CHAPITRE IV,
COMPOSÉ DE 9 ARTICLES.
1. MENG-TSEU dit: Les yeux de _Pe-i_ ne regardaient point les formes ou les objets qui portaient au mal; ses oreilles n'entendaient point les sons qui portaient au mal. Si son prince n'était pas digne de l'être[1], il ne le servait pas; si le peuple [qu'on lui confiait] n'était pas digne d'être gouverné, il ne le gouvernait pas. Quand les lois avaient leur cours, alors il acceptait des fonctions publiques; quand l'anarchie régnait, alors il se retirait dans la solitude. Là où une administration perverse s'exerçait, là où un peuple pervers habitait, il ne pouvait pas supporter de demeurer. Il pensait, en habitant avec les hommes des villages, que c'était comme s'il se fût assis dans la boue ou sur de noirs charbons avec sa robe de cour et son bonnet de cérémonies.
A l'époque du tyran _Cheou_-(_sin_), il habitait sur les bords de la mer septentrionale, en attendant la purification de l'empire. C'est pourquoi ceux qui par la suite ont entendu parler des mœurs de _Pe-i_, s'ils étaient ignorants et stupides, sont [par son exemple] devenus judicieux, et, s'ils étaient d'un caractère faible, ont acquis une intelligence ferme et persévérante.
_Y-yin_ disait: Qui servirez-vous, si ce n'est le prince? Qui gouvernerez-vous, si ce n'est le peuple?
Quand les lois avaient leur cours, il acceptait des fonctions publiques; quand l'anarchie régnait, il acceptait également des fonctions publiques.
Il disait[2]: «Lorsque le ciel fit naître ce peuple, il voulut que ceux qui les premiers connaîtraient les principes des actions, ou les devoirs sociaux, instruisissent ceux qui devaient les apprendre d'eux; il voulut que ceux qui les premiers auraient l'intelligence des lois sociales la communiquassent à ceux qui devaient ne l'acquérir qu'ensuite. Moi je suis des hommes de tout l'empire celui qui le premier ai cette intelligence. Je veux, en me servant des doctrines sociales de _Yao_ et de _Chun_, communiquer l'intelligence de ces doctrines à ce peuple qui les ignore.»
Il pensait que si parmi les populations de l'empire il se trouvait un seul homme ou une seule femme qui ne comprît pas tous les avantages des institutions de _Yao_ et de _Chun_, c'était comme s'il les avait précipités lui-même dans une fosse ouverte sous leurs pas. C'est ainsi qu'il entendait se charger du fardeau de l'empire.
_Lieou-hia-hoëi_ ne rougissait pas de servir un prince vil, il ne repoussait pas une petite magistrature. S'il entrait en place, il ne retenait pas les sages dans l'obscurité, et il se faisait un devoir de suivre toujours la droite voie. S'il était négligé, délaissé, il n'en conservait point de ressentiment; s'il se trouvait jeté dans le besoin et la misère, il ne se plaignait point, ne s'en affligeait point. S'il lui arrivait d'habiter parmi les hommes du village, ayant toujours l'air satisfait, il ne voulait pas les quitter pour aller demeurer ailleurs. Il disait: Vous, agissez comme vous l'entendez; moi j'agis comme je l'entends[3]. Quand même, les bras nus et le corps sans vêtements, vous viendriez vous asseoir à mes côtés, comment pourriez-vous me souiller?
C'est pourquoi ceux qui par la suite ont entendu parler des mœurs de _Lieou-hia-hoëi_, s'ils étaient pusillanimes, sont [par son exemple] devenus pleins de courage; et s'ils étaient froids et insensibles, ils sont devenus aimants et affectueux.
KHOUNG-TSEU, voulant quitter le royaume de _Thsi_, prit dans sa main une poignée de riz passé dans l'eau, et se mit en route. Lorsqu'il voulut quitter le royaume de Zou, il dit: «Je m'éloigne lentement.» C'est le devoir de celui qui s'éloigne du royaume de son père et de sa mère[4]. Quand il fallait se hâter, se hâter; quand il fallait s'éloigner lentement, s'éloigner lentement; quand il fallait mener une vie privée, mener une vie privée; quand il fallait occuper un emploi public, occuper un emploi public: voilà KHOUNG-TSEU.
MENG-TSEU dit: _Pe-i_ fut le plus pur des saints; _Y-yin_ en fut le plus patient et le plus résigné; _Lieou-hia-hoeï_ en fut le plus accommodant; et KHOUNG-TSEU fut de tous celui qui sut le mieux se conformer aux circonstances [en réunissant en lui toutes les qualités des précédents][5].
KHOUNG-TSEU peut être appelé le grand ensemble de tous les sons musicaux [qui concourent à former l'harmonie]. Dans le grand ensemble de tous les sons musicaux, les instruments d'airain produisent les sons, et les instruments de pierres précieuses les mettent en harmonie. Les sons produits par les instruments d'airain commencent le concert; l'accord que leur donnent les instruments de pierres précieuses termine ce concert. Commencer le concert est l'œuvre d'un homme sage; terminer le concert est l'œuvre d'un saint, ou d'un homme parfait.
