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Pantagruel · Commentaire

(pages 213-384)

PANTAGRUEL

Page 213. Cette page est la reproduction du frontispice de la dernière édition séparée de Pantagruel, qui a précédé l’impression du roman complet. Pour la description de cette édition et des précédentes, voir notre Bibliographie.

Nous avons établi, par des preuves qui nous paraissent irrécusables (voyez ci-dessus p. 15-19), que le Pantagruel, dont la plus ancienne édition connue est sans date et la première datée de 1533, a paru avant Gargantua, et qu’il était primitivement destiné à servir de suite à l’édition des Grandes Cronicques remaniée par Rabelais et publiée par lui en 1532 (voyez p. 23-56). La Monnoye, dans une note sur la 42 nouvelle de Des Périers, semble croire que Pantagruel a paru avant 1529. Il se fonde sur une phrase du discours de l’écolier limousin, qui se trouve dans le Champ fleury de Geoffroy Tory, publié en 1529, et qui peut paraître tirée de Pantagruel. Nous reviendrons plus loin sur cette question avec quelques détails. Pour le moment, nous nous contentons de rappeler que Rabelais, arrivé à Montpellier seulement en 1530, ne peut guère avoir publié son Pantagruel avant cette époque. D’ailleurs la date des poursuites dirigées par la Sorbonne contre cet ouvrage nous fait connaître celle de sa publication : elle se trouve indiquée, ainsi que le remarque Rathery, par une lettre latine de Calvin, d’octobre 1533, dans laquelle il raconte que la Faculté, cherchant à s’excuser d’avoir fait saisir Le Miroir de l’ame pechereſſe, de Marguerite de Valois, avait déclaré par la bouche de son suppôt, Leclerc, curé de Saint-André-des-Arcs, que ce livre avait simplement été mis à part pour être examiné, et qu’on n’avait tenu décidément condamnables que La Forêt d’amours, Pantagruel, et autres romans obscènes, « ſe pro damnatis habuiſſe obſca ; nos illos Pantagruelem, Syluam amorum, & eius monetæ. »

Pantagruel n’est pas, comme Gargantua, un personnage populaire ; toutefois, bien avant Rabelais, ce mot existe en français comme nom propre et comme nom commun. Comme nom propre il désigne un diable qui paraît plusieurs fois dans les mystères. On le trouve dans les Actes des apotres, par Arnoul et Simon Gresban, représentes en 1478 devant le roi René. Il figure aussi dans la Vie de Saint Louis par perſonnages (Bibl. nation., f. fr. 24331, f 110, r), et là un de ses tours est d’exciter la soif, comme le Pantagruel de Rabelais :

Ie vien de la grande cité
De paris [et] y ay eſté
Toute nuit. Onquez tel painne neu.
A cez galanz qui auoyent beu
Hier au ſuer juſqua hebreoz
Tandis qu’ilz eſtoyent au repos
Ie leur ay par ſoutille touche
Bouté du ſel dedenz la bouche
Doucement ſans lez eſueiller.

Mais par ma ſoy au reſueiller
Ilz ont eu plus ſoef la mitié
Que deuant.

Comme nom commun il désigne un violent mal de gorge, une sorte d’angine, qui suffoque et empêche presque absolument de parler. L’auteur du Vergier d’honneur dit en parlant d’un homme parvenu à une extrême vieillesse :

… le Panthagruel le grate
Si tres fort dehors & dedans,
Que parler ne peult…

On lit dans une sotie où il s’agit d’un personnage qui feint d’être muet :

… il a le lempas.
— Non vrayement, il ne l’a pas ;
Tu ſcès bien qu’il n’eſt pas cheual.
— Il a donc quelque aultre mal.
A-il point le Panthagruel ?
— On ne l’a iamais ſi cruel
Qu’il garde de parler aux gens.

(Ancien Théâtre françois, t. II, p. 235 : Sottie nouvelle à ſix perſonnaiges)

M. Picot a conclu de ce dialogue que le Pantagruel de Rabelais était depuis longtemps connu des spectateurs. « Ce motif, dit-il, nous autorise à placer la sottie nouvelle vers 1545. » (Étude sur la sottie, Romania, année 1878, p. 307). On a pu se convaincre, par les deux premiers passages que nous avons cités, que Pantagruel est beaucoup plus ancien que Rabelais.

Comme nos anciens auteurs, Rabelais a tait plus d’une fois allusion à cette signification du nom de son héros : l’écolier limousin « diſoit ſouuent que Pantagruel le tenoit à la gorge » (t. I, p. 243) ; « aultres auons ouy ſus l’inſtant que Atropos leurs couppoit le fillet de vie, ſoy grieſuement complaignans & lamentans de ce que Pantagruel les tenoit à la guorge. » (t. II, p. 235). — (Voyez encore ci-après, à la fin de la note sur la l. 15 de la p. 229, une variante de l’édition de Marnef). C’est le nom de ce mal de gorge, de gosier, qui a donné à Rabelais l’idée de cette étymologie bouffonne : « Panta en Grec vault autant à dire comme tout, & Gruel en langue Hagarene vault autant comme altéré. » (t. I, p. 228). Le nom du peuple, les « Dipſodes, » du grec διψάω « je suis altéré, » s’accorde parfaitement avec celui du souverain.

Page 214, l. 1 : Dizain de Maiſtre Hugues Salel. Ce dizain se trouve pour la première fois dans l’édition de 1534. Il y est suivi de ces mots :

Vivent tovs bons Pantagrvellistes.

qui ne sont pas dans les éditions postérieures.

Page 215, l. 7 : Les grandes & ineſtimables Chronicques. Voyez ci-dessus, p. 23.

L. 8 : Les auez creues gualantement. Premières éditions et Dolet : Les auez creues tout ainſi que texte de Bible ou du ſainct Euangile.

Page 216, l. 17 : Les appliquer au lieu de la douleur. On employait ainsi avec beaucoup de confiance certains livres édifiants. Voyez ci-dessus, p. 82, la note sur la p. 25, l. 20.

Tenez : mettez ſur voſtre pis
La vie qui cy eſt eſcripte :
Elle eſt de ſainte Marguerite ;
Si ſeres tantoſt deliuree.

L. 22 : Reluyſoit comme la claueure d’vn charnier. On lit dans le tiers livre (t. II, p. 117) : « plus rouillé que la claueure d’vn vieil charnier ». Ces deux passages ne sont contradictoires qu’en apparence : le fermoir d’un charnier à conserver les viandes salées est, tant qu’on s’en sert, continuellement graissé par le lard ; mais lorsqu’on n’en fait plus usage ce fermoir s’oxyde.

Page 217, l. 1 : La vie de ſaincte Marguerite. Voyez ci-dessus, p. 82, la note sur la p. 25, l. 20.

Tenez : mettez ſur voſtre pis
La vie qui cy eſt eſcripte :
Elle eſt de ſainte Marguerite ;
Si ſeres tantoſt deliuree.

