‹ Les DésirsChapitre 1 sur 101 · C’EST UN ACCENT PLUS DOUX…

C’EST UN ACCENT PLUS DOUX…

C’est un accent plus doux et plus sourd à la fois
Que la tristesse donne aux vers que je compose
Depuis que pour toujours tu t’éloignes de moi.
J’écris toujours des vers, les vers seuls me reposent ;
Ils sont doux ; j’ai besoin de douceur ; je t’attends.
Tu ne reviendras plus, je le sais, et pourtant
J’écris pour toi, j’écris pour que tu sois encore
Dans ma vie, et qu’un jour, quand tu liras ceci,
Tu n’évites de dire : « Il n’avait pour souci
Que de rester fidèle au cœur qu’il adore ;

Aucun jour n’a passé sans qu’en son souvenir
Mon ombre n’ait régné ; vivre lui fut pénible ;
Mais il n’a jamais plus montré qu’un front paisible ;
Même il tint à l’honneur d’apprendre à l’avenir
Combien une infidèle a pu donner de joies.
Tant que j’étais présente, il se fût contenté
D’un sort modeste, mais afin que chacun voie
La grandeur de sa perte et ce qu’il a quitté,
On l’a vu désireux des plus belles victoires
Car il n’a rien de bas dans son cœur abrité
Et pour toute vengeance il a voulu ma gloire ».
Voilà ce que j’écris doucement cet été,
Seul dans cette maison qui nous a, l’autre année
L’un et l’autre accueillis ; la course est terminée ;
J’écris dans le soleil et c’est d’un même choc
Que la vague brillante éclate sur les rocs ;
Le temps calme mon cœur ; la mer brunit mes joues ;
Des enfants demi-nus creusent le sable et jouent ;
Les barques des pêcheurs déjà sortent du port,
La marée en montant se joint à leurs efforts
Et le vent, engouffré dans leurs sombres mâtures,
Les pousse vers le large et vers les aventures.

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