Scène VI.
Une salle du château, éclairée aux bougies.
FRÉDÉRIQUE, JACQUES.
Frédérique tient une carabine rayée, Jacques un fusil.
FRÉDÉRIQUE.
C’est cela, Jacques : tu es un brave garçon. Si tu me répares bien le fusil, en sorte qu’au premier coup d’œil, il ne me rappelle pas ce pédant, tu auras une bonne récompense.
JACQUES.
Je vais le prendre, gracieuse comtesse, et je ferai de mon mieux. Il n’est pas besoin de récompense : je suis votre serviteur pour la vie.
FRÉDÉRIQUE.
Tu veux partir cette nuit ? Elle est noire et il pleut : reste chez le chasseur.
JACQUES.
Je ne sais ce que j’éprouve ; quelque chose me dit de partir : j’ai comme un pressentiment.
FRÉDÉRIQUE.
Tu n’es pourtant pas accoutumé à voir des revenants ?
JACQUES.
Ce n’est pas non plus un pressentiment, c’est un soupçon. Plusieurs paysans se sont rassemblés cette nuit chez le chirurgien. Ils m’avaient aussi invité, mais je n’y suis pas allé : je ne veux point de querelles avec la seigneurie. Et à présent je voudrais y avoir été, pour savoir ce qu’ils projettent.
FRÉDÉRIQUE.
Que sera-ce ? La vieille histoire du procès !
JACQUES.
Non, non, il y a plus que cela ! Laissez-moi ma fantaisie : c’est pour vous, c’est pour les vôtres que je m’inquiète.
(Il sort.)