Chapitre 8
– Monsieur de Gennevilliers, les démérites les plus graves chez autrui ne nous paraissent tels que parce qu’ils proviennent de causes dont on ne se rend jamais assez compte. Si j’avais été à l’égard de mon pauvre mari celle que j’aurais dû être, je me serais moins scandalisée au début, j’aurais été plus indulgente, et bien des malheurs ne seraient pas arrivés. Le pauvre Boleslas n’était pas méchant. Il était faible ; il avait été beau, recherché, gâté. Il avait pris de fâcheuses habitudes. C’eût été mon rôle, celui d’une femme courageuse et aimante, de supporter quelques-uns de ses défauts ; j’aurais ainsi pu les contenir, et j’en aurais empêché d’autres de se développer chez lui.
Je n’ai rien fait de ce qu’il était au moins de mon devoir d’essayer. Le comte, entraîné dans la mauvaise compagnie, avait pris l’habitude de boire avec excès. La première fois qu’il m’apparut en cet état, il m’inspira de l’horreur ; je le lui témoignai avec emportement. Il m’aimait ; j’aurais dû me servir de ce sentiment pour l’attirer dans une vie plus régulière. Mais, non ! je l’humiliai ; je l’offensai. Je m’amusai méchamment à marcher à pieds joints sur son amour-propre. Il patienta quelque temps ; puis, ce qui était trop naturel, il s’éloigna de moi. Je le sens maintenant, je vous le répète, avec plus de douceur, en lui rendant tendresse pour tendresse, en lui prenant généreusement la main, j’en suis convaincue ! je l’aurais tiré du gouffre. Je l’y poussai davantage par mes mépris coupables. Plusieurs fois, il voulut revenir ; je lui fis passer quelques soirées à s’entendre reprocher ses torts avec amertume. Alors il s’éloigna pour toujours. Les femmes ne sont pas bonnes ; sur cent, une à peine comprend qu’elle n’a autre chose à faire qu’à retenir, par tous les moyens, son mari auprès d’elle ; à être sa confidente, son amie, sa maîtresse… Non ! la plupart se font un idéal de grandeur et même de devoir absolument différent. Elles veulent être juges ; elles veulent commander, diriger, être craintes, et, allant au rebours de ce qu’on leur prêche, elles prétendent dominer le maître, rompre en visière au seigneur, et ne sont jamais si fières et si contentes que quand elles ont renvoyé l’amant honteux et insulté.
Ce jeu ne dure jamais longtemps. Il a fini vite pour moi. Mon mari ne me maltraitait pas, ce qui arrive à d’autres ; il me préférait ouvertement la première danseuse venue ; encore une fois, c’était ma faute. Voyant celui que j’avais repoussé rejeter sa chaîne à son tour, je fus frappée dans mon orgueil ; je voulais bien l’écarter, je n’admettais pas qu’il me quittât. C’était arrivé pourtant ; je voulus m’étourdir, et on me fit la cour. J’y pris un plaisir malsain ; je n’aimai personne, je ne cédai à personne ; en cela vous devez me croire ! Mais je voulais blesser celui qui m’abandonnait. Je me compromis tant que je pus. Alors, de l’ivrognerie et du désordre, Boleslas tomba dans le jeu ; le jeu le conduisit à pis… Maintenant, il est mort, désespéré. Voilà ce dont je suis responsable. Les illusions m’ont quittée depuis longtemps ; je suis profondément malheureuse ; je comprends tout : j’ai mérité les coups de la justice divine et je voudrais user de ce qui me reste de forces pour m’en préserver au moins dans la vie éternelle.
– Madame, répondit Gennevilliers, quand on s’analyse de la sorte, on a certainement un grand courage et une perspicacité égale ; mais on se fait mal à soi-même. Je ne veux pas rechercher si, par hasard, vous n’exagérez pas vos torts. Je suppose, pour vous plaire, qu’ils sont grands ; mais, puisque vous me faites l’honneur de votre confiance, à quoi voulez-vous aboutir ?
