‹ Les Pardaillan — Tome 05 : Pardaillan et FaustaChapitre 9 sur 26 · IX

IX

CONJONCTION DE PARDAILLAN ET DE FAUSTA

Bussi-Leclerc et ses compagnons franchirent les Pyrénées sans encombre, et pénétrèrent dans la Catalogue.

Ils s'arrêtèrent à Lerida, autant pour y prendre un peu de repos que pour se renseigner.

A l'auberge, avant même de mettre pied à terre, Bussi s'informa et l'aubergiste répondit:

--L'illustre princesse dont parle Votre Seigneurie a daigné s'arrêter dans notre ville. Elle est partie, voici une heure environ, se dirigeant sur Saragosse pour, de là, gagner Madrid. La princesse voyage en litière. Vous n'aurez pas de peine à la rejoindre.

Ces renseignements précieux étant acquis, ils mirent pied à terre, et:

--Mes compagnons et moi, nous sommes fatigués et nous étranglons de soif... Y a-t-il à manger chez vous?...

--Dieu merci! nous avons des provisions, seigneur! répondit l'aubergiste, non sans orgueil.

L'instant d'après, l'hôte posait sur une table: du pain, une outre rebondie, une épaule de mouton bouillie et un grand plat rempli de pois chiches cuits à l'eau, et, se tournant vers les voyageurs:

--Vos Seigneuries sont servies... Et, par Dieu! ce n'est pas souvent que nous servons pareil festin!

--Mortdiable! bougonna Montsery, c'est cette maigre pitance qu'il appelle un festin!

--Ne soyons pas trop exigeants, dit Bussi-Leclerc, et tâchons de nous habituer à cette cuisine, car c'est à peu près ce que nous rencontrerons partout...

Au bout d'une heure, les quatre compagnons enfourchèrent leurs montures, se lancèrent sur les traces de Fausta, et, bientôt, ils eurent la satisfaction d'apercevoir sa litière que des mules, richement caparaçonnées, traînaient d'un pas nonchalant, mais sûr.

Bordée de bruyère brûlée par les rayons implacables d'un soleil éblouissant, la route pierreuse côtoyait le flanc de la montagne, plongeait brusquement et, sinueuse, s'en allait traverser la plaine qui s'étendait à perte de vue.

Fausta et son escorte apparurent sur la route et s'immobilisèrent, dans un flamboiement de lumière.

Devant elle, très loin, un cavalier, lancé à toute allure, semblait accourir à sa rencontre.

Mais Fausta venait de reconnaître Bussi-Leclerc et elle songeait:

--Bussi-Leclerc ici! Que vient-il faire en Espagne?

Au même instant, elle faisait un signe, et Montalte, qui se tenait à cheval près de la litière, se courba sur l'encolure du cheval pour écouter:

--Cardinal, vous laisserez approcher ces cavaliers...

Et Fausta s'immobilisa, sur les coussins de la litière, en une pose de grâce et de majesté et cependant, irrésistiblement, comme attirés par quelque fluide mystérieux, ses yeux se portèrent sur le cavalier, dans la plaine, là-bas, point noir qui grossissait peu à peu.

Bussi-Leclerc et les «ordinaires» s'arrêtèrent devant la litière et, le chapeau à la main, attendirent que Fausta les interrogeât. Alors:

--Est-ce donc après moi que vous courez, monsieur de Bussi-Leclerc, qu'avez-vous donc à me dire?

--Je vous suis envoyé par Mme l'abbesse des Bénédictines de Montmartre.

--Claudine de Beauvilliers n'a donc pas oublié Fausta?

--On ne saurait oublier la princesse Fausta quand on a eu l'honneur de l'approcher, ne fût-ce qu'une fois.

--Que me veut Mme l'abbesse?

--Vous faire connaître que S. M. Henri de Navarre est au courant des moindres détails de la mission que vous allez accomplir auprès de Philippe d'Espagne... Prenez garde, madame! Henri de Navarre ne reculera devant aucune extrémité pour vous arrêter.

