DANS MON ÂME REPOSÉE…
Dans mon âme reposée
Perle une étrange rosée ;
Que je me sens loin pourtant
Des matins de mes vingt ans !
Dans l’heure grise et légère,
Les yeux clos, je me souviens ;
L’âme est là, presque étrangère
À l’homme que je deviens.
Oh ! première et fine ride
Qui s’allonge au coin des yeux ;
Pli des lèvres plus arides,
Front d’où glissent les cheveux.
Milliers de légers outrages,
Dont je pleure durement ;
Mais c’est d’un autre tourment
Que je souffre davantage.
Ô vie as-tu remplacé
Ce cœur qui s’ouvrait trop vite
Par un cœur calme et glacé
Que plus un appel n’invite ?
Ces yeux pleuraient autrefois
Sans raisons au crépuscule ;
Maintenant les voilà froids ;
Je mesure et je calcule ;
Hier encor tendre et nerveux,
Je vivais en proie aux êtres ;
Aujourd’hui je suis mon maître,
Ne me blesse plus qui veut.
Mais, mon âme, c’est ta perte
Que ce pouvoir absolu ;
Je suis la plaine déserte
Où nul passant n’erre plus.
Je t’ai mal connue, enfance ;
J’avais tort ; je me trompais ;
Rends-moi plutôt la souffrance
Et remporte-moi ta paix.