». Oh! que cette restriction était nécessaire! La vérité, c'est que, de même que Hugo remplit parfois les intervalles de son inspiration par des exercices de sa forte rhétorique plastique, il peut arriver aussi que Lamartine s'abandonne à son innocente rhétorique musicale. On trouverait, dans _les Harmonies_, jusqu'à trois ou quatre «cavatines» un peu faciles. Je peux vous dire où: c'est dans _l'Hymne de la nuit_, dans _l'Hymne du matin_ et dans _Encore un hymne_. Nulle part ailleurs, je vous assure. Le reste du temps, la surabondance de la forme n'est visiblement que l'effet du trop-plein de l'inspiration. Et en tout cas, dans les rares passages qui ont suggéré à M. Deschanel de si damnables observations, il serait beaucoup plus juste d'accuser Lamartine de nonchalance que de «virtuosité.»
Pour moi, je l'avoue, j'aime ces nonchalances, pêle-mêle avec le reste. Oui, Lamartine est le seul de nos poètes qui ait presque constamment improvisé, dans le sens presque rigoureux du mot. Quand il nous conte qu'il écrivit en un jour les six cents vers de _Novissima Verba_, je crois qu'il se vante à peine. Vous savez le jugement de Musset sur _Jocelyn_ (dans la première version de _Il ne faut jurer de rien_): «Il y a du génie, du talent et de la facilité». Cette gentille épigramme se peut tourner en suprême louange. Cela veut dire que Lamartine réalise le mieux l'idée que les anciens hommes se faisaient du poète (_enthéios, kouphone ti kaï ptéréone_, etc...). Lui-même a déclaré avec insistance qu'il n'a jamais fait de vers que pour soulager son coeur, et que faire des vers n'est pas un métier. Et je sais bien tout ce qu'on peut dire là contre; mettons que le cas de Lamartine est et restera probablement unique dans la poésie moderne. Toujours est-il que, Lamartine ayant eu par bonheur «du génie», sa «facilité» est un charme à quoi rien ne ressemble. Non, rien peut-être n'égale l'ivresse sereine de cet essor sans heurt et sans arrêt, comme en plein éther. On glisse d'un mouvement que sa continuité même accroît; on n'a pas, comme chez Victor Hugo, des soubresauts sur de certaines saillies et arêtes de l'expression, et l'on ne se cogne pas aux numéros qui divisent l'ode en compartiments. L'admirable période de Hugo, beaucoup plus savante, beaucoup mieux faite, exactement «carrée», pour parler comme les Traités de rhétorique, et où les incidentes et les subordonnées sont toujours comprises entre le verbe et le complément direct de la proposition principale (en sorte que la chute en est toujours nette, précise et pleine), ressemble vraiment à quelque bâtisse solide et régulière, palais, forteresse ou prison. La période lamartinienne, plus vaste encore ou, pour mieux dire, plus allongée, presque sans coupes ni enjambements, par conséquent uniforme dans son cours,--avec sa profusion de participes présents, et ses _si_ et ses _quand_ éternellement reproduits,--et qui, se terminant presque toujours sur une énumération, ne s'arrête que lorsque l'imagination du poète a épuisé les objets énumérables, est une vague immense, aux plis symétriques et souples, qui monte, se gonfle et expire, «où le ciel est bercé», et qui nous berce.
Voilà bien des métaphores, d'ailleurs faciles et que je n'ai pas inventées. En voici une autre. Dans ce large flot traînent, assez souvent, de vieilles algues. J'entends par là certaines queues d'expressions un peu connues, certains lambeaux de la phraséologie d'avant les romantiques, phraséologie qu'ils ont, d'ailleurs, simplement remplacée par une autre. Oui, il y a, chez Lamartine, quelque chose d'assez analogue à ces vers «faits d'avance» qui reviennent de temps en temps chez Homère ou chez les poètes des Chansons de gestes, chez ceux qui se servaient peu de la plume et de l'encrier, ou qui même ne s'en servaient pas du tout, et pour cause. Mais tout cela, fuyantes traces de rhétoriques périmées, incorrections naïves, témérités de syntaxe, est emporté d'un si vaste mouvement que, dans les endroits (rares en somme) où l'expression défaille, on se contente de la beauté toujours intacte du rythme, et qu'on ne veut voir, dans ces généreuses négligences, qu'un témoignage candide de la glorieuse spontanéité de cette poésie, tantôt fleuve et tantôt torrent. Torrent? non, mais souffle du ciel, zéphyre aux grandes ondes aériennes: j'entends le fort Zéphyre des poètes anciens, chargé de germes et d'odeurs et qui, partout où il passe, promène de beaux frissons où se joue la lumière...
Car, tandis qu'on accorde à Lamartine l'abondance et la grâce, on semble lui refuser la force et le pittoresque, ou plutôt on ne songe plus à se demander s'il les a. Il les a pourtant, et au plus haut degré.
M. Charles de Pomairols dit très bien: «Cette force, presque tous les hymnes des _Harmonies_ en sont la manifestation. Et d'où viendrait cette abondance inépuisable qu'on ne peut s'empêcher de remarquer dans le nombre de ses ouvrages, dans l'étendue de ses périodes, dans ses strophes immenses, dans ses rimes multipliées, d'où viendrait une si remarquable richesse, si elle n'était pas un épanchement de la force?... Au surplus, on peut, dans l'oeuvre de Lamartine, dégager et mettre en lumière des passages, des confidences, qui sont la révélation expresse de cette qualité de force insuffisamment reconnue, etc...»
Il est cependant une preuve que M. de Pomairols oublie. Lamartine est le seul des grands poètes de ce siècle qui ait pu oser le vers libre dans la poésie lyrique (je néglige à dessein quelques pièces des _Odes et Ballades_). Cela est un grand signe pour lui. La strophe à forme fixe est la plus commode des gênes. On sait que rien n'est plus facile à faire qu'un sonnet passable. C'est un grand avantage pour le poète que le rythme de ses vers lui soit imposé d'avance: il n'a qu'à le remplir pour donner l'illusion du mouvement, et quelquefois de l'inspiration. Mais, dans le vers libre, le mouvement est imprimé et le rythme est créé par l'inspiration même, et la défaillance de celle-ci est tout aussitôt trahie par le fléchissement de celui-là. Pousser sans faiblesse, comme Lamartine le fait souvent, des pages entières et des masses énormes de vers libres, aller ainsi droit devant soi, au hasard, et trouver son rythme à mesure, cela suppose une _puissance_ inouïe de sensations et de sentiments, un involontaire et invincible débordement de l'âme, bref, cet état extraordinaire que notre poète exprime, précisément en vers libres, dans une de ses _Harmonies_:
Mon âme a l'oeil de l'aigle, et mes fortes pensées, Au but de leurs désirs volant comme des traits, Chaque fois que mon sein respire, plus pressées Que les colombes des forêts, Montent, montent toujours, par d'autres remplacées, Et ne redescendent jamais. . . . . . . . . . . . . .
