‹ Les Infâmes sous l’ancien régimeChapitre 20 sur 21 · 20

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D’après les documents, pour la plupart inédits, que nous venons de publier, on a pu se rendre compte que, malgré la vigilance brouillonne et sauvage de Théru et consorts, la secte anti-physique n’avait pas été complètement déracinée du sol parisien. Pour rester plus discrète, elle ne s’en propageait pas avec moins de rapidité, et, à l’aurore de la Révolution, elle comptait dans toutes les classes de la société, surtout dans les plus hautes, autant de fidèles qu’aux premières heures du XVIII siècle.

Ce n’était pas que la police les pourchassât avec moins d’ardeur. Nombreux sont les dossiers qui témoignent de ce redoublement de surveillance. Et si nous voulions en analyser quelques-uns, nous n’aurions, hélas ! que l’embarras du choix.

Un président au bureau des finances d’Orléans, nommé d’Arcy, se fait prendre à l’Opéra, sur le point d’attenter… à la vertu d’un garde française.

En 1760, un professeur de latin, le sieur de Dourgny, est surpris, à la foire Saint-Laurent, dans des latrines, avec un décrotteur de treize ans qui le fouette d’importance : C’est, prétend le fustigé, une pénitence que lui a imposée son confesseur.

D’Anduran de la Péroux, gentilhomme d’Aurillac, est un récidiviste. Arrêté en 1748, pour ses habitudes honteuses avec l’abbé de Lajeard, il se fait « repincer », douze ans après, aux Tuileries « dans les ifs » en compagnie du comte de Martel, mousquetaire allié aux Charost.

Àcette époque, un inspecteur de police, nommé Damotte, fort beau garçon, paraît-il, remplissait le vilain rôle d’agent provocateur et faisait jusqu’à trois captures dans la même soirée. Il s’empara ainsi d’un certain Le Prince de la Fosse, dont les aveux sont des plus instructifs. Le malheureux racontait qu’il avait été corrompu, dès l’âge de 18 ans, dans un collège de Paris, par le père de Lamoignon et par d’autres jésuites.

Un autre jour, le même Damotte, qui avait dans ses attributions la tournée du Luxembourg, y surprend « après qu’on a sifflé pour faire évacuer le jardin » un nommé Chazel, si répandu dans le monde des sodomites qu’il donne à l’inspecteur la liste des plus marquants ; et Damotte inscrit sur son carnet les noms de l’abbé d’Apilly, conseiller clerc à la cour des Aides, des Marquis de Lage, de Saint-Cyr, de la Serrane, du Terrail, du comte de la Tour du Pin, du prince de Talmont et surtout de Perducat, un magistrat plus infâme, si possible, que tous les autres.

L’inspecteur Buhot, chargé de la police des étrangers, nous édifie sur la moralité de certains d’entre eux dans des rapports très nets et très significatifs.

« J’étais hier au soir au quai de l’École sur le trottoir, nommé entre ces messieurs le Canapé, où ils se rassemblent journellement et y causent le scandale le plus révoltant. Le comte de Soltikoff y est habituellement depuis neuf heures du soir jusqu’à minuit et quelquefois même jusqu’à deux heures du matin. C’est en ce lieu qu’il fait ordinairement ses recrues ; on l’y connaît sous le nom du Roule (il demeurait dans le quartier). Le prince de Sapieha y allait fréquemment avant qu’il soit brouillé avec le comte de Soltikoff ; on l’y appelait Quillet. »

Buhot donnait la liste des mignons de ces grands seigneurs et concluait : « Il serait très facile aujourd’hui d’enlever tout ce peuple d’infâmes dans une patrouille. 15 août 1765 ».

Un autre rapport annonçait : « Le prince Sapieha est parti avant-hier pour s’en retourner dans sa patrie. Il passera par la Hollande où il joindra les mignons qui l’ont précédé et qui l’y attendent depuis plus de deux mois… »

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