‹ Les Fiancés de LochesChapitre 2 sur 44 · Scène II

Scène II

Séraphin, puis Plucheux’'

Plucheux paraît au fond. Il tient à la main une assiette avec une côteletteIl se cogne dans les domestiques qui sortent.’'

Les Domestiques., le bousculant.

C'est fermé !

Plucheux, ramassant sa côtelette qui est tombée de son assiette.

Faites donc attention ! Qu'est-ce qui vous demande l'heure qu'il est ?… (Ramassant sa côtelette.) Une côtelette toute neuve !… Enfin, ça la panne !…

Séraphin, qui déjeune à son bureau.

Plucheux.

Oui. Je viens vous demander l'hospitalité pour ma côtelette et pour moi…

Séraphin.

Comment donc !… C'est un honneur pour le premier secrétaire de l'agence de placement de recevoir son collègue de l'agence matrimoniale.

Plucheux, le saluant.

Mon cher confrère !

Séraphin.

Mon cher confrère ! (Ils s'assoient tous les deux au bureau de Séraphin et déjeunent.) Pour vous rendre votre politesse, nous irons prendre le café là-haut.

Plucheux.

Là-haut ? à l'Agence matrimoniale ? Mais vous ne savez donc rien ?… Il n'y en a plus, d'agence !

Séraphin.

Comment cela ?

Plucheux.

Ce matin, comme à l'habitude, j'arrive exactement… deux heures en retard… Je vois des bandes avec de la cire sur la porte… Je me dis : quel est l'animal qui a cacheté la porte ? C'étaient les scellés !… Savez-vous où elle est, notre agence matrimoniale ?… à Mazas !

Séraphin.

À Mazas !

Plucheux.

Oui… on avait collé les scellés à la porte et le patron au clou !

Séraphin.

Qu'est-ce qu'on a donc à lui reprocher ?

Plucheux.

Séraphin, avec dédain.

Elle est si peu artiste, la police !… Mais dites donc, s'il vous vient des clients, ils se casseront le nez.

Plucheux.

J'ai tout prévu ! J'ai collé aussi ma bande sur la porte : "Pour l'agence adressez-vous au premier !…"

Séraphin.

Ici !

Plucheux.

Eh bien, oui ! De cette façon-là, je peux déjeuner tranquillement avec vous et faire mon service.

Séraphin.

Votre service ? Mais s'il n'y a plus d'agence, il n'y a plus de service !

Plucheux.

Mais c'est vrai ! Je suis sur le pavé !

Séraphin.

Dame !…

Plucheux.

Oh ! Séraphin ! Vous allez me tirer de là… Trouvez-moi une place !…

Séraphin.

Une place ! Levez-vous ? (Plucheux se lève ahuri.) Vous n'êtes plus mon collègue, vous êtes un solliciteur… Donnez-moi quatre francs…

Plucheux, les lui donnant.

Quels carottiers dans ces agences ! Les voilà !

Séraphin.

Merci ! J'ai votre affaire !… Savez-vous arroser ?

Plucheux.

Je viens de le prouver.

Séraphin.

Plucheux, vivement.

Doucheur pour dames ?

Séraphin.

Non ! pas de sexe ! pour névropathes !

Plucheux.

Des étrangers ?

Séraphin.

Chez le docteur Saint-Galmier !

Plucheux.

Qu'est-ce que c'est que ça, le docteur Saint-Galmier ?

Séraphin.

Mais le directeur du Louvre-Hydrothérapique !

Plucheux.

Une bonne maison ?

Séraphin.

Le premier établissement de Paris pour le traitement des maladies nerveuses !… Il a chez lui deux cents pensionnaires.

Plucheux.

Des toqués !

Séraphin.

Àpeu près ! mais pas dangereux ! Il va venir tout à l'heure… dois-je lui dire que vous entrez chez lui ?…

Plucheux.

Enfin !… ce n'est pas le rêve !… mais en attendant !

Séraphin.

Je vous inscris… Vous pourrez vous présenter demain chez lui à midi, 25, rue d’Aumale…

Plucheux, se rasseyant et se disposant à manger.

Merci ! et maintenant…

Séraphin.

Non, non, mon ami ! Je n'ai pas l'habitude de déjeuner avec les gens que je place… (Lui mettant son assiette dans les mains.) Emportez votre déjeuner !

Plucheux.

Hein !

Séraphin.

Pas de familiarités avec la clientèle. (Le reconduisant.) Au revoir !

Michette, entrant du fond.

L'agence de placement, s'il vous plaît ?

Séraphin, à part.

Une jolie femme ! (Haut.) C'est ici, madame.

Plucheux.

Mais alors, dites-moi !…

Séraphin.

Eh ! vous voyez bien que j'ai du monde ! Allez ! Allez !

Plucheux, sortant par le fond.

Lâcheur !

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