AINSI SOUS TANT D’YEUX DIVERS…
Àmon père.
Ainsi sous tant d’yeux divers,
Dans leur ombre bien gardées,
S’en vont comme un univers
Ma vie et ma destinée.
Que suis-je parmi les hommes,
Que sort-il de leurs discours ?
J’écoute quand on me nomme ;
Est-ce la haine ou l’amour ?
C’est plutôt un sourd murmure
Où tout tremble et se confond,
Contradictoire peinture
Qui peut porter tous les noms.
Glissez donc, ô perfidies
Ou compliments qui font mal ;
Loin de vos rumeurs ma vie
Décrit son cercle fatal.
Et moi-même sur moi-même
En sais-je plus qu’on n’en voit ?
Je ne suis que le poème
Et ne connais pas la voix.
Je m’en vais, trouble mystère,
À mon égard défiant,
Et je me sens solitaire,
Avant cessé d’être enfant.
Dans l’ombre de mon empire
L’un avec l’autre mêlé,
Je vois s’avancer le pire
Et se débattre l’ailé.
J’ai parfois eu de beaux gestes,
Et parfois de l’âpreté
Dans le pur ou le funeste,
Où donc est ma vérité ?
Mon âme, mon vrai mystère
Se débat à mon insu
Et c’est le seul sur la terre
Que les hommes n’aient pas vu.
Mais Dieu qui malgré mes vices
Me protège à chaque instant
À l’heure du sacrifice
Me prendra dans son printemps.
Et tout ce qui fut blessure
Sera plus doux que le miel ;
L’âme n’a qu’une nature
Et tout se dénoue au ciel.