V
ON N'EST JAMAIS TRAHI QUE PAR SOI-MÊME
NOUS en étions restés à ce point culminant de notre histoire où Frantz pénètre dans la chambre de Mlle Pierrette.
Nous l'avons montré ému, rouge, palpitant; ce n'était point cependant la première fois que pareille chose lui arrivait.
Souvent, lorsque Mlle Pierrette, au retour de ses excursions nocturnes, voyait briller la lampe solitaire de Frantz, elle entrait chez lui pour allumer sa chandelle qui venait de s'éteindre.
De son côté, lorsqu'il entendait par hasard la jeune fille répétant les refrains d'une chansonnette, Frantz quittait son ouvrage et se rendait chez elle.
Nous devons dire à sa louange que c'était le seul motif qui pût lui faire abandonner son travail.
Mlle Pierrette n'était pas insensible à ces visites, et elle reconnaissait Frantz rien qu'à sa manière de frapper à sa porte.
Elle eut soin de faire disparaître sa défroque de bal avant l'arrivée du jeune homme.
Sa présence ne calma pas tout de suite la colère dans laquelle venait de la mettre l'offre du Coquelet. Frantz la trouva dans l'ébranlement nerveux que causent toujours les émotions fortes chez les femmes.
Il lui en demanda la cause.
--C'est ce monstre de Coquelet, répondit-elle; savez-vous ce qu'il me proposait tout à l'heure?
--Quoi donc?
--De l'épouser!
A ces mots, Frantz pâlit; il reprit presque en balbutiant:
--Et vous lui avez répondu?
--Ma réponse a été un bleu dont il se souviendra longtemps. Moi, devenir sa femme! Jamais!
Mlle Pierrette prononça ce mot avec une attitude tout à fait cornélienne. Frantz se sentit soulagé comme d'un grand poids; ses joues reprirent leur couleur naturelle; il saisit la main de Pierrette.
--Oh! merci, lui dit-il, merci!
Voilà une exclamation que notre héros aurait bien voulu retirer; mais, ma foi, il n'était plus temps; Frantz s'était trahi lui-même.
Ceci nous évitera une foule de préparations, de précautions, de circonlocutions, pour vous apprendre que Frantz aimait Mlle Pierrette.
Je parie que vous vous en doutiez!