Et de quelle «force», en effet, pleine, soutenue, infatigable, prodigieuse, sont soulevés et lancés des poèmes tels que l'ode _Contre la peine de mort_, _l'Éternité de la nature_, _la Marseillaise de la paix_, _le Toast_ du banquet celtique; _les Laboureurs_ dans _Jocelyn_, _le Choeur des Cèdres_ dans _la Chute d'un ange_, et _la Vigne et la Maison_!
Et notez que Lamartine n'a pas seulement la force expansive, mais aussi, quand il veut, la force de concentration. Ce flot épandu se ramasse, au besoin, dans un jet rapide et net. Le poète des mélancolies et des langueurs a, dès qu'il lui plaît, des vers «forts», des sentences robustes et concises, à la façon de Corneille; et c'est alors comme une pluie retentissante de médailles d'airain... Voyez, par exemple, dans _les Premières Méditations_, une pièce que le poète y ajouta en 1842: _Ressouvenir du lac Léman_. Il répond à son ami Huber Saladin qui s'était plaint, un jour, que la Suisse lui fût une trop petite patrie:
Adore ton pays et ne l'arpente pas. Ami, Dieu n'a pas fait les peuples au compas: L'âme est tout; quel que soit l'immense flot qu'il roule Un grand peuple sans âme est une vaste foule. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Sparte vit trois cents ans d'un seul jour d'héroïsme. Un pays? C'est un homme, une gloire, un combat, Zurich ou Marathon, Salamine ou Morat. La grandeur de la terre est d'être ainsi chérie: Le Scythe a des déserts, le Grec une patrie.
Et plus loin:
La conquête brutale est l'erreur de la gloire. Tu l'as vu, nos exploits font pleurer notre histoire. De triomphe en triomphe un ingrat conquérant A rétréci le sol qui l'avait fait si grand.
Voilà comme cette longue main féminine et languissante sait frapper les vers. Et cela continue. Le poète allègue les gloires de la Suisse, et l'âme de Rousseau, que cette nature a nourrie et formée. Il ajoute que le souvenir de ses premières félicités suivit Jean-Jacques dans l'ombre des villes:
. . . . . . . . . . . _Ses pieds rampants gardaient l'odeur des herbes hautes_; Son premier ciel brillait jusqu'au fond de ses fautes...
Vers splendides, qui me sont un acheminement à vous parler du «pittoresque» de Lamartine.
Lamartine voit la nature comme le grand peintre Puvis de Chavannes (j'ai déjà fait ce rapprochement, qui me paraît inévitable). Il la domine et la simplifie, de manière à produire, à l'ordinaire, une impression de grandeur, de sérénité et d'allègement spirituel. _Les Harmonies_ sont, pour la plupart, des paysages qui prient. Les formes y sont ordonnées par groupes, sous le ciel libre, comme pour un choeur, pour un hymne en commun. Donc, pas de «coins» ni de menues curiosités descriptives. Mais Lamartine n'en est pas moins un rustique; il a vu, il a touché les choses de la campagne. Il peint par très larges touches, mais avec une réelle connaissance de son objet, et souvent avec une familiarité, une naïveté du plus grand air. Et de là, très souvent, des traits d'un pittoresque aisé et délicieux, très ingénu, très franc, souvent très hardi sans y tâcher.
Ces traits abondent dans la pièce des _Méditations_ dont je vous parlais tout à l'heure:
De grands golfes d'azur, où de rêveuses voiles, Répercutant le jour sur leurs ailes de toiles, Passent d'un bord à l'autre, avec les blonds troupeaux, _Les foins fauchés d'hier qui trempent dans les eaux_. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Plus loin, les noirs sapins, mousses des précipices, _Et les grands prés tachés d'éclatantes génisses_...
Mais, pour nous en tenir aux _Harmonies_, quelle moisson l'on y ferait d'images neuves et vraies! Cueillons à l'aventure:
L'ombre des monts lointains se déroule et recule _Comme un vêtement replié_.
Ou bien, en parlant des nuages, «lambeaux de nuit... déchirés par l'aile de l'aurore»:
Ils pendent en désordre aux tentes du soleil.
Et, toujours feuilletant:
Le jour plein et léger tombe, et voilà le soir: Sur le tronc d'un vieux orme au seuil on vient s'asseoir; _On voit passer des chars d'herbe verte et traînante_. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Un beau soir qui s'endort dans son lit de nuages. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Un matin qui s'éveille étincelant de joie...
Sur une plage:
Et _d'un sable brillant une frange plus vive_ Y serpente partout entre l'onde et la rive Pour amollir le lit des eaux.
Sur les heures:
Les autres s'éloignent et glissent _Comme des pieds sur les gazons_...
Impressions matinales:
Les brises du matin se posent pour dormir... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . La mer roule à ses bords la nuit dans chaque ride...
Impressions de midi:
... À l'heure où les rayons sur les pentes s'étendent _Comme un filet trempé ruisselant sur les prés_... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Quand les tièdes réseaux des heures de midi, En vous enveloppant comme un manteau de soie, etc.
Impression nocturne:
Les étoiles, ces fleurs que minuit fait éclore, _Naissaient sous notre doigt dans les jardins des cieux_...
Mettez ici quelques centaines d'_etc_...
Si j'entends bien (mais qui en est sûr?) les jeunes poètes d'aujourd'hui, surtout ceux qu'on appelle les «symbolistes», il me semble que Lamartine doit leur plaire infiniment, et qu'il a souvent fait par instinct ce qu'ils veulent faire avec préméditation.
Ils se plaignent, si je ne me trompe, que, chez la plupart de nos poètes et même chez quelques-uns des plus grands, la poésie ressemble plus à un beau discours qu'à un chant; ils se plaignent qu'elle soit plus éloquente que suggestive, qu'elle ait des reliefs trop nets et des contours trop arrêtés, et qu'enfin nos vers français aient un peu trop constamment le genre de beauté des vers latins, de ces vers trop sonores, au rythme trop marqué et trop énergique et qu'un Virgile seul a pu amollir quelquefois, rythme qui commande presque la précision dans les mots et dans les images et qui exclut la demi-teinte, la pénombre et l'ondoiement.
