‹ Les Fils de familleChapitre 3 sur 108 · Partie I · 03

Partie I · 03

Geneviève, voyant Charles Delmare plongé dans la méditation profonde où le jetaient les remémorances du passé, lui dit en soupirant :

— Enfin, mon pauvre enfant, ce qui est fait est fait… Après tout, tes folies n’ont nui qu’à toi-même et elles ont profité aux autres, car tu avais toujours la main ouverte… et prenait qui voulait. Enfin tu as expié, par quinze ans de chagrin, le malheur d’avoir tué en duel M. Ernest Dumirail. N’as-tu pas été suffisamment privé ? À quoi bon revenir là-dessus ?

— Oh ! oui, j’ai cruellement souffert pendant ces quinze années ! J’étais monomane, j’étais fou, si l’on peut appeler folie le sentiment de la paternité arrivé à son dernier degré d’exaltation. Oh ! oui, j’ai cruellement souffert jusqu’au jour… il y a de cela bientôt deux ans et demi, où, après m’être établi dans cette maison de paysans, je suis parvenu, au bout de six mois de tentatives pleines de réserve, de prudence, à être accueilli dans l’intimité de la famille Dumirail… puisqu’elle ignore, et, grâce à Dieu, elle ignorera toujours, je l’espère, que je suis le prétendu Wagner qui a tué en duel M. Ernest Dumirail.

— Comment veux-tu que l’on découvre ce secret ? Moi seule le sais, parce que tu me l’as confié ; je me laisserais hacher en morceaux plutôt que de te trahir.

— Jamais je n’ai douté de ton dévouement, de ta discrétion, bonne nourrice ; aussi lorsqu’il y a trois ans, après la mort d’Emmeline, je suis venu en ce pays, résolu de m’y établir, afin de vivre du moins près de l’endroit où habitait ma fille, ma première pensée a été de te proposer de venir te fixer près de moi. Je suis retourné à Paris, afin de faire transporter ici quelques débris de mon opulence passée ; je suis allé à Pierrefitte, où tu vivais d’une pension que t’a léguée mon père ; tu n’as pas hésité à m’accompagner ici.

— Hésiter ! bonté divine ! hésiter à faire mon paradis en ce monde ! Mais figure-toi donc, mon Charles, que ç’a été le meilleur jour de ma vie que celui où tu m’as dit : « Nourrice, veux-tu être ma ménagère ?… Je suis ruiné, je veux vivre en ermite, j’ai besoin d’avoir près de moi quelqu’un en qui j’aie assez de confiance pour pouvoir penser tout haut !… »

— C’est vrai… l’amour paternel est comme l’amour… il a impérieusement besoin de s’épancher… surtout lorsqu’il est constamment dissimulé. Ah ! Geneviève, si tu savais combien j’aime à te parler de ma fille, lorsque je reviens ici après avoir passé dans la famille Dumirail une partie de la journée près de ma Jeane… obligé de contraindre, si je la regarde, jusqu’à l’expression de mon regard… jusqu’à l’accent de ma voix, si je lui parle… obligé enfin de rester calme, presque froid, lorsque cette adorable enfant, cédant à la sympathie que je lui ai inspirée depuis trois ans que je la vois chaque jour, et répondant, à son insu peut-être, au mystérieux appel de la nature, me témoigne parfois une affection presque filiale ! Va, crois-moi, après le bonheur d’idolâtrer Jeane, de la voir ainsi que je l’avais rêvée, de la voir grandir en beauté, en vertus, en talents, mon plus grand plaisir est de pouvoir t’entretenir d’elle à cœur ouvert !

— Quant à ça, mon fieu, c’est un prêté pour un rendu : tu es heureux de me parler de ta fille, et moi, je ne me lasse pas de t’entendre. Tu aimes ton enfant au moins autant, sinon plus que ton pauvre père ne t’aimait toi-même… C’est dans le sang… vois-tu… ces paternités-là…

— Je ne pouvais du moins désirer pour Jeane un asile plus hospitalier que la maison de son oncle et de sa tante ; ils n’entoureraient pas leur fille de soins plus touchants, d’une sollicitude plus éclairée… Mais quelle cruelle position eût été la mienne, si Jeane, orpheline, avait été confiée à des parents indifférents ou malveillants ; s’ils lui avaient fait durement payer l’asile qu’ils lui accordaient !… ou bien encore si sa première jeunesse avait dû se passer près de personnes d’une conduite moins exemplaire que celle de M. et de madame Dumirail, combien j’aurais tremblé pour l’avenir de ma fille !

— Grâce à Dieu, ta Jeane ne te donnera jamais d’inquiétude.

— Jamais… tant qu’elle sera entourée de bons exemples, guidée par des conseils salutaires… mais si, par malheur… oh ! je l’ai profondément étudiée depuis plus de deux ans… mais si, par malheur, dis-je, Jeane se trouvait placée dans certaines conditions… je te le répète, je tremblerais pour son avenir !