L. 5 : Il eſt ſans pair… Ie le maintiens iuſques au feu, excluſiue. Premières éditions jusqu’à Dolet inclusivement : Il ny en a point. Burgaud des Marets a conservé les deux passages, trouvant le premier nécessaire au sens. La promesse de maintenir son opinion jusqu’au feu exclusivement est une allusion comique aux paroles par lesquelles le souverain pontife, en remettant le chapeau à un nouveau cardinal, l’exhorte à défendre la foi, jusqu’à la mort inclusivememt : « Accipe galerum rubrum… per quod designatur quod usque ad mortem et sanguinis effusionem inclusive pro exaltatione sanctæ fidei… te intrepidum exhibera debeas. » (Pascal, Dict. de la. liturgie catholique, au mot Chapeau, Collect. Migne). Cette plaisanterie revient à chaque instant chez Rabelais : « Crediteurs ſont (ie le maintiens iuſques au feu excluſiuement) creatures belles & bonnes ; (t. II, p. 26) — Maintiens iuſques au feu, (excluſiuement entendez) que les Turcs ne ſont aptement armez, veu que braguettes porter eſt choſe en leurs loix defendue ; (t. II, p. 44) — Ie dis & maintiens iuſques au feu (excluſiuement entendez & pour cauſe) que vous eſtes grands gens de bien. » (Ancien Prologue du Quart liure). — Montaigne s’est exprimé de même, probablement à l’imitation de Rabelais : « La cauſe generale & iuſte ne m’attache… que moderement & ſans fiéure… Ie ſuiuray le bon party iuſques au feu, mais excluſiuement ſi ie puis. » (Essais, liv. III, ch. 1, t. III, p. 244-245)

L. 10 : Liures dignes de haulte fuſtaye. Premières éditions et Dolet : dignes de memoire. En remplaçant memoire par haulte fuſtaye, l’imprimeur n’a pas supprimé digne, comme il aurait dû le faire.

L. 18 : Qu’il ne ſera acheté de Bibles en neuf ans.

Tenant ma boutique au Palais,
En moins de neuf ou dix iournées
I’ay plus vendu de Rabelais,
Que de Bibles en vingt années.

L. 25 : Veritable… crocquenotaire de amours. On lit dans les trois premières éditions : veritable : agentes & conſentientes, ceſt a dire, qui na conſcience na rien. Ien parle comme ſainct Iehan de Lapocalypſe. Puis vient : quod vidimus teſtamur « nous témoignons ce que nous auons vu. » Ce texte est tiré du verset 1 de l’épître I de saint Jean.

Page 218, l. 5 : Mau de terre vous vire. 1537 et Dolet donnent la forme gasconne : bous bire.

L. 6 : Le maulubec vous trouſſe. Voyez ci-dessus p. 65 la note sur la p. 7, l. 9.

L. 8 : Le mau fin feu de ricqueracque, auſſi menu que poil de vache. En prononçant vacque, à la picarde, on trouve ici un quatrain grossièrement rimé.

L. 11 : En ceſte preſente chronicque. À la suite de ce prologue, on trouve dans deux, éditions in-16, P. de Tours (sans date) et 1553 sans nom de lieu, la pièce suivante : « Dixain nouuellement compoſé à la louange du ioyeux eſprit de l’auteur.

Cinq cens dixains, mille virlais,
Et en Rime mille virades,
Des plus gentes, & des plus fades
De Marot, ou de Saingelais,
Payez content ſans nulz delais,
En preſence des Oreades,
Des Hymnides, & des Dryades,
Ne ſuffiroient, ny Pontalais
A pleines balles de Ballades
Au docte, & gentil Rabelais. »

Il faut lire, au septième vers, Lymnides au lieu de : Hymnides.

Page 219, l. 9 : Non ſeullement… eternelz. Premières éditions : Non ſeulement des Grecz, des Arabes, & Ethnicques, mais auſſi les auteurs de la ſaincte eſcripture, comme monſeigneur ſainct Luc meſmement, & ſainct Matthieu.

Page 220, l. 8 : Debitoribus à gauche. « Par alluſion au ſicut & nos dimittimus debitoribus noſtris, ſur lequel article il eſt peu de chrétiens qui ne gauchiſſent. » (Le Duchat). « En Picardie et dans l’Artois, être comme debitoribus, c’est s’arrêter stupéfait, avoir l’air étonné et niais. Dans le pays messin, l’expression de comme debitoribus s’est aussi conservée, et même la tradition la rapporte au passage du Pater. » (Burgaud des Marets)

L. 33 : Ventrem omnipotentem. « Ventre tout puissant. »

Page 221, l. 1 : Sainct Panſart. Au lieu de fainct lisez ſainct. — Non-seulement Henri Estienne a parlé de ce saint, mais il en a mentionné deux autres du même genre : « Vn curé au bourg de Quercy, parmy ſon proſne parlant du Mardi gras, autrement dit Quareſme-prenant ou Quareſm’entrant, recommanda à ſes paroiciens ces trois bons ſaincts, S. Panſſard, S. Mangeard & S. Creuard. » (Apologie pour Hérodote, t. III, p. 182)

L. 12 : Par le corps. L’édit. de Marnef ajoute ; « et carre a laduenant, car deux radz de front chaſcun vne hallebarde au col euſſent peu facillement marcher & paſſer deſſus. »

L. 21 : Les couilles de Lorraine. — « Les horrificques couilles de Lorraine, les quelles à bride aualée deſcendent au fond des chauſſes. » (t. II, p. 47). — Voltaire les appelle : « L’attribut de Lorraine. » (Épître à Pallu, 1725)

L. 23 : Aultres croyſſoient par les iambes… Et les petits grimaulx les appellent en grammaire Iambus. — Iambus, « ïambe, » terme de métrique, devait souvent être prononcé jambus par les écoliers, lorsque l’i et le j n’étaient pas distingués dans l’impression.

Page 222, l. 1 : Ne reminiſcaris. Commencement du verset de l’antienne : Ne reminiscaris delicta nostra, « ne vous rappelez pas nos fautes, » qui est tirée de Tobie, III, 3, et se chante avant et après les 7 psaumes pénitentiaux. Rabelais, qui vient de parler de ceux qui ont un grand nez, entend par ne reminiscaris, « rappelez-vous leur nez. »

L. 9 : Chalbroth. Les noms de ces géants sont puisés à diverses sources : ils sont tirés de la Bible, de la mythologie, de l’histoire ancienne, des romans de chevalerie, des traditions populaires ; quelques-uns sont de l’invention de l’auteur. Tous figurent à notre Table des noms. Sterne se rappelle cette plaisante énumération lorsqu’il fait dire au caporal Trim, au commencement de l’Histoire du roi de Bohème et de ses sept châteaux : « C’était, sauf votre respect, un peu avant l’époque où les géants cessèrent d’engendrer ; mais en quelle année de Notre-Seigneur c’était… — Je ne donnerais pas un sou pour le savoir, dit mon oncle Toby. » (Tristram Shandy, liv. VIII, ch. CCLXIII, t. II, p. 187)

L. 22 : Etion… Bartachim. L’édition de Marnef : « Etion qui engendra Badeloury qui tua sept vaches pour menger leur foye. »

Page 223, l. 10 : Lequel eut terriblement beau nez à boyre au baril. Dans son Grand teſtament (p. 73), Villon, après s’être demandé ce qu’il donnerait à Genevois, se décide à lui laisser son barillet, parce que le beau nez de son ami le désigne pour un legs de cette nature :

Le barillet ? Par m’ame, voyre !
Geneuoys eſt le plus ancien.
Et plus beau nez a pour y boire.