Or, il est certain que Victor Hugo, par exemple,--comme Lucain, comme Juvénal, comme Claudien, encore qu'avec beaucoup plus de génie,--fatigue assez souvent et accable l'esprit par un éclat trop dur, par des saillies trop vigoureusement éclairées, par trop de perfection dans l'agencement du style, trop de justesse dans les jointures des phrases, trop d'exactitude dans les comparaisons, trop d'ordre et de symétrie dans la composition des morceaux, trop de «beautés» d'un caractère un peu étroitement «littéraire» et prévu par les Traités de rhétorique; et qu'enfin, il y a trop de Boileau dans Victor Hugo, même dans le prodigieux versificateur des _Contemplations_ et de _la Légende des siècles_. Lamartine est certes beaucoup moins savant, beaucoup moins précis, moins fécond en images _achevées_ et sensiblement inférieur par l'invention verbale: et pourtant, avec leurs rimes non cherchées, la monotonie de leurs coupes, la fluidité, l'allongement indéfini de leurs périodes, leurs négligences et leurs à peu près d'expression, en dépit même des restes de phraséologie surannée qu'ils charrient çà et là dans leurs plis, les vers de Lamartine me semblent plus souvent approcher de ce qui serait «la poésie pure».
Comment cela?--L'essence de la poésie,--ce en dehors de quoi elle ne se distingue plus de la prose que par certaines cadences de mots,--c'est peut-être le sentiment continu de correspondances secrètes, soit entre les objets de nos divers sens, formes, couleurs, sons et parfums, soit entre les phénomènes de l'univers physique et ceux du monde moral, ou encore entre les aspects de la nature et les fonctions de l'humanité. Or, ces correspondances, il me paraît bien que Victor Hugo en perçoit sans doute de plus imprévues, et qu'il les exprime plus complètement; mais je crois que Lamartine en _suggère_ un plus grand nombre, et avec moins d'effort. Et comme il se contente de les indiquer, le signe, chez lui, ne se détache pas tout à fait de la chose signifiée, mais il en est tout imprégné encore; ce sont, grâce à je ne sais quelle délicieuse indécision de termes, des passages aisés de l'idée à l'image et, presque dans le même moment, des retours de l'image à l'idée: en sorte que (presque toujours) cette poésie exprime _simultanément_ l'âme et les choses, et est donc la plus large, la plus compréhensive et, au fond, la plus riche qu'on puisse concevoir.
J'ai peur que tout ceci ne vous paraisse pas très clair. Il faudrait trouver quelque exemple, qui valût pour des milliers de cas.--Je vous rappelle d'abord que, dans la «comparaison», le poète exprime les deux objets que son imagination rapproche; que la «métaphore» est une comparaison dont le second terme est seul exprimé; que l'«allégorie» n'est qu'une métaphore prolongée et que le «symbole» n'est peut-être qu'une allégorie plus libre et plus flottante. Ceci posé, je crois que la meilleure métaphore, et la plus vivante, est celle où l'objet sous-entendu reste le plus présent, le mieux mêlé à l'image par laquelle on l'évoque en nous,--à condition que cette image n'en soit point elle-même effacée ou affaiblie.
C'est cet effacement que l'on peut constater dans la bonne vieille allégorie ou «métaphore prolongée» de Mme Deshoulières (_Dans ces prés fleuris_, etc.). C'est ingénieux, mais cela ne contient pas une parcelle de poésie. Pourquoi? C'est que pas un instant nous ne _voyons_ un troupeau, des prés, un berger, mais bien les filles de cette dame, et le roi à qui elle les recommande. Le terme inexprimé de la comparaison a mangé l'autre. Par contre, il arrive fort souvent, chez Victor Hugo, que l'image ait un tel relief, une telle précision, et qu'elle vive si bien par elle-même, et comme détachée de ce qu'elle exprime, que nous ne voyons plus qu'elle (de quoi, d'ailleurs, nous ne nous plaignons pas trop), et que nous avons besoin de quelque effort pour en ressaisir la signification. Mais, comme j'ai dit, les images de Lamartine restent d'ordinaire inachevées et transparentes; elles fondent et se dissolvent à mesure qu'elles surgissent: et de là leur charme singulier.
L'exemple caractéristique qu'il me fallait, le voici. C'est dans une pièce adressée à Mme Victor Hugo «en souvenir de ses noces» (_Recueillements poétiques_).
La nature servait cette amoureuse agape; Tout était miel et lait, fleurs, feuillages et fruits. _Et l'anneau nuptial s'échangeait sur la nappe, Premier chaînon doré de la chaîne des nuits._
Ceci, je m'en aperçois maintenant, est une «comparaison» proprement dite, plutôt qu'une «métaphore», mais peu importe pour ma démonstration. Remarquez-vous comme les deux termes de la comparaison sont intimement liés; comme ils se pénètrent l'un l'autre; comme le premier demeure présent dans le second; comme le mot «nuits» vient rappeler, dans le dernier vers, le mot «nuptial» du vers précédent; comme cette expression adorable est un peu fuyante et vague: «chaîne des nuits», corrige ce qu'il y aurait de trop précis et de puéril dans la vision d'une chaîne formée d'anneaux de mariage, et sauve ainsi le poète de tout gongorisme; comme l'idée de la ressemblance matérielle de l'anneau d'une chaîne avec une bague est seulement _suggérée_ et s'évanouit aussitôt; comme on passe mollement de l'image de la bague à l'image de la chaîne et de celle-ci à l'idée de la «succession» indéfinie des nuits amoureuses, et comme tout cela est fondu, fluide, indéterminé dans les mots, et quelle grâce et quelle suavité dans l'impression totale. Et ne serait-ce pas un peu cela que cherchent aujourd'hui les plus inquiets de nos jeunes poètes?
Un des procédés qui contribuent le plus à donner à la poésie de Lamartine cet on ne sait quoi de fluide, d'aérien, d'angélisé, c'est ce que nous appellerons, si vous le voulez bien, la comparaison ascendante. Je crois, sans en être absolument sûr, que Victor Hugo a plutôt l'habitude de comparer les choses de l'âme et de l'esprit à celles de la matière. Au contraire, Lamartine; tous les objets qu'il touche de son verbe, c'est pour les élever en dignité. Il tire la vie de l'élément vers la vie de la plante et de l'animal, l'animal et la plante vers l'homme, l'homme vers Dieu. Il pousse tout l'univers visible sur l'échelle de Jacob. Les exemples, ici, foisonnent à chaque page. Je vous en donnerai quelques-uns, beaucoup moins pour votre instruction que pour mon délassement:
Pourquoi relevez-vous, ô fleurs, vos pleins calices, _Comme un front incliné que relève l'amour?_ . . . . . . . . . . . . . Ô Dieu, vois sur les mers! Le regard de l'aurore Enfle le sein dormant de l'Océan sonore Qui, _comme un coeur de joie ou d'amour oppressé_, Presse le mouvement de son flot cadencé Et dans ses lames garde encore Le sombre azur du ciel que la nuit a laissé. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
À une source:
Mais tu n'es pas lasse d'éclore; _Semblable à ces coeurs généreux Qui, méconnus, s'ouvrent encore Pour se répandre aux malheureux_.
