‹ Les Infâmes sous l’ancien régimeChapitre 21 sur 21 · 21

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Nous terminons ici notre étude sur une des plaies les plus profondes et les plus hideuses de la société parisienne au XVIII siècle. Aussi bien, une plus longue nomenclature deviendrait fastidieuse sans être plus probante. Nous croyons en effet avoir suffisamment démontré, par l’examen de cas particuliers ou par des vues d’ensemble, avec quelle intensité l’immonde et démoralisant fléau sévissait dans tous les rangs de la population. La plupart des patients étaient moins des criminels pervers que des névrosés inconscients : c’étaient les produits malsains d’une société en décomposition, les fils de cet admirable et déplorable XVIII siècle, qui devait étonner le monde par les plus étranges contradictions, par son esprit de tolérance et par la barbarie de son fanatisme, par l’indépendance de sa libre pensée et par la servilité de sa courtisanerie, par son amour de l’humanité et par son ardeur de persécution, par son culte des vertus les plus hautes et par sa pratique des vices les plus bas. Mais l’heure allait bientôt sonner où toute cette corruption devait être purifiée par un feu autrement régénérateur que celui du bûcher où périt Deschauffours. Pendant toute la période révolutionnaire, il ne fut plus guère question des infâmes ; et c’est fort rare, quand des rapports de police — une institution qui, elle, a survécu à tous les cataclysmes — signalent des faits de sodomie. Je ne jurerais pas autrement que le XIX siècle ait conservé ce niveau dans l’étiage de la moralité publique ; mais, heureusement, l’âge moderne édifie plus d’hôpitaux et d’hospices, que de prisons ou d’échafauds ; et je persiste à croire, en thèse générale, que l’infâme est un malade à mettre sous la douche d’un asile d’aliénés plutôt que sous les verroux d’une maison centrale.

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