L. 24 : Fracaſſus, duquel a eſcript Merlin Caccaie. Voici le passage auquel Rabelais fait allusion :

Primus erat quidam Fracaſſus prole Gigantis,
Cuius ſtirps olim Morganto venit ab illo,
Qui bacchioconem campana ferre ſolebat,
Cum quo mille hominum colpos fracaſſet in vno.

(Merlinus Cocaius, Macaronea ſecunda, Venetiis, H. de Gobbis, 1581, p. 97)

Page 224, l. 18 : Grand Goſier. Cette forme du nom est celle qu’on trouve dans les Grandes Croniques dont Pantagruel est la suite ; quand Rabelais l’a eu changée en Grandgouſier dans Gargantua, il a oublié de la modifier ici.

L. 33 : Ledict Hurtaly n’eſtoit dedans l’arche de Noé… mais il eſtoit deſſus. « Les rabbins disent cela, non de Hurtaly, mais d’Og, roi de Basan. » (Arche de Noé, par Le Pelletier, ch. XXV, p. 236)

Page 225, l. 3 : Le gros toreau de Berne. Pontiner, l’un des chefs des Suisses. Rabelais en reparle au Quart liure (t. II, p. 414).

L. 14 : Icaromenippe. Dans le dialogue de Lucien qui porte ce titre, le philosophe Ménippe est ainsi nommé parce qu’il raconte ses voyages à travers les airs, à la façon d’Icare.

Page 226, l. 6 : Badebec, fille du Roy des Amaurotes en Vtopie. Dans les Grandes Cronicques (édit. de 1533, voyez ci-dessus p. 54, note) la femme de Gargantua se nomme comme ici Badebec, mais elle est « fille du roy Mioland. » — Quant au royaume d’Utopie (de la négation οὺ, et de τόπος, lieu), c’est une contrée imaginaire créée par Thomas Morus dans son Utopia, publiée pour la première fois en 1516. Dans le livre de Morus, la ville des Amaurotes (ὰμαυρός, obscur, inconnu) est la capitale du pays.

L. 19 : Au temps de Helye. Allusion à ce passage des Rois, III, 17, I : « En ce temps-là, Élie de Thesbé, un des habitants de Galaad, dit à Achab… : « Il n’y aura durant ces années, ni rosée ni pluie, que selon la parole qui sortira de ma bouche. »

Page 227, l. 8 : Alibantes. « Qui ne peuvent faire de libations (faute d’eau). » Ce mot ne se trouve pas dans Homère, mais dans son commentateur Eustathe, à propos du vers 201 du 6 chant de l’Odyssée.

L. 19 : Comme le mauluais Riche. Il y a ici une forte ellipse ; le sens du passage est comme le pauvre dans la parabole du mauvais Riche.

L. 31 : Via lactea. Sur l’utilité de la Voie lactée pour les « lifrelofres Iacobipetes, » voyez tome III, p. 285.

Page 228, l. 25 : Que n’eſtoit l’eaue de la mer. On lit après ces mots, dans l’édition de Marnef, 1533, in-8 :

« Vne aultre plus grant aduenture arriua celle ſepmaine au geant Gargantua. Car vng meſchant veſtibouſier charge de deux grands poches de ſel auecques vng os de iambon qu’il auoit cache en ſa gibeſſiere entra dedans la bouche du pauure Gargantua, lequel dormoit la bouche ouuerte a cauſe de la grant ſoif quil auoit. Ce mauuais garſon eſtant entre la dedans a gette grant quantite de ſel par le palais et gouſier dudit Gargantua lequel ſe voyant tant altere et nauoit aucun remede pour eſtaindre icelle alteration et Soif qu’il enduroit, de grant raige eſtrainct et ſerre ſi fort les dentz et les faict heurter ſi rudement lune contre lautre quil reſſembloit que ce feuſſent batailtz de moulins. Et ainſi que le gallant ma deſpuis dict et racompte (auquel on euſt facillement eſtouppe le cul dung boyteau de fain) de paeur quil eut ſe laiſſa cheoir comme vng homme mort & habandonna ſes deux ſacz plains de ſel dont il tourmentoit ſi fort le pauure Gargantua, Leſquelz furent ſoubdainement tranſgloutis et abiſmez. Ledit gallant reuenu de paſmoyſon iura quil ſen vengeroit. Lors a mis la main en ſa gibeſſiere et tira vng gros os de iambon fort ſalle, auquel eſtoit encores le Poil long de deux grands Piedz et quattre Doigs, Et par moult grant yre le mect bien auant en la gorge dudit Gargantua. Le pauure homme plus altere quil neſtoit par auant et ſentant le poil dudict os de iambon qui luy touchoit au cueur fut contrainct de vomir et getter tout ce qu’il auoit dedans le corps que dixhuyt Tumbereaulx neuſſent ſceu trainer. Le compaignon qui eſtoit muce dedans lune de ſes dentz creuſes fut contrainct de desloger ſans trompette, lequel eſtoit en ſi piteux ordre Que tous ceulx qui le veoient en auoient grant horreur. Gargantua adreſſant ſa veue contre bas aduiſa ſe maiſtre Caignardier qui ſe tournoit et viroit dedans celle grant mare taſchant ſe mettre hors, Et penſa en luy meſmes que ceſtoit quelque Ver qui lauoit voulu picquer au Cueur, et fut bien ioyeulx quil eſtoit ſailly de ſon corps. »

L. 26 : Luy impoſa tel nom. Sur le nom de Pantagruel, voyez ci-dessus, p. 158-160, la note sur la p. 213.

L. 28 : Langue Hagarene. Langue du fils d’Agar, des Arabes.

Page 229, l. 10 : Lachement non en lancement. Allusion à Landsman, « compatriote, » en allemand. Nous avons vu plus haut (t. I, p. 24) : « lans, tringue : à toy, compaing. »

L. 15 : Il fera choſes merueilleuſes, & s’il vit il aura de l’eage. On s’attend après ces mots s’il vit à quelque promesse extraordinaire, comme dans ce passage de L’yſtoire des ſept ſages (ch. II, éd. de la Société des anciens textes français, p. 61) : « Quant les ſept maiſtres ouyrent la reſponſe dirent entre eux : ſi ceſtuy enfant vit, y ſera de luy quelque grant chouſe degne de memoire. » La plaisanterie consiste dans cette attente trompée. Cette phrase était devenue du reste une sorte de locution proverbiale : « Vous ſerez homme de bien, s’il n’y a faute ; ſi vous viuez vous aurez de l’aage. » (Noël du Fail, t. I, p. 54.) — On lit à la fin de ce chapitre dans l’édition de Marnef : « Ceulx ſont deſcenduz de Pantagruel qui boyuent tant au Soir que la nuyt ſont contrainctz de eulx leuer pour Boire et pour eſtaindre la trop grand ſoif et charbon ardant que ilz ont dedans la gorge. Et ceſte ſoif ſe nomme Pantagruel pour ſouuenance et memoire dudit Pantagruel. »

Page 230, l. 15 : In modo & figura. « En mode et figure. »

Page 231, l. 2 : Troys arpens & deux ſexterees. « A laquelle playe il ne trouua nul fons. » (Grandes Cronicques, p. 29)

L. 28 : Foy de gentil homme. Voyez ci-dessus, p. 107, la note sur la p. 66, l. 4.

L. 30 : Da iurandi. Dans la grammaire de Donat, le maître, demandant à l’élève de lui énumérer les adverbes qui servent à l’affirmation, au serment, lui dit : Da iurandi. Ces souvenirs grammaticaux sont fréquents dans notre ancienne littérature :

Or me reſpons : da numeri
Vt ter, quater, da negandi
Vt non.