--C'est Claudine de Beauvilliers qui vous a chargé de me donner cet avis? dit Fausta, songeuse.

--J'ai l'honneur de vous le dire, madame.

--On m'a assuré que le roi Henri avait pris ses logements à l'abbaye de Montmartre... On dit le roi très inflammable... Claudine est jeune, elle est jolie, et son caractère d'abbesse ne la met pas à l'abri de la tentation.

--Je comprends, madame... Entre le roi Henri et vous, madame, l'abbesse n'a pas hésité pourtant... Vous le voyez.

--Bien! dit gravement Fausta. Est-ce tout ce que vous avez à me dire?

--Pardonnez-moi, madame, Mme de Beauvilliers m'a expressément recommandé d'engager à votre service quelques gentilshommes braves et dévoués et de vous les amener, pour vous protéger...

--Nous sommes en Espagne, où nul n'oserait manquer au respect dû à celle qui voyage sous la sauvegarde du roi et de son inquisiteur... Pour le reste, monsieur le cardinal Montalte, que voici, suffit.

--Mais, madame, il n'est pas question du roi Philippe et de ses sujets!... Il s'agit du roi Henri et de ses émissaires, qui sont Français, eux, et qui, croyez-moi, se soucient de la sauvegarde d'un grand inquisiteur comme Bussi-Leclerc se soucie d'un coup d'épée.

A ce moment, le voyageur de la plaine, que Fausta ne perdait pas de vue tout en s'entretenant avec Leclerc, était arrivé au bas de la montagne et avait disparu à un tournant.

--Je crois que vous avez raison, monsieur, dit enfin Fausta. J'accepte donc le secours que vous m'amenez. Qui sont ces braves gentilshommes?

--Trois des plus braves et des plus intrépides parmi les Quarante-Cinq: M. de Sainte-Maline, M. de Chalabre, M. de Montsery.

Fausta connaissait-elle ces trois noms?... Savait-elle le rôle que la rumeur publique leur attribuait dans la mort tragique du duc de Guise?... C'est probable.

Aussi, au salut profondément respectueux des trois, elle répondit avec un sourire:

--Je tâcherai, messieurs, que le service de la princesse Fausta ne vous fasse pas trop regretter celui de feu S. M. le roi Henri III.

Et, à Bussi-Leclerc:

--Et vous, monsieur? Entrez-vous aussi au service de Fausta?

S'il y avait une ironie dans cette question, Bussi-Leclerc ne la perçut pas, tant elle fut faite naturellement.

--Veuillez m'excuser, madame, je désire réserver mon indépendance pour quelque temps. Toutefois, j'aurai l'honneur de vous accompagner à la cour du roi Philippe, où j'ai affaire moi-même.

--Oh! oh! dit Fausta, d'ailleurs très calme, le roi de Navarre enverrait-il contre nous un corps d'armée?... Le pauvre sire n'a pourtant pas trop de troupes pour conquérir ce royaume de France qui lui fait si fort envie!

--Plût à Dieu qu'il en fût ainsi, madame! Non, ce n'est pas un corps d'armée qui marche contre vous!... C'est un homme, un homme seul... qui va fondre sur vous... c'est Pardaillan!...

--Le voici! dit Fausta, froidement. Et, du doigt elle désignait le cavalier qui s'avançait à leur rencontre.

--Pardaillan! rugit Bussi-Leclerc.

--Pardaillan! enfin!... gronda Montalte.

Ils étaient là cinq gentilshommes, braves tous les cinq, ayant fait leurs preuves en maint duel, en maint combat. Pardaillan apparaissait et ils se regardèrent et se virent livides...

Lui, cependant, seul, droit sur la selle, un sourire narquois aux lèvres, s'avançait paisiblement.

Et, quand il ne fut plus qu'à deux pas de Fausta, d'un même mouvement, les cinq mirent l'épée à la main et se disposèrent à charger.

--Arrière!... Tous!... cria Fausta.