Si on compare la prudence à quelque autre qualité, c'est à l'habileté; si on compare la sainteté à quelque autre qualité, c'est à la force [qui fait atteindre au but proposé]. Comme l'homme qui lance une flèche à cent pas, s'il dépasse ce but, il est fort; s'il ne fait que l'atteindre, il n'est pas fort.
2. _Pe-koung-ki_[6] fit une question en ces termes: Comment la maison de _Tcheou_ ordonna-t-elle les dignités et les salaires?
MENG-TSEU dit: Je n'ai pas pu apprendre ces choses en détail. Les princes vassaux qui avaient en haine ce qui nuisait à leurs intérêts et à leurs penchants ont de concert fait disparaître les règlements écrits de cette famille. Mais cependant, moi KHO, j'en ai appris le sommaire.
Le titre de _Thian-tseu_, fils du Ciel[7] [ou empereur], constituait une dignité; le titre de _Koung_, une autre; celui de _Heou_, une autre; celui de _Pe_, une autre; celui de _Tseu_ ou _Nan_, une autre: en tout, pour le même ordre, cinq degrés ou dignités[8].
Le titre de prince (_kiun_) constituait une dignité d'un autre ordre; celui de président des ministères (_king_), une autre; celui de premier administrateur civil d'une ville (_ta-fou_), une autre; celui de lettré de premier rang (_chang-sse_), une autre; celui de lettré de second rang (_tchoung-sse_), une autre; celui de lettré de troisième rang (_hia-sse_), une autre: en tout, pour le même ordre, six degrés.
Le domaine constitué du fils du Ciel[9] était un territoire carré de mille _li_ détendue sur chaque côté[10]; les _Koung_ et les _Heou_ avaient chacun un domaine de cent _li_ d'étendue en tous sens; les _Pe_ en avaient un de soixante et dix _li_; les _Tseu_ et les _Nan_, de cinquante _li_: en tout quatre classes. Celui qui ne possédait pas cinquante _li_ de territoire ne pénétrait pas [de son propre droit][11] jusqu'au fils du Ciel. Ceux qui dépendaient des _Heou_ de tous rangs étaient nommés _Fou-young_ ou vassaux.
Le domaine territorial que les _King_, ou présidents des ministères, recevaient de l'empereur, était équivalent à celui des _Heou_; celui que recevaient les _Ta-fou_, commandants des villes, équivalait à celui des _Pe_; celui que recevaient les _Youan-sse_ (ou _Chang-sse_), lettrés de premier rang, équivalait à celui des _Tseu_ et des _Nan._
Dans les royaumes des grands dont le territoire avait cent _li_ d'étendue en tous sens[12], le prince [ou le chef, _Koung_ et _Heou_] avait dix fois autant de revenus que les _King_, ou présidents des ministères; les présidents des ministères, quatre fois autant que les _Ta-fou_, ou premiers administrateurs des villes; les premiers administrateurs des villes, deux fois autant que les _Chang-sse_, ou lettrés de premier rang; les lettrés de premier rang, deux fois autant que les _Tchoung-sse_, ou lettrés de second rang; les lettrés de second rang, deux fois autant que les _Hia-sse_, ou lettrés de troisième rang. Les lettrés de troisième rang avaient les mêmes appointements que les hommes du peuple qui étaient employés dans différentes magistratures. Ces appointements devaient être suffisants pour leur tenir lieu des revenus agricoles qu'ils auraient pu se procurer en cultivant la terre.
Dans les royaumes de second rang dont le territoire n'avait que soixante et dix _li_ d'étendue en tous sens, le prince [ou le chef, _Pe_] avait dix fois autant de revenus que les _King_, ou présidents des ministères; les présidents des ministères, trois fois autant que les premiers administrateurs des villes; les premiers administrateurs des villes, deux fois autant que les lettrés de premier rang; les lettrés de premier rang, deux fois autant que les lettrés de second rang; les lettrés de second rang, deux fois autant que les lettrés de troisième rang. Les lettrés de troisième rang avaient les mêmes appointements que les hommes du peuple qui étaient employés dans différentes magistratures. Ces appointements devaient être suffisants pour leur tenir lieu des revenus agricoles qu'ils auraient pu se procurer en cultivant la terre.
Dans les petits royaumes dont le territoire n'avait que cinquante _li_ d'étendue en tous sens, le prince [ou chef, _Tseu_ et _Nan_] avait dix fois autant de revenus que les présidents des ministères; les présidents des ministères, deux fois autant que les premiers administrateurs des villes; les premiers administrateurs des villes, deux fois autant que les lettrés du premier rang; les lettrés du premier rang, deux fois autant que les lettres du second rang; les lettrés du second rang, deux fois autant que les lettrés du troisième rang. Les lettrés du troisième rang avaient les mêmes appointements que les hommes du peuple qui étaient employés dans différentes magistratures. Ces appointements devaient être suffisants pour leur tenir lieu des revenus agricoles qu'ils auraient pu se procurer en cultivant la terre.