(Ancien théâtre françois, t. III, p. 39. Moralité nouuelle des enfans de maintenant)

Page 232, l. 3 : Bonnes gens, ie ne vous peulx veoyr. On lit aussi dans le Prologue du Quart liure, t. II, p. 253 : « Gens de bien, Dieu vous ſaulue & guard. Où eſtez vous ? Ie ne vous peuz veoir. » Voyez le Commentaire.

L. dernière : Et mourut l’an & iour que treſpaſſa.

Cy giſt Pernet le Franc Archier,
Qui cy mourut ſans deſmarcher
...........
Et mourut l’an qu’il treſpaſſa.

(Œuvres de Villon, p. 158 : Monologue du franc archier de Baignollet)

Page 234, l. 29 : Monſieur de l’Ours. Voyez ci-dessus p. 128, la note sur la p. 125.

Et bon jour, Monſieur du Corbeau.

Page 235, l. 8 : Le paſſaige du pſaultier. — Voyez Psaumes, CXXXV, v. 20.

L. 20 : A reculorum. « À l’écart, en arrière. » — « Beneueniatis qui apportatis, qui nihil apportatis à reculorum, » dit Mathurin Cordier. (De corrupti ſermonis emendatione. Éd., de 1531, p. 433)

Page 237, l. 10 : Qu’on appelle de preſent la grand arbaleſte de Chantelle. Premières éditions : Qui eſt de preſent en la groſſe tour de Bourges.

Page 238, l. 9 : Print… campos. « Prit les champs, » prit un congé ; terme d’écolier.

L. 21 : Pictoribus atque poetis, &c.

Pictoribus atque poetis
Quidlibet audendi semper fuit æqua potestas.

(Horace, Art poétique, v. 9 et 10)

Page 239, l. 3 : Qu’île faiſoyent bruſler leurs regens tout vifz. Jean Caturce ou Cadurque, professeur en droit, avait été brûlé à Toulouse au commencement du mois de juin 1532. (Théodore de Bèze, Hist. ecclés.)

L. 18 : Les femmes y iouent voluntiers du ſerrecropyere. Les dangers étaient si grands que les auteurs de guides croyaient devoir les signaler aux étrangers : « Caueas hic pulpamenti Terentiani venditores & proxenetas, qui ſe ſiſtent tibi quamprimum vrbem ingreſſus fueris. Noriſque merces illos corruptiſſimas vænum exponere. » (Jodocus Sincerus, Itinerarium Galliæ, 1616, p. 252)

L. 30 : Le pertuys encores y apparoiſt. « C’est un trou, qui commençant dans l’abbaye de Saint-Pierre, traverse assez loin sous le Rhône. » (Le Duchat)

Page 241, l. 1 : Comment Pantagruel rencontra vn Limoſin, qui contrefaiſoit le langaige Françoys. Pasquier a dit, à propos du langage de l’écolier limousin : « Petrarque acquit la vogue entre les ſiens, pour ne s’eſtre ſeulement arreſté au langage toſcan, ains auoir emprunté toutes paroles d’eslite en chaque ſujet de diuerſes contrées de l’Italie… Le ſemblable denous-nous faire chacun de nous en noſtre endroit pour l’ornement de noſtre langue, & nous ayder meſme du grec & du latin non pour les eſcorcher ineptement, comme fit ſur noſtre ieune aage Heliſaine, dont noſtre gentil Rabelais s’eſt mocqué fort à propos en la perſonne de l’ecolier limouſin qu’il introduit parlant à Pantagruel en langage eſcorche latin. » (Lettres, liv. II, p. 53). Qu’Helisenne de Crenne ait parlé le langage de l’écolier limousin, rien n’est plus sûr ; mais ce n’est pas elle que Rabelais a être en vue, car ses livres n’ont paru qu’après le Pantagruel. Il y a au contraire, comme on le verra dans la note suivante, une identité complète entre certains passages de l’épître « aux lecteurs » du Champ fleury de Geofroy Tory et du discours de l’écolier limousin. Chacun des mots employés par celui-ci se trouvera dans notre Glossaire. Quelques-uns d’entre eux, aujourd’hui tort en usage, n’attirent plus notre attention, mais devaient sembler très étranges aux contemporains de Rabelais, et concourir autant que les autres à l’effet comique du morceau. De ce nombre sont : patriotique, crépuscule, indigène. M. Littré ne les a pas relevés dans le discours de l’écolier limousin, et les cite seulement d’après des écrivains du siècle dernier. Nous tâcherons d’indiquer, le plus exactement possible, la date de leur introduction dans notre langue.

L. 22 : De l’omnijuge omniforme & omnigene ſexe feminin. Tout le passage qui précède se trouve textuellement dans l’avis « Aux Lecteurs » du Champ fleury de Geofroy Tory : « Ie vouldrois quil pleuſt a Dieu me donner la grace que ie peuſſe tant faire par mes parolles & requeſtes, que ie peuſſe perſuader a danlcuns, que ſilz ne vouloient faire honneur a noſtre Langue Françoiſe, au moings quilz ne la corrumpiſſent point ? Ie treuue quil y a Trois manieres d’hommes qui ſeſbaſtent & efforcent a la corrumpre & difformer. Ce ſont Eſcumeurs de Latin, Plaiſanteurs, & Iargonneurs. Quant Eſcumeurs de Latin diſent Deſpumon la verbocination latiale, & transfreton la Sequane au dilucule & crepuſcule, puis deambulon par les Quadriuies ſe Platees de Lutece, & comme veriſimiles amorabundes captiuon la beniuolence de lomnigene & omniforme ſexe feminin, me ſemble quilz ne ſe moucquent ſeullement de leurs ſemblables, mais de leur meſme Perſonne. » Quelques commentateurs ont voulu voir là une critique dirigée par Geofroy Tory contre Rabelais, accusé, ce qui serait assez juste, de tomber parfois dans le travers qu’il reproche si amèrement à autrui ; mais Pantagruel est de plusieurs années postérieur au Champ Fleury. L’auteur de ce dernier ouvrage nous raconte avec complaisance comment il en traça le plan « le matin de la feſte aux Roys… M. D. XXIII. » Le privilège est de « Lan de grace Mil Cinq Cens Ving Six ; » l’achevé d’imprimer, du « mercredy. XXVIII. Iour du Mois Dapuril. Lan Mil Cincq Cens. XXIX. » En admettant même, ce qui est possible, que Geofroy Tory ait écrit son avis « aux lecteurs » quelques jours seulement avant l’impression, Rabelais ne pouvait avoir publié une première édition de Pantagruel puisqu’il n’arriva à Montpellier qu’en 1530, qu’il était alors exclusivement occupé de médecine et que ce ne fut qu’à Lyon qu’il commença à donner un autre cours à ses travaux. Ce n’est donc pas Geofroy Tory qui a critiqué Rabelais, mais Rabelais qui a fait un emprunt à Tory ; et cet emprunt n’est pas le seul, comme nous le ferons voir dans un instant.

