Qui a créé la matière ?
Et, tout d’abord, qui a créé la matière ? Voici ma réponse :
Par l’imagination, tracez une ligne indéfinie à travers l’espace. Essayez d’en mesurer la longueur. Épuisez-y la langue de la mathématique. Additionnez des centaines de milliards à des milliards de milliards. Multipliez ce formidable total par une somme mille milliards de fois plus fabuleuse. Dites-moi si vous parviendrez à pouvoir fixer l’étendue de cette ligne imaginaire à travers l’espace ? Pouvez-vous dire : « Voici le point A d’où elle part ; voici le point B où elle aboutit ? » Non, vous ne le pouvez pas. L’espace est sans limite, et, dans tous les coins et recoins de cet incommensurable espace, on rencontre la matière à un état quelconque : gazeux, liquide ou solide.
La matière est donc partout.
Cet « illimité » dans l’espace implique « l’illimité » dans le temps. Tous les « sans bornes » sont solidaires. Et de fait, tirez dans la suite des siècles qui forment le passé une ligne imaginaire. Prolongez-la dans les successions des âges qui constituent l’avenir. Là encore, ajoutez les uns aux autres les chiffres les plus fantastiques. Pouvez-vous, remontant le cours des âges, trouver le point de départ, le principium, l’origine ? Pouvez-vous, descendant les siècles, en arriver à leur consommation définitive ? Non.
La matière est donc non-seulement partout, mais toujours.
Ces qualités « d’indéfini » on les retrouve encore dans toutes les autres propriétés de la matière, le volume par exemple.
Supposez un volume colossal de matière. Vous sera-t-il raisonnablement permis de prétendre qu’il faut en rester là : qu’on n’y peut rien ajouter ? Faites maintenant l’opération inverse : divisez une partie en cent et, en mille, en un million de parties. Serez-vous parvenus à l’extrême limite de cette divisibilité ? Ne pourrez-vous plus fractionner ?…
Donc, pas de limite non plus dans la divisibilité de la matière.
En conséquence, à cette première question : qui a fait la matière ? je réponds que cette question n’aurait de raison d’être que s’il était possible d’assigner à cette matière une origine, un commencement, une borne. Or, il est constaté que cette assignation est impossible. Dès lors, point n’est besoin de recourir à une conjecture à laquelle on attribuerait un rôle qui n’est pas nécessaire.
Àce point de vue encore, l’hypothèse « Dieu » n’est pas nécessaire.