‹ Les DésirsChapitre 71 sur 101 · NARCISSE

NARCISSE

À Max Joly.

Je n’aime cette nuit que le cercle enchanté
De ce pur horizon où la lune immobile
Verse limpidement sa lumière tranquille
Sur les sapins obscurs et les blés argentés ;
Un lac brillant reflète à travers le feuillage
La campagne dormante et les astres des cieux ;
Une source légère y trace son sillage
Par un frémissement long et silencieux ;
Des oiseaux d’un vol lourd tombant de branche en branche
Font brusquement craquer les rameaux endormis ;

Et dans la clarté calme où me plonge la nuit,
Le long des bords muets je me glisse et me penche
Pour surprendre sur l’eau les éclairs de mon corps,
Et te nomme à voix basse, ô frère, enfant des songes,
Qui suivais sur les flots ton mobile mensonge
Narcisse, et ne connus ni l’adieu ni la mort.

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