Scène III.
LA COMTESSE, LE GOUVERNEUR.
LE GOUVERNEUR.
Puis-je demander à madame la comtesse comment elle se porte ?
LA COMTESSE.
Comme vous pouvez imaginer, après l’émotion qui m’a surprise à mon arrivée.
LE GOUVERNEUR.
J’en ai été sincèrement affligé, mais j’espère que cela n’aura pas de suites. Au reste votre séjour ici pourra difficilement vous être agréable de sitôt, quand vous le comparerez avec celui dont vous avez joui dernièrement.
LA COMTESSE.
Il y a beaucoup de charme aussi à se retrouver dans sa maison auprès des siens.
LE GOUVERNEUR.
Que de fois j’ai envié votre bonheur, d’assister aux plus grands événements que le monde ait jamais vus ; d’être témoin de l’heureuse ivresse qui saisit une grande nation, dans le moment où, pour la première fois, elle se sentit libre et déliée des chaînes qu’elle avait portées si longtemps, que ce pesant fardeau, ce fardeau étranger, était devenu, en quelque sorte, un membre de son infirme et misérable corps !
LA COMTESSE.
J’ai vu d’étranges choses, mais peu de réjouissantes.
LE GOUVERNEUR.
Sinon pour les sens, du moins pour l’esprit. Celui qui échoue avec de grands desseins est toujours plus digne de louange que celui qui n’agit que par de petites vues. On peut s’égarer dans le droit chemin et marcher droit dans le mauvais…