X).
Quant aux révélations diplomatiques nous les attendons de pied ferme.
L’aveu de ses relations avec les Allemands et de la provenance de l’argent a été fait formellement par l’accusée. Elle a prétendu seulement que cet argent avait servi, non à payer ses renseignements, mais à payer ses faveurs!
Encore une fois elle n’a rien contesté et nous l’avons entendue s’expliquer en toute liberté avec une rare impudence.
Nous avons donné les détails les plus circonstanciés sur les débats--les deux audiences--qui eurent lieu à huis clos il est vrai, comme tous les procès d’espionnage, mais qui furent remplis par les déclarations passionnées de la danseuse et la défense chaleureuse de l’avocat de grand talent, Mᵉ C., commis d’office, sur sa demande.
Quant à la résurrection de l’histoire de la _Tosca_ c’est encore--nous l’avons dit--de la fantaisie pure. Que son avocat ait fait croire à la condamnée qu’elle ne serait fusillée que pour la forme, c’est-à-dire qu’il n’y aurait pas de balles dans les douze fusils, c’est possible, mais c’est invraisemblable. Ce qu’il y a de certain, c’est que, quand au moment du réveil, le défenseur a offert à la danseuse d’invoquer un prétendu état de grossesse pour obtenir un sursis en vertu de l’article 27 du Code pénal, Mata a répondu formellement: «Je ne suis pas enceinte et je refuse d’invoquer un pareil prétexte. Puisque je dois mourir, je dois me résigner!» Et elle a repoussé l’offre de l’examiner que lui faisait le docteur Socquet.
A cet instant Mata-Hari était fixée et bien fixée sur son sort. J’ajoute qu’elle ne semblait avoir nourri aucune illusion, et que son avocat ne m’a point paru l’avoir trompée sur la réalité de l’exécution du jugement.
En effet, avant l’exécution, le bruit a effectivement circulé que Mᵉ C... avait fait croire à sa cliente qu’il n’y aurait qu’un simulacre de fusillade. Mais, au récit de cette histoire dans le cabinet du directeur de la prison, tout le monde, y compris, je crois, le défenseur, a haussé les épaules.
La vérité est que le défenseur avait caressé un moment l’espoir d’échanger Mata-Hari contre un prisonnier français important. Nous l’avons entendu dire:
--On devrait échanger Mata-Hari (les Allemands y tiennent beaucoup), avec le général Marchand. Ce serait une bonne affaire pour nous...
A ce moment Mᵉ C... croyait que le général Marchand était prisonnier.
Il n’y a pas eu autre chose qu’un projet--en l’air--de l’avocat.
La légende a survécu. Il n’importe.
· · ·
Nous avons dit que la fille Marguerite-Gertrude Zelle, dite Mata-Hari, _alias_ lady Gresha Mac-Leod, était inscrite sur les registres du centre d’espionnage d’Amsterdam sous l’initiale et le chiffre H. 21.
Or ce chiffre prouve que _Mata était espionne_ depuis longtemps et avait été immatriculée avant la guerre. En effet le chiffre donné aux agents allemands à partir de 1914 avait pour lettres A. F. suivies d’un numéro.
Les lettres signifiaient: A., _Anvers_, centre primitif de l’espionnage allemand, et F., _France_.
Le fait que Mata portait simplement la lettre H., suivie du numéro 21, établit qu’elle avait été enrôlée bien avant l’ouverture des hostilités.
L’histoire de Mata-Hari est aussi simple que celles des autres espionnes dont nous allons parler. Ce n’est pas une raison parce que c’était une danseuse, et une femme intelligente--plus dangereuse que les autres--pour faire autour de son nom du sentiment et du roman.
Si on veut connaître la vérité, on n’a qu’à s’en tenir au compte rendu analytique des débats qu’on a trouvé dans ce livre.
Maintenant, le correspondant dont j’ai reproduit la note, dit encore:
«Mon enquête se poursuit: 1º du côté de M. Malvy; 2º du côté du docteur P..., agent de l’Allemagne en Suisse pendant la guerre.»
Je ne vois pas ce que M. Malvy viendrait dire sur les derniers moments de Mata-Hari.
A moins qu’on ne veuille absolument rappeler que l’amie de M. Malvy, Néry Beryl, était la grande amie de Mata-Hari et que les deux femmes se voyaient souvent.
Quant au Dʳ P..., agent de l’Allemagne, il pourra publier ce qu’il voudra; cela n’aura aucune importance: 1º parce que cet Allemand, qui était en Suisse, n’a pu savoir exactement ce qui s’est passé; 2º parce que son témoignage ne saurait prévaloir contre l’affirmation de dix officiers français présents à l’instruction, au jugement et à l’exécution.
Miss Cavell, que les Allemands représentent comme criminelle, s’est bornée à secourir quelques soldats et quelques blessés. Elle n’a jamais envoyé de renseignements et ce n’était pas une espionne. La comparaison de cette honnête femme avec Mata-Hari, la Messaline cosmopolite, est une injure pour celle qui ne fut victime que de sa générosité et de son patriotisme.
Mata est morte en cabotine, après un jugement contradictoire, exécutée régulièrement par douze soldats; miss Cavell est tombée en chrétienne, assassinée par un lieutenant prussien, devant un peloton de six hommes qui refusèrent de tirer.
La reine de Hollande ne voulut pas demander la grâce de Mata.
Au contraire la légation américaine, le pape Benoît XV et le roi Alphonse XIII implorèrent la grâce de miss Cavell, qui allait mourir pour son pays.
· · ·
Enfin j’ai reçu la lettre suivante d’un des juges qui ont condamné Mata-Hari.
Mon cher camarade,
Permettez-moi de vous féliciter de tenir tête à la personne qui semble vouloir réhabiliter H. 21, numéro donné à Mata-Hari par les Boches.
Sur quoi se base cette personne?...
Eh bien, moi, je me base sur les PREUVES que j’ai eues entre les mains, et sur les _aveux_ de cette immonde espionne pour affirmer qu’elle a fait tuer peut-être 50.000 de nos enfants, sans compter ceux qui se trouvaient à bord des vaisseaux torpillés dans la Méditerranée sur les indications de H. 21, sans aucun doute.
De plus, il faut se rappeler que H. 21 était en Allemagne, en juillet 1914, la maîtresse d’un _prince allemand_, et qu’après sa juste condamnation à mort aucun recours en grâce ne fut présenté, tellement sa cause était mauvaise.
Veuillez croire, mon cher camarade, à nos meilleurs sentiments de bonne camaraderie, et accepter ma plus cordiale poignée de main.