Voici ce que les laboureurs obtenaient des terres qu'ils cultivaient. Chacun d'eux en recevait cent arpents [pour cultiver]. Par la culture de ces cent arpents, les premiers ou les meilleurs cultivateurs nourrissaient neuf personnes; ceux qui venaient après en nourrissaient huit; ceux de second ordre en nourrissaient sept; ceux qui venaient après en nourrissaient six. Ceux de la dernière classe, ou les plus mauvais, en nourrissaient cinq. Les hommes du peuple qui étaient employés dans différentes magistratures recevaient des appointements proportionnés à ces différents produits.
3. _Wen-tchang_ fit une question en ces termes: Oserais-je vous demander quelles sont les conditions d'une véritable amitié?
MENG-TSEU dit: Si vous ne vous prévalez pas de la supériorité de votre âge, si vous ne vous prévalez pas de vos honneurs, si vous ne vous prévalez pas de la richesse et de la puissance de vos frères, vous pouvez contracter des liens d'amitié. Contracter des liens d'amitié avec quelqu'un, c'est contracter amitié avec sa vertu. Il ne doit pas y avoir d'autre motif de liaison d'amitié.
_Meng-hian-tseu_[13] était le chef d'une famille de cent chars. Il y avait cinq hommes liés entre eux d'amitié: _Yo-tching-khieou, Mou-tchoung;_ j'ai oublié le nom des trois autres. _[Meng]-hian-tseu_ s'était aussi lié d'amitié avec ces cinq hommes, qui faisaient peu de cas de la grande famille de _Hian-tseu_. Si ces cinq hommes avaient pris en considération la grande famille de _Hian-tseu_, celui-ci n'aurait pas contracté amitié avec eux.
Non-seulement le chef d'une famille de cent chars doit agir ainsi, mais encore des princes de petits États devraient agir de même.
_Hoeï, Koung_ de l'État de _Pi_, disait: Quant à _Tseu-sse_, j'en ai fait mon précepteur; quant à _Yan-pan_, j'en ai fait mon ami. _Wang-chun_ et _Tchang-si_ [qui leur sont bien inférieurs en vertus] sont ceux qui me servent comme ministres.
Non-seulement le prince d'un petit État doit agir ainsi, mais encore des princes ou chefs de plus grands royaumes devraient aussi agir de même.
_Ping, Koung_ de _Tçin_, avait une telle déférence pour _Haï-tang_[14] que lorsque celui-ci lui disait de rentrer dans son palais, il y rentrait; lorsqu'il lui disait de s'asseoir, il s'asseyait; lorsqu'il lui disait de manger, il mangeait. Quoique ses mets n'eussent été composés que du riz le plus grossier, ou de jus d'herbes, il ne s'en rassasiait pas moins, parce qu'il n'osait pas faire le contraire [tant il respectait les ordres du sage][15]. Ainsi il avait pour eux la déférence la plus absolue, et rien de plus. Il ne partagea pas avec lui une portion de la dignité qu'il tenait du ciel [en lui donnant une magistrature][16]; il ne partagea pas avec lui les fonctions de gouvernement qu'il tenait du ciel [en lui conférant une partie de ces fonctions][17]; il ne consomma pas avec lui les revenus qu'il tenait du ciel[18]. En agissant ainsi, c'est honorer un sage à la manière d'un lettré, mais ce n'est pas l'honorer à la manière d'un roi ou d'un prince.
Lorsque _Chun_ eut été élevé au rang de premier ministre, il alla visiter l'empereur. L'empereur donna l'hospitalité à son gendre dans le second palais, et même il mangea à la table de _Chun_. Selon que l'un d'eux visitait l'autre, ils étaient tour à tour hôte recevant et hôte reçu [sans distinction d'_empereur_ et de _sujet_]. C'est ainsi que le fils du Ciel entretenait des liens d'amitié avec un homme privé.
Si, étant dans une position inférieure, on témoigne de la déférence et du respect à son supérieur, cela s'appelle _respecter la dignité;_ si, étant dans une position supérieure, on témoigne de la déférence et du respect à son inférieur, cela s'appelle _honorer et respecter l'homme sage_. Respecter la dignité, honorer et respecter l'homme sage, le devoir est le même dans les deux circonstances.
4. _Wen-tchang_ fit une question en ces termes: Oserais-je vous demander quel sentiment on doit avoir en offrant des présents[19] pour contracter amitié avec quelqu'un?
MENG-TSEU dit: Celui du respect.
_Wen-tchang_ continua: Refuser cette amitié et repousser ces présents à plusieurs reprises est une action considérée comme irrévérencieuse; pourquoi cela?
MENG-TSEU dit: Lorsqu'un homme honoré [par sa position ou sa dignité] vous fait un don, si vous vous dites, avant de l'accepter: Les moyens qu'il a employés pour se procurer ces dons d'amitié sont-ils justes, ou sont-ils injustes? ce serait manquer de respect envers lui; c'est pourquoi on ne doit pas les repousser.