Sur la «fleur des eaux»:
Elle est pâle _comme une joue Dont l'amour a bu les couleurs_...
Les cygnes noirs nagent en troupe _Pour voir de près fleurir ses yeux_...
Ou bien:
Endormons-nous dans nos prières Comme le jour s'endort dans les parfums du soir.
(Ceci est, je crois bien, une comparaison «descendante», mais si peu!)
Le Mont-Blanc cache à l'ombre de ses vastes flancs une vallée et un doux lac, où il se mire. Tel l'homme de génie; il est isolé et battu de la tempête:
Mais souvent, caché dans la nue, Il enferme dans ses déserts, Comme une vallée inconnue, Un coeur qui lui vaut l'univers.
Ce sommet où la foudre gronde, Où le jour se couche si tard, Ne veut resplendir sur le monde Que pour briller dans un regard...
Lisez toute cette petite pièce: _le Mont-Blanc_. Vous verrez que, d'un bout à l'autre, l'idée et l'image s'y entrelacent mollement, mais inextricablement.
Nous sommes bien loin des vieilles pratiques traditionnelles:
1º Telle qu'une bergère au plus beau jour de fête... 2º Telle, aimable en son air, mais humble dans son style...
Les classiques mettent d'un côté l'objet comparé, de l'autre côté l'objet auquel ils le comparent,--et une cloison entre les deux. (Victor Hugo fait encore souvent ainsi, et je ne dis point que Lamartine ne le fasse jamais.) Et cela n'est pas, sans doute, le contraire de la poésie; mais ce n'est pas non plus la poésie même. La poésie même, c'est, bien décidément, la concomitance du sentiment et de sa représentation concrète, et la pénétration de celle-ci par celui-là. Et, sauf erreur, c'est bien ce qu'on appelle le symbolisme, et c'est ce que Lamartine offre presque à chaque instant.
Du premier coup, il avait trouvé cela. Déjà, dans _la Prière_ (_Premières Méditations_), les traits dont se compose la description de la campagne à l'heure du couchant évoquent d'eux-mêmes la vision d'un temple, et la nature prie avant même que le poète se soit mis à prier.--Dans _le Passé_ (_Nouvelles Méditations_), vous vous rappelez le premier vers:
Arrêtons-nous sur la colline.
Cette colline est une vraie colline, d'où le poète revoit à ses pieds le théâtre de sa jeunesse; mais c'est en même temps le sommet de l'âge mûr, l'arête qui sépare les deux versants de la vie, et cela, sans que ces correspondances soient formellement énoncées.--Dans _la Retraite_ (_Harmonies_), la pénétration des images par l'idée est plus intime et plus profonde encore. Cela vous ennuiera-t-il beaucoup que je vous cite quelques-unes des dernières strophes, si connues? Le poète vient de nous dire que «sa fenêtre est tournée vers le champ des tombeaux», où l'herbe couvre le sommeil des morts; que «plus d'une fleur nuance ce voile» et que, là, tout parle d'espérance et de réveil. Il continue:
Mon oeil, quand il y tombe, Voit l'amoureux oiseau Voler de tombe en tombe, Ainsi que la colombe Qui porta le rameau,
Ou quelque pauvre veuve, Aux longs rayons du soir, Sur une pierre neuve, Signe de son épreuve, S'agenouiller, s'asseoir,
Et, l'espoir sur la bouche, Contempler du tombeau, Sous les cyprès qu'il touche, Le soleil qui se couche Pour se lever plus beau.
Paix et mélancolie Veillent là près des morts, Et l'âme recueillie Des vagues de la vie Croit y toucher les bords...
Les choses, ici, sont vraiment translucides et comme imbibées de lumière. Tous les traits sont bien empruntés à un cimetière de village: mais la transmutation est _instantanée_, du pigeon qui, de la maison voisine, vient picorer sur les tombes en la colombe de l'arche; du soleil qui s'éteint (pour renaître) derrière les cyprès, au soleil éternel qui se lève de l'autre côté de la mort; et l'on ne sait si cette forme sombre agenouillée sur une pierre «aux longs rayons du soir» est en effet une veuve qui prie, ou la vague statue de l'Âme espérante... Et, encore une fois, que cherchent donc les jeunes symbolistes, si ce n'est cela?
Lisez enfin l'_Occident_ (dans _les Harmonies_). Voilà la merveille des merveilles, l'exemplaire idéal de la poésie symbolique. Lamartine décrit simplement un coucher de soleil:
Et la mer s'apaisait comme une urne écumante Qui s'abaisse au moment où le foyer pâlit... . . . . . . . . . . . . . . . . . Et la moitié du ciel pâlissait... . . . . . . . . . . . . . . . . . . Et dans mon âme, aussi pâlissant à mesure, Tous les bruits d'ici-bas tombaient avec le jour. . . . . . . . . . . . . . . . . . Et vers l'Occident seul, une porte éclatante Laissait voir la lumière à flots d'or ondoyer...
Et alors il semble que tout soit attiré vers cette porte et aille s'y engouffrer:
Et les ombres, les vents, et les flots de l'abîme, Vers cette arche de feu tout paraissait courir, Comme si la nature et tout ce qui l'anime En perdant la lumière avait craint de mourir! . . . . . . . . . . . . . . . Et mon regard long, triste, errant, involontaire, Les suivait et de pleurs sans chagrin s'humectait...
Et de l'Image immense, sans effort et comme si tombait seulement un dernier voile diaphane, l'Idée surgit:
Ô lumière, où vas-tu? . . . . . . . . . . . . . . . Poussière, écume, nuit; vous, mes yeux, toi mon âme, Dites, si vous savez, où donc allons-nous tous?... À toi, Grand Tout, dont l'astre est la pâle étincelle, En qui la nuit, le jour, l'esprit vont aboutir!...