Et sa voix était si dure, son geste si impérieux, qu'ils restèrent cloués sur place, se regardant, effarés.

Pardaillan s'inclina avec cette grâce altière qui lui était propre, et, le visage pétillant de malice:

--Madame, dit-il, je vois avec joie que vous vous êtes tirée saine et sauve du gigantesque brasier que fut l'incendie du Palais Riant.

Fausta fixa sur lui son oeil profond et répondit doucement:

--Je vois que vous avez su vous en tirer, vous aussi.

--A propos, madame, savez-vous quelle main scélérate... ou simplement maladroite, alluma le formidable incendie où j'ai longtemps cru que vous aviez laissé votre précieuse existence? C'est que je n'ai pas perdu le souvenir d'une certaine nasse... Vous souvient-il, madame, de cette jolie nasse, au fond de la Seine, dans laquelle je dus bien passer toute la nuit?

Fausta eut un imperceptible battement de cils qui n'échappa pourtant pas à Pardaillan, car il dit:

--C'est pour vous répéter qu'il est assez dans mes habitudes de me tirer d'affaire... Mais vous?... Croiriez-vous qu'on m'avait assuré que vous aviez trouvé une mort horrible dans cet incendie?... Croiriez-vous que j'ai éprouvé une angoisse mortelle à cette nouvelle?

Fausta posait sur lui ses yeux de diamants noirs dont l'éclat se voilait d'une douceur attendrie et, sous son masque d'impassibilité, elle haletait, car ces paroles que Pardaillan prononçait d'un air lointain, comme s'il se fût parlé à lui-même ces paroles venaient de faire naître un espoir insensé dans son coeur agité.

Il se mit à rire à nouveau, et:

--J'avais oublié qu'une femme de tête comme vous ne pouvait avoir manqué de prendre des mesures infaillibles pour sortir indemne d'une aussi périlleuse Situation... ce dont je vous félicite!

Fausta sentit son coeur se contracter à ces paroles qui la cinglèrent comme une insulte.

--Est-ce pour me dire ces choses que vous m'avez abordée? dit-elle d'un ton altier.

--Non, pardieu! Et je vous demande pardon de vous tenir ainsi sous ce soleil torride, pour écouter les fadaises que je viens de vous débiter.

--Comment se fait-il donc que je vous rencontre chevauchant sous le ciel rayonnant d'Espagne?

--Je vous cherchais, répondit simplement Pardaillan.

--Eh bien, maintenant que vous m'avez trouvée.

--Madame, S. M. le roi Henri m'a chargé de lui rapporter certain parchemin qui est en votre possession et que vous destinez au roi d'Espagne. Et je vous cherchais pour vous dire: «Madame, voulez-vous me remettre ce parchemin?»

Tandis qu'il parlait, Fausta semblait comme perdue dans quelque rêve lointain, et, quand il se tut, fixant sur lui ses yeux de flamme:

--Chevalier, je vous ai proposé, il n'y a pas bien longtemps, de vous tailler un royaume en Italie et vous avez refusé parce qu'il vous aurait fallu combattre un vieillard... Bien que ce vieillard s'appelât Sixte-Quint, venant d'un esprit chevaleresque comme le vôtre, ce refus ne m'a pas surprise. Les plans que j'avais élaborés et que votre refus d'alors anéantissait, je puis les reprendre en les modifiant... Il s'agit de faire alliance avec un souverain... le plus puissant de la terre...

Fausta fit une pause.

Alors, d'une voix calme, sans impatience, comme il n'eût rien entendu:

--Madame, voulez-vous me remettre le parchemin?