_Wen-tchang_ dit: Permettez; je ne les repousse pas d'une manière expresse par mes paroles; c'est dans ma pensée que je les repousse. Si je me dis en moi-même: «Cet homme honoré par sa dignité, qui m'offre ces présents, les a extorqués[20] au peuple: cela n'est pas juste;» et que, sous un autre prétexte que je donnerai, je ne les reçoive pas: n'agirai-je pas convenablement?
MENG-TSEU dit: S'il veut contracter amitié selon les principes de la raison, s'il offre des présents avec toute la politesse et l'urbanité convenables, KHOUNG-TSEU lui-même les eût acceptés.
_Wen-tchang_ dit: Maintenant, je suppose un homme qui arrête les voyageurs dans un lieu écarté en dehors des portes de la ville, pour les tuer et les dépouiller de ce qu'ils portent sur eux: si cet homme veut contracter amitié selon les principes de la raison, et s'il offre des présents avec toute la politesse d'usage, sera-t-il permis d'accepter ces présents, qui sont le produit du vol?
MENG-TSEU dit: Cela ne sera pas permis. Le _Khang-kao_ dit: «Ceux qui tuent les hommes et jettent leurs corps à l'écart pour les dépouiller de leurs richesses, et dont l'intelligence obscurcie et hébétée ne redoute pas la mort, il n'est personne chez tous les peuples qui ne les ait en horreur.» Ce sont là des hommes que, sans attendre ni instruction judiciaire ni explication, on fait mourir de suite. Cette coutume expéditive de faire justice des assassins sans discussions préalables, la dynastie _Yn_ la reçut de celle de _Hia_, et la dynastie des _Tcheou_ de celle de _Tin_; elle a été en vigueur jusqu'à nos jours. D'après cela, comment seriez-vous exposé à recevoir de pareils présents?
_Wen-tchang_ poursuivit: De nos jours, les princes de tous rangs, extorquant les biens du peuple, ressemblent beaucoup aux voleurs qui arrêtent les passants sur les grands chemins pour les dépouiller[21]. Si, lorsque avec toutes les convenances d'usage ils offrent des présents au sage, le sage les accepte, oserais-je vous demander en quoi il place la justice[22]?
MENG-TSEU dit: Pensez-vous donc que si un souverain puissant apparaissait au milieu de nous, il rassemblerait tous les princes de nos jours et les ferait mourir pour les punir de leurs exactions? ou bien que si, après les avoir tous prévenus du châtiment qu'ils méritaient, ils ne se corrigeaient pas, ils les ferait périr? Appeler [comme vous venez de le faire] ceux qui prennent ce qui ne leur appartient pas, _voleurs de grands chemins_, c'est étendre à cette espèce de gens la sévérité la plus extrême que comporte la justice [fondée sur la saine raison][23].
KHOUNG-TSEU occupait une magistrature dans le royaume de _Lou_ [sa patrie]. Les habitants, lorsqu'ils allaient à la chasse, se disputaient à qui prendrait le produit de l'autre, et KHOUNG-TSEU en faisait autant[24]. S'il est permis de se disputer de cette façon à qui prendra le gibier de l'autre lorsque l'on est à la chasse, à plus forte raison est-il permis de recevoir les présents qu'on vous offre.
_Wen-tchang_ continua: S'il en est ainsi, alors KHOUNG-TSEU, en occupant sa magistrature, ne s'appliquait sans doute pas à pratiquer la doctrine de la droite raison?
MENG-TSEU répondit: Il s'appliquait à pratiquer la doctrine de la droite raison.
--Si son intention était de pratiquer cette doctrine, pourquoi donc, étant à la chasse, se querellait-il pour prendre le gibier des autres?
--KHOUNG-TSEU avait le premier prescrit dans un livre, d'une manière régulière, que l'on emploierait certains vases en nombre déterminé dans le sacrifice aux ancêtres, et qu'on ne les remplirait pas de mets tirés à grands frais des quatre parties du royaume.
--Pourquoi ne quittait-il pas le royaume de _Lou?_
--Il voulait mettre ses principes en pratique. Une fois qu'il voyait que ses principes pouvant être mis en pratique n'étaient cependant pas pratiqués, il quittait le royaume. C'est pourquoi il n'est jamais resté trois ans dans un royaume sans le quitter.
Lorsque KHOUNG-TSEU voyait que sa doctrine pouvait être mise en pratique, il acceptait des fonctions publiques; quand on le recevait dans un État avec l'urbanité prescrite, il acceptait des fonctions publiques; quand il pouvait être entretenu avec les revenus publics, il acceptait des fonctions publiques.
Voyant que sa doctrine pouvait être pratiquée par _Ki-houan-tseu_ (premier ministre de _Ting, Koung_ de _Lou_), il accepta de lui des fonctions publiques; ayant été traité avec beaucoup d'urbanité par _Ling, Koung_ de _Weï_, il accepta de lui des fonctions publiques; ayant été entretenu avec les revenus publics par _Hiao, Koung_ de _Wei_, il accepta de lui des fonctions publiques.