— Trembler… lorsque ta fille, cet ange…

— Je la connais, te dis-je… mais, grâce à Dieu, je suis rassuré ! Je n’aurais pas choisi pour elle une tutelle plus affectueuse, plus éclairée… Mais, dans le cas contraire, qu’aurais-je pu faire ? De quel droit serais-je intervenu entre des tuteurs indignes et cette enfant, que je n’ai pas le droit d’appeler ma fille ?… Ah ! nourrice, cette seule idée, souvent, malgré moi, m’effraye !

— Dame ! mon pauvre fieu, il y a de quoi, en effet, s’inquiéter, quand on pense à ce qui pourrait arriver, si…

Puis, s’interrompant, Geneviève reprit :

— Mais, dis-moi, crois-tu que M. et madame Dumirail soupçonnent ou sachent que Jeane est, comme l’on dit, un enfant de l’amour ?

— Souvent, ainsi que toi, je me suis adressé cette question sans pouvoir la résoudre. Certes, je les crois assez équitables pour ne pas rendre Jeane solidaire de la faute de sa mère, s’ils sont instruits de cette faute. Cependant, parfois, il me semble impossible que, malgré leur générosité, ils puissent témoigner tant d’affection à une jeune personne qu’ils sauraient leur être étrangère. Je pense donc que M. Ernest Dumirail aura noblement caché à ses parents que Jeane n’était pas sa fille…

— Pourtant, ils savent la cause de ce malheureux duel ?

— Je le crois. Ils ne m’ont, d’ailleurs, fait à ce sujet aucune confidence ; mais j’ai souvent remarqué leur réserve, leur pénible embarras, lorsque Jeane, qui idolâtrait sa mère, s’exprime à son sujet avec une vénération passionnée ; aussi, j’en suis certain, ils savent que la coupable liaison de madame Ernest Dumirail avec le prétendu Wagner a causé ce funeste duel.

— Ah ! mon pauvre fieu, je dis comme toi : fasse le ciel que la famille Dumirail ignore toujours que ce Wagner et toi, vous n’êtes qu’une seule et même personne, et que tu es le père de Jeane !

— Heureusement, ce secret ne peut être connu que de toi, et je redouble de prudence afin de ne trahir en rien la nature du sentiment qui m’attache à Jeane ; la cause première de mes relations avec la famille Dumirail n’a pu éveiller aucun soupçon. Dès que j’ai été établi ici, je suis allé, ma boîte à couleurs sur le dos, peindre des vues du Jura, dans les environs du domaine de M. Dumirail ; c’était à l’époque de la chasse, je le savais grand chasseur, ainsi que son fils Maurice ; je m’attendais à les rencontrer, il en fut ainsi. Ils me demandèrent avec courtoisie la permission de jeter un coup d’œil sur mon esquisse ; la conversation s’engagea. Ils surent de moi que je demeurais dans leur voisinage. Maurice s’occupait aussi de peinture ; lui et son père louèrent beaucoup mon talent de paysagiste, puis ils continuèrent leur chasse. Cette rencontre se renouvela, et, durant nos entretiens, rien de ma part ne devait laisser soupçonner mon désir d’être admis dans l’intimité de mes voisins. J’espérais que peut-être ils me proposeraient ce que je souhaitais si ardemment. Enfin, un jour, M. Dumirail vint ici…

— Pour te demander comme un service de donner des leçons de peinture à M. Maurice… Pauvre fieu !… j’étais là, j’ai vu une larme de joie rouler malgré toi dans tes yeux.

— Je feignis cependant d’hésiter à accepter l’offre dont j’étais si heureux. Je ne me reconnaissais pas, disais-je, assez de talent pour enseigner la peinture. M. Dumirail ne tint aucun compte de ma modestie. L’arpenteur géomètre de Nantua était le seul professeur de dessin que l’on pût trouver dans les environs, et Maurice dépassait déjà son maître. Il fut alors question de la rémunération de mes leçons. M. Dumirail insistait d’autant plus à ce sujet, que, peut-être, disait-il, j’aurais deux élèves au lieu d’un.

— À ces mots, mon bon Charles, tu as pâli, tu as rougi. Ton autre élève… c’était ta fille !

