‹ Les quatre livres de philosophie morale et politique de la ChineChapitre 48 sur 74 · CHAPITRE VIII,

CHAPITRE VIII,

COMPOSÉ DE 21 ARTICLES.

1. Le Philosophe dit: C'est _Taï-pé_[38] qui pouvait être appelé souverainement vertueux! ou ne trouvait rien à ajouter à sa vertu. Trois fois il refusa l'empire, et le peuple ne voyait rien de louable dans son action désintéressée.

2. Le Philosophe dit: Si la déférence et le respect envers les autres ne sont pas réglés par les rites ou l'éducation, alors ce n'est plus qu'une chose fastidieuse; si la vigilance et la sollicitude ne sont pas réglées par l'éducation, alors ce n'est qu'une timidité outrée; si le courage viril n'est pas réglé par l'éducation, alors ce n'est que de l'insubordination; si la droiture n'est pas réglée par l'éducation, alors elle entraîne dans une grande confusion.

Si ceux qui sont dans une condition supérieure traitent leurs parents comme ils doivent l'être, alors le peuple s'élèvera à la vertu de l'humanité. Pour la même raison, s'ils ne négligent et n'abandonnent pas leurs anciens amis, alors le peuple n'agira pas d'une manière contraire.

3. _Thsêng-tseu_, étant dangereusement malade, fit venir auprès de lui ses disciples, et leur dit: Découvrez-moi les pieds, découvrez-moi les mains. Le _Livre des Vers_ dit:

«Ayez la même crainte et la même circonspection

Que si vous contempliez sous vos yeux un abîme profond,

Que si vous marchiez sur une glace fragile!»

Maintenant ou plus tard, je sais que je dois vous quitter, mes chers disciples.

4. _Thsêng-tseu_ étant malade, _Meng-king-tseu_ (grand du royaume de _Lou_) demanda des nouvelles de sa santé. _Thsêng-tseu_ prononça ces paroles: «Quand l'oiseau est près de mourir, son chant devient triste; quand l'homme est près de mourir, ses paroles portent l'empreinte de la vertu.»

Les choses que l'homme supérieur met au-dessus de tout, dans la pratique de la raison, sont au nombre de trois: dans sa démarche et dans son attitude, il a soin d'éloigner tout ce qui sentirait la brutalité et la rudesse; il fait en sorte que la véritable expression de sa figure représente autant que possible la réalité et la sincérité de ses sentiments; que dans les paroles qui lui échappent de la bouche et dans l'intonation de sa voix, il éloigne tout ce qui pourrait être bas ou vulgaire et contraire à la raison. Quant à ce qui concerne les vases en bambous [choses moins importantes], il faut que quelqu'un préside à leur conservation.

5. _Thsêng-tseu_ dit: Posséder la capacité et les talents, et prendre avis de ceux qui en sont dépourvus; avoir beaucoup, et prendre avis de ceux qui n'ont rien; être riche, et se comporter comme si l'on était pauvre; être plein, et paraître vide ou dénué de tout; se laisser offenser sans en témoigner du ressentiment; autrefois j'avais un ami qui se conduisait ainsi dans la vie.

6. _Thsêng-tseu_ dit: L'homme à qui l'on peut confier un jeune orphelin de six palmes (_tchi_) de haut[39], à qui l'on peut remettre l'administration et le commandement d'un royaume de cent _li_ d'étendue, et qui, lorsque apparaît un grand déchirement politique, ne se laisse pas arracher à son devoir, n'est-ce pas un homme supérieur? Oui, c'est assurément un homme supérieur!

7. _Thsêng-tseu_ dit: Les lettrés ne doivent pas ne pas avoir l'âme ferme et élevée, car leur fardeau est lourd, et leur route longue.

L'humanité est le fardeau qu'ils ont à porter (ou le devoir qu'ils ont à remplir): n'est-il pas en effet bien lourd et bien important? C'est à la mort seulement qu'on cesse de le porter: la route n'est-elle pas bien longue?

8. Le Philosophe dit: Elevons notre esprit par la lecture du _Livre des Vers_; établissons nos principes de conduite sur le _Livre des Rites_; perfectionnons-nous par la _Musique_.

9. Le Philosophe dit: On peut forcer le peuple à suivre les principes de la justice et de la raison; on ne peut pas le forcer à les comprendre.