Au reste, _les Harmonies_ tout entières (et j'arrive ainsi à l'étude du «fond») ne sont qu'un long et opulent symbole, puisque nul tableau n'y est peint pour lui-même et que toutes les choses décrites y sont _représentatives_ de quelque chose qui les dépasse, soit de la grandeur et de la bonté divines, soit des sentiments que l'homme doit avoir pour Dieu.
M. Deschanel écrit: «Les idées de Lamartine sont inconsistantes; elles flottent à tous les vents du siècle. Il mêle l'Ancienne et la Nouvelle Loi. Dieu est pour lui, tantôt le Jéhovah biblique, tantôt le Christ, tantôt l'Esprit-Saint, avec toutes sortes de métamorphoses; tantôt le Dieu du _Vicaire savoyard_, à moitié rationaliste; tantôt l'Âme de la Nature, et la Nature elle-même, confondues; de sorte qu'on l'accusa de panthéisme, non sans apparence.»
Cela est très bien dit. Seulement, où M. Deschanel semble mettre un reproche, je mettrais une louange. L'éminent professeur dit encore mieux, un peu plus loin: «Les _Harmonies_ parcourent au hasard, si l'on ose dire, toute la gamme des concepts sur l'idée de Dieu. C'est moins le panthéisme philosophique que le panthéisme lyrique.»
Ici, je souscris pleinement, je ne repousse que ces deux mots: «au hasard». Ces «psaumes modernes», comme Lamartine avait voulu les nommer, sont en effet un vaste cantique au Divin perçu et considéré successivement dans toutes ses manifestations et tous ses modes; mais ils suivent, si je ne m'abuse, une espèce d'ordre logique, naturel,--et ascendant.
1º C'est d'abord le développement, en quatre ou cinq magnifiques symphonies, de ce délicieux psaume énumératif de François d'Assise, où l'âme légère et si douce de ce saint de plein air invite toutes les créatures à louer Dieu,--avec, peut-être, des réminiscences de ces charmantes hymnes du Bréviaire romain, pour _Matines_, pour _Laudes_, pour _Vêpres_, etc., où le rapport de chaque prière avec l'heure du jour est si gracieusement indiqué, et où l'on dirait que pénètre un peu de la nature, comme un rayon de soleil qui vient tomber sur le tabernacle, ou comme une branche de feuillage aperçue par le vitrail entr'ouvert:
Celui qui sait d'où vient le soleil qui se lève Ouvre ses yeux noyés d'allégresse et d'amour. Il reprend son fardeau que la vertu soulève, S'élance et dit: «Marchons à la clarté du jour!»
(Cf. les _Hymnes_ traduites par Jean Racine.)
Et c'est encore, si vous voulez, le bon vieil argument d'école, l'innocente «preuve de l'existence de Dieu par le spectacle de la nature», harmonieusement développée déjà par Fénelon, Rousseau et Bernardin de Saint-Pierre, reprise, renouvelée, rendue splendide par l'imagination d'un grand poète. Ce que vaut cette preuve philosophiquement, je n'ai pas à le rechercher. La valeur, très variable, en est proportionnelle à la puissance d'émotion qui est en chacun de nous et à notre aptitude à jouir du beau dans l'univers physique. C'est une de ces preuves de pur sentiment, qui sont les plus faibles ou les plus fortes selon les cas.
M. Deschanel voit de l'«artifice» (I, page 204) dans ces effusions. Moi, pas, c'est tout ce que j'ai à dire. À mon avis, Lamartine est peut-être le seul poète qu'il ne faille jamais accuser d'artifice;--de nonchalance ou de maladresse, ou de naïveté, oui, si l'on veut.
2º Beaucoup de ces hymnes sont, sans doute, des hymnes déistes et, par conséquent, dans la pensée du poète, nullement contradictoires au dogme chrétien. Mais il arrive ceci, que le déisme de Lamartine prend souvent, à son insu, l'accent proprement panthéistique. C'est que, en dépit de son acte de foi préalable en un Dieu personnel et distinct de la création, Lamartine a bien, en présence de l'univers physique, la même disposition sentimentale et éprouve bientôt la même espèce d'ivresse que les panthéistes décidés. Concevoir les phénomènes sensibles comme des signes de la puissance, de la grandeur et de la bonté de Dieu, ou croire que ces phénomènes sont des modes d'existence de la divinité même, ce n'est sans doute pas, philosophiquement la même chose; mais, s'il s'agit de glorifier Dieu,--ici par ce qu'on appelle ses oeuvres, là par ce qu'on appelle ses manifestations et ses divers aspects,--ce seront nécessairement les mêmes développements, ce sera l'énumération des mêmes objets, des mêmes images. Entre ces deux conceptions métaphysiques pourtant si différentes, il n'y aura plus guère que l'épaisseur d'une métaphore.
Le déisme,--abstrait et glacé chez d'autres,--est, chez lui, ardent, vivant, luxuriant. Il sépare Dieu du monde dans sa pensée, jamais dans son imagination, jamais dans sa prière. Prier, c'est pour lui, le plus souvent, communier avec le symbolique univers et jouir avec exaltation de la beauté des choses.
J'ai fait une découverte, en feuilletant l'_Histoire de la littérature hindoue_, du poète excellent et de l'irréprochable bouddhiste Jean Lahor. C'est que la moitié des _Harmonies_ de Lamartine sont tout simplement des hymnes védiques. Non qu'il ait imité les _Védas_; il est même fort probable qu'il ne les connaissait point au moment où il écrivait les _Harmonies_. Cet homme d'Orient (vous vous souvenez qu'il croyait fermement à ses origines orientales) a retrouvé cela tout seul.
Il serait curieux de noter la ressemblance, non seulement de sentiment, mais, çà et là, d'expression entre les hymnes de Lamartine et ceux des antiques brahmanes. Dans l'_Hymne de la nuit_ je lis cette strophe:
Ces choeurs étincelants que ton doigt seul conduit, Ces océans d'azur où leur foule s'élance, Ces fanaux allumés de distance en distance, Cet astre qui paraît, cet astre qui s'enfuit, Je les comprends, Seigneur! Tout chante, tout m'instruit _Que l'abîme est comblé par ta magnificence_...
Ainsi, dans le _Rig-Véda_: «_De sa splendeur, il remplit l'air_... De cette même clarté, Dieu purifiant et protecteur, tu couvres la terre, tu inondes le ciel, l'air immense, faisant les jours et les nuits, et contemplant tout ce qui existe...»
