ADONIS
À M la Comtesse Melchior de Polignac.
Doux comme un étranger.
J’apporte sur ta tombe
D’un pas léger
La paire de colombes.
Je veux mêler encor
À ces dons funéraires
Des fruits du Nord,
Des présents de ma terre,
Car mon sol fabuleux
A sur sa neige grise
Les renards bleus
Et les aigres cerises.
Adonis, ton beau sang
Ne court plus dans tes veines,
Tout innocent,
Plus doux que la verveine.
Consacré le plus beau
Par l’amour de Cythérée
Voici donc sous un tombeau
Ta dépouille enterrée.
Ton sang rougit à flots
Les lys où l’on te couche ;
Loin d’une ardente bouche,
Tes cils purs se sont clos.
Amis, pleurons sur le sable
Où voici tous nos plaisirs,
Les dieux sont inexorables
Puisqu’un beau corps peut mourir.