— Je l’avoue, j’ai été au moment de me trahir… J’entrevoyais déjà la douce intimité qui, plus tard, s’est établie entre moi et Jeane. Cependant, avant d’accepter l’offre de M. Dumirail, je ne lui cachai pas mon passé : autrefois possesseur d’une fortune considérable, je l’avais dissipée, mais du moins il me restait de quoi vivre indépendant, et, devenu philosophe avec l’âge, les beautés pittoresques du Jura m’attiraient dans ce pays, où je voulais vivre dans une complète solitude. Enfin, ma seule condition à l’accomplissement des désirs de M. Dumirail serait la gratuité de mes leçons. Il parut surpris des revirements de mon orageuse destinée, mais sa confiance en moi ne fut en rien altérée. Une étroite intimité s’établit peu à peu entre nous : je devins l’ami de la maison ; je donnai chaque jour à ma fille, ainsi qu’à son cousin Maurice, leur leçon de peinture. Je pus ainsi apprécier les adorables qualités de Jeane, son caractère loyal, ferme et résolu, son organisation ardente, nerveuse, passionnée, dont elle n’avait pas encore conscience, et que, seul, l’œil d’un père pouvait deviner sous l’angélique candeur de son enfant. Je pus enfin appuyer de mes conseils les principes salutaires dont Jeane était nourrie par madame Dumirail, femme d’un rare bon sens et d’un cœur excellent, digne compagne de M. Dumirail, l’un des meilleurs esprits que je sache. Béni soit Dieu ! Jeane, je te le répète, ne pouvait tomber entre des mains plus pures, plus honorables.

Puis, après un moment de silence et de réflexion, Charles Delmare reprit :

— Tiens, nourrice, je ne crois guère aux pressentiments, je ne crois pas surtout à ce vieil adage : « que le malheur n’est jamais si voisin de nous qu’alors que tout nous sourit… » cependant, malgré moi… depuis quelque temps… j’éprouve une sorte d’anxiété.

— Et à propos de quoi ?

— À propos d’un événement qui, s’il se réalisait, dépasserait les plus beaux rêves que j’aie jamais faits pour l’avenir de ma fille… Aussi la crainte de voir mes espérances déçues cause cette anxiété dont je suis tourmenté.

— Il s’agit de ta Jeane… je suis tout oreilles.

— Elle aura bientôt dix-huit ans… elle est en âge de se marier… Elle est si heureusement et si diversement douée, que je me demandais souvent, avec appréhension, en quelles mains tomberait le trésor… quel serait son époux…

— Que dis-tu ? Est-ce qu’il y aurait des projets de mariage pour ta fille ?

— Des projets ? non… mais, si mes observations ne me trompent pas, je crois que Jeane, à son insu peut-être, tant est grande sa candeur, aime… et est aimée…

— Et qui donc, selon toi, aimerait-elle ?

— Son cousin.

— Ah ! mon Charles ! Si c’était vrai, quel bonheur pour ta fille !… Il n’est pas de meilleur jeune homme au monde que M. Maurice !

— Non… car, depuis trois ans, je vois chaque jour Maurice et je le connais à fond ; aussi, je dis, comme toi : Il n’est pas de meilleur jeune homme au monde !

— Ainsi, ces chers enfants sont, sans s’en douter, amoureux l’un de l’autre ?

— J’en suis presque certain… car, surtout de la part de Jeane, succède maintenant une sorte de réserve à la familiarité qui existait entre elle et Maurice, habitués jusqu’à présent à se regarder comme frère et sœur… Il semble, de son côté, parfois troublé par la présence de sa cousine… il devient rêveur, je l’ai surpris livré à des accès de mélancolie profonde. Cependant il n’a pas, sans doute, non plus que Jeane encore, lu clairement dans son cœur.

— M. et madame Dumirail se sont-ils aperçus de cet amour ?… consentiraient-ils à ce mariage ?

— Je n’ai à ce sujet aucune assurance, mais…

Puis, s’interrompant et tournant les yeux vers la fenêtre du rez-de-chaussée, Charles Delmare ajouta :

— Silence ! voici Maurice… il vient sans doute s’acquitter envers moi de quelque commission de la part de son père.

Bientôt, en effet, Maurice Dumirail entra dans le salon après avoir attaché aux barreaux de la croisée de la cuisine les rênes de son vigoureux double poney ; le jeune homme resta seul avec Charles Delmare après avoir adressé quelques affectueuses paroles à la vieille nourrice.

Maurice Dumirail a vingt ans passés ; il est très-grand, très-robuste, large d’épaules et de poitrine ; la bonne humeur et la santé se lisent sur son visage, d’une beauté mâle et douce ; son teint vermeil est hâlé par le soleil ; une naissante barbe brune ombrage sa lèvre et ses joues rondes ; ses yeux bleus brillent d’intelligence ; sa physionomie, à la fois attrayante et énergique, a un caractère remarquable de bonté, de franchise et de résolution ; tout révèle chez l’athlétique jeune homme cette exubérance de sève que l’on doit au calme, à la pureté de la vie agreste ; il est doué d’une telle surabondance de forces, qu’elles semblent devoir à peine trouver leur emploi dans l’incessante activité de ses occupations agricoles. Déjà très-expert cultivateur, il aidait son père, M. Dumirail, à faire valoir ses terres. Libre et souple dans sa puissante allure, Maurice est vêtu d’une blouse grise dont le collet rabattu laisse à nu son cou d’hercule ; ses demi-guêtres de cuir se bouclent au-dessous de son genou et dessinent le contour de son mollet, aussi musculeux que sa cheville est fine et nerveuse. Il tient d’une main son large chapeau de paille et de l’autre son fouet de chasse.