5. MENG-TSEU dit: On accepte et on remplit des fonctions publiques, sans que ce soit pour cause de pauvreté; mais il est des temps où c'est pour cause de pauvreté. On épouse une femme dans un tout autre but que celui d'en recevoir son entretien; mais il est des temps où c'est dans le but d'en recevoir son entretien.
Celui qui pour cause de pauvreté refuse une position honorable reste dans son humble condition, et en refusant des émoluments il reste dans la pauvreté.
Celui qui refuse une position honorable, et reste dans son humble condition; qui refuse des émoluments, et reste dans la pauvreté: que lui convient-il donc de faire? Il faut qu'il fasse le guet autour des portes de la ville, ou qu'il fasse résonner la crécelle de bois [pour annoncer les veilles de la nuit].
Lorsque KHOUNG-TSEU était _directeur d'un grenier public_[25], il disait: Si mes comptes d'approvisionnements et de distributions sont exacts, mes devoirs sont remplis. Lorsqu'il était _administrateur général des campagnes_[26], il disait: Si les troupeaux sont en bon état, mes devoirs sont remplis.
Si lorsqu'on se trouve dans une condition inférieure on parle de choses bien plus élevées que soi[27], on est coupable [de sortir de son état][28]. Si lorsqu'on se trouve à la cour d'un prince on ne remplit pas les devoirs que cette position impose, on se couvre de honte.
6. _Wen-tchang_ dit: Pourquoi les lettrés [qui n'occupent pas d'emplois publics][29] ne se reposent-ils pas du soin de leur entretien sur les princes des différents ordres[30]?
MENG-TSEU dit: Parce qu'ils ne l'osent pas. Les princes de différents ordres, lorsqu'ils ont perdu leur royaume, se reposent sur tous les autres princes du soin de leur entretien; c'est conforme à l'usage établi; mais ce n'est pas conforme à l'usage établi que les lettrés se reposent sur les princes du soin de leur entretien.
_Wen-tchang_ dit: Si le prince leur offre pour aliments du millet ou du riz, doivent-ils l'accepter?
--Ils doivent l'accepter.
--Ils doivent l'accepter; et de quel droit[31]?
--Le prince a des devoirs à remplir envers le peuple dans le besoin; il doit le secourir[32].
--Lorsqu'on offre un secours, on le reçoit; et lorsque c'est un présent, on le refuse; pourquoi cela?
--Parce qu'on ne l'ose pas [dans le dernier cas].
--Permettez-moi encore une question: On ne l'ose pas; et comment cela?
--Celui qui fait le guet à la porte de la ville, celui qui fait résonner la crécelle de bois, ont, l'un et l'autre, un emploi permanent qui leur donne droit à être nourris aux dépens des revenus ou impôts du prince. Ceux qui, n'occupant plus d'emplois publics permanents, reçoivent des dons du prince, sont considérés comme manquant du respect que l'on se doit à soi-même.
--Je sais maintenant que si le prince fournit des aliments au lettré, il peut les recevoir; mais j'ignore si ces dons doivent être continués.
--_Mou-koung_ se conduisit ainsi envers _Tseu-sse_: il envoyait souvent des hommes pour prendre des informations sur son compte [pour savoir s'il était en état de se passer de ses secours][33]; et il lui envoyait souvent des aliments de viande cuite. Cela ne plaisait pas à _Tseu-sse._ A la fin, il prit les envoyés du prince par la main et les conduisit jusqu'en dehors de la grande porte de sa maison; alors, le visage tourné vers le nord, la tête inclinée vers la terre, et saluant deux fois les envoyés, sans accepter leurs secours, il dit: «Je sais dès maintenant que le prince me nourrit, moi _Ki_, comme si j'étais un chien ou un cheval.» Or, de ce moment-là, les gouverneurs et premiers administrateurs des villes n'ont plus alimenté [les lettrés]; cependant, si lorsqu'on aime les sages on ne peut les élever à des emplois, et qu'en outre on ne puisse leur fournir ce dont ils ont besoin pour vivre, peut-on appeler cela aimer les sages?
_Wen-tchang_ dit: Oserais-je vous faire une question: Si le prince d'un royaume désire alimenter un sage, que doit-il faire dans ce cas pour qu'on puisse dire qu'il est véritablement alimenté?
MENG-TSEU dit: Le lettré doit recevoir les présents ou les aliments qui lui sont offerts par l'ordre du prince en saluant deux fois et en inclinant la tête. Ensuite les gardiens des greniers royaux doivent continuer les aliments, les cuisiniers doivent continuer d'envoyer de la viande cuite, sans que les hommes chargés des ordres du prince les lui présentent de nouveau[34].
_Tseu-sse_ se disait en lui-même: «Si pour des viandes cuites on me tourmente de manière à m'obliger à faire souvent des salutatious de remercîment, ce n'est pas là un mode convenable de subvenir à l'entretien des sages.»
