‹ Les Crimes de DieuChapitre 18 sur 19 · Les Crimes des Religions

Les Crimes des Religions

Étonnez-vous ensuite du mal que les religions ont fait à l’humanité, des supplices dont elles ont peuplé la terre !

Criminelle au point de vue métaphysique, l’idée de Dieu l’est plus encore — si possible — au point de vue historique.

Car Dieu, c’est la religion.

Or, la religion, c’est la pensée enchaînée. Le croyant a des yeux et il ne doit pas voir ; il a des oreilles et il ne doit pas entendre ; il a des mains et il ne doit pas toucher ; il a un cerveau et il ne doit pas raisonner. Il ne doit pas s’en rapporter à ses mains, à ses oreilles, à ses yeux, à son intellect. En toutes choses, il a pour devoir d’interroger la révélation, de s’incliner devant les textes, de conformer sa pensée aux enseignements de l’orthodoxie. L’évidence il la traite d’impudence blasphématoire, quand elle se pose en adversaire de sa foi. La fiction et le mensonge, il les proclame vérité et réalité, quand ils servent les intérêts de son Dieu.

Ne tentez pas de lui faire toucher du doigt l’ineptie de ses superstitions, il a pour devoir d’interroger la révélation, de s’incliner devant les textes, de conformer sa pensée aux enseignements de l’orthodoxie. L’évidence, il la traite d’impudence blasphématoire, quand elle se pose en adversaire de sa foi. La fiction et le mensonge, il les proclame vérité et réalité, quand ils servent les intérêts de son Dieu.

Ne tentez pas de lui faire toucher du doigt l’ineptie de ses superstitions, il répliquera en vous fermant la bouche, s’il en a la force, en vous injuriant lâchement par derrière, s’il est impuissant.

La religion prend l’intelligence à peine éveillée de l’enfant, la façonne à des procédés irrationnels, l’acclimate à des méthodes erronées et la laisse désarmée en face de la raison, révoltée contre l’exactitude. L’attentat que le Dogme cherche à accomplir contre l’enfant d’aujourd’hui, elle l’a consommé durant des siècles contre l’humanité-enfant. Profitant, abusant de la crédulité, de l’ignorance de l’esprit craintif de nos pères, les religions — toutes les religions — ont obscurci la pensée, enchaîné le cerveau des générations disparues.

La religion, c’est encore le progrès retardé.

Pour celui qu’abêtit la stupide attente d’une éternité de joies ou de souffrances la vie n’est rien.

Comme durée elle est d’une extrême fugitivité, vingt, cinquante, cent ans, n’étant rien auprès des siècles sans fin que comporte l’éternité. L’individu courbé sous le joug des religions va-t-il attacher quelque importance à cette courte traversée, à ce voyage d’un instant ? Il ne le doit pas.

Àses yeux, la vie n’est que la préface de l’éternité qu’il attend ; la terre n’est que le vestibule qui y conduit.

Dès lors, pourquoi lutter, chercher, comprendre, savoir ? Pourquoi tant s’occuper d’améliorer les conditions d’un si court voyage ? Pourquoi s’ingénier à rendre plus spacieux, plus aéré, plus éclairé ce vestibule, ce couloir où l’on ne stationne qu’une minute ?

Une seule chose importe : faire le salut de son âme, se soumettre à Dieu.

Or, le progrès résulte d’un effort opiniâtre, celui-ci n’est réalisé que par qui en éprouve le besoin. Et puisque bien vivre, satisfaire ses appétits, diminuer sa peine, accroître son bien-être, sont choses de peu de prix aux regards de l’homme de foi, peu lui importe le progrès !

Que les religions aient pour conséquences l’enchaînement de la pensée et la mise en échec du progrès, ce sont des vérités que l’histoire se charge de mettre en lumière, les faits venant ici confirmer en foule les données du raisonnement.

Peut-on concevoir des crimes plus affreux ?…

Et les guerres sanglantes qui, au nom et pour le compte des divers cultes ont mis aux prises des centaines, des milliers de générations, des millions et des centaines de millions de combattants ! Qui énumérera les conflits dont les religions ont été la source ?

Qui formulera le total des meurtres, des assassinats, des hécatombes, des fusillades, des crimes dont le sectarisme religieux et le mysticisme intolérant ont ensanglanté le sol sur lequel se traîne l’humanité écrasée par le tyran sanguinaire que les castes sacerdotales se sont donné la sinistre mission de nous faire adorer ?

Quel incomparable artiste saura jamais retracer, avec la richesse de coloris suffisante et l’exactitude de détails nécessaire, les tragiques péripéties de ce drame dont l’épouvante terrifia durant six siècles les civilisations assez déshéritées pour gémir sous la domination de l’Église catholique, drame que l’histoire a flétri du nom terrible « d’Inquisition » ?

La religion, c’est la haine semée entre les humains, c’est la servilité lâche et résignée des millions de soumis ; c’est la férocité arrogante des papes, des pontifes, des prêtres.

C’est encore le triomphe de la morale compressive qui aboutit à la mutilation de l’être : morale de macération de la chair et de l’esprit, morale de mortification, d’abnégation, de sacrifice ; morale qui fait à l’individu une obligation de réprimer ses plus généreux élans, de comprimer ses impulsions instinctives, de mater ses passions, d’étouffer ses aspirations ; morale qui peuple l’esprit de préjugés ineptes et bourrelle la conscience de remords et de craintes : morale qui engendre la résignation, brise les ressorts puissants de l’énergie, étrangle l’effort libérateur de la révolte et perpétue le despotisme des maîtres, l’exploitation des riches et la louche puissance des curés.

L’ignorance dans le cerveau, la haine dans le cœur, la lâcheté dans la volonté, voilà les crimes que j’impute à l’idée de Dieu et à son fatal corollaire : la religion.

Tous ces crimes dont j’accuse publiquement, au grand jour de la libre discussion, les imposteurs qui parlent et agissent au nom d’un Dieu qui n’existe pas, voilà ce que j’appelle « les Crimes de Dieu », parce que c’est en son nom qu’ils ont été et sont encore commis, parce qu’ils ont été et sont encore engendrés par l’idée de Dieu.

Page 1