Scène III
Séraphin, Michette’'
Séraphin.
Je vous demande pardon, madame… un importun ! Vous désirez sans doute un domestique ?
Michette.
Au contraire, monsieur !…
Séraphin.
Comment ! Vous désirez vous placer ?
Michette.
Séraphin.
Votre frère ?
Michette, se levant.
Oui… vous voyez devant vous une pauvre sœur de famille, monsieur !… Ma mère eut de mon père, croit-on, deux enfants… je fus l'un, mon frère fut l'autre… J'eus la chance de réussir dans la carrière que j'entrepris, mais cela ne me fit jamais oublier ce que l'on doit à sa famille ! Je pris mon frère chez moi, à mon foyer… comme groom…
Séraphin, ému.
Brave femme !
Michette, changeant de ton.
Eh bien, voilà ! ça n'a pas pu marcher !… Qu'est-ce que vous voulez ? ce petit, il y a des choses qu'il ne comprend pas ! J'avais beau lui dire… il avait la manie de me tutoyer ! de m'appeler Caroline…
Séraphin, transporté.
Vous vous appelez Caroline ?
Michette.
Plus maintenant !… Je m'appelle mademoiselle Michette ! Vous voyez l'effet d'ici quand il m'appelait Caroline !… Et si ce n'était que ça ! Quand il y avait du monde, il m'embrassait. Oui, monsieur !… Comment ! Il a même voulu embrasser un de mes amis qui m'appelait sa nièce, sous prétexte qu'alors c'était aussi son oncle.
Séraphin, riant.
Elle est bonne !
Michette.
Eh bien, moi, je l'ai trouvée mauvaise ! Ce qu'il m'a fait de tort dans ma carrière !… En huit jours, il m'a fait perdre trois partis sérieux : le père, le fils…
Séraphin.
Michette.
Non, un autre… Enfin, entre nous, je dois me marier.
Séraphin.
Sérieusement ?
Michette.
Tiens ! avec un colonel, s'il vous plaît. Il m'a promis de m'épouser : et il est parti pour faire ses vingt-huit jours…, il y a deux mois.
Séraphin, à part.
Ca m'a l'air d'un lapin, le colonel.
Michette.
Voyez-vous que mon frère me fasse manquer mon mariage… aussi, qu'est-ce que vous voulez, on a beau être sœur, il y des situations cruelles dans la vie… pauvre chéri… je l'ai flanqué à la porte.
Séraphin.
Brave femme !
Michette.
Mais je lui dois une situation… je vous le recommande. Soignez-le comme un frère. C'est un orphelin !… Il sait très bien découper, nettoyer… ; il fait l’argenterie…
Séraphin.
Mauvaise habitude ! Enfin je le placerai au Bouillon Duval… il n'y a que du ruolz.
Michette.
Ah ! Monsieur… je ne saurais vous dire ce que je vous dois !
Séraphin.
Mais quatre francs, madame.
Michette.
Je ne m'acquitterai jamais !
Séraphin.
Michette.
Voici vos quatre francs !
Séraphin, à part.
Ah ! elle m'avait fait peur ! (À Michette.) À la caisse, madame, si vous voulez bien. (Appelant.) Voyez caisse !
Il indique la porte de la caisse à Michette qui sort.’'