Une fois encore, Fausta sentit les étreintes du doute et du découragement. Mais elle le vit si paisible, si attentif--en apparence--qu'elle reprit:

--Écoutez-moi, chevalier... Contre la remise de ce parchemin, vous devez obtenir le commandement en chef de l'armée que Philippe enverra en France. Et cette armée sera formidable. Sous le commandement d'un chef tel que vous, cette armée est invincible... A la tête de vos troupes, vous fondez sur la France, vous battez le Béarnais sans peine, on le juge, on le condamne, on l'exécute comme fauteur d'hérésie... Philippe II est reconnu roi de France, et on crée pour vous un gouvernement spécial, quelque chose comme la vice-royauté de France!... Vous vous en contentez... jusqu'au jour où, raccourcissant le titre d'un mot, vous pourrez, par droit de conquête, placer sur votre tête la couronne royale... Dites un mot, et ce parchemin que vous me demandez pour Henri de Navarre, je vous le remets à l'instant à vous, chevalier de Pardaillan.

Pardaillan, glacial, répéta:

--Madame, voulez-vous me remettre le parchemin que j'ai promis de rapporter à S. M. Henri?

Fausta le fixa un instant, et, d'une voix morne:

--Je vous ai offert pour vous ce précieux parchemin, et vous l'avez refusé... Je le porterai donc à Philippe.

--A votre aise, madame, dit Pardaillan en s'inclinant.

--Alors, qu'allez-vous faire?

--Moi, madame... J'attendrai... Et, puisque vous êtes décidée à aller à Madrid, j'irai aussi.

--Au revoir, chevalier, répondit Fausta, sur un ton étrange.

Pardaillan salua d'un geste large et, paisiblement, reprit le chemin par où il était venu.

Alors, quand il eut disparu au premier coude de la route, Bussi-Leclerc, Chalabre, Montsery, Sainte-Maline, Montalte entourèrent la litière, avec des jurons et des imprécations, et Montalte gronda:

--Pourquoi, madame, pourquoi nous avoir empêchés de charger ce truand?

Fausta les considéra un instant avec dédain, et:

--Pourquoi?... Parce que vous trembliez de peur, messieurs.

--Madame, il en est encore temps!... Un mot et cet homme n'arrive pas au bas de la montagne.

--Oui? Eh bien, essayez...

Et, du doigt, elle leur désignait Pardaillan, qui réapparaissait au pas sur la route en lacet.

Humiliés par le dédain qu'elle leur manifestait, exaspérés jusqu'à la fureur par le dédain, encore plus outrageant de celui qui s'en allait là-bas, sans avoir même paru remarquer leur présence, ils se ruèrent en se bousculant, grondant de sourdes menaces.

Cependant, Fausta, avec un sourire étrange, prenait les attitudes de quelqu'un qui se dispose à assister commodément à un spectacle intéressant.

Les cinq gardes du corps de Fausta s'étaient élancés pêle-mêle, à la poursuite de Pardaillan. La route, en se rétrécissant, les obligea à se mettre en file, et voici quel était l'ordre de marche établi par le hasard. En tête, Bussi-Leclerc, puis Sainte-Maline, Chalabre, Montsery, et, fermant la marche, Montalte.

Pardaillan, lui, se trouvait à un angle de la route où il y avait une minuscule plate-forme.

Lorsqu'il entendit derrière lui le pas des chevaux, il se retourna:

--Tiens! c'est ce brave Bussi-Leclerc, et les trois mignons que j'ai tirés de la Bastille, et celui-là que je ne connais pas!... Pourquoi diable Fausta les a-t-elle empêchés de me charger là-haut? Ils y avaient de la place, au moins, tandis qu'ici...

Posément, il fit faire volte-face à son cheval et l'accula contre la paroi du chemin, la croupe presque appuyée contre d'énormes quartiers de roches éboulés. Ainsi placé, il avait devant lui le sentier par où venait Bussi; derrière, les roches qui lui faisaient un rempart; à sa gauche, il avait le flanc de la montagne et, à sa droite, le précipice. On ne pouvait donc l'attaquer que de front et un à un.

Son épée dégagée, il attendit, et, lorsque Bussi-Leclerc ne fut plus qu'à quelques pas de lui:

--Eh! monsieur Bussi-Leclerc, où courez-vous ainsi?... Est-ce après la leçon d'escrime que je vous promis voici quelques mois?