— Pardon, cher maître, je viens vous déranger, — dit Maurice à Charles Delmare avec un accent d’affectueuse déférence et de cordialité, mon père m’a chargé d’une commission pour vous.

— De quoi s’agit-il, mon ami ?

— Vous devez venir dîner aujourd’hui à la maison ; mon père vous prie d’être au Morillon, au plus tard, à quatre heures, parce qu’il désirerait, ainsi que ma mère, causer longuement avec vous.

— Je serai chez vous à quatre heures précises.

— De plus, ma mère vous prie de l’excuser d’avance, mon cher maître, de ce que l’heure du dîner sera de beaucoup retardée, car on nous a ménagé une surprise…

— Comment cela ?

— Mon père a reçu, hier, une lettre de ma tante San-Privato, elle nous annonce inopinément sa visite ; elle vient avec son fils, Albert, passer près de nous un mois au Morillon. Ils arriveront ce soir de Paris vers sept ou huit heures ; nous les attendrons pour dîner ; aussi, cher maître, ma mère vous prie-t-elle d’excuser ce changement dans nos habitudes.

— Votre excellente mère pouvait s’épargner ce souci, mon enfant, il m’est parfaitement indifférent de dîner à six ou à huit heures. La surprise que vous a ménagée madame votre tante a dû causer à votre père un grand plaisir ; car il y a longtemps, je crois, qu’il n’a vu sa sœur.

— Il ne l’a pas vue depuis quatre ans, époque du veuvage de ma tante San-Privato. Elle est venue passer ici les premières semaines de son deuil avec son fils, mon cousin Albert, alors âgé de vingt ans à peine ; il était déjà attaché payé de la légation de Naples, puisqu’il est resté Napolitain du fait de son père, autrefois consul général de cette nation… ce cher Albert ! Il paraît qu’à son âge un tel avancement est exceptionnel dans la carrière diplomatique, nous disait ce digne M. de Morainville, que mon père a fait député… car mon père fait des députés… à ses moments perdus… peut-être ignoriez-vous cela, cher maître.

— En effet, — reprit Charles Delmare en souriant, — je savais que votre père faisait toutes sortes de superbes élèves de Durham, de Spithfield et autres… mais j’ignorais qu’il se livrât aussi… à la production…

— Des députés, — reprit Maurice en riant. — Il en est pourtant de la sorte. Mon père jouit d’une telle confiance dans notre arrondissement, que les électeurs le consultent toujours sur le choix de leurs candidats ; aussi les a-t-il engagés à nommer M. de Morainville, chef de division au ministère des affaires étrangères. Ce personnage, de qui l’influence a été doublée par cette nomination, est resté depuis, assure-t-il… (et c’est beaucoup) est resté, dis-je, dévoué à mon père jusqu’à la mort !

— Ou plutôt jusqu’à la nouvelle élection… C’est moins héroïque, mais plus certain.

— Je suis de votre avis, cher maître ; toujours est-il que M. de Morainville, lors du séjour qu’il a fait ici durant sa tournée électorale, nous disait qu’il était rare de voir des attachés payés aussi jeunes que mon cousin San-Privato. Eh bien… tenez, cher maître, tout en reconnaissant le mérite de mon brave Albert, de qui j’ai gardé le meilleur souvenir et que j’aime du fond du cœur, je vous l’avouerai franchement, je ne voudrais guère être, ni attaché… ni payé… — ajouta gaiement Maurice : — payé sent trop le gage… et attaché sent trop le servage. Je n’ai guère de goût pour le collier, si doré qu’il soit. Vous me trouvez sans doute un peu sauvage ; mais, que voulez-vous ! nous autres laboureurs du Jura, nous ne sommes attachés qu’à nos montagnes, et nous ne rougissons pas d’être payés largement de nos labeurs par les dons de notre bonne mère nourricière, la terre ! et sur ce, cher maître, je remonte à cheval pour aller au col de Treserve, hâter la rentrée de nos foins coupés sur les hauts plateaux. Le temps menace de tourner à l’orage, j’ai toute une armée de faneurs et de faneuses à activer. On a fait une levée en masse ; ma mère et ma cousine Jeane ont les premières prêché d’exemple aux servantes de la maison, en coiffant leurs chapeaux de paille, et, armées de râteaux, elles sont montées dans l’un de nos chars à bœufs qui vont aux prairies des plateaux. Ah ! cher maître, si je n’avais été pressé par le temps et surtout si je possédais votre talent, quel charmant croquis j’aurais fait de ce tableau rustique ! Figurez-vous ma bonne mère assise sur la feuillée du char attelé de nos deux plus beaux bœufs ; l’un blanc comme la neige, l’autre noir d’ébène : Hercule et Athos, les bien nommés ; puis, debout près de ma mère et appuyée sur le manche de son râteau, ma cousine Jeane, charmante et joyeuse comme la déesse de la fenaison… ma cousine Jeane… qui…

Maurice, rougissant soudain, se tut, tandis que Charles Delmare, qui l’écoutait et l’observait attentivement, reprit :

— Pourquoi, mon ami, vous interrompre ?

