J’ÉCRIVAIS AUTREFOIS…
J’écrivais autrefois dans un jour de douleur :
Quand je devrai mourir je veux que tu reviennes,
Et voilà qu’aujourd’hui cette plainte ancienne
N’éveille même plus un écho dans mon cœur.
S’il ne tenait qu’à moi de te faire apparaître
Et de recommencer notre cruel passé,
Si l’amour d’autrefois pouvait encor renaître,
Si trois ans de douleurs se laissaient effacer,
Crois-moi, je me clouerais les bras sur la poitrine
Plutôt que de refaire un appel insensé ;
Même si ton image était aussi divine,
Même si ton doux corps me tenait embrassé.
Non, rentre dans cette ombre immobile et profonde
Où le bruit de tes pas a longtemps retenti ;
Tu m’as trop laissé seul parmi l’immense monde ;
La douleur est usée et l’amour est parti.
Avec l’amour j’ai vu s’enfuir bien d’autres choses.
L’enfant fidèle et doux que je serais encor ;
Son cadavre est enfoui sous de lointaines roses :
Paix à ce qui n’est plus ; respect à ce qui dort !
Mais puisque c’est la loi de traverser la vie
Avec le cœur désert et les deux poings fermés,
Et puisque entre les corps que nous aurions aimés
L’un est notre ennemi et l’autre nous oublie,
Ne nous acharnons plus à poursuivre l’amour ;
Assez de jeunes corps viennent s’offrir en proie,
Les doux seins inconnus recèlent trop de joie ;
On n’aime qu’une fois, on peut jouir toujours.
1929.