‹ Les fleurs animées - Tome 1Chapitre 48 sur 96 · I

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MAXIME PROFONDE

TOUTE fleur est susceptible de culture, disait le savant docteur Cocomber à son élève le petit marquis de Florizelles, un jour qu'ils se promenaient ensemble dans les champs, à l'effet d'admirer le sublime spectacle de la nature.

On croyait beaucoup à la nature, au dix-huitième siècle.

--Voyez, ajoutait Cocomber, cet œillet que j'ai cueilli ce matin dans le parterre du château, il a commencé par être une petite fleur simple, sans conséquence, indigne d'attirer l'attention d'un savant docteur comme moi; maintenant je le mets à ma boutonnière, je m'en pare, mon nez peut le respirer sans se compromettre. Savez-vous pourquoi?

--Vraiment non, répondit Florizelles.

--Parce qu'un jardinier habile a pris cette fleur, l'a cultivée avec soin, et en a fait une fleur de bonne compagnie, brillante, agréable, offrant vingt aspects, ayant vingt physionomies différentes, et tout cela grâce à l'éducation. Que monsieur le marquis jette un coup d'œil sur ce chardon.

--C'est fait, répondit le marquis.

--Comment trouvez-vous cette plante?

--Horrible.

--Eh bien, je suis sûr qu'on parviendrait, avec du temps et de la patience, à lui faire porter des fleurs plus belles et plus parfumées que la rose. Retenez donc bien cette maxime, ajouta le gouverneur: Toute fleur est susceptible de culture.

Comme on entendit sonner la cloche du dîner, le docteur Cocomber trouva qu'il avait fait suffisamment admirer le spectacle de la nature à son élève, et ils prirent le chemin du château.