— C’est que je songe à quelque chose de singulier, d’inexplicable…

— Qu’est-ce ?

— Cher maître, — répondit le jeune homme après un moment de recueillement et non sans un certain embarras, — trouvez-vous Jeane jolie ?

— Sans doute.

— Vous la trouvez jolie… très-jolie ?

— Je la trouve belle… mais belle à éblouir.

— L’avez-vous toujours trouvée ainsi ?

— Certainement.

— Eh bien, cher maître, voilà qui me confond. Il y a deux mois, tout au plus, qu’ainsi que vous je trouve Jeane belle ; oh ! oui… vous dites vrai, belle à éblouir… Cependant, je la voyais chaque jour depuis trois ans qu’elle est ici… et que je l’aime comme ma sœur… Pourquoi donc sa beauté ne m’avait-elle jamais frappé ?… pourquoi… aussi… depuis un mois surtout, ai-je… ?

Puis, s’interrompant de nouveau :

— Ah ! que d’autres pourquoi non moins inexplicables !

Maurice resta pendant un moment silencieux et pensif ; mais, semblant bientôt confus de sa rêverie involontaire et voulant rompre un entretien qui l’embarrassait, il reprit en affectant l’enjouement :

— Je ne veux pas, cher maître, vous faire grâce de mon projet de croquis rustique dont Jeane eût été l’héroïne : elle occupait le premier plan ; derrière elle, dans le chariot, se groupaient les faneuses, chantant gaiement, en patois jurassien, la naïve chanson :

Allons aux prés fleuris,
Allons aux prés là-haut.

C’était vraiment une idylle en action ! Ah ! combien vous avez raison de dire : « Pour qui a des yeux et du cœur, rien de plus poétique que la libre vie des champs ! sainte poésie du travail de l’homme et de la fécondité de la nature ! »

En prononçant ces mots, la mâle figure de Maurice, attendrie par le secret ressentiment de sa vague mélancolie amoureuse, prit une expression touchante, dont le charme contrastait surtout avec l’extérieur athlétique du jeune homme. Charles Delmare reprit avec émotion :

— Bien ! cher enfant, bien ! Soyez toujours fier d’être laboureur… conservez ce salubre amour de vos montagnes natales ; conservez surtout ce sentiment de noble indépendance qui vous fait préférer la simplicité d’une condition laborieuse et utile à l’éclat trompeur de ces ambitieuses carrières, toujours soumises au caprice des hommes, et qui souvent nous coûtent le sacrifice de notre dignité.

— Montagnard je suis né, montagnard je mourrai, cher maître ; je périrais de consomption, j’étoufferais d’ennui dans une ville. Ce qu’il me faut, à moi, c’est le grand air, le soleil, les cimes de nos pics où l’on a au-dessus de soi le ciel, et à ses pieds l’abîme ! Ce que j’aime, c’est l’ombre, c’est le silence de nos forêts de sapins… c’est le murmure de nos cascades, la furie de nos torrents, la senteur des prés de nos vallées, l’odeur pénétrante qu’exhale la terre humide lorsqu’elle s’ouvre sous le soc de la charrue traînée par mes quatre bœufs si dociles et si forts ! Ce que j’aime encore, ce sont les chants de la moisson, les fêtes de la vendange… et l’hiver, cher maître, oh ! l’hiver ! qu’ils sont à plaindre ceux-là qui ignorent les joies de l’hiver ! Chasser la gélinotte, le coq de bruyère, au milieu de nos bois toujours verts, étincelants de givre et tapissés de mousse ! Braver les précipices pour atteindre l’isard ou le chamois à l’affût ! Voler en traîneau sur la neige durcie aux flancs de la montagne ! Et le soir, ces charmantes veillées de famille au coin du foyer de la vieille maison où je suis né… Comme elles passent vite, ces longues soirées occupées par la musique, par le dessin, par la lecture de quelque livre choisi dans notre bibliothèque par mon père ou par vous, cher maître, ces livres que vous lisez si bien de votre voix douce et grave. Il me semble alors entendre les conseils d’un ami sérieux et tendre… Socrate, Platon, Aristote, Marc-Aurèle, nous parlent par votre bouche !… Lecture divine ! source vive de la vérité éternelle où notre âme se retrempe, se raffermit, et où nous puisons l’impérissable amour du bien, du juste et du beau ! Dites, cher maître, dites, une vie ainsi partagée entre les travaux rustiques, les arts et les plus hautes aspirations de la pensée, une pareille vie n’est-elle pas préférable à toutes, surtout si l’on a pour compagne… ?

