QUAND JE DEVRAI MOURIR…
Quand je devrai mourir, je veux que tu reviennes.
L’image que je veux emporter d’ici-bas,
Après avoir souffert dans l’ombre, c’est la tienne ;
Tous mes amis feront silence ; alors ton pas
Frappera mon oreille ; au milieu de la porte,
Je te verrai debout, tu n’auras pas changé,
Les autres s’en iront comme des étrangers ;
Et moi je trouverai, dans ma chair bientôt morte,
Assez de force encor pour soulever les yeux
Et sourire ; un instant je me sentirai mieux ;
Sans doute à mon côté pleureras-tu penchée ;
Je te consolerai ; tu ne t’enfuiras plus ;
Je te raconterai ce que tu n’as pas su ;
Ton âme sera douce et, peut-être touchée ;
Tu n’empêcheras plus que je prenne ta main,
— J’avais trop craint la mort : rien ne sera funèbre,
Et même mon visage, à cause des ténèbres,
Rayonnera toujours de son éclat humain ;
Tu feras un effort ; tu parleras de vie ;
J’écouterai ta voix, tu parleras d’espoir ;
Bientôt je sentirai ma paupière alourdie ;
Je t’entendrai pleurer ; ce sera près du soir ;
Et Dieu, qui ne l’aura jamais rendue heureuse,
Détachera de moi mon âme douloureuse.
1926.