10. L'homme qui se plait dans les actions courageuses et viriles, s'il éprouve les privations et les souffrances de la misère, causera du trouble et du désordre; mais l'homme qui est dépourvu des vertus de l'humanité, les souffrances et les privations même lui manquant, causera beaucoup plus de troubles et de désordres.

11. Le Philosophe dit: Supposé qu'un homme soit doué de la beauté et des talents de _Tcheou-koung_, mais qu'il soit en même temps hautain et d'une avarice sordide, ce qui lui reste de ses qualités ne vaut pas la peine qu'on y fasse attention.

12. Le Philosophe dit: Il n'est pas facile de trouver une personne qui pendant trois années se livre constamment à l'étude [de la sagesse] sans avoir en vue les émoluments qu'elle peut en retirer.

13. Le Philosophe dit: Celui qui a une foi inébranlable dans la vérité, et qui aime l'étude avec passion, conserve jusqu'à la mort les principes de la vertu, qui en sont la conséquence.

Si un État se trouve en danger de révolution [par suite de son mauvais gouvernement], n'allez pas le visiter; un pays qui est livré au désordre ne peut pas y rester. Si un empire se trouve gouverné par les principes de la droiture et de la raison, allez le visiter; s'il n'est pas gouverné par les principes de la raison, restez ignorés dans la retraite et la solitude.

Si un État est gouverné par les principes de la raison, la pauvreté et la misère sont un sujet de honte; si un État n'est pas gouverné parles principes de la raison, la richesse et les honneurs sont alors les sujets de honte[40].

14. Le Philosophe dit: Si vous n'occupez pas des fonctions dans un gouvernement, ne donnez pas votre avis sur son administration.

15. Le Philosophe dit: Comme le chef de musique nommé _Tchi_, dans son chant qui commence par ces mots: _Kouan-tsiu-tchi-louan_, avait su charmer l'oreille par la grâce et la mélodie!

16. Le Philosophe dit: Être courageux et hardi sans droiture, hébété sans attention, inepte sans sincérité; je ne connais pas de tels caractères.

17. Le Philosophe dit: Étudiez toujours comme si vous ne pouviez jamais atteindre [au sommet de la science], comme si vous craigniez de perdre le fruit de vos études.

18. Le Philosophe dit: O quelle élévation, quelle sublimité dans le gouvernement de _Chun_ et de _Yu!_ et cependant il n'était encore rien à leurs yeux.

19. Le Philosophe dit: O qu'elle était grande la conduite de _Yao_ dans l'administration de l'empire! qu'elle était élevée et sublime! il n'y a que le ciel qui pouvait l'égaler en grandeur; il n'y a que _Yao_ qui pouvait imiter ainsi le ciel! Ses vertus étaient si vastes et si profondes, que le peuple ne trouvait point de noms pour leur donner!

O quelle grandeur! quelle sublimité dans ses actions et ses mérites! et que les monuments qu'il a laissés de sa sagesse sont admirables!

20. _Chun_ avait cinq ministres; et l'empire était bien gouverné.

_Wou-wang_ disait: J'ai pour ministres dix hommes d'État habiles dans l'art de gouverner.

KHOUNG-TSEU dit: Les hommes de talent sont rares et difficiles à trouver; n'est-ce pas la vérité? A partir de l'époque de _Chang_ (_Yao_) et de _Yu_ (_Chun_) jusqu'à ces ministres (de _Wou-wang_), pleins de mérites, il y a eu une femme, ainsi que neuf hommes de talent; et voilà tout.

De trois parties qui formaient l'empire (_Wen-wang_) en eut deux, avec lesquelles il continua à servir la dynastie de _Yn_. La vertu du fondateur de la dynastie des _Tcheou_ peut être appelée une vertu sublime.

21. Le Philosophe dit: Je ne vois aucun défaut dans _Yu!_ il était sobre dans le boire et le manger, et souverainement pieux envers les esprits et les génies. Ses vêtements ordinaires étaient mauvais et grossiers; mais comme ses robes et ses autres habillements de cérémonies étaient beaux et parés! Il habitait une humble demeure; mais il employa tous ses efforts à faire élever des digues et creuser des canaux pour l'écoulement des eaux. Je ne vois aucun défaut dans _Yu_.

[38] Fils ainé de _Taï-wang_, des _Tchéou_.

[39] L'héritier du trône.

[40] Ces admirables principes n'ont pas besoin de commentaire».