Maurice s’interrompit de nouveau et rougit.

Charles Delmare, devinant la secrète pensée de son jeune ami et ne voulant pas l’embarrasser, changea le cours de l’entretien en disant, sans paraître remarquer la nouvelle réticence de son interlocuteur :

— Certes, l’existence que vous dépeignez si bien et qui est la vôtre et celle de votre famille, me semble préférable à tout autre ; mais, j’y songe, comment votre cousin Albert San-Privato, lors de son séjour ici, s’accommodait-il d’une manière de vivre… si opposée à ses habitudes… lui, citadin élevé dans les chancelleries diplomatiques ?

Maurice, remerciant, à part soi, Charles Delmare d’avoir involontairement donné un autre tour à la conversation, répondit :

— Ce cher Albert est toujours satisfait. Il n’est pas de caractère plus facile, plus gracieux, plus prévenant que le sien ; il vous sera tout d’abord sympathique, j’en suis certain, cher maître. Quant à ses défauts, il était, selon sa mère, « trop joli pour un garçon, — et trop homme du monde pour un jouvenceau de son âge, » ajoutait mon père. Vous reconnaissez mes excellents parents à la férocité de leur critique à l’égard d’Albert. Moi, je le trouve tout bonnement charmant ; puis il était, et il est encore, j’imagine… si élégant… si recherché… si coquet… J’ai l’air d’un ours, d’un homme des bois auprès de lui… Mais je prenais plaisir à le voir attifé avec tant de goût. Enfin, — ajouta ingénument l’athlétique Maurice du haut de ses cinq pieds six pouces, — je regardais Albert comme on regarde un joli tableau, un gentil petit objet d’art.

Charles Delmare sourit, et reprit :

— Votre tante, madame San-Privato, s’accommodait-elle aussi bien que son fils de votre existence rustique ?

— Pauvre tante ! À part le chagrin que devait lui causer la mort de son mari, elle devait beaucoup regretter Paris, elle qui a été, dit-on, une femme à la mode ; mais elle aime tant mon père et ma mère, que le bonheur d’être auprès d’eux lui faisait oublier son cher Paris. Son caractère est encore, s’il est possible, plus affable, plus aimable que celui d’Albert. Elle a pour tout le monde, pour les domestiques même, des paroles non-seulement polies, c’est justice, mais séduisantes, mais câlines : aussi mon père, lui disait-il toujours en riant : « Décidément, Armande, tu veux tourner la tête de toute ma maisonnée. Depuis mon vieux Gervais, le cocher… jusqu’à Josette, la servante… » Mais pardon de mon bavardage, cher maître, j’oublie mon armée de faneurs et de faneuses, sans parler des recrues, dont je dois activer les manœuvres ; les fonctions de général en chef des fourches et des râteaux m’obligent à vous quitter. À tantôt donc, cher maître.

Maurice, après avoir serré cordialement la main de Charles Delmare, se dirigeait vers la porte du salon, lorsqu’il s’arrêta un moment devant le tableau hippique représentant le Colonel-Thornton, monté par un cavalier en habit rouge.

— Je ne puis me lasser d’admirer ce superbe cheval, moi qui suis devenu connaisseur, depuis que mon père élève quelques poulains dans notre prairie du Val-Noir.

Et Maurice ajouta en contemplant le tableau :

— Quel large poitrail ! quelle encolure à la fois vigoureuse et légère ! et cette petite tête pleine de race et de feu ! et ces larges jarrets… Ah ! cher maître, étiez-vous heureux de posséder des admirables chevaux, étiez-vous heureux !