L. 23 : Nous inuiſons les lupanares. Les premières éditions indiquent où ils se trouvaient : des lupanares de Champgaillard, de Matcon, de Cul de ſac, de Bourbon, de Huſlieu. » (in-4) — Dans l’édition de Marnef, au lieu de Huſlieu, on lit : de Glattigfiy, de Husleu et de Grenetal. — Le Champgaillard correspond à la rue d’Arras près celle de Saint-Victor. — La rue de Matcon était près de l’ancienne rue de la Vieille-Bouclerie. Rabelais écrit Matcon pour Mâcon comme plus haut (p. 78, note de la p. 22, l. 24) flac con pour flacon, dans une intention analogue. — Le Cul-de-ſac Bourbon était près du Louvre ; le lupanar de Huslieu, rue du Grand-Hurleur ; celui de Glattigny ou du Val d’amour en la Cité est indiqué par Guillot de Paris, dans son Dict des rues de Paris, composé vers la fin du XIII siècle. — Grenetal, c’est l’emplacement de la rue Grenetat.

Page 242, l. 2 : La pomme de pin. Villon fait deux fois allusion à ce fameux cabaret (Petit Testament, XX, p. 13 ; Grand Testament, XCI, p. 61). Il était tenu en 1457 par Robin ou Robert Turgis, et situé rue de la Juiverie, en la Cité, tout auprès de l’église de la Madeleine, où la veuve de Robert Turgis, Marguerite Joly, fonda une chapelle avant 1495. (François Villon et ses légataires par Auguste Longnon, Paris, Lemerre, 1873, p. 31). Sa réputation s’est longtemps maintenue. Mathurin Régnier l’a mentionné à son tour, il a dit en parlant d’un pédant (Satires, X, p. 78) :

Son nez haut releué ſembloit faire la nique
A l’Ouide Naſon, au Scipion Naſique,
Où maints rubiz balez tous rougiſſants de vin
Monſtroient vn hac itvr à la pomme de pin.

L. 2 : Du caſtel. Cette taverne est probablement la même que celle qui est appelée plus loin, chap. XVII, t. I, p. 302, « le cabaret du chaſteau. »

L. 12 : Leſche du iour. Rayon ; mot à mot : tranche, aiguillette. Les éditeurs de Rabelais n’ont pas remarqué que c’est encore là un emprunt fait à Geofroy Tory, qui, du reste, n’attribue pas cette expression aux « eſcumeurs de Latin » mais aux « Plaiſanteurs » : « Quant les Plaiſanteurs, que ie puis honneſtement appeller, Deſchiqueteurs de Langage, diſent Monſieur du Page : ſi vous ne me baillez vne leſche du iour, ie me rue a Dieu, & vous dis du cas, vous aures naſarde ſanguine, me ſemblent faire auſſi grant dommage a noſtre Langue, qu’ilz font a leurs Habitz, en dechiquetant & conſumant a oultrage ce qui vault myeulx entier que deciſe & mutile meſchantement. »

Page 243, l. 18 : Vee… grou. Cette réponse est en patois limousin : « Eh ! dites… Ho ! Saint-Martial, aide-moi. Ho ! ho ! laissez-moi, au nom de Dieu, et ne me touchez pas. »

L. 24 : Sainct Alipentin. Les premières éditions ajoutent : « Corne my de bas. »

L. 27 : Il diſoit ſouuent que Pantagruel le tenait à la gorge. Voyez p. 159, note sur la p. 213.

Nous avons établi, par des preuves qui nous paraissent irrécusables (voyez ci-dessus p. 15-19), que le Pantagruel, dont la plus ancienne édition connue est sans date et la première datée de 1533, a paru avant Gargantua, et qu’il était primitivement destiné à servir de suite à l’édition des Grandes Cronicques remaniée par Rabelais et publiée par lui en 1532 (voyez p. 23-56). La Monnoye, dans une note sur la 42 nouvelle de Des Périers, semble croire que Pantagruel a paru avant 1529. Il se fonde sur une phrase du discours de l’écolier limousin, qui se trouve dans le Champ fleury de Geoffroy Tory, publié en 1529, et qui peut paraître tirée de Pantagruel. Nous reviendrons plus loin sur cette question avec quelques détails. Pour le moment, nous nous contentons de rappeler que Rabelais, arrivé à Montpellier seulement en 1530, ne peut guère avoir publié son Pantagruel avant cette époque. D’ailleurs la date des poursuites dirigées par la Sorbonne contre cet ouvrage nous fait connaître celle de sa publication : elle se trouve indiquée, ainsi que le remarque Rathery, par une lettre latine de Calvin, d’octobre 1533, dans laquelle il raconte que la Faculté, cherchant à s’excuser d’avoir fait saisir Le Miroir de l’ame pechereſſe, de Marguerite de Valois, avait déclaré par la bouche de son suppôt, Leclerc, curé de Saint-André-des-Arcs, que ce livre avait simplement été mis à part pour être examiné, et qu’on n’avait tenu décidément condamnables que La Forêt d’amours, Pantagruel, et autres romans obscènes, « ſe pro damnatis habuiſſe obſca ; nos illos Pantagruelem, Syluam amorum, & eius monetæ. »

Pantagruel n’est pas, comme Gargantua, un personnage populaire ; toutefois, bien avant Rabelais, ce mot existe en français comme nom propre et comme nom commun. Comme nom propre il désigne un diable qui paraît plusieurs fois dans les mystères. On le trouve dans les Actes des apotres, par Arnoul et Simon Gresban, représentes en 1478 devant le roi René. Il figure aussi dans la Vie de Saint Louis par perſonnages (Bibl. nation., f. fr. 24331, f 110, r), et là un de ses tours est d’exciter la soif, comme le Pantagruel de Rabelais :

Ie vien de la grande cité
De paris [et] y ay eſté
Toute nuit. Onquez tel painne neu.
A cez galanz qui auoyent beu
Hier au ſuer juſqua hebreoz
Tandis qu’ilz eſtoyent au repos
Ie leur ay par ſoutille touche
Bouté du ſel dedenz la bouche
Doucement ſans lez eſueiller.

Mais par ma ſoy au reſueiller
Ilz ont eu plus ſoef la mitié
Que deuant.

