‹ Les pornographes sacrés: La confession et les confesseurs, Appendice: Pieuses exhortations, par Monseigneur Claret; Mœchialogie, par le R. P. Debreyne; Compendium; et les Diaconales, par Monseigneur BouvierChapitre 23 sur 28 · CHAPITRE III

CHAPITRE III

DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE LUXURE CONSOMMÉE CONTRE NATURE.

La luxure consommée contre nature consiste dans l’effusion de la matière séminale d’une façon contraire à la génération, soit en dehors de l’union charnelle, soit dans cette union.

On en compte trois espèces différentes:

Les plaisirs voluptueux ou pollution;

La sodomie;

La bestialité.

ARTICLE PREMIER

DE LA POLLUTION

La pollution qu’on appelle aussi plaisir voluptueux ou incontinence secrète consiste dans l’effusion de la semence en dehors de toute union charnelle.

La semence est une humeur ou sécrétion gluante que le Créateur a destinée à la génération et à la conservation de l’espèce: elle diffère donc essentiellement de l’urine qui est formée par la sécrétion des aliments et que la nature, pour se soulager, rejette comme les excréments.

Il y a trois sortes de pollutions:

1º La pollution simple et qualifiée;

2º La pollution volontaire ou involontaire;

3º La pollution volontaire en soi ou dans sa cause.

La pollution est simple quand il ne vient pas s’y ajouter une malice étrangère, par exemple, lorsque quelqu’un dégagé de tout lien avec un homme ou avec une femme trouve son plaisir dans la masturbation.

On la dit qualifiée lorsqu’à sa propre malice vient s’y ajouter une autre, soit de la part de l’objet auquel on pense, soit de la part de celui sur lequel on pratique ou de celui qui pratique la masturbation:

1º La masturbation revêt la malice de l’adultère, de l’inceste, du stupre, du sacrilège, de la bestialité ou de la sodomie, selon que celui qui s’y adonne pense à une femme mariée, à sa parente, etc. Ainsi commettrait un horrible sacrilège celui qui porterait des désirs de concupiscence sur la bienheureuse Vierge en se livrant à la masturbation devant sa statue;

2º De la part de celui sur lequel on pratique la masturbation, s’il est marié ou consacré à Dieu par un vœu ou par les ordres sacrés;

3º De la part de celui qui pratique la masturbation, si, par exemple, c’est un religieux ou un prêtre.

Toutes ces circonstances doivent nécessairement être dévoilées en confession parce qu’elles changent la nature du péché.

La pollution volontaire est celle qu’on pratique directement ou dont on recherche volontairement la cause. Elle est involontaire lorsqu’elle se produit sans la coopération de la volonté soit à l’état de veille, soit pendant le sommeil.

Comme la pollution tout à fait involontaire ne peut être un péché, nous n’en parlerons pas ici, en tant que péché.

C’est pourquoi nous traiterons:

1º De la pollution volontaire en soi;

2º De la pollution volontaire dans sa cause;

3º De la pollution nocturne;

4º Des mouvements désordonnés;

5º De la conduite des confesseurs à l’égard de ceux qui ont l’habitude de se livrer à la pollution.

§ I

DE LA POLLUTION VOLONTAIRE EN SOI.

Plusieurs probabilistes ont prétendu, avec Caramuel, que la masturbation n’était pas défendue par la loi naturelle; que l’éjection de la semence pouvait être comparée à un excès de sang, de lait, d’urine et de sucre et que, par conséquent, si ce n’étaient les prohibitions de la loi positive, il serait permis de provoquer l’éjaculation comme utile à la santé toutes les fois que la nature le demanderait. En cela ils sont contraires à l’opinion de tous les théologiens.

PROPOSITION.--La masturbation considérée en elle-même est un grave péché contre nature.

Cette proposition est conforme à l’Écriture sainte, à l’autorité d’Innocent XI, à l’opinion unanime des théologiens et de la raison.