Dans l'_Hymne du soir_:
Il me semblait, mon Dieu, que mon âme oppressée Devant l'immensité s'agrandissait en moi, Et sur les vents, les flots ou les feux élancée, De pensée en pensée Allait se perdre en toi.
Ainsi, dans la _Prière de Parasasa et de Mukukanda_: «Je viens à toi... aspirant à une plénitude de félicité, aspirant à l'extinction de moi-même, à mon absorption en toi.»
Dans le _Golfe de Gênes_:
«Mais où donc est ton Dieu?» me demandent les sages. Mais où donc est mon Dieu? Dans toutes ces images, Dans ces ondes, dans ces nuages, Dans ces sons, ces parfums, ces silences des cieux, Dans ces ombres du soir qui des hauts lieux descendent, Et dans ces horizons sans bornes, qui s'étendent Plus haut que la pensée et plus loin que les yeux.
Ainsi, dans le _Rig-Véda_: «Ô Varuna, le vent, c'est ton souffle agitant les airs... En toi repose l'immensité de la terre et du ciel. Ô Varuna, tous les mondes sont en toi. Tes clartés heureuses voient se développer autour d'elles les belles formes du ciel et de la terre...»
Dans l'_Infini, dans les cieux_:
Cet oeil s'abaisse donc sur toute la nature; Il n'a donc ni mépris, ni faveur, ni mesure, Et, devant l'Infini, pour qui tout est pareil, Il est donc aussi grand d'être homme que soleil.
Ainsi, dans l'_Isa Upanishad_: «Il est loin et près de toutes choses... L'homme qui sait voir tous les Êtres dans ce suprême Esprit, et ce suprême Esprit dans tous les Êtres, ne peut dès lors rien dédaigner...»
Dans _Pourquoi mon âme est-elle triste?_
Et qu'est-ce que la vie? Un réveil d'un moment, De naître et de mourir un court étonnement, Un mot qu'avec mépris l'Être éternel prononce... Éclair qui sort de l'ombre et rentre dans la nuit...
Ainsi, dans le _Mahabharata_: «De même que des millions d'étincelles jaillissent d'un feu brûlant, de même les âmes sortent de l'être immuable et y retournent...»
Je sais bien que, tout de même, ce n'est pas exactement la même chose. Nulle part (jusqu'à présent du moins) Lamartine n'identifie explicitement Dieu et la Nature. S'il lui arrive de dire tour à tour, comme les poètes hindous: «Dieu est dans l'univers» et «l'Univers est en Dieu», il recule toutefois devant cette affirmation que «l'Univers est Dieu», et s'en tient à celle-ci, que l'univers est la langue, le verbe de Dieu. Mais nous sommes ici, j'en ai peur, dans une région de rêve où les mots n'ont plus un sens bien précis... Dire que le monde est la parole de Dieu, ce n'est peut-être déjà plus distinguer nettement l'un de l'autre; et nous nous demandons, et Lamartine se demande lui-même ce que peut bien être Dieu en dehors de sa parole qui est le monde, et si Dieu serait encore concevable, cette parole supprimée. Le poète nous dit:
Il est une langue inconnue Que parlent les vents dans les airs,
etc., etc. Il énumère ici tous les phénomènes de l'univers physique, et conclut: «--Cette langue parle de toi,
De toi, Seigneur, être de l'être, Vérité, vie, espoir, amour! De toi que la nuit veut connaître, De toi que demande le jour, De toi que chaque son murmure, De toi que l'immense nature Dévoile et n'a pas défini...»
Autrement dit: «Sans la nature qui est son verbe, et qui exprime, semble-t-il, une volonté aimante et bienfaisante, nous ne saurions rien de Dieu.» Or, de là à songer: «Ce verbe, c'est Dieu, puisque, sans lui, Dieu serait pour nous comme s'il n'était pas», y a-t-il si loin?--Et, d'autre part, lorsque les poètes hindous écrivent: «Écume, vagues, tous les aspects, toutes les _apparences_ de la mer ne diffèrent pas de la mer: nulle différence non plus entre l'univers et Brahma», ou lorsqu'ils font dire à Dieu: «Je suis _dans_ les eaux la saveur, la lumière _dans_ la lune et le soleil, le son _dans_ l'air, la force masculine _dans_ les hommes, le parfum pur _dans_ la terre, la splendeur _dans_ le feu, etc.», n'avouent-ils pas implicitement que Dieu n'est point, proprement, l'eau, la lune, le soleil, l'air, les hommes, la terre, le feu, mais qu'il se manifeste sous ces «apparences»; et que le feu, la terre, l'air, le soleil, l'eau, la race humaine sont les signes, les symboles, la parole de Dieu? Ne se rencontrent-ils pas enfin, par un détour, avec le poète des _Harmonies_? Ainsi se réconcilient, dans le vague, les métaphysiques.
Que si les bons Hindous font parfois un pas vers Lamartine, plus souvent c'est Lamartine qui fait un pas vers eux. À de certains moments, ébloui par la splendeur du monde, il oublie la distinction prudente entre le signe et l'Être signifié, et adore expressément, sans doute par inadvertance, la Nature-Dieu. Il s'écrie dans l'_Hymne du matin_:
Montez donc, flottez donc, roulez, volez, vent, flamme, Oiseaux, vagues, rayons, vapeurs, parfums et voix! Terre, exhale ton souffle! Homme, élève ton âme! Montez, flottez, roulez, accomplissez vos lois! Montez, volez à Dieu! plus haut, plus haut encore!.... Montez, il est là-haut; descendez, _tout est lui_!
Ailleurs, le rôle que Lamartine prête à l'Esprit-Saint ne paraît pas extrêmement différent de celui de Vishnou: «Gloire à toi, dit la _Prière de Parasasa_, tout-puissant Seigneur, ô Vishnou, âme de l'univers...» Et Lamartine:
Tu ne dors pas, souffle de vie, Puisque l'univers vit toujours!
Et plus loin:
Tu revêts la forme sanglante D'un héros, d'un peuple, d'un roi...
Et encore (car, tandis que j'y suis, je m'en voudrai de ne point vous citer cette strophe admirable):
Il se fait un vaste silence: L'esprit dans ses ombres se perd, Le doute étouffe l'espérance Et croit que le ciel est désert. Puis tel qu'un chêne obscur, longtemps avant l'orage, Dont frémit tout à coup l'immobile feuillage, Et dont l'oiseau s'enfuit sans entendre aucun son, Le monde où nul éclair ne te précède encore, D'un inquiet ennui se trouble et se dévore, Et, comme à son insu, de l'Esprit qu'il ignore Sent le divin frisson.