— Mon cher enfant, — reprit Charles Delmare avec un sourire mélancolique, vous voyez ces portraits de Colonel-Thornton et de Miss-Alicia, vous voyez ce nécessaire à écrire, et là, dans ma chambre à coucher, ce nécessaire de toilette en or ciselé ; ajoutez-y cet excellent piano de Pleyel, ces deux fauteuils brodés, ce tapis de Smyrne et quelques menus objets… voilà ce qui me reste d’une fortune de plus de cent mille livres de rente, aussi bêtement (c’est le mot), aussi bêtement dissipée par moi qu’elle a été honorablement gagnée par mon bon et vénérable père, — ajouta Charles Delmare, en montrant le portrait de l’ex-maçon. — Avouez qu’il est parfaitement ridicule de payer du prix de sa ruine le bonheur idéal d’avoir eu douze ou quinze chevaux de pur sang dans son écurie, sans compter d’autres bonheurs aussi intelligents et surtout aussi doux à l’esprit et au cœur, tels que festins splendides hébétés par l’orgie, parties de jeu forcenées où le gain vous est de peu et où la perte vous enrage, prodigalités stériles plus stupides encore, si c’est possible, que vaniteuses, dont se moquent les premiers ceux-là qui en profitent. Tenez, voilà en deux mots la vie du dissipateur : opiniâtre rivalité de luxe avec plus riches que soi ; rivalité imbécile aboutissant toujours à une ruine abjecte, souvent au déshonneur, parfois à un lâche suicide ! Et les survivants de se dire : « Vous savez, ce niais, il s’est ruiné, il s’est brûlé la cervelle ; c’est dommage, on mangeait bien chez lui, on lui gagnait facilement son argent… Ses chevaux et sa bourse étaient à notre service… » Encore est-ce là l’oraison funèbre la plus flatteuse, la plus touchante dont on puisse honorer la mémoire du défunt viveur. Ah ! croyez-moi, mon pauvre enfant, lorsque, tout à l’heure, monté sur votre bon poney Petit-Jean, vous arriverez là-haut dans les prés fleuris au milieu des gaies faneuses, pour hâter la rentrée des foins parfumés, vous aurez le cœur plus allègre que je ne l’avais, lorsque, par désœuvrement et pour tuer le temps, je suivais, monté sur Colonel-Thornton, mes cinquante fox-hounds et mes deux huntmen, et que je chassais, épuisé de fatigues (sueurs fécondes ! héroïques exploits !), un malheureux renard apporté dans un sac, et fuyant éperdu devant les chiens à travers la bruyère !

— Vivent les prés fleuris et mon brave Petit-Jean, — s’écria gaiement Maurice, frappé du bon sens et des réflexions de l’ex-beau. — Vive votre philosophie pratique, cher maître ! car, dans cette modeste maison de paysan, avec votre bonne Geneviève pour gouvernante… vous vous trouvez aussi heureux, plus heureux que lorsque vous étiez millionnaire et l’un des hommes les plus à la mode, les plus brillants de Paris.

— Heureux ! — reprit Charles Delmare avec un accent de profonde amertume dont fut frappé Maurice, — heureux, mon pauvre enfant ! Non, non, gardez-vous de le croire, ne vous laissez pas séduire… par l’apparente poésie d’une ruine vulgaire, indigne d’intérêt ou même de pitié…

— Quoi !… vous n’êtes pas heureux ?… Quoi, vous regretteriez votre fortune ?

— Oui… cruellement… et, loin d’affaiblir ces regrets, le temps les rend, pour moi, plus douloureux…

— Mais, tout à l’heure encore, vous parliez avec tant d’ironie et de dédain de vos prodigalités passées….

— Je ne regrette pas de sots plaisirs, cher enfant, je regrette l’argent misérablement dissipé.

— Vous, cher maître, dont le caractère est si noble, si élevé, vous attacheriez tant de prix à… ?

— À ce vil métal ?… Hélas ! oui… et il ne se passe pas de jour que je ne maudisse ma pauvreté. Cela vous étonne, Maurice ! Écoutez-moi : vous savez quelle intimité me lie à votre famille, vous savez si je vous suis affectionné ?

— Oui, je le sais… parce que nous jugeons de votre affection pour nous par celle que vous nous inspirez.

— Eh bien, supposez que votre père, au lieu d’être agriculteur, fût industriel : une crise commerciale le frappe… une somme considérable peut le sauver de la ruine, d’une banqueroute forcée ; il n’ignore pas que, hélas ! il m’est impossible de lui venir en aide… mais il confie ses angoisses à mon amitié… Jugez de mon désespoir, de mes remords !… la vingtième partie de ma fortune, si misérablement dissipée… arrachait mon meilleur ami à la ruine, au déshonneur !…

— Ah ! maintenant je comprends vos regrets… — s’écria Maurice ému jusqu’aux larmes des paroles et de l’accent de Charles Delmare, je connais votre cœur… et je sens ce que vous auriez souffert en pareille circonstance…

— Pensez-vous donc qu’il n’est pas de circonstance où j’aie cruellement souffert, mon enfant ?… Tenez… cet hiver, le village de Saint-Maur… a été incendié… incendie nocturne, terrible comme ceux de nos montagnes… où le manque d’eau et de secours organisés ne permet pas de mettre à l’abri du feu une seule maison. Vous avez, mon enfant, au péril de vos jours, sauvé des femmes, des vieillards de ce sinistre…