– A cette question même, répliqua la comtesse. Nous voilà sur le terrain. Je veux aboutir à laisser le passé pour ce qu’il est, après avoir reconnu que la responsabilité en pèse sur moi, et me consacrer à rechercher les moyens sérieux, non pas de réparer un mal irréparable, mais d’en faire naître des compensations. Quel parti dois-je prendre, suivant vous ? Au moment même où j’ai appris la mort du pauvre Boleslas, j’allais le rejoindre dans la résolution de ne plus le quitter. C’est tout vous dire : j’avais rompu avec mon existence ancienne, et je voulais devenir une femme nouvelle. Ce que je méditais ne m’est plus possible ; que puis-je mettre à sa place ?
Gennevilliers la contempla avec étonnement. Madame Tonska bouleversait ses idées. Il s’était accoutumé à la pensée qu’elle allait mourir le lendemain, ou du moins qu’elle ne passerait pas la semaine ; maintenant, elle lui demandait de régler son sort. Il fut, au fond, bien aise d’accueillir l’espérance qu’une créature aussi accomplie d’esprit, de cœur et de corps, ne fût pas perdue, et il répondit :
– La question est grave, et je suis peu propre à la discuter. Mais si je pénètre tant soit peu dans ce qui s’agite en vous, il me semble que la vie conventuelle vous attire.
La comtesse secoua la tête :
– Ce point-là est déjà décidé, répondit-elle ; que ferais-je désormais dans le siècle ? Ce que je prétends de vous, c’est de m’aider à démêler quel genre de vie religieuse me peut convenir davantage. Dois-je consacrer les talents que le Ciel m’a donnés à répandre l’instruction, en entrant aux Ursulines ou dans tout autre ordre enseignant ? Croyez-vous que je ne servirai pas mieux les desseins de la Providence en allant soigner les malades parmi les dignes filles de Saint-Vincent ? Puisse-je finir sur le grabat de la fièvre jaune dans l’Amérique espagnole ou du choléra dans quelque contrée plus lointaine encore ! Il est un troisième parti que je pourrais prendre : la vie contemplative ! les austérités physiques et morales ! Je me suis égarée par l’abus de la volonté ; n’est-ce pas la preuve que ma vocation est d’ensevelir cette volonté sous la bure de la Carmélite ou de la Trappistine ?
Gennevilliers ne put songer sans frémir à ce que deviendrait cette charmante personne au milieu des renoncements redoutables dont elle évoquait si résolument la triste image.
– Mais, madame, s’écria-t-il, pourquoi quitter le monde ? N’est-ce pas là, aujourd’hui, qu’il y a le plus de bien à faire ? Vous semblez un soldat qui, pour chercher des escarmouches, abandonnerait la bataille !
– Mon ami, dit la comtesse en appuyant ses doigts effilés sur la main de Henry ; je n’ai plus la force des grands combats, j’ai tout au plus celle de la souffrance !
Sur ces mots, elle parut s’affaisser ; Gennevilliers la soutint dans ses bras et appela Lucile à haute voix ; celle-ci arriva à moitié endormie et l’aida à porter la comtesse sur son lit. Sophie était sans connaissance. Pendant que la suivante lui faisait respirer des sels, Gennevilliers, hors de lui, courut réveiller sa femme.
– Venez, ma chère, lui dit-il, si vous voulez la voir encore ! Elle expire !
Lucie se précipite hors de son lit ; et enveloppée à la hâte dans une robe de chambre, elle suivit son mari.
Pendant trois quarts d’heure, tous les secours furent inutiles, et Gennevilliers agitait en son esprit la question de savoir si le moment n’était pas venu d’aller quérir les sacrements, quand enfin la comtesse ouvrit les yeux. Elle regarda autour d’elle d’un air absolument égaré ; puis elle se cacha le visage sous ses deux bras croisés. Enfin, elle les déplia, aperçut Lucie, et lui dit d’une voix éteinte et avec un faible sourire :
– J’espérais que c’était fini ! C’est vous, c’est votre mari qui me retenez !