Comme nom commun il désigne un violent mal de gorge, une sorte d’angine, qui suffoque et empêche presque absolument de parler. L’auteur du Vergier d’honneur dit en parlant d’un homme parvenu à une extrême vieillesse :

… le Panthagruel le grate
Si tres fort dehors & dedans,
Que parler ne peult…

On lit dans une sotie où il s’agit d’un personnage qui feint d’être muet :

… il a le lempas.
— Non vrayement, il ne l’a pas ;
Tu ſcès bien qu’il n’eſt pas cheual.
— Il a donc quelque aultre mal.
A-il point le Panthagruel ?
— On ne l’a iamais ſi cruel
Qu’il garde de parler aux gens.

(Ancien Théâtre françois, t. II, p. 235 : Sottie nouvelle à ſix perſonnaiges)

M. Picot a conclu de ce dialogue que le Pantagruel de Rabelais était depuis longtemps connu des spectateurs. « Ce motif, dit-il, nous autorise à placer la sottie nouvelle vers 1545. » (Étude sur la sottie, Romania, année 1878, p. 307). On a pu se convaincre, par les deux premiers passages que nous avons cités, que Pantagruel est beaucoup plus ancien que Rabelais.

Comme nos anciens auteurs, Rabelais a tait plus d’une fois allusion à cette signification du nom de son héros : l’écolier limousin « diſoit ſouuent que Pantagruel le tenoit à la gorge » (t. I, p. 243) ; « aultres auons ouy ſus l’inſtant que Atropos leurs couppoit le fillet de vie, ſoy grieſuement complaignans & lamentans de ce que Pantagruel les tenoit à la guorge. » (t. II, p. 235). — (Voyez encore ci-après, à la fin de la note sur la l. 15 de la p. 229, une variante de l’édition de Marnef). C’est le nom de ce mal de gorge, de gosier, qui a donné à Rabelais l’idée de cette étymologie bouffonne : « Panta en Grec vault autant à dire comme tout, & Gruel en langue Hagarene vault autant comme altéré. » (t. I, p. 228). Le nom du peuple, les « Dipſodes, » du grec διψάω « je suis altéré, » s’accorde parfaitement avec celui du souverain.

L. 29 : Mourut de la mort Roland. C’est-à-dire : mourut de soif. D’après une légende populaire, Roland était mort de soif sur le champ de bataille de Roncevaux. Jean de La Bruyère Champier, qui raconte cette tradition dans son De re cibaria (liv. XVI, ch. 5), constate qu’elle avait donné lieu à un proverbe courant : « inde noſtri intolerabili ſiti & immiti volentes ſignificare ſe torqueri, facete aiunt Rolandi morte ſe perire. »

L. 30 : Ce que dit… Aule Gelle, qu’il nous conuient parler ſelon le langaige vſité. Dans les Nuits attiques d’Aulu Gelle (I, 10), Favorinus dit à un jeune homme qui affecte d’employer des mots archaïques : « Vive ergo moribus præteritis, loquere verbis præsentibus, atque id quod a C. Cæsare in primo de Analogia libro scriptum est, habe semper in memoria atque in pectore, ut tanquam scopulum sic fugias inauditum atque insolens verbum. »

L. 32 : Octauian Auguſte. Les premières éditions portent Ceſar, avec raison, comme on le voit par la note qui précède.

Page 244, l. 8 : Fut aduerty… hors terre. Premières éditions : Fut aduerty quil y auoit vne groſſe & enorme cloche a ſainct Aignan dudict Orleans, qui eſtoit en terre pres de troys cens ans y auoit : car elle eſtoit ſi groſſe que par nul engin lon ne la pouuoit mettre ſeulement hors de terre.

Page 245, l. 8 : Nous auons… les gorges ſallees. Voyez ci-dessus p. 159, note sur la p. 213..

Nous avons établi, par des preuves qui nous paraissent irrécusables (voyez ci-dessus p. 15-19), que le Pantagruel, dont la plus ancienne édition connue est sans date et la première datée de 1533, a paru avant Gargantua, et qu’il était primitivement destiné à servir de suite à l’édition des Grandes Cronicques remaniée par Rabelais et publiée par lui en 1532 (voyez p. 23-56). La Monnoye, dans une note sur la 42 nouvelle de Des Périers, semble croire que Pantagruel a paru avant 1529. Il se fonde sur une phrase du discours de l’écolier limousin, qui se trouve dans le Champ fleury de Geoffroy Tory, publié en 1529, et qui peut paraître tirée de Pantagruel. Nous reviendrons plus loin sur cette question avec quelques détails. Pour le moment, nous nous contentons de rappeler que Rabelais, arrivé à Montpellier seulement en 1530, ne peut guère avoir publié son Pantagruel avant cette époque. D’ailleurs la date des poursuites dirigées par la Sorbonne contre cet ouvrage nous fait connaître celle de sa publication : elle se trouve indiquée, ainsi que le remarque Rathery, par une lettre latine de Calvin, d’octobre 1533, dans laquelle il raconte que la Faculté, cherchant à s’excuser d’avoir fait saisir Le Miroir de l’ame pechereſſe, de Marguerite de Valois, avait déclaré par la bouche de son suppôt, Leclerc, curé de Saint-André-des-Arcs, que ce livre avait simplement été mis à part pour être examiné, et qu’on n’avait tenu décidément condamnables que La Forêt d’amours, Pantagruel, et autres romans obscènes, « ſe pro damnatis habuiſſe obſca ; nos illos Pantagruelem, Syluam amorum, & eius monetæ. »

Pantagruel n’est pas, comme Gargantua, un personnage populaire ; toutefois, bien avant Rabelais, ce mot existe en français comme nom propre et comme nom commun. Comme nom propre il désigne un diable qui paraît plusieurs fois dans les mystères. On le trouve dans les Actes des apotres, par Arnoul et Simon Gresban, représentes en 1478 devant le roi René. Il figure aussi dans la Vie de Saint Louis par perſonnages (Bibl. nation., f. fr. 24331, f 110, r), et là un de ses tours est d’exciter la soif, comme le Pantagruel de Rabelais :

Ie vien de la grande cité
De paris [et] y ay eſté
Toute nuit. Onquez tel painne neu.
A cez galanz qui auoyent beu
Hier au ſuer juſqua hebreoz
Tandis qu’ilz eſtoyent au repos
Ie leur ay par ſoutille touche
Bouté du ſel dedenz la bouche
Doucement ſans lez eſueiller.

Mais par ma ſoy au reſueiller
Ilz ont eu plus ſoef la mitié
Que deuant.

Comme nom commun il désigne un violent mal de gorge, une sorte d’angine, qui suffoque et empêche presque absolument de parler. L’auteur du Vergier d’honneur dit en parlant d’un homme parvenu à une extrême vieillesse :

… le Panthagruel le grate
Si tres fort dehors & dedans,
Que parler ne peult…

On lit dans une sotie où il s’agit d’un personnage qui feint d’être muet :

… il a le lempas.
— Non vrayement, il ne l’a pas ;
Tu ſcès bien qu’il n’eſt pas cheual.
— Il a donc quelque aultre mal.
A-il point le Panthagruel ?
— On ne l’a iamais ſi cruel
Qu’il garde de parler aux gens.

