‹ Les RévoltésChapitre 19 sur 22 · Scène VII.

Scène VII.

FRÉDÉRIQUE, puis LA COMTESSE et LE CONSEILLER.

FRÉDÉRIQUE.

La carabine est telle que je l’avais laissée. Le chasseur me l’a très-bien soignée. Mais aussi c’est un chasseur, et il n’y a rien au-dessus de ces gens-là. Je vais la charger tout de suite, et demain, de bonne heure, je veux tirer un cerf. (Auprès d’une table, où se trouve un candélabre, elle manie une poire à poudre, une mesure, des linges cirés, des balles, un marteau, et charge la carabine lentement et méthodiquement.)

LA COMTESSE.

Tu tiens encore la poire à poudre près de la lumière. Comme une étincelle peut tomber aisément ! Sois donc prudente. Tu te feras un malheur.

FRÉDÉRIQUE.

Laissez-moi, chère maman. Je suis déjà prévoyante. Qui a peur de la poudre ne doit pas manier la poudre.

LA COMTESSE.

Dites-moi, cher conseiller, j’ai la chose fort à cœur. Ne pourrions-nous du moins faire un pas jusqu’à votre retour ?

LE CONSEILLER.

Je respecte en vous cette ardeur à faire le bien et à ne pas tarder un instant.

LA COMTESSE.

Ce qu’une fois je reconnais juste, je voudrais le voir aussitôt exécuté. La vie est si courte et le bien agit si lentement !

LE CONSEILLER.

Quelle est donc votre pensée ?

LA COMTESSE.

Vous êtes moralement convaincu que, pendant la guerre, le bailli a détourné le document ?

FRÉDÉRIQUE, vivement.

L’êtes-vous ?

LE CONSEILLER.

D’après tous les indices, c’est, je puis le dire, plus que probable.

LA COMTESSE.

Vous croyez qu’il le garde encore, dans quelque dessein ?

FRÉDÉRIQUE, même jeu.

Croyez-vous ?

LE CONSEILLER.

La confusion de ses comptes, le désordre des archives, toute la manière dont il a mis à profit ce procès, me font présumer qu’il se ménage une retraite ; que peut-être, si on le presse de ce côté, il songe à se sauver de l’autre, et à vendre le document à la partie adverse pour une somme considérable.

LA COMTESSE.

Eh bien, si l’on cherchait à le gagner par l’intérêt ? Il souhaite que son neveu lui soit substitué : si nous promettions à ce jeune homme, à condition que, pour faire ses preuves, il mettrait en ordre les archives, une récompense, qui serait surtout considérable, dans le cas où il retrouverait le document… On lui ferait espérer la substitution. Parlez-lui avant de partir, et, en attendant votre retour, cela s’arrangera.

LE CONSEILLER.

C’est trop tard ; notre homme est sans doute déjà couché.

LA COMTESSE.

N’en croyez rien. Tout vieux qu’il est, il vous guettera jusqu’au moment où vous monterez en voiture. Il viendra encore, en grande tenue, vous faire sa révérence, et ne manquera certainement pas de vous présenter ses devoirs. Faisons-le appeler.

LE CONSEILLER.

Comme il vous plaira.

FRÉDÉRIQUE. Elle sonne, un domestique paraît.

Que le bailli vienne encore ici un moment.

LA COMTESSE.

Les instants sont précieux : voulez-vous, en attendant, jeter un coup d’œil sur les papiers relatifs à cette affaire ? (La Comtesse et le Conseiller sortent ensemble.)

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