La Providence et le Mal
Nous souffrons de l’intempérie des saisons, de l’éruption de volcans, des tremblements de terre, des tempêtes, des cyclones, des incendies, des inondations, des sécheresses, de la famine, des maladies, des fléaux, des blessures, des douleurs, de la mort, etc., etc., c’est le mal physique.
Nous sommes témoins et victimes d’innombrables injustices, violences, tyrannies, spoliation, meurtres, guerres. Partout la fourberie triomphe de la sincérité, l’erreur de la vérité, la cupidité du désintéressement. Les sciences, les arts, quel usage en font les gouvernements, sortes de providences terrestres ? Les font-ils servir à la paix, au bien-être, à la félicité générale ? L’histoire, pleine de crimes atroces et d’effroyables calamités, n’est que le récit des malheurs de l’humanité. C’est le mal moral.
Le mal d’où sort-il ? d’où vient-il ?
Si l’on admet l’existence de Dieu, on admet du même coup que tout ce qui existe procède de Lui. C’est donc Dieu, cet Être de vérité qui a engendré l’erreur, Dieu, ce principe de justice, qui a donné naissance à l’Iniquité, Dieu, cette source de toute bonté qui a enfanté le Crime !
Et c’est ce Dieu, centre et foyer de la douleur et de la perversité, que je devrais respecter, servir, adorer ?…
Le Mal existe : nul ne peut le nier.
Eh bien ! de deux choses l’une : ou bien Dieu peut supprimer le mal, mais il ne le veut pas ; dans ce cas, sa puissance reste entière, mais s’il reste puissant, il devient méchant, féroce, criminel ; ou bien Dieu veut supprimer le mal, mais il ne le peut pas ; et alors, il cesse d’être féroce, criminel, mais il devient impuissant.
Ce raisonnement a toujours été et sera à tout jamais sans réplique.
Le concept et le sentiment que nous avons de l’Équité ne nous disent-ils pas que quiconque voit se commettre sous ses yeux une action coupable et, pouvant aisément l’empêcher, la laisse accomplir, devient complice de cette action et devient criminel au même titre que celui qui l’a perpétrée ?
Ce Dieu qui, étant donnée son omnipotence, pourrait empêcher sans effort le mal et ses horreurs et qui n’intervient pas, ce Dieu est criminel, il est d’une férocité sans bornes. Que dis-je ? lui seul est féroce, lui seul est criminel. Puisque seul il est capable de vouloir et de pouvoir, seul il est coupable et doit assumer toutes les responsabilités.