Il n’est jamais désobligeant de s’entendre attribuer la vertu de ressusciter les morts ; de sorte que Lucie et Henry, fortement impressionnés, commencèrent à espérer l’un et l’autre que la comtesse ne mourrait pas, et que leurs soins, leur tendre sympathie, prolongeraient les jours de cette femme si intéressante. Ils s’établirent donc à demeure, l’une au chevet, l’autre au pied du lit, et les articles de revues et de journaux sur les classes ouvrières et les institutions charitables tombèrent dans l’oubli ; il ne fut plus question désormais, et pendant huit jours environ, que de la comtesse Tonska, suspendue, comme le tombeau de Mahomet, non pas entre le ciel et la terre, mais entre la vie et la mort.
Enfin, l’énergique sollicitude de ses amis l’emporta.
– Vous m’avez sauvée, leur dit-elle, d’une fin bien douloureuse ; maintenant sauvez-moi de moi-même !
Lucie n’avait jamais éprouvé pour personne un sentiment comparable à celui que lui faisait connaître sa belle malade. Quant à Gennevilliers, hum !… C’est tout ce qu’il est à propos de dire de la situation d’esprit d’un homme si parfaitement paisible et d’une humeur ordinairement si pondérée. Il lui montait au cerveau des idées, des bouffées d’impressions singulières.
Cependant madame Tonska commençait à passer une partie de son temps sur une chaise longue. Elle se faisait porter auprès de la fenêtre et s’absorbait, disait-elle avec un sourire mélancolique, dans la contemplation de cette grande nature qui n’avait plus pour elle ni caresses ni espérances. A son grand regret, elle n’avait pas réussi à mourir physiquement, mais moralement il ne restait plus rien d’elle. Son âme, si souvent martyrisée, ne conservait pas une seule fibre qui vibrât encore ; elle ne comprenait désormais que le dévouement et n’imaginait quelque joie que dans le sacrifice.
Pendant tout ce temps, elle ne parlait guère à Lucie et à Gennevilliers que de ses souffrances et de son mari. Quand elle fut mieux, elle continua sans doute à détailler ses peines, mais elle s’occupa de moins en moins de l’infortuné Boleslas. Alors, du fond de sa confiance tout entière gagnée, sortirent d’abord quelques allusions amères à son affection trompée pour des hommes qui n’avaient pas su la comprendre ; et comme Lucie, en particulier, tout en conservant une mine discrète et austère, brûlait d’envie de connaître les aventures extraordinaires d’une personne si complètement différente du commun, et que sa curiosité, sous l’incognito d’une sympathie pieuse, ne laissait pas que d’être reconnue aisément, un beau soir que Gennevillers avait été se coucher de bonne heure, parce qu’on l’avait renvoyé sous prétexte de fatigue, la malade, après avoir fait de la musique et chanté pendant deux heures, raconta à son incomparable amie sa vie, sa vie entière avec ses luttes et ses victoires, toutes plus douloureuses les unes que les autres. Lucie avait lu peu de romans et fut pétrifiée d’admiration.
Sophie lui exposa ce qu’elle avait essayé pour ramener à la vertu le prince de Deux-Ponts et comment elle avait misérablement échoué. Alors, sans hésiter, elle avait éloigné d’elle un homme sans principes, qui, sous le masque de l’affection, osait se flatter des projets les plus coupables. Un instant, le duc d’Olivarès, par les dehors chevaleresques qu’on lui connaît, par ce teint cuivré et ces cheveux noirs qui le font ressembler à un Abencerage, lui avait causé quelque illusion. Hélas ! le prestige s’était vite dissipé ! Le Castillan avait été renvoyé par la même route que le Bavarois. Enfin, Sophie avait connu Jean-Théodore, prince régnant de Wœrbeck-Burbach. Rien de plus séduisant que ce souverain. A beaucoup d’esprit il unit beaucoup de cœur, il est capable de concevoir le bien et même de l’exécuter ; pourquoi faut-il que d’aussi belles qualités soient annulées par cette étrange fantaisie de n’approcher les femmes que pour les perdre ? La malheureuse situation de Son Altesse Royale, quant à sa vie intérieure, auprès d’une personne absurde, avait d’abord frappé douloureusement la comtesse, et elle s’était vivement intéressée à Jean-Théodore.
