‹ Les fleurs animées - Tome 2Chapitre 2 sur 17 · L’OISEAU BLEU

L’OISEAU BLEU

Cela était plus facile à dire qu’à exécuter. Trois voies s’ouvraient devant les pauvres Fleurs égarées: laquelle choisir? La solitude régnait autour d’elles; pour comble de malheur, le soleil s’abaissait derrière les arbres, et la nuit vient vite dans une forêt. Nos voyageuses se lamentaient de plus belle, lorsque tout à coup elles virent un bel oiseau qui vint se poser sur un arbre voisin du lieu où elles s’étaient assises.

Son bec était d’or, ses yeux d’émeraude, ses ailes de turquoise. Il les agita trois fois en regardant les fleurs.

--C’est lui! s’écrièrent-elles à la fois, c’est l’Oiseau bleu, notre ami! Bel Oiseau bleu, nous reconnais-tu?

L’Oiseau inclina doucement et gracieusement la tête comme pour dire: Oui.

--Sommes-nous encore bien loin du jardin de la Fée, de notre doux pays?

L’Oiseau vola sur une autre branche plus éloignée, en faisant un petit mouvement de tête du côté des Fleurs.

--Il nous fait signe de le suivre, dit la frileuse; hâtons-nous, mes sœurs, hâtons-nous.

En effet, elles marchèrent dans la direction de l’Oiseau. Dès qu’elles furent parvenues près de l’arbre sur lequel il était, il reprit son vol, et se posa à deux cents pas plus loin. La nuit, les yeux de l’Oiseau bleu brillèrent comme deux étoiles dans la ramée, et, pour donner du courage aux Fleurs fatiguées, il se mit à chanter. Nous ne dirons pas le nombre de lieues que les Fleurs firent pendant la nuit. On peut, sans exagération, le porter à plus de six mille.

A l’aurore, l’Oiseau bleu cessa de se faire entendre, les Fleurs ne le virent plus: elles étaient arrivées.

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SOSPIRI

LE LISERON DES CHAMPS

Je suis une pauvre fleur qu’on laisse se flétrir sur sa tige. Aucune jeune fille ne vient me cueillir pour se parer le dimanche.

Mon cousin le Coquelicot me méprise; mon frère le Bleuet, tout fier de servir de guirlande aux bergères, ne m’adresse jamais la moindre parole de consolation. Il n’est pas jusqu’à mon voisin le Pied-d’Alouette qui ne me regarde d’un air dédaigneux en se dandinant sur ses longues jambes.

Et pourtant l’autre jour je me suis glissé hors du sillon natal; j’ai traversé le pré en silence, je suis arrivé jusqu’au bord de l’eau, et là, passant ma tête entre les roseaux, je me suis miré tout à mon aise.

Je ne suis pas plus laid que mon cousin le Coquelicot, que mon frère le Bleuet et mon voisin le Pied-d’Alouette.

Personne ne prend garde à moi cependant, on me délaisse; le Grillon lui-même s’enfuit quand je l’appelle. Il me fixe un moment avec ses yeux effarés, secoue ses longues antennes, et ne fait qu’un saut jusqu’à son trou.

Je suis la plus malheureuse de toutes les fleurs, personne ne m’aime!

Ainsi parlait le Liseron des champs en poussant de longs soupirs.

Une Coccinelle, un de ces jolis insectes tachetés que les enfants appellent Petites Bêtes du bon Dieu, passait près de là; elle entendit les lamentations du Liseron.

--Pourquoi murmures-tu contre ton sort? lui dit-elle. Depuis quand les hommes comprennent-ils la grâce qui se cache dans la solitude et dans la pauvreté? Ils passent auprès d’elle sans l’apercevoir, mais Dieu la voit et en jouit: c’est pour lui seul qu’il a fait les cœurs humbles et les petits Liserons des champs.

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