Mais ce que les _Harmonies_ lamartiniennes ont en commun avec les hymnes du _Rig-Véda_, c'est, plus encore que certaines conceptions métaphysiques, la poésie, la couleur, l'abondance, la magnificence, l'accent... Oui, je trouve dans les _Harmonies_ quelque chose qui n'est pas chez les poètes grecs, qui n'est pas dans Jean-Jacques, qui n'est pas dans Chateaubriand, qui n'est pas dans George Sand ni dans Victor Hugo: une sorte d'ébriété sacrée au spectacle et au contact de l'immense univers. Hugo lui-même, visionnaire, reste beaucoup plus séparé des objets qu'il décrit et des visions, le plus souvent terribles, où il les déforme. L'âme de Lamartine, autant que cela est concevable, se dissout délicieusement dans les choses... Il peut dire avec vérité:
Mon âme est un torrent qui descend des montagnes Et qui roule sans fin ses vagues sans repos. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Mon âme est un vent de l'aurore Qui s'élève avec le matin...
Il est dans cet état de ravissement et d'allégresse divine où nous sommes tous entrés quelquefois, surtout parmi des paysages vastes et découverts, qui évoquaient en nous l'image de l'immensité et la beauté totale et la figure même de la planète, sur la montagne ou au bord de la mer lumineuse; quand nous descendions, dans l'air léger, presque délivrés du sentiment de la pesanteur, vers les vallées doucement bruissantes de l'invisible sonnerie des troupeaux; ou quand nous marchions l'été, dans une grande plaine, par un grand soleil, tout enveloppés de rayons et d'odeurs végétales. Dans ces moments-là, on est à ce point envahi de sensations puissantes et suaves qu'on serait fort incapable de faire nettement le départ des effets et de la cause et d'abstraire Dieu de tout ce «divin» où l'on est plongé, et qu'on ne discerne plus bien si Dieu est dans la nature, ou si la nature est Dieu. Sentir se confond, alors, avec adorer. Ce ravissement, d'ailleurs, nous ne saurions le traduire (à supposer que nous en eussions le talent) qu'en le faisant cesser par la même. Sully-Prud'homme le définit en analyste, avec un art exquis et laborieux, dans la pièce des _Stances et Poèmes_ intitulée: _Pan_. Lamartine, lui, l'exprime sans effort, ou plutôt il le «chante», il l'exhale, il l'épanche en paroles splendides, et qui semblent involontaires. Et, je le répète, cela ne s'était point vu depuis les poètes de l'Inde antique.
Quelquefois son extase balbutie; on dirait que les mots vont lui manquer.--Tu comprends, vient-il de dire à Dieu, l'hymne silencieux des astres:
Ah! Seigneur, comprends-moi de même. Entends ce que je n'ai pas dit! Le silence est la voix suprême D'un coeur de ta gloire interdit. _C'est toi! C'est moi! Je suis! J'adore!_
Ainsi le brahmane: «Quand je pense que cet être lumineux est dans mon coeur, les oreilles me tintent, mes yeux se troublent, mon âme s'égare... Que dois-je dire? et que puis-je penser?»
Mais bientôt le torrent repart et les mots se précipitent. Écoutez ce _Cri de l'âme_:
Quand le souffle divin qui flotte sur le monde S'arrête sur mon âme ouverte au moindre vent, Et la fait tout à coup frissonner, _comme une onde Où le cygne s'abat dans un cercle mouvant_;
Quand mon regard se plonge au rayonnant abîme Où luisent ces trésors du riche firmament, Ces perles de la nuit que son souffle ranime, Des sentiers du Seigneur innombrable ornement;
Quand d'un ciel de printemps l'aurore qui ruisselle Se brise et rejaillit en gerbes de chaleur, _Que chaque atome d'air roule son étincelle Et que tout sous mes pas devient lumière ou fleur_;
Quand tout chante ou gazouille, ou roucoule, ou bourdonne, Que d'immortalité tout semble se nourrir, Et que l'homme, ébloui de cet air qui rayonne, _Croit qu'un jour si vivant ne pourra plus mourir_;
Que je roule en mon sein mille pensers sublimes, Et que mon faible esprit, ne pouvant les porter, S'arrête en frissonnant sur les derniers abîmes, Et, faute d'un appui, va s'y précipiter...
_Quand je sens qu'un soupir de mon âme oppressée Pourrait créer un monde en son brûlant essor, Que ma vie userait le temps, que ma pensée, Et remplissant le ciel, déborderait encor:_
Jéhovah! Jéhovah! ton nom seul me soulage...
Vous sentez bien qu'il crie ici: «Jéhovah» comme ses lointains ancêtres eussent crié: «Vishnou», et que les deux cris ont le même sens.--Et, par exemple, vous trouverez le même souffle, le même mouvement, les mêmes images, le même son et, j'y reviens, la même «ivresse» dans l'_Hymne de Cutsa_ (vous savez que Cutsa est le nom de l'Aurore) et dans l'_Hymne du matin_:
Ô Dieu, vois dans les airs!... Ô Dieu, vois sur les mers!... Ô Dieu, vois sur la terre!...
J'ai cité tout à l'heure un peu pêle-mêle, pour les rapprocher des cantiques de notre poète, des prières hindoues d'époques et même d'inspirations un peu diverses. Je précise maintenant: c'est aux plus anciennes hymnes,--à celles où le panthéisme n'est qu'en germe et n'a pas encore enfanté le pessimisme bouddhique,--que ressemblent particulièrement certaines _Harmonies_. Et cette poésie, védique ou lamartinienne, est sans doute la plus grande et la plus glorieuse que les hommes aient entendue.
Il pense, _et l'univers dans son âme apparaît_.
Cette poésie-là, c'est bien, en effet, l'apparition chantante de l'univers dans une âme.
3º Mais sous le Lamartine hindou que nous venons de voir, sous le brahmane ébloui par les phénomènes et prêt à se fondre en eux, l'Occidental, le chrétien, le Bourguignon veille, et tout à coup se ressaisit et oppose son «moi» retrouvé à l'univers délicieux et accablant. Cette reprise se fait, notamment, dans l'ode incomparable: _Éternité de la nature, brièveté de l'homme_.