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Il a été certainement dans l’esprit du Créateur d’affecter la semence humaine et l’acte vénérien tout entier à la procréation et à la perpétuité de l’espèce. S’il était permis de se livrer une fois à la masturbation, il n’y aurait pas de raison pour n’y pas revenir, et c’est ce qu’on ne peut admettre. De plus, on est exposé par le plaisir qui est inséparable de la masturbation, au danger d’en contracter l’habitude; et nous établirons plus loin que c’est une grave faute de se livrer à la masturbation à cause des fâcheux résultats qu’elle entraîne...

... D’où on doit conclure, qu’il n’est jamais permis de provoquer directement l’éjaculation même quand il s’agit de conserver la santé ou la vie, car, pratiquée même dans ce but, la fornication est un acte illicite; et la comparaison faite par Caramuel de la semence humaine avec le sang, le lait, l’urine et la sueur, n’a pas de valeur, puisque la destination de l’une est tout à fait différente de celle des autres. On ne doit pas non plus se baser sur ce qu’il est quelquefois permis de pratiquer la saignée ou d’amputer un membre et même les vases spermatiques,--le phallus et les testicules,--car le sang et les membres sont subordonnés à la santé de l’individu et peuvent être enlevés dans le but de lui conserver la vie; le sperme, au contraire, n’a pas été créé en faveur de l’individu mais bien pour la conservation de l’espèce. Du reste, une saignée ou une amputation ne peuvent entraîner aucun danger, et on ne saurait en dire autant de la masturbation.

§ II

DE LA POLLUTION VOLONTAIRE DANS SA CAUSE.

On distingue ordinairement deux causes de pollution: une prochaine et une éloignée. Les causes prochaines tendent par elles-mêmes à l’éjaculation, comme les attouchements des parties génitales sur soi ou sur autrui, les regards que l’on porte sur elles, les paroles obscènes ou amoureuses, et les pensées honteuses.

Les causes éloignées influent d’une manière moins directe sur la pollution: ce sont les excès dans le boire et le manger, l’étude des questions vénériennes, la confession, etc.

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Il est certain:

1º Que celui qui, volontairement, même pour un instant, sans intention et pour une cause accidentelle se complaît dans la masturbation, pèche mortellement. C’est ce que personne ne niera.

2º Il en est de même de celui qui fait une action influant directement sur l’éjaculation, en touchant ou regardant amoureusement sur soi ou sur autrui les parties qui doivent rester voilées et qui paraît désirer l’éjaculation qui peut en résulter, ne chercherait-il pas à la provoquer; c’est de toute évidence.

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3º En cas de grave nécessité, l’action qui tend à un but légitime ne fournit pas matière à pécher... Ainsi ne pèche pas le chirurgien qui, pour guérir une infirmité ou faire un accouchement, touche ou regarde les parties pudiques d’une femme et qui, à cette occasion, éprouve les effets de la masturbation, pourvu cependant qu’il n’y consente pas, s’exposerait-il même au danger du consentement. Mais, il serait obligé de renoncer à son art s’il tombait fréquemment dans ce danger; car la nécessité de son propre salut doit l’emporter sur toutes les autres.

4º Ne pèche pas celui qui, pour son utilité ou celle d’autrui, fait une action qu’il sait être de nature à amener l’éjaculation... Aussi, est-il permis d’étudier, dans un but honnête, les choses vénériennes, d’entendre les confessions de femmes, de converser avec elles d’une manière utile et honnête, de leur rendre visite et de les embrasser à la manière des parents...

5º On pèche mortellement en faisant une action véniellement mauvaise si elle influe sur la pollution d’une manière prochaine: cela résulte de ce qui vient d’être dit. Ainsi, celui qui est trop sensible aux aiguillons de la chair, qui éjacule lorsque ses regards se portent sur certaines parties du corps d’une femme, ou lorsqu’il touche ses mains ou s’il presse ses doigts, ou s’il cause avec elle ou quand il l’embrasse d’une manière honnête mais sans motif, ou lorsqu’il assiste à des bals, celui-là devra s’abstenir de ces actions sous peine de péché mortel.

