SCENE III.
Mons. JOSSE, Mad. JOSSE.
Mad. JOSSE.
Je viens vous avertir qu’il ne tiendra qu’à vous
De donner dès ce soir des époux à vos filles.
Mons. JOSSE.
Connoissez-vous leurs biens, leurs emplois, leurs familles ?
Mad. JOSSE.
Leurs familles ? Eh si ! Perdez-vous la raison ?
Les voudrois-je souffrir s’ils n’étoient de Maison ?
Qui vous fait présumer en moi tant de foiblesse ?
Famille est bourgeoisie, & Maison est noblesse.
Je vous les garantis Nobles ; c’est un grand point.
Mons. JOSSE.
Vous les garantissez ?
Mad. JOSSE.
Vous les garantissez ?Nobles.
Mons. JOSSE.
Vous les garantissez ? Nobles.Je n’en veux point.
Je veux d’honnêtes gens. Par éxemple un Notaire,
Un Banquier, un Marchand, un bon homme d’affaire,
Gens avides de bien, & sûrs d’en amasser ;
Et non pas de ces gens faits pour en dépenser,
Qui consumant leurs jours en des chiméres vaines,
Ont plus de créanciers qu’un an n’a de semaines.
Entendez-vous, ma Femme ?
Mad. JOSSE.
Entendez-vous, ma Femme ?Oui, mon Mari, j’entens.
Que diroit-on de pis chez de petites gens ?
A moins d’être du Peuple on ne dit point ma Femme,
C’est une Impolitesse à faire rendre l’ame.
Cela sent le bourgeois du plus méchant aloi.
Mons. JOSSE.
Hé que suis-je de plus ? Parlons net.
Mad. JOSSE.
Hé que suis-je de plus ? Parlons net.Vous ?
Mons. JOSSE.
Hé que suis-je de plus ? Parlons net.Vous ?Oui, moi.
Que, Diable, suis-je ?
Mad. JOSSE.
Que, Diable, suis-je ? Noble. Et ce qui plus me touche,
C’est moi qui, malgré-vous, ai voulu faire souche.
Pour peu qu’on ait de Goût au rang où je me vois,
On abdique aisément ce qu’on a de Bourgeois.
Imitez-moi.
Mons. JOSSE.
Imitez-moi.Ma Femme, en un mot comme en mille,
Votre sote noblesse est comme votre style ;
Et je ne m’accommode en aucune façon
Ni de votre fierté ni de votre jargon.
De nobles, comme moi, d’une fabrique neuve,
Le nombre croit si fort qu’on dirait qu’il en pleuve :
Il n’est point de Manan, pourvû qu’il ait de quoi,
Qui pour le même prix ne le soit comme moi.
Tréve donc, s’il vous plaît, Mademoiselle Josse,
Du ridicule orgueil qui vous rend si féroce.
Est-il charge ni rang qui puisse me cacher
Que mon pere est Orfévre, & le vôtre Boucher ?
Voilà pour faire un jour de célébres familles !
Je veux à leurs égaux associer vos filles.
Faites-les moi venir ; & sur tout pour leur bien
Quand je leur parlerai ne vous mêlez de rien.
Mad. JOSSE.
Hé quelqu’un ! Mes Laquais, montrez-vous, je vous prie.
Mons. JOSSE.
L’un s’appelle Champagne, & l’autre a nom la Brie.
Est-il si mal-aisé de se souvenir d’eux ?
Mad. JOSSE.
Fi ! C’est montrer par-là que l’en n’en a que deux ;
Au lieu qu’en m’expliquant de maniere incertaine
Je parois en avoir une demi-douzaine.
Qui voit-on aujourd’hui distingué du commun
Appeler de ses gens, qui ne dise, hé quelqu’un ?
Un air noble sied bien jusques aux bagatelles.
Préparez-vous, Monsieur ; voici des Demoiselles,
Qui savent les beaux mots comme leur alphabet.