— En cela, je suivais, et de bien loin, l’exemple de votre courageux dévouement…

— Qu’ai-je fait, après tout ? J’ai risqué ma vie… la seule chose qui me restât… mais, en voyant ces malheureux, hommes, femmes, demi-nus, sanglotant, surpris durant leur sommeil par les flammes qui dévoraient tout… tout… depuis le toit de leur pauvre demeure jusqu’à leur dernier haillon ! et désormais réduits à une misère atroce, sans autre ressource que l’impuissante charité publique… oui, en voyant les victimes éplorées de ce fléau, savez-vous, mon enfant, ce que je pensais : « Combien de fois, dans une nuit d’orgie et de jeu, ou pour satisfaire à quelque somptueux caprice… j’ai prodigué plus qu’il ne faudrait pour transformer ces ruines fumantes en un riant village rebâti à neuf… et changer ainsi en pleurs de joie… les sanglots déchirants de tant d’infortunés ! — Dites, mon enfant, que de bénédictions me suivaient ! que de pures jouissances m’étaient réservées !… quel doux souvenir je gardais de ce bienfait !… tandis que le souvenir des causes de ma ruine ne m’inspire qu’amertume, aversion ou mépris de moi-même !… Ah ! c’est justice… c’est justice… le châtiment suit la faute… En est-il une plus odieuse que de jeter au vent des passions mauvaises un héritage, fruit des labeurs paternels, héritage qui pouvait et devait être si fécond pour nous-même et pour autrui ?

— Mon Dieu ! ― s’écria Maurice, ému, presque effrayé de la navrante expression des traits de Charles Delmare, — vous souffrez !… mais la générosité de vos regrets ennoblit du moins vos souffrances ! Votre ruine est digne et fière ! notre amitié la console peut-être… mais à quel degré d’abaissement, dans quel accès de désespoir, de rage contre eux-mêmes et contre les autres doivent tomber ceux-là qui, après leur ruine, ne conservent ni un sentiment élevé… ni un ami véritable ?

— Pour ceux-là… Maurice, la vie devient un enfer !… les plus braves, les moins dégradés s’engagent soldats ou se tuent… d’autres mendient les jouissances dont la ruine les a déchus, bravent les humiliations, les bassesses, et deviennent les parasites, les vils complaisants de quelque nouveau prodigue ; ils puisent à sa bourse, ils ont place à ses orgies, montent les chevaux qu’il fait courir, ou promènent respectueusement sa maîtresse, à qui un galant homme n’oserait donner le bras… enfin, premiers valets de la maison, ils flagornent celui auquel ils tendent la main, et que, rongés d’envie et de fiel, ils abhorrent !… D’autres, beaux et jeunes encore, ne possédant plus que l’honorable nom de leurs pères, trafiquent de ce nom, le vendent à d’ignobles vieilles femmes enrichies par l’infamie, les épousent, les battent, les volent et les ruinent… D’autres demandent des ressources aux friponneries du jeu ; ils se font escrocs… D’autres tombent plus bas encore ; et tel qui, au temps de sa splendeur, a revêtu pour la chasse l’élégant habit rouge du sportman… traîne au bagne la souquenille rouge du forçat.

— Ah !… c’est affreux ! — s’écria Maurice.

Puis son mâle et beau visage se rassérénant, il ajouta avec expansion et un accent d’ineffable reconnaissance :

— Béni sois-tu, mon Dieu ! Tu m’as fait naître dans ces montagnes où je veux vivre et mourir… tu m’as rendu pour jamais l’existence facile, heureuse, en me douant de goûts rustiques ; tu m’as épargné les tentations auxquelles peut-être j’aurais succombé !… Tu m’as donné des parents tels que les miens… un ami, un maître tel que vous, monsieur Delmare ! Vous de qui la sagesse, l’affection, la douloureuse expérience du monde, suffisaient à m’inspirer une invincible horreur du mal… merci, merci à vous, cher maître ! votre sinistre et effrayant tableau des suites d’une dissipation ruineuse a tout à l’heure navré, serré mon cœur… maintenant il s’épanouit plus radieux encore, à la pensée du bonheur dont je jouis… Oh ! jamais… nos prés, nos bois, nos guérets ne m’auront paru plus riants, plus aimés que lorsque tout à l’heure ils se développeront à mes yeux, à mesure que je m’élèverai vers ces hauts plateaux où m’attendent ma mère et ma cousine Jeane, au milieu de nos gaies faneuses…

— Adieu… à tantôt, mon cher enfant ! répondit Charles Delmare serrant les deux mains de Maurice entre les siennes, — je savais que notre entretien ne serait pas stérile ! Je savais qu’à cette salutaire tristesse que le tableau du mal cause aux nobles cœurs, succéderait dans le vôtre une émotion qui rendrait plus vives encore cette allégresse, cette satisfaction de l’âme que l’on doit à la pratique du bien, à la sécurité de l’avenir !

— Vous dites vrai, cher maître, et, appréciant mieux que jamais le charme de la vie des champs, je vais enfourcher mon bon poney, en répétant avec un redoublement de joie au cœur : Vive mon brave Petit-Jean et les prés en fleurs !

Et Maurice quitta Charles Delmare, après lui avoir adressé un cordial et dernier adieu.

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