‹ Les Crimes de DieuChapitre 17 sur 19 · Dieu et la liberté humaine

Dieu et la liberté humaine

Il est vrai qu’avec cette souplesse qui caractérise l’esprit religieux et à l’aide de ces sophismes captieux qui ont fait de la race des prêtres les casuistes les plus dangereux, les Déistes objectent que le mal n’est pas le fait de leur Dieu, mais celui de l’homme à qui, dans sa souveraine bonté, Dieu aurait concédé cet attribut : la liberté, afin que, capable de discerner le bien du mal et de se déterminer en faveur du premier plutôt que du second, l’homme fût justiciable de ses actions et connût la récompense ou la peine attachée à la pratique du bien ou du mal.

Cette objection est sans valeur.

Et tout d’abord, si nous supposons un instant que Dieu existe et qu’il a daigné nous gratifier de la liberté, on ne saurait méconnaître que, cette liberté nous venant de lui, c’est elle qui, par l’action s’affirme dans le mal comme dans le bien. Peut-on expliquer que, de cette parcelle de liberté arrachée à l’Être souverainement libre un aussi méchant usage soit fait sans que la liberté divine ait contenu, à l’état potentiel — telle la semence contient la moisson — cette récolte de turpitudes, de bassesses, de souffrances ?

Si le mensonge, l’ignorance, la méchanceté, le crime proviennent de cette liberté dont Dieu nous a gratifiés, Dieu lui-même est menteur, ignorant, méchant, criminel.

Mais concilier ces deux choses : l’existence de Dieu et la liberté humaine est impossible. Si Dieu existe, lui seul est libre.

L’être qui dépend partiellement d’un autre n’est libre que partiellement ; celui qui est sous l’entière sujétion d’un autre ne jouit d’aucune liberté. Il est le bien, la chose, l’esclave de ce dernier.

Dès lors, si Dieu existe, l’homme n’est plus que le jouet de son caprice, de sa fantaisie. Celui à qui rien n’échappe de nos intentions, non plus que de nos actions, Celui qui tient en réserve des tortures sans fin prêtes à punir le téméraire qui violerait ses prescriptions ou ses défenses ; Celui qui, plus rapide que la foudre, peut nous frapper de mort à toute heure, à toute seconde. Celui-là seul est libre, parce que seul il propose et dispose. Il est le maître ; l’homme est son esclave.

En tous cas, que dire de la sauvagerie de ce Juge qui, prévoyant tous nos agissements et ceux-ci arrivant fatalement, conformément à la prescience divine, fait pleuvoir sur nous des torrents de feu et nous précipite dans l’éternel séjour des tourments inexprimables pour châtier une heure d’égarement, une minute d’oubli ?

De tous les tortionnaires, ce Juge est le plus implacable, le plus inique, le plus tourmenteur !

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