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§ III

DE LA POLLUTION NOCTURNE

Par pollution nocturne on entend l’éjaculation qui se produit pendant le sommeil. Si le sommeil est imparfait, l’éjaculation peut être semi-volontaire, et le péché, par conséquent, véniel. L’éjaculation n’étant nullement volontaire dans le sommeil parfait ne peut entraîner de péché; car, dans ce cas, elle ne peut être mauvaise que dans sa cause.

Il est certain que celui ou celle qui a préparé une cause dans l’intention de provoquer l’éjaculation pendant le sommeil, en prenant certaines positions dans son lit, ou par des attouchements voluptueux, ou par des lectures de roman, pèche mortellement.

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On demande: 1º Ce que doit faire celui qui, en s’éveillant, s’aperçoit qu’il est sur le point d’éjaculer?

Réponse. Il doit élever son esprit vers Dieu, l’invoquer, faire le signe de la croix, s’abstenir de provoquer l’écoulement de la semence, renoncer au plaisir voluptueux; pourvu qu’il agisse ainsi, il peut se considérer comme exempt de péché, et il n’est pas tenu de contenir l’impétuosité de la nature; car déjà la sécrétion des humeurs s’est faite dans les vases spermatiques; il est nécessaire que l’éjaculation se fasse immédiatement ou plus tard, sans quoi le sperme venu des reins se corromprait au détriment de la santé.

On demande: 2º S’il est permis de se réjouir de l’éjaculation lorsqu’elle se produit dégagée de tout péché, en tant qu’elle décharge la nature, ou de la désirer à ce point de vue?

Réponse. Les auteurs enseignent généralement qu’il est permis de se réjouir des bons effets de la pollution involontaire qui se produit soit pendant le sommeil, soit pendant la veille. Car, sous ce rapport, elle opère un bon résultat.

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On demande: 3º Ce que l’on doit penser de la distillation du sperme?

Réponse.--La distillation est l’écoulement qui se fait goutte à goutte, et sans mouvements de concupiscence, d’une semence imparfaite ou autre humeur muqueuse. Si elle se produit sans plaisir vénérien, comme il arrive quelquefois à cause de la faiblesse des organes ou des chatouillements provenant d’un prurit insupportable, il ne faut pas, disent Cajetan et les théologiens en général, s’en occuper plus que de la sueur.

§ IV

DES MOUVEMENTS DÉSORDONNÉS

Ces mouvements consistent en certaines commotions des parties génitales qui disposent plus ou moins à l’éjaculation; ils peuvent être graves ou légers; graves lorsqu’ils sont accompagnés d’un danger prochain d’éjaculation; légers dans le cas contraire.

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On demande: Si celui qui reste indifférent aux mouvements voluptueux qui se produisent en dehors de sa volonté, qui ne les approuve ni ne les désapprouve, commet un péché et quelle en est la gravité?

Réponse. Tout le monde est d’accord pour reconnaître qu’une pareille indifférence est un péché véniel, car l’esprit est tenu d’éprouver de la répugnance pour les mouvements voluptueux désordonnés.

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§ V

DE LA CONDUITE DES CONFESSEURS A L’ÉGARD DE CEUX QUI SE LIVRENT A LA MASTURBATION

Il n’y a pas de vice plus nuisible sous tous les rapports aux jeunes gens et aux jeunes filles que l’habitude de se livrer à la pollution, c’est-à-dire, de se masturber.

En effet, ceux qui ont pris cette mauvaise habitude tombent dans l’endurcissement, l’hébétement, le dégoût de la vertu et le mépris de la religion.

