‹ Les DésirsChapitre 42 sur 101 · SUR MON CORPS DÉLAISSÉ…

SUR MON CORPS DÉLAISSÉ…

Sur mon corps délaissé s’acharne le printemps
Et je fuis, au travers des ardentes journées ;
Seuls d’obscurs souvenirs en mon cœur hésitant
Se déroulent encore et j’aime ces nuées ;
Elles sont mon seul jeu ; je m’y livre en secret ;
Et je m’obstine encore à suivre d’heure en heure
Une ombre de plaisir au milieu des regrets.
Amour, passant perdu, ton image demeure ;
Mais dans le long sentier que tes pas ont tracé,
Une seconde fois te revoit-on passer ?

J’ai peur qu’un sourd espoir malgré moi ne renaisse ;
Vivrais-je encore en proie à l’avide jeunesse
Qui des pires douleurs compose sa santé ?
Ah, c’est elle ! Je vois comme hier son visage,
J’entends grandir le bruit de son pas enchanté ;
Me voici rejeté sur son fatal passage,
Et les bras étendus je retombe à genoux :
« Ô jeunesse, sois-moi cette fois favorable ;
À l’enfant incertain que ton retour soit doux !
Tu sais, tu sais assez que je suis vulnérable,
Qu’un triomphe déjà suffise à ton orgueil !
Mets tes mains sur mon front, adoucis ton accueil ;
Laisse un plus tendre feu briller dans ta prunelle ;
Éclatante toujours, sois aussi maternelle,
Puisque je suis soumis comme tu peux le voir,
Puisque je viens t’attendre au détour de l’allée
Et n’ai d’autre désir que de pleurer ce soir
Auprès de tes beaux flancs dans ma chambre étoilée. »

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