‹ Les Crimes de DieuChapitre 8 sur 19 · L’hypothèse « Dieu » n’est pas nécessaire

L’hypothèse « Dieu » n’est pas nécessaire

Les preuves en faveur de l’existence de lois régissant les rapports de toutes choses et assurant simultanément l’autonomie de chaque être et la dépendance mutuelle ou la solidarité (l’harmonie) dans l’ensemble, ces preuves sont de nos jours si abondantes et si décisives que les plus croyants des croyants eux-mêmes ont renoncé à les contester.

Mais, avec cette souplesse de dialectique qui le caractérise et qui a donné naissance à une casuistique spéciale, l’Esprit religieux se réfugie derrière le raisonnement que voici :

« Il y a des lois naturelles auxquelles obéissent les mondes éparpillés dans l’espace : soit. Mais qui dit « Loi » dit « Législateur ». De plus, le législateur doit être revêtu d’une puissance supérieure et antérieure aux forces que sa loi soumet. Il existe donc un Législateur suprême. »

Il faut avouer que bon nombre de personnes ont cru voir dans cette argumentation une considération décisive en faveur de l’hypothèse « Dieu » proclamée ainsi nécessaire.

L’erreur de ces personnes est explicable aisément. Elle provient de cette analogie que d’habiles sophistes cherchent à créer entre les lois naturelles qui régissent la matière et les lois humaines.

Le raisonnement de ces casuistes est le suivant :

« Les lois qui régissent les sociétés humaines ont nécessité l’intervention du législateur. Ceci et cela s’impliquent fatalement. En conséquence, l’existence des lois qui gouvernent les astres et les planètes comporte rigoureusement l’existence d’un Législateur supérieur et antérieur à ces lois, et c’est ce Législateur que nous appelons Dieu. »

Eh bien ! cette analogie est radicalement erronée.

Il n’y a aucune similitude entre les lois naturelles et les lois humaines.

Première différenciation. — Les lois naturelles sont extérieures (antérieures et postérieures) à l’humanité. On sait et on conçoit que bien avant l’apparition sur notre globe des premières formes humaines, les lois de la mécanique céleste s’appliquaient à notre planète et à tous les corps gravitant dans l’espace. On sait et on conçoit également que s’il advient que, pour une cause quelconque, les conditions d’existence nécessaires à l’espèce humaine disparaissent de la terre que nous foulons aux pieds, les astres et notre petite planète elle-même continueront leur évolution séculaire sans que la plus légère modification y soit apportée.

Tandis que les lois humaines sont — le mot l’indique — inhérentes à l’humanité. Ce sont des législations, c’est-à-dire un ensemble de prescriptions et de défenses formulées par les humains, applicables à des humains.

Deuxième différenciation. — Les lois naturelles ont un caractère de constance, d’immuabilité. C’est la caractéristique de toutes les lois touchant à la physique, à la chimie, à l’histoire naturelle, à la mathématique.

Tout au contraire des précédentes, les lois humaines — parce que faites par des hommes qui passent et applicables à des êtres qui passent aussi — sont essentiellement transitoires, fugitives et même contradictoires.

Troisième différentiation. — Les lois naturelles ne supportent aucune infraction. L’infraction serait le miracle et il est prouvé que le miracle n’existe pas, ne peut pas exister.

Par contre, les codes humains sont à tout instant violés. Les forces sociales : police, gendarmerie, magistrature, etc, attestent que nombreuses sont les infractions que subit la Législation humaine.

Quatrième différenciation. — Les lois naturelles enregistrent les faits sans les déterminer. Le pilote, par exemple, consulte la boussole, et ce n’est pas pour obéir à ses injonctions, mais parce qu’elle agit selon sa nature, que l’aiguille aimantée, en se dirigeant sensiblement vers le nord, permet au navigateur de s’orienter. Tandis que les lois humaines réglementent les faits sans, le plus souvent, les enregistrer ou en tenir compte. C’est ainsi que, sans tenir compte des désirs qui nous mouvementent, des impulsions qui nous animent en vertu de l’irrésistible loi d’attraction des deux sexes entre eux, le législateur humain réglemente les rapports sexuels, les classifie en permis et en défendus, les catégorise en légitimes et illégitimes.

On pourrait ajouter encore à cette liste des contradictions ou différences qui existent entre les lois naturelles et les lois humaines. Les précédentes suffisent et permettent de conclure que l’analogie à l’aide de laquelle on cherche à jeter la confusion dans les esprits est absolument inexacte, et que les conséquences qu’on veut en tirer sont de tous points inadmissibles.

Donc, considérée à ce point de vue, l’hypothèse d’un Dieu, législateur suprême, n’est pas nécessaire.

« Mais alors, objectent les Déistes, comment expliquer l’Univers ? Dites-nous tout d’abord qui a fait la matière et ensuite d’où lui viennent ces forces qui la mouvementent et maintiennent les corps en équilibre dans le temps et dans l’espace ? »

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