RETOURNER EN TON SEIN…
Retourner en ton sein, malgré l’horreur humaine,
Ne me fait plus souffrir.
Et j’accepte aujourd’hui que mon sang dans mes veines
Cesse un jour de courir.
Si je songe à la mort, j’ai l’âme d’une source
Échappée à l’hiver
Et sais que les détours n’empêchent point la course
D’aboutir à la mer.
Mais de quel cœur brûlant j’espère entendre encore
Un murmure d’appel
Et m’enivre toujours des nuits et des aurores
De ce monde mortel.
J’ai trop tôt appelé le céleste silence ;
Qu’il ne règne encor pas ;
Que j’ose un jour encor porter ma vigilance
Sur les chants d’ici-bas !
Oui, je sais, dans nos jeux tu t’en vas et nous laisses
Muets d’étonnement ;
Mais que je puisse encor te donner, ô jeunesse,
Un peu d’attachement !
Oui, toutes les amours qui semblent les plus sûres
Ont pour sort de périr ;
Mais qu’importe, je veux, à ces chaudes blessures,
Une heure encor m’offrir.
J’irai, j’irai plus tard adorer vos mystères,
Ô divine clarté,
Laissez-moi vivre encor ce beau soir de la terre
Avant l’éternité !