--Misérable fanfaron! hurla Leclerc, en chargeant, attends, je vais te donner la leçon que tu mérites, moi!

--Je ne demande pas mieux, fit Pardaillan en parant.

--Tue! tue! crièrent les trois «ordinaires».

--Là! là! messieurs... Si vous vouliez me tuer, il ne fallait pas mettre en avant cet écolier.

--Mort de ma mère! un écolier, moi, Bussi!...

--Et un mauvais écolier encore... qui ne sait même pas tenir son épée... là!... hop! sautez!

Et l'épée de Bussi sauta, alla tomber dans le précipice.

Derrière lui, Sainte-Maline criait:

--Place! faites-moi place, mordieu!

Bussi, hébété, ne bougeait pas, continuait de barrer la route aux autres. Et, comme il jetait des regards de fou autour de lui, il vit Montalte qui avait mis pied à terre, et lui tendait son épée.

Bussi s'en saisit avec un rugissement de joie et, sans hésiter, fonça de nouveau, tête baissée.

--Encore! fit Pardaillan. Ma foi, monsieur, vous êtes insatiable!

Il achevait à peine que l'épée de Bussi décrivait une courbe dans l'air et allait rejoindre la première au fond du précipice.

--Là! fit Pardaillan, êtes-vous plus satisfait maintenant? Si je sais compter, c'est la cinquième fois que je vous désarme...

Bussi leva les poings au ciel, étouffa une imprécation, et s'affaissa, terrassé par la rage et la honte.

C'en était fait de lui si Pardaillan--suprême humiliation et suprême générosité--ne l'avait saisi de sa poigne de fer et maintenu, évanoui, sur la selle.

Sainte-Maline s'efforçait vainement de passer et de prendre la place de Bussi, lorsque Montalte, se dressant devant lui, d'une voix basse et sifflante:

--Sur votre vie, monsieur, ne bougez pas! Cet homme est un démon! Si nous le laissons faire, il nous tuera les uns après les autres, ou nous désarmera. Emmenez Bussi et retournez auprès de la princesse...

Pardaillan, ayant assujetti Bussi, se tourna vers les «ordinaires», et, de son air le plus aimable:

--A qui le tour, messieurs?

Mais Sainte-Maline, Chalabre et Montsery obéissaient en grommelant à l'ordre du cardinal, et, en jetant des regards furieux qui s'adressaient autant à Montalte qu'à Pardaillan, mettaient pied à terre, s'emparaient de Bussi, s'efforçaient de le faire revenir à lui.

Pendant ce temps, Montalte se campait devant Pardaillan, et pâle de rage contenue:

--Monsieur, dit-il, sachez que je vous hais.

--Bah! Mais je ne vous connais pas, monsieur. Qui êtes-vous?...

--Je suis le cardinal Montalte, dit l'autre en se redressant.

--Le neveu de cet excellent M. Peretti?...

--Je vous hais, monsieur...

--Vous l'avez déjà dit, monsieur, dit froidement le chevalier.

--Et je vous tuerai!

--Ah! ah! ceci, c'est autre chose!...

Cependant, les «ordinaires» s'éloignaient, emmenant Bussi-Leclerc, qui, revenu à lui, pleurait sur sa défaite, suivis d'assez loin par Montalte, pensif.

--A vous revoir, messieurs!, leur cria Pardaillan.

Et, haussant les épaules, il reprit sa route, en fredonnant un air de chasse du temps de Charles IX.

Il n'avait pas fait cinquante pas qu'il entendait un coup de feu. La balle venait s'aplatir à quelques toises de lui, sur le versant qu'il côtoyait.

Il leva vivement la tête. Montalte, seul, penché sur l'abîme, au-dessus de lui, tenait à la main le pistolet qu'il venait de décharger. Le cardinal, voyant son coup manqué, sauta sur son cheval, et, avec un geste de menace, se lança à la poursuite de ses compagnons.