_Yao_ se conduisit de la manière suivante envers _Chun_: il ordonna à ses neuf fils de le servir; il lui donna ses deux filles en mariage; il ordonna à tous les fonctionnaires publics de fournir des bœufs, des moutons, de remplir des greniers pour l'entretien de _Chun_ au milieu des champs; ensuite il l'éleva aux honneurs et lui conféra une haute dignité. C'est pourquoi il est dit avoir honoré un sage selon un mode convenable à un souverain ou à un prince.
7. _Wen-tchang_ dit: Oserais-je vous faire une question: Pourquoi un sage ne va-t-il pas visiter les princes[35]?
MENG-TSEU dit: S'il est dans leur ville principale, on dit qu'il est le sujet de la place publique et du puits public; s'il est dans la campagne, on dit qu'il est le sujet des herbes forestières. Ceux qui sont dans l'un et l'autre cas, sont ce que l'on nomme les hommes de la foule[36]. Les hommes de la foule qui n'ont pas été ministres, et n'ont pas encore offert de présents au prince, n'osent pas se permettre de lui faire leur visite; c'est l'usage.
_Wen-tchang_ dit: Si le prince appelle les hommes de la foule pour un service exigé, ils vont faire ce service. Si le prince, désirant les voir, les appelle auprès de lui, ils ne vont pas le voir; pourquoi cela?
MENG-TSEU dit: Aller faire an service exigé est un devoir de justice[37]; aller faire des visites [au prince] n'est pas un devoir de justice.
Par conséquent, pourquoi le prince désirerait-il que les lettrés lui fissent des visites?
_Wen-tchang_ dit: Parce qu'il est fort instruit, parce que lui-même est un sage.
MENG-TSEU dit: Si parce qu'il est fort instruit [il veut l'avoir près de lui pour s'instruire encore][38], alors le fils du Ciel n'appelle pas auprès de lui son précepteur; à plus forte raison un prince ne l'appellera-t-il pas. Si parce qu'il est sage [il veut descendre jusqu'aux sages][39], alors je n'ai pas encore entendu dire qu'un prince, désirant voir un sage, l'ait appelé auprès de lui.
_Mou-koung_ étant allé, selon l'usage, visiter _Tseu-sse_, dit: Dans l'antiquité, comment un prince de mille quadriges[40] faisait-il pour contracter amitié avec un lettré?
_Tseu-sse_, peu satisfait de cette question, répondit: Il y a une maxime d'un homme de l'antiquité qui dit: «Que le prince _le serve [en le prenant pour son maître], et qu'il l'honore_.» A-t-il dit, _qu'il contracte amitié avec lui?_
_Tseu-sse_ était peu satisfait de la question du prince; n'était-ce pas parce qu'il s'était dit en lui-même: «Quant à la dignité, au rang que vous occupez, vous êtes prince, et moi je suis sujet[41]; comment oserais-je former des liens d'amitié avec un prince? Quant à la vertu, c'est vous qui êtes mon inférieur, qui devez me servir; comment pourriez-vous contracter des liens d'amitié avec moi?» Si les princes de mille quadriges qui cherchaient à contracter des liens d'amitié avec les lettrés ne pouvaient y parvenir, à plus forte raison ne pouvaient-ils pas les appeler à leur cour.
_King, Koung_ de _Thsi_[42], voulant aller à la chasse, appela les gardiens des parcs royaux avec leur étendard. Comme ils ne se rendirent pas à l'appel, il avait résolu de les faire mourir.
«L'homme dont la pensée est toujours occupée de son devoir [lui représenta KHOUNG-TSEU] n'oublie pas qu'il sera jeté dans un fossé ou dans une mare d'eau [s'il le transgresse]; l'homme au courage viril n'oublie pas qu'il perdra sa tête.»
Pourquoi KHOUNG-TSEU prit-il la défense de ces hommes? Il la prit parce que les gardiens n'ayant pas été avertis avec leur propre signal, ils ne s'étaient pas rendus à l'appel.
_Wen-tchang_ dit: Oserais-je vous faire une question: De quel objet se sert-on pour appeler les gardiens des parcs royaux?
MENG-TSEU dit: On se sert d'un bonnet de poil; pour les hommes de la foule, on se sert d'un étendard de soie rouge sans ornement; pour les lettrés, on se sert d'un étendard sur lequel sont figurés deux dragons; pour les premiers administrateurs, on se sert d'un étendard orné de plumes de cinq couleurs qui pendent au sommet de la lance.
Comme on s'était servi du signal des premiers administrateurs pour appeler les gardiens des parcs royaux, ceux-ci, même en présence de la mort [qui devait être le résultat de leur refus], n'osèrent pas se rendre à l'appel. Si on s'était servi du signal des lettrés pour appeler les hommes de la foule, les hommes de la foule auraient-ils osé se rendre à l'appel? Bien moins encore ne s'y rendrait-il pas, si on s'était servi du signal d'un homme dépourvu de sagesse[43], pour appeler un homme sage!
