Cassandre
Que le diable m’emporte si je sais où trouver un domestique doué en même temps d’esprit, de probité et d’un mauvais estomac, c’est-à-dire possédant les trois vertus théologales des bons serviteurs ! C’est que plus nous allons, plus le monde va, et va de mal en pis, les bons domestiques se font rares !… Où diable peuvent-ils être allés ? Dans quelque pays où il n’y a pas de maîtres. C’est au point que j’ai souvent songé à une chose : c’est de me prendre à mon service ; mais j’ai réfléchi : je suis d’une avarice si crasse, que jamais je ne consentirais à me donner les gages que je mérite ; et, comme ma première condition, quand un domestique entre chez moi, c’est de n’être point obligé de le nourrir, je mourrais incontestablement de faim ! Renonçons donc à ce projet insensé, et cherchons un serviteur moins exigeant que moi. (Regardant autour de lui.) Que vois-je donc là-bas ?… Eh ! c’est justement un valet ! Il court comme un dératé en regardant en l’air… Hé ! l’ami !… Il ne m’entend pas, et regarde toujours en l’air… Hé ! l’ami !… Espérons qu’il rencontrera quelque pavé et qu’il tombera… Patatras ! le voilà à terre. (Allant à Gille, et le relevant.) Mon ami, après quoi cours-tu ?