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Voici le moyen pour le confesseur de découvrir si son pénitent se livre à la masturbation: d’abord interroger le pénitent sur les pensées, les paroles déshonnêtes, les nudités devant d’autres personnes et les attouchements sur soi ou sur d’autres, ou ce qu’il a permis à d’autres de lui faire. S’il n’est pas encore arrivé à l’âge de puberté, il ne doit pas être interrogé sur la masturbation; car il n’est pas probable qu’il l’ait pratiquée, à moins qu’il ne paraisse très corrompu. Mais s’il est pubère, qu’il ait pratiqué des attouchements impudiques avec d’autres personnes et surtout qu’il ait couché avec des enfants plus âgés que lui, il est moralement certain qu’il y a eu éjaculation, et il est suffisamment clair que la masturbation s’est faite.

Le confesseur peut cependant dire prudemment:

Avez-vous ressenti des mouvements dans le corps (ou dans la chair)?--Avez-vous éprouvé dans les parties secrètes une agréable délectation après laquelle les mouvements se sont calmés?

Si le pénitent répond oui, il est raisonnable de penser qu’il s’est masturbé; car les mouvements violents suivis d’un plaisir semblable indiquent d’une manière certaine que l’éjaculation s’est produite, qu’il s’agisse de l’un ou de l’autre sexe.

L’écoulement est toujours extérieur chez les mâles; mais l’éjaculation ne se produit pas de la même manière chez les femmes, puisqu’il est probable aujourd’hui que les femmes ne répandent pas de sperme. Cependant, à la suite de mouvements désordonnés, il y a souvent écoulement intérieur, et rarement extérieur, d’une espèce d’humeur muqueuse. Pendant que cet écoulement a lieu, se produisent des sensations extrêmement agréables, qu’on désigne plus particulièrement sous le nom de jouissance.

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ARTICLE DEUXIÈME

DE LA SODOMIE

Saint Thomas, 2. 2, q. 154, art. 11, définit ainsi cette monstrueuse corruption qui tire son nom des habitants de Sodome: Accouplement entre deux personnes du même sexe, par exemple d’un homme avec un homme, ou d’une femme avec une femme.

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Peu importe le vase dans lequel pratiquent le coït, les mâles entre eux ou les femmes entre elles, que ce soit dans le vase de devant ou dans celui de derrière,--dans la matrice ou dans l’anus--ou sur une autre partie du corps, puisque la malice de la sodomie consiste dans l’affection pour le sexe interdit, et que, dans son genre, elle est complète, par l’application en manière d’union charnelle, des parties génitales sur une partie du corps d’une personne du même sexe. Il n’y a cependant pas sodomie, parce qu’il n’y a pas union charnelle, lorsqu’on applique seulement les mains, les pieds ou la bouche sur les parties génitales d’un autre,--homme ou femme--l’éjaculation se produirait-elle des deux côtés.

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Il y a une autre espèce de sodomie qui consiste dans l’union charnelle entre personnes de différents sexes, mais hors du vase naturel: dans la partie de derrière, c’est-à-dire dans l’anus, ou dans la bouche, entre les seins, entre les jambes ou les cuisses, etc. Quoique ce genre d’infamie ne tombe pas sous les peines portées contre la sodomie proprement dite, il n’en est pas moins certain que cet acte contre nature constitue un crime énorme et, dans notre diocèse, c’est un cas réservé.

ARTICLE TROISIÈME

DE LA BESTIALITÉ

La bestialité résulte de l’accomplissement des actes vénériens avec des êtres appartenant à l’animalité, c’est-à-dire avec des animaux, des bêtes.

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Quelle que soit l’espèce à laquelle appartienne l’animal, le péché ne change pas de nature, et la différence des sexes ne l’aggrave pas beaucoup, parce que sa malice vient de ce qu’il est contre nature. Il n’est donc pas nécessaire de faire connaître en confession l’espèce, le sexe et les autres qualités des bêtes, mais il faut dire si le péché a été accompli par l’écoulement de la semence ou s’il y a eu seulement essai. Dans notre diocèse, l’un et l’autre de ces cas sont réservés.

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