Si, lorsqu'on désire recevoir la visite d'un homme sage, on n'emploie pas les moyens convenables[44], c'est comme si en désirant qu'il entrât dans sa maison on lui en fermait la porte. L'équité ou le devoir est la voie; l'urbanité est la porte. L'homme supérieur ne suit que cette voie, ne passe que par cette porte. Le _Livre des Vers_[45] dit:
«La voie royale, la grande voie, est plane comme une pierre qui sert à moudre le blé;
Elle est droite comme une flèche;
C'est elle que foulent les hommes supérieurs;
C'est elle que regardent de loin les hommes de la foule[46].»
_Wen-tchang_ dit: KHOUNG-TSEU, se trouvant appelé par un message du prince, se rendait à son invitation sans attendre son char. S'il en est ainsi, KHOUNG-TSEU agissait-il mal?
MENG-TSEU dit: Ayant été promu à des fonctions publiques, il occupait une magistrature; et c'est parce qu'il occupait une magistrature qu'il était invité à la cour.
8. MENG-TSEU, interpellant _Wen-tchang_, dit: Le lettré vertueux d'un village se lie spontanément d'amitié avec les lettrés vertueux de ce village; le lettré vertueux d'un royaume se lie spontanément d'amitié avec les lettrés vertueux de ce royaume; le lettré vertueux d'un empire se lie spontanément d'amitié avec les lettrés vertueux de cet empire.
Pensant que les liens d'amitié qu'il contracte avec les lettrés vertueux de l'empire ne sont pas encore suffisants, il veut remonter plus haut, et il examine les œuvres des hommes de l'antiquité; il récite leurs vers, il lit et explique leurs livres. S'il ne connaissait pas intimement ces hommes, en serait-il capable? C'est pourquoi il examine attentivement leur siècle[47]. C'est ainsi qu'en remontant encore plus haut, il contracte de plus nobles amitiés.
9. _Siouan_, roi de _Thsi_, interrogea MENG-TSEU sur les premiers ministres (_King_).
Le Philosophe dit: Sur quels premiers ministres le roi m'interroge-t-il?
Le roi dit: Les premiers ministres ne sont-ils pas tous de la même classe?
MENG-TSEU répondit: Ils ne sont pas tous de la même classe. Il y a des premiers ministres qui sont unis au prince par des liens de parenté; il y a des premiers ministres qui appartiennent à des familles différentes de la sienne.
Le roi dit: Permettez-moi de vous demander ce que sont les premiers ministres consanguins.
MENG-TSEU répondit: Si le prince a commis une grande faute [qui puisse entraîner la ruine du royaume][48], alors ils lui font des remontrances. S'il retombe plusieurs fois dans la même faute sans vouloir écouter leurs remontrances, alors ces ministres le remplacent dans sa dignité et lui ôtent son pouvoir.
Le roi, ému de ces paroles, changea de couleur. MENG-TSEU ajouta: Que le roi ne trouve pas mes paroles extraordinaires. Le roi a interrogé un sujet; le sujet n'a pas osé lui répondre contrairement à la droiture et à la vérité.
Le roi, ayant repris son air habituel, voulut ensuite interroger le Philosophe sur les premiers ministres de familles différentes.
MENG-TSEU dit: Si le prince a commis une grande faute, alors ils lui font des remontrances; s'il retombe plusieurs fois dans les mêmes fautes, sans vouloir écouter leurs remontrances, alors ils se retirent.
[1] Voyez liv. Ier, chap. III.
[2] voyez le chapitre précédent, §7.
[3] _Eulh weï eulh, ngo weï ngo;_ littéralement, _vous, pour vous; moi, pour moi._
[4] KHOUNG-TSEU naquit dans le royaume de _Lou_; c'était le royaume de son père et de sa mère. (_Glose._)
[5] _Glose._
[6] Homme de l'État de _Weï_.
[7] «Celui qui pour père a le ciel, pour mère la terre, et qui est constitué leur fils, c'est le_fils du Ciel_. (_Glose._)
[8] On a quelquefois traduit ces quatre derniers titres par ceux de _duc_ (_koung_), _prince_ (_heou_), _comte_ (_pe_), _marquis_ et _baron_ (_tseu_ et _nan_); mais en supposant qu'autrefois ils aient pu avoir quelques rapports d'analogie pour les idées qu'ils représentaient, ils n'en auraient plus aucun de nos jours. Voici comment les définit la Glose chinoise que nous avons sous les yeux:
1° _Koung_, celui dont les fonctions consistaient à se dévouer complètement au bien public, sans avoir aucun égard à son intérêt privé;
2° _Heou_, celui dont les fonctions étaient de veiller aux affaires du dehors, et qui en même temps était prince;
3° _Pe_, celui qui avait des pouvoirs suffisants pour former l'éducation des citoyens (_Tchang-jin_);
4° _Tseu_, celui qui avait des pouvoirs suffisants pour pourvoir à l'entretien des citoyens; et _nan_, celui qui en avait aussi de suffisants pour les rendre paisibles.