– Vous ne pouvez vous figurer, chère Lucie, disait-elle, quelle est la compagne à laquelle on a eu le courage de l’associer. C’est une portière bien née, voilà ce qu’on en peut penser de plus indulgent. La princesse héréditaire, de son côté, s’est donné les idées et les façons d’une gouvernante vaudoise ; entre ces deux femmes le pauvre prince était comme un navire sans gouvernail, tournant sur lui-même au milieu d’une mer inerte. Pour échapper à cette misère, il a formé à différentes époques des liaisons tout à fait indignes de lui. Ce fut d’abord une petite bourgeoise de Burbach, une mademoiselle Caroline Schmidt, aujourd’hui mariée à un riche industriel ; ensuite vint une actrice extravagante, mademoiselle Lippold, à laquelle il trouvait du génie ; enfin, une marquise Coppoli, intrigante au suprême degré, peu jolie et sans l’ombre d’une qualité. J’ai voulu le tirer de cet abîme… Ne faites jamais le bien, ma chère, ne le faites jamais !… si vous avez peur de souffrir !
En prononçant ces paroles, madame Tonska adressa au ciel un regard de reproche et serra la main de son amie, puis elle continua :
– Le prince ne put se tenir de devenir amoureux de moi. Je vous l’ai dit, il est séduisant, éloquent, aimable, autant que ce mot a de sens. J’eus la faiblesse de lui permettre de me tout avouer, à condition qu’il ne demanderait jamais de retour. Il me le promit et ne put tenir parole. Il était exigeant, il était jaloux ; des scènes continuelles me jetaient dans le plus affreux désespoir, et moi qui n’ai besoin que de repos et qui ne saurais vivre dans une atmosphère agitée, je dus perdre jusqu’à l’espérance de passer un seul jour sans querelle. J’aurais voulu le rendre heureux ; j’aurais voulu surtout éclairer sa belle intelligence constamment obscurcie par les théories vaines et fausses de ministres sans portée, de conseillers indignes. Je passais mes jours à le supplier d’étudier les droits des classes souffrantes, à abandonner des errements vieillis, à se mettre à la tête des réformes, à guider, pendant qu’il en était temps encore, les foules toutes disposées à marcher derrière lui, mais aussi à le renverser s’il résistait ; il m’était impossible de maîtriser son attention. Il me peignait dans des discours insensés l’excès de ses sentiments pour moi, il se frappait la tête, il se mettait à mes pieds… Ah ! Lucie, que d’extravagances chez les hommes, et combien les meilleurs sont peu de chose !
Enfin, nous eûmes, il y a quelques jours, des scènes intolérables à propos d’un jeune artiste, M. Conrad Lanze, dont Son Altesse Royale daigna s’inquiéter à mon sujet. Ce jeune homme, que je connaissais à peine, est doué d’ailleurs du plus rare talent. Il est sculpteur. Vous avez sans doute entendu prononcer son nom ?
– Jamais que je sache ; mais je ne m’entends pas à ces choses-là.
