‹ Les DésirsChapitre 60 sur 101 · IL M’EST DOUX DE CHANTER…

IL M’EST DOUX DE CHANTER…

À André Paudrat.

Il m’est doux de chanter longuement à voix basse
Et de laisser les mots se rejoindre à leur gré.
D’étranges mendiants, ayant à travers pré
Traîné sous le soleil leurs légères besaces,
Se retrouvent ainsi quand le soir va tomber
À l’ombre d’un château d’où nul bruit ne s’élève ;
Ils font halte dans l’ombre, et de leurs dos courbés
Détachent lentement leurs guitares : ils rêvent
Puis, les yeux demi-clos, ils chantent sous les murs,
Insoucieux de voir si quelque ombre se penche,

Blottis dans le fossé sous les donjons obscurs,
Éclairés par la lune et cachés par les branches ;
Leur voix sauvage monte à travers l’air du soir ;
Leurs doigts glissent, touchant les cordes sans les voir ;
Puis, de nouveau debout, dans la nuit immobile,
S’éloignent des créneaux où rien ne veut bouger,
Ils s’en vont, col levé, d’une marche tranquille,
Dans les champs de rosée et d’ombre, à pas légers.

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