Voici comment la même Glose définit les titres suivants:
1° _Kiun_ (_prince_), celui dont les proclamations (_tchu-ming_) suffisaient pour corriger et redresser la foule du peuple;
2° _King_, celui qui savait donner et retirer les emplois publics, et dont la raison avait toujours accès près du prince;
3° _Ta-fou_, ceux dont le savoir suffisait pour instruire et administrer des citoyens;
4° _Chang-sse_, ceux dont les talents suffisaient pour administrer les citoyens; trois commandements constituaient le _chang-sse;_
5° _Tchoung-sse_, deux commandements le constituaient;
6° _Hia-sse_, un commandement le constituait.
[9] Les revenus se percevaient sur les terres; c'est pourquoi on dit le _domaine_ ou le _territoire_ (_thi_).
[10] «Par le mot _fang_ (_carré_), dit la Glose, il veut dire que les quatre cotés de ce territoire, à l'orient, à l'occident, au midi et au nord, avaient chacun d'étendue, en droite ligne, mille _li_, ou 100 lieues.»
[11] _Glose._
[12] «Royaumes des _Koung_ et des _Heou_.» (_Glose._)
[13] Voyez _Ta-hio_, chap. X, §21.
[14] Sage du royaume du _Tçin._
[15] _Glose._
[16] _Glose._
[17] _Glose._
[18] Ces trois expressions _thian-weï, dignité du ciel; thian-chi, fonctions du ciel; thian-lou, revenus du ciel_, équivalent à _dignité royale, fonctions royales, revenus royaux._
[19] Ce sont les rois et les princes qui invitent les sages à leur cour, en leur offrant de riches présents, dent il est ici question.
[20] _Thsiu, prendre_; et quand on suppose que c'est avec violence et impunité _extorquer_.
[21] _Kin tchi tchou heou thsiu tchi iu min, yeou yu ye._
[22] _Wen khi ho i_. (_Glose._)
[23] _Glose_. Nous croyons devoir répéter ici que dans ces hardis passages si adroitement rédigés, comme dans tout l'ouvrage, nous ne nous sommes pas permis d'ajouter un seul mot au texte chinois sans le placer entre parenthèses; et dans ce dernier cas, il est toujours tiré de la Glose, ou du sens même de la phrase.
[24] La Glose dit. Cela signifie seulement qu'il ne s'opposait pas à cette coutume, mais non que par lui-même il en fît autant.
[25] Voyez à ce sujet notre _Description historique, etc., de l'empire de la Chine,_ déjà citée, vol. I, pag. 123 et suiv.
[26] _Chin tian_. Voyez à ce sujet le même ouvrape, pag. 125.
[27] «De la haute administration du royaume.» (_Glose_)
[28] _Glose._
[29] _Glose._
[30] _Tchou-heou_, les _Heou_ en général.
[31] _Ho-i_; littéralement, _de quelle justice?_
[32] _Kiun tchi iu ming ye, ko tcheou tchi._
[33] _Glose._
[34] «Afin de ne pas l'obliger à répéter à chaque instant ses salutations et ses remercîments.» (_Commentaire._)
[35] Il fait allusion à son maître.
[36] _Tous ceux qui n'occupent aucun emploi public._
[37] «Aller faire un service exigé est un devoir pour les hommes de la foule; ne pas aller faire des visites (au prince) est d'un usage consacré pour les lettrés.» (TCHOU-HI.)
[38] Supplément de la Glose.
[39] _Ibid._
[40] C'étaient les princes du rang de _Heou_. Ces expressions chinoises, _un prince de cent quadriges, un prince de mille quadriges, un prince de dix mille quadriges,_ sont tout a fait analogues à celles dont nous nous servons pour désigner la puissance relative des machines a vapeur de _la force de vingt, de cinquante, de cent chevaux, etc._
[41] «Par ce mot de _tchin, sujet_, il veut désigner la condition (_fen_) des hommes de la foule.» (_Glose._)
[42] Voyez précédemment, liv. I, chap. VI. pag. 276.
[43] «Par _homme dépourvu de sagesse_, dit la Glose, il indique celui qui désire recevoir la visite d'un sage, et lui fait un appel à ce sujet.»
[44] _L'Explication_ du _Kiang-i-pi-tchi_ dit à ce sujet: «C'est pourquoi le prince d'un royaume qui désire recevoir la visite d'un homme sage, doit suivre la marche convenable: ou le sage habite son voisinage, et alors il doit le visiter lui-même; ou il est éloigné, et alors il doit lui envoyer des exprès pour l'engager à se rendre à sa cour.»
[45] Ode _Ta-toung_, section _Ta-ya._
[46] Il y a encore maintenant en Chine des routes destinées uniquement au service de l'empereur et de sa cour.
[47] Les actions et les hauts faits qu'ils ont accomplis dans leur génération. (_Glose._)
[48] _Commentaire._