– En tout cas, je fus très-dure avec lui qui ne m’avait offensée en rien ; je lui défendis de revenir chez moi, et je crains de n’avoir pas assez ménagé à ce moment une nature profondément sensible, impressionnable et délicate. Mais, je vous le confesse encore, il me fallait la paix à tout prix. Vers ce même temps, m’arriva la nouvelle de la maladie de M. Tonski. Le prince se conduisit avec la plus rare ingratitude. Il me défendit de partir ; j’eus beau lui remontrer avec douceur, avec patience, avec une affection sans égale, à quel point mon devoir était précis, je ne lui laissai pas ignorer qu’il s’agissait de sauver non-seulement un corps, mais une âme, une âme immortelle, et que j’en étais responsable devant Dieu ! Pauvre prince ! Où je cherchais à éveiller un héros, un homme seul me répondait ! Un homme faible, pusillanime, incapable de renoncement et de grandeur ! Je le quittai en le bénissant. Vous ne saurez jamais, Lucie, vous qui avez pour mari un ange de bonté qui est en même temps un colosse de force ! vous ne saurez jamais à quel point on se sent attendri par ces pauvres êtres qui vivent de vous et vous déchirent en vous embrassant ! C’est là, je l’imagine, la volupté suprême de la maternité ! Enfin, je partis. Mais j’avais été faible à mon tour. Je m’étais laissée retenir un jour ; j’aurais dû m’éloigner à l’heure même où m’était arrivé le premier avis de l’état misérable où en était réduit M. Tonski. Le ciel m’en a cruellement châtiée ! Vous savez tout maintenant. Je ne le reverrai jamais… jamais plus ! L’ami de ma jeunesse !… Celui-là seul que j’ai aimé ! Je l’aime toujours, Lucie ! Et, misérable que je suis, je ne peux pas mourir ! Je n’ai pas su être une femme forte et résolue ! Je n’aurai pas de pardon !
C’est ainsi que cette belle âme acheva de se confesser. Lucie était en larmes. Elle n’eût jamais imaginé qu’une créature aussi sublime pût exister sur la terre. Elle était anéantie devant tant de beauté, tant d’éloquence, tant de feu, tant de vertus, tant de repentirs, tant de perfections et un tel effondrement de malheurs et d’injustices du sort et des hommes amoncelés les uns sur les autres ! Et vous, cieux et terres, océans et rivières, divinités des bois, nymphes, égypans, sylvains et satyres, n’en doutez pas une minute, Sophie Tonska croyait au pied de la lettre que tout ce qu’elle venait de raconter d’elle-même était rigoureusement vrai, et même qu’elle avait modestement diminué la magnanimité de ses actes et de ses paroles ! Et on fût venu lui lire un récit matériellement exact de son dernier entretien avec le prince de Burbach, récit attesté par quatre témoins et paraphé de deux notaires, elle l’aurait immédiatement argué de faux. Tout le monde plus ou moins est ainsi fait. Gœthe a écrit l’histoire de sa vie sous le titre bien pensé de : Fiction et vérité.Il avait le sentiment net des choses et savait de science certaine qu’il allait se peindre en beau. Madame Tonska n’était pas un philosophe, et elle se voyait comme il lui était agréable de se voir. M. le prince de Deux-Ponts et M. le duc d’Olivarès n’étant pas des personnages de cette histoire, il est difficile de savoir exactement ce qu’ils pensaient eux-mêmes de la comtesse et jusqu’à quel point leur opinion était fondée. Seulement on a pu entendre raconter souvent à Grégoire Smiloff, qui d’ailleurs n’est pas une bonne langue, que Son Altesse Sérénissime, laquelle avait connu madame Tonska quand celle-ci n’avait que vingt et un ans, frissonnait encore d’épouvante en se rappelant que Sophie s’était fait enlever par lui en revenant d’un bal à Pétersbourg, et l’avait forcé de prendre le chemin de Varsovie sous peine de ne la revoir jamais ; mais elle l’avait planté là à la première station, sous prétexte qu’il voulait la perdre de réputation, et avait eu une attaque de nerfs ; oh ! quelle attaque de nerfs ! Encore une fois, ce que dit Grégoire Smiloff et l’exacte vérité ont rarement des traits communs, et on ne saurait accorder aucune confiance à une anecdote aussi incertaine. Pour ce qui est du duc d’Olivarès, il s’est marié, et la duchesse a de l’esprit jusqu’au bout des ongles, mais elle n’est pas bonne non plus ; elle prétend que madame Tonska faisait faire maigre à son mari et l’obligeait à lui lire les Œuvres de sainte Thérèseà haute voix. En tout cas, c’eût été une occupation dont il n’eût tenu qu’à lui de tirer de grands avantages. Ce qui était incontestable pour madame de Gennevilliers, c’est que son amie était un ange.
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