(Ancien Théâtre françois, t. II, p. 235 : Sottie nouvelle à ſix perſonnaiges)

M. Picot a conclu de ce dialogue que le Pantagruel de Rabelais était depuis longtemps connu des spectateurs. « Ce motif, dit-il, nous autorise à placer la sottie nouvelle vers 1545. » (Étude sur la sottie, Romania, année 1878, p. 307). On a pu se convaincre, par les deux premiers passages que nous avons cités, que Pantagruel est beaucoup plus ancien que Rabelais.

Comme nos anciens auteurs, Rabelais a tait plus d’une fois allusion à cette signification du nom de son héros : l’écolier limousin « diſoit ſouuent que Pantagruel le tenoit à la gorge » (t. I, p. 243) ; « aultres auons ouy ſus l’inſtant que Atropos leurs couppoit le fillet de vie, ſoy grieſuement complaignans & lamentans de ce que Pantagruel les tenoit à la guorge. » (t. II, p. 235). — (Voyez encore ci-après, à la fin de la note sur la l. 15 de la p. 229, une variante de l’édition de Marnef). C’est le nom de ce mal de gorge, de gosier, qui a donné à Rabelais l’idée de cette étymologie bouffonne : « Panta en Grec vault autant à dire comme tout, & Gruel en langue Hagarene vault autant comme altéré. » (t. I, p. 228). Le nom du peuple, les « Dipſodes, » du grec διψάω « je suis altéré, » s’accorde parfaitement avec celui du souverain.

L. 12 : Le peuple de Paris. L’édition de Marnef ajoute « maillotinien, » qui est devenu dans d’autres « maillotinier, « et qui signifie séditieux, par allusion à la révolte des maillotins en 1382.

L. 12 : Sot par nature. Les premières éditions s’arrêtent ici ; c’est l’éd. de 1537 qui ajoute « par bequarre, par bémol, » c’est-à-dire : « dans tous les cas, de toute façon. » Cette locution revient très souvent dans les farces :

Sotz de bemol, [de] becarre & nature.

(Ancien théâtre françois, t. II, p. 244 : Sottie des trompeurs)

Dans le Tiers liure (ch. XXXVIII, t. II, p. 181), Pantagruel déclare Triboulet « fol de nature ; « et Panurge ajoute : « fol de b quarre & de b mol. »

L. 15 : A remotis. « À l’écart. »

L. 17 : Pour atacher au col de sa iument. Voyez ci-dessus les Grandes Cronicques, p. 34.

L. 23 : La librairie de ſainct Victor. Il n’est parlé que dans ce seul chapitre du roman de Rabelais de la bibliothèque de l’abbaye de Saint-Victor ; mais il n’est peut-être pas sans intérêt de remarquer qu’il en est déjà question dans l’édition de 1533 des Grandes Cronicques où Pantagruel est annoncé (voyez ci-dessus, p. 55, note) : « quelque iour que meſſieurs de ſainc Victor vouldront on prendra la coppie de la reſte des faictz de Gargantua, & de ſon filz Pantagruel. » Rabelais n’est pas le seul qui ait vivement attaqué la composition de la Bibliothèque de Saint-Victor. Passavant écrit à Pierre Liset : « Tu es bene dignus cum monachis tuis, qui conſumas vitam tuam in iſtis foediſſimis latrinis, quibus eſt plena Bibliotheca Sancti Victoris, ſicut porcus in luto, quod tu es. » Scaliger l’apprécie ainsi : « Il n’y a rien qui vaille dans la Bibliothèque de Saint-Victor à Paris ; ce n’eſt pas ſans cauſe que Rabelais s’en moque. » (Scaligerana, article Bibliotheca Florentina)

Une bonne partie du burlesque catalogue de livres dressé par Rabelais est de pure invention. Il nous en prévient lui-même dans cet avis final : « aulcuns ſont ia imprimez, & les aultres l’on imprime maintenant. » Néanmoins dans le Catalogue de la Bibliothèque de l’abbaye de Saint-Victor au XVI siècle siècle rédigé par François Rabelais, commenté par le bibliophile Jacob et suivi d’un Essai sur les bibliothèques imaginaires par Gustave Brunet (Paris Techener, 1862), M. Paul Lacroix croit pouvoir avancer « que Rabelais, en inventant, ou plutôt en travestissant un titre de livre, a toujours eu sous les yeux ou dans la pensée un livre imprimé ou manuscrit, sinon plusieurs à la fois, comme point de départ. »

Telle n’est pas l’opinion de M. Léopold Delisse. « II est bien évident, dit-il, que les plaisanteries de Rabelais ne s’adressent pas en particulier à la bibliothèque de Saint-Victor ; il paraît même fort douteux que ce dépôt ait renfermé sous François I beaucoup des ouvrages dont les titres ont été si comiquement travestis dans Pantagruel ; et l’auteur du Catalogue de la bibliothèque de l’abbaye de Saint-Victor au XVI siècle aurait pu, suivant nous, se dispenser de comparer le chapitre VII du second livre de Rabelais avec le catalogue de Claude de Grandrue ; il se serait épargné des rapprochements dont la justesse pourra être parfois contestée. » (Le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. II, p. 232, note 2). — Le répertoire satirique dressé par Rabelais s’est accru d’édition en édition jusqu’en 1542 ; il nous a paru inutile d’indiquer la date de chaque article ajouté. Quelquefois aussi l’auteur a substitué un titre à un autre ; dans ce cas nous avons soin d’avertir le lecteur. Nous nous garderons de reproduire ici toutes les suppositions contradictoires que les commentateurs ont faites pour expliquer ces titres ; nous nous contenterons de recueillir celles qui présentent quelque probabilité et de traduire le moins mal qu’il nous sera possible les titres latins souvent très peu intelligibles.

L. 26 : Bigua ſalutis. « Le Bige du salut. » Sermones dominicales perutiles a quodam fratre hungaro ordents Minorum de Obſeruantia in conucntu Peſthienſi comportati, Biga salutis intitulati. Haguenau, 1497 (selon Limier), et 1502, in-4, caractères gothiques.

L. 27 : Bregueta iuris. « La Braguette du droit. » — « Plaisanterie fondée sur ce que le droit est réputé habiter dans la Braguette. » (Le Duchat.) Voyez ci-dessus, p. 90, la note sur la p. 38, l. 6.

L. 28 : Pantofla decretorum. « La Pantoufle des décrets. » C’est la mule du Pape, auteur des Décrétales.

L. 29 : Malogranatum vitiorum. « La Grenade des vices. » Le Duchat cite un ouvrage allemand de Jean Gayler, docteur de Keisersberg, Augsbourg ; 1510, in-4 ; et M. Paul Lacroix : Muſtum malorum granatorum  ; de virtutibus & vitiis christianorum. In-fol. (Annales de Panier)

L. 31 : Le viſtempenard… Turelupin. Un viſtempenard est, suivant Cotgrave, un plumeau monté sur un long bâton. Ce titre indique donc un ustensile qui nettoie les prédicateurs. Or, dans Cl. Nourry et Marnef, au lieu de Turlupin, on lisait Pepin, nom de l’auteur d’un vaste répertoire intitulé Sermones & qæſtiones, où les prédicateurs puisaient souvent leurs inspirations.

