CHAPITRE IV - I
Oui, nobles cœurs, vous comprenez ces choses, et, je l’espère, vous les aimez. Vous voulez la justice, et vous sentez que vous pourrez aimer votre devoir dans cette lutte héroïque qui est la marche de l’humanité vers son but. Vous comprenez ce qu’il y a d’honneur et de vraie gloire à marcher parmi les premiers et à conduire les autres avec courage vers la terre à venir d’un siècle meilleur et plus heureux.
Peut-être même avez-vous dans le cœur un de ces impétueux courages, capables de tout oser et de tout sacrifier pour renverser l’obstacle et parvenir au but.
Dans ce cas, il est une vertu qu’il faut joindre au zèle de la justice: c’est la sagesse.
Si vous voulez par vos efforts, devenir un soldat du progrès, un ouvrier de la justice, il faut au désintéressement et au courage, qui est la première condition, unir cette sagesse paisible et lumineuse qui voit clairement l’œuvre et le but, qui ne produit que des efforts vrais, ne s’agite pas dans la violence, et n’arrache pas le blé pour arracher l’ivraie.
Parlons plus clairement. Si vous voulez aujourd’hui travailler au bien des hommes, il vous faut renoncer d’abord à la grande maladie mentale de notre époque, savoir: la manie aveugle et farouche qui renverse et qui brise.
Tout briser pour tout reconstruire sur un plan tout nouveau, tel est, au milieu de nous, depuis bientôt un siècle, le risible, cruel et criminel effort du zèle ignorant et farouche de la grande foule des insensés.
Si vous ne savez pas vous dégager absolument de cette folie stupide, vous pouvez beaucoup pour le mal, mais vous êtes impuissant pour le bien. Vous n’essuierez pas une seule larme, vous en ferez couler beaucoup.