MAIS UNE TÊTE BRUNE…
Je songe que j’avais montré peu d’exigence
Lorsque j’avais vingt ans,
Et malgré mes efforts, même cette humble chance
N’a pas duré longtemps.
Plus que la gloire alors et plus que la fortune
Je ne voulais vraiment,
Auprès de toi perdu dans les ombres communes
Que vivre ton amant.
Je méprisais alors tous les bruits de la terre
Que je cherche aujourd’hui,
Et n’imaginais pas qu’en un art volontaire
On pût chercher l’oubli.
Mais une tête brune entre mes mains posée
Était tout mon bonheur ;
Ses yeux avaient alors un éclat de rosée ;
Je sentais sa chaleur.
J’écoutais longuement sur ses lèvres mouvantes
Comme un lointain appel
Et la paix succédait aux soudaines tourmentes
Qui brûlaient notre ciel.
Et la sombre couleur des paupières baissées
Me troublait sourdement
Et pâle tu rêvais, contre mes reins glissée,
Sans faire un mouvement ;
Parfois une lueur entre tes cils parue
Me venait caresser ;
Parfois un léger bruit s’élevait de la rue
Pour aussitôt cesser ;
Et nous sentions sur nous la fatale envolée
D’on ne sait quoi de grand,
Et nos formes d’un jour s’abattaient emmêlées
Ainsi que deux torrents.