«L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant.» (Ce n'est pas ma faute si cette phrase, si belle, est vieille de deux cent trente ans, ou à peu près.) Le cantique de Lamartine exprime, avec une splendeur devant quoi tout pâlit, une idée analogue. Analogue seulement. Pascal disait: «Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser. Une vapeur, une goutte d'eau suffit pour le tuer. Mais quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt et l'avantage que l'univers a sur lui. L'univers n'en sait rien. Toute notre dignité consiste donc en la pensée.» Lamartine ajoute à cela quelque chose. Il ne dit pas seulement à la Nature: «Toi, tu ne sais pas; moi, je sais.» Il lui dit: «Toi, tu ne connais et tu n'aimes pas Dieu (sinon dans les vers des poètes et par un jeu de métaphores dont j'ai moi-même quelquefois abusé); moi, je l'aime.» Et, après avoir, dans des strophes impétueuses, salué l'immensité de l'océan, de la terre, des astres et du ciel; après s'être vu petit, si petit! dans l'espace, et si éphémère dans le temps, perdu dans l'humanité totale comme l'est une goutte d'eau dans la mer, et comme l'humanité l'est elle-même dans l'infini des mondes, le poète.... Non, j'ai beau faire, je ne puis me tenir de copier encore,--pour moi, non pour vous,--la fin de cet hymne sublime, un des chefs-d'oeuvre du verbe humain:
... Vous allez balayer ma cendre, L'homme ou l'insecte en renaîtra. Mon nom brûlant de se répandre Dans le nom commun se perdra. Il fut! voilà tout. Bientôt même, L'oubli couvre ce mot suprême, Un siècle ou deux l'auront vaincu... Mais vous ne pouvez, ô Nature, Effacer une créature. Je meurs! Qu'importe? J'ai vécu!
Dieu m'a vu! Le regard de vie S'est abaissé sur mon néant. Votre existence rajeunie À des siècles, j'eus mon instant! Mais dans la minute qui passe, L'infini de temps et d'espace Dans mon regard s'est répété, Et j'ai vu dans ce point de l'être La même image m'apparaître Que vous dans votre immensité!
Distances incommensurables, Abîmes des monts et des cieux, Vos mystères inépuisables Se sont révélés à mes yeux: J'ai roulé dans mes voeux sublimes Plus de vagues que tes abîmes N'en roulent, ô mer en courroux! Et vous, soleils aux yeux de flamme, Le regard brûlant de mon âme S'est élevé plus haut que vous!
De l'Être universel, unique, La splendeur dans mon ombre a lui, Et j'ai bourdonné mon cantique De joie et d'amour devant lui; Et sa rayonnante pensée Dans la mienne s'est retracée, Et sa parole m'a connu; Et j'ai monté devant sa face, Et la Nature m'a dit: «Passe; Ton sort est sublime! il t'a vu!»...
Vivez donc vos jours sans mesure, Terre et ciel, céleste flambeau, Montagnes, mers! Et toi, Nature, Souris longtemps sur mon tombeau! Effacé du livre de vie, Que le Néant même m'oublie! J'admire et ne suis point jaloux. Ma pensée a vécu d'avance, Et meurt avec une espérance Plus impérissable que vous!
Lamartine écrit dans son _Commentaire_: «C'est un chant ou plutôt un cri de pieux enthousiasme échappé de mon âme à Florence, en 1828. C'est une des poésies de ma jeunesse qui me rappelle le plus à moi-même le modèle idéal du lyrisme dont j'aurais voulu approcher.»
Ainsi l'auteur des _Harmonies_ parcourt, d'un mouvement naturel, toutes les façons de concevoir et d'aimer Dieu. J'ai indiqué la façon catholique,--d'un catholicisme où le dogme n'est pas serré de très près, mais où persistent l'accent des hymnes liturgiques, l'odeur de l'encens, le recueillement du sanctuaire, un charme très doux d'oraison pieuse. (_La Lampe du Temple ou l'Âme présente à Dieu_; _Hymne du soir dans les Temples_.)--Puis nous avons vu le déisme du poète, par la nature des arguments qui l'appuient et par l'espèce d'ivresse amoureuse dont il est envahi en les développant (ces arguments étant les spectacles même de l'univers sensible), aboutir à une disposition d'âme proprement panthéistique.--Enfin, cet enchantement secoué, voici reparaître le spiritualisme ardent et pur des _Méditations_ (_le Tombeau d'une mère_, _Hymne de la mort_). Dans ce vaste soliloque: _Novissima Verba_, le poète, près de désespérer, se réfugie, parmi la fuite, la vanité et le néant du tout, dans la seule certitude de la conscience morale, et rencontre, pour la définir, des images qui semblent d'exactes transpositions des formules kantiennes:
Non! dans ce noir chaos, dans ce vide sans forme, Mon âme sent en elle un point d'appui plus ferme, La conscience! instinct d'une autre vérité, _Qui guide par sa force et non par sa clarté_, Comme on guide l'aveugle en sa sombre carrière Par la voix, par la main, et non par la lumière. Noble instinct, conscience, _ô vérité du coeur_!
Et un peu plus loin, devançant, cette fois, les meilleures formules de Renan:
... Et dût ce noble instinct, sublime duperie, Sacrifier en vain l'existence à la mort, J'aime à jouer ainsi mon âme avec le sort; À dire, en répandant au seuil d'un autre monde Mon coeur comme un parfum et mes jours comme une onde:
«Voyons si la vertu n'est qu'une sainte erreur, L'espérance un dé faux qui trompe la douleur; Et si, dans cette lutte où son regard m'anime, Le Dieu serait ingrat quand l'homme est magnanime.»
D'autres pièces traduisent et enseignent la religion en esprit et en vérité, ce que nous avons appelé le néo-christianisme, et qui est en effet l'Évangile encore, mais appliqué à un état de civilisation fort différent de celui où vécurent les pêcheurs et les vagabonds de Galilée. _La Pensée des morts_, d'une si mélancolique tendresse, dit la perpétuité du lien entre les morts et les vivants et somme Dieu d'être clément au nom même de sa justice et de sa grandeur. L'exhortation _Aux chrétiens dans les temps d'épreuves_, l'_Hymne à l'Esprit-Saint_, l'_Hymne au Christ_, les _Révolutions_ dégagent le sens véritable de l'Évangile, s'indignent des emplois où les politiques ont abaissé la sainte parole, affirment le progrès humain par la bonté et le sacrifice, et la croyance à un dessein divin dans le gouvernement du monde et dans l'économie de l'histoire... Et ces choses avaient été dites, je crois; et l'on s'est mis, depuis dix ans, à en répéter quelques-unes, mais non pas mieux ni plus clairement, ni plus magnifiquement, parce que cela est impossible.
Au surplus, nous retrouverons ces pensées, avec des développements nouveaux et plus hardis peut-être, dans _Jocelyn_, dans _la Chute d'un ange_ et dans _les Recueillements_.