Page 246, l. 1 : Marmotretus… Dorbellis. « Marmotret (voyez ci-dessus, p. 103, 104, la note sur la l. 5 de la p. 58), Sur les babouins et les singes avec commentaire de d’Orbelles. « Un jeu de mots par à peu près rapproche de marmotret, qui éveille l’idée de marmot, les babouins et les singes. — D’Orbelles est un commentateur de Pierre Lombard.

L. 3 : Decretum… placitum. « Décret de l’Université de Paris sur la coquetterie des femmelettes à plaisir. » À prendre ce titre à la lettre, il s’agit d’un décret opposé aux édits somptuaires ; mais il y a d’après l’intention de l’auteur une équivoque sur le mot gorgiasitas.

L. 7 : Ars… Ortuinum. « L’Art de p… honnêtement en société par M. Ortuinus » (Ortuinus Gratius, Hardouin de Graetz). — « Allusion à un fait relaté dans les Epiſtolæ obſcurorum virorum. Maître Ortuinus, à qui elles sont adressées, voulant un jour étrangler un vent, conchia vilainement ses chausses. Il est plaisant de lui prêter un livre sur un art qu’il entendait si mal. » (Burgaud des Marets)

L. 8 : Le mouſtardier de penitence. Celui qui moult tarde à faire pénitence.

L. 9 : Alias. « Autrement, ou. »

L. 10 : Formicarium artium. « La Fourmilière des arts. » Ouvrage de Jean Nyder, jacobin allemand, sur la magie. Il est intitulé : Formicarii libri quinque moraliſati. Cologne, in-fol. s. d. (1477). Il se trouve aussi sous ce titre : Formicarium de maleficis & eorum deceptionibus, dans la première partie du Malleus maleficorum, Lyon, 1584, Roger Bacon, citant le catalogue de Rabelais, dans son De dignitace et augmentis scientiarum (liv. VI), applique plaisamment ce titre à son propre ouvrage : « Conceditur certe cuivis, Rex optime, seipsum et sua ridere et ludere. Quis igitur novit, num certe opus istud nostrum, non descriptum fuerit ex libro quodam veteri, reperto inter libros famosissimæ illius Bibliothecæ S. Victoris quorum catalogum excepit Magister Franoisons Rabelæsius ? Illic enfan invenitur liber, qui titulus est, Formicarium artium. Nos sane pussilum acervum pulvisculi congessimus, et sub ce complura scientiarum et artium grana condidimus, quo formicæ reptare possant, et paulatim conquiescere, et subinde ad novos se labores accingere. »

L. 11 : De brodiorum… Iacoſpinum. « De l’usage des bouillons et de l’honnêteté de chopiner, par Sylvestre de Prierio Jacobin. » Ce Jacobin, qui se nommait Mozzolino ou Mazzolini, était né à Prierio, village près de Savone. Sa Somme des cas de conscience, connue sous le nom de Summa ſylueſtrina, était d’une grande indulgence en matière de jeûne.

L. 18 : L’aguillon de vin. Par aguillons de vin Rabelais entend, au propre, les jambons, langues de bœuf fumées, et autres denrées analogues. Voyez t. I, p. 229 l. 11 ; mais, de même que frère Jean dit le service du vin pour le service divin (Voyez t. I, p. 105, l. 2, et le Commentaire), il y a ici une allusion à quelque livre intitulé L’aiguillon divin, ou L’aiguillon de l’amour divin.

L. 19 : L’eſperon de fromaige. Le vin, qui excite à manger du fromage. C’est une allusion à certains titres des ouvrages du temps, peut-être par exemple au suivant : L’eſperon de diſcipline, pour inciter les humains aux bonnes lettres, ſtimuler à doctrine, animer à ſcience, inuiter à toutes bonnes œuures… lourdement forge & rudement lime par… fraire Antoine du Saix, (s. l.), 1533, 4.

L. 20 : Decrotatorium ſcholarium. « Décrotoire scolaire. » Instrument fort nécessaire, mais peu employé par les pédants et les écoliers du XVI siècle. Rabelais nous a déjà parlé de « maiſtres inertes bien crottez à profit de meſnaige, » (t. I, p. 68) et de leur « veu de ne ſoy deſcroter. » (p. 75)

L. 21 : Tartaretus de modo cacandi. « Tartaret, De la manière de c… » Tartaret était un docteur de Sorbonne. Noël du Fail (t. II, pag. 193) nous présente « Maudeſtran & Tartaret debatans s’il faut prononcer michi ou mihi. » Ce qui suggère à Le Duchat la conjecture suivante : « Serait-ce… à propos de la vicieuse coutume qu’avait peut-être ce docteur, de dire & d’écrire chi pour hi dans le mot mihi, que Rabelais lui attribue ici un livre d’un sujet si vilain ? »

L. 23 : Bricot de differentiis ſoupparum. « Bricot, Des différences des soupes. »

L. 26 : Le tripier de bon penſement. « Le Trépied des bonnes pensées. » On disait souvent alors tripier pour trépied. Laurent Joubert a employé cette forme dans ses Erreurs populaires (1 partie, liv. IV, ch. 7). Rabelais l’a préférée comme fournissant une équivoque ; mais le titre du livre suivant, amené par celui-ci, Le chaulderon, prouve qu’il s’agit bien d’un trépied.

L. 30 : Reuerendi… libri tres, « Trois livres du Révérend Père Frère Lubin, provincial de Bavarderie, Sur les lardons à croquer. » Par ces mots Père Frère, Rabelais critique la prétention des Frères qui affectaient de se faire appeler Pères. Sur « un frère Lubin, vray croquelardon » voyez t. I, p. 6, l. 7 et le Commentaire. Ailleurs (t. I, p. 291), Rabelais lui attribue un ouvrage, également digne de prendre place dans la Bibliothèque de Saint-Victor, De compotationibus mendicantium.

L. 32 : Paſquili… interdicto. « Pasquin, docteur de marbre. Sur les cabris à manger avec la chardonnette dans le temps papal interdit par l’Église. » Il s’agit de la célèbre statue de Pasquin, à Rome, sur laquelle on inscrivait des écrits satiriques. La chardonnette est la fleur d’artichaut, cinaræ pappi, dont les gens scrupuleux se servaient en carême pour remplacer la présure dans les fromages, afin d’en exclure toute matière animale, ainsi que cela est expliqué dans ce passage du De re cibaria de La Bruyère Champier, liv. XIV, c. 7 : « Coagulatur… lac succo ficulno quin et hodie cinaræ pappis… novitio sane invento… quandoquidem per ecclesiæ Romanœ décréta vesci caseo Christianis haud licebat verno jejunio, que scilicet coagulum quadrupedum recepisset. » Le Duchat s’exprime ainsi à cette occasion : « Je m’imagine… que cette manière qu’enſeignoit Paſquin de manger hardiment dans Rome même des chevreaux à la chardonnette, c’étoit la manière d’y faire gras & bonne chère, pourvu ſeulement qu’on ſauvât les apparences. »

Page 247, l. 1 : L’inuention ſaincte croix… par les clercs de fineſſe. Un mystère de L’Inuendon Sainte-Croix fut joué à Saint-Serené, en 1511. On y voyait des anges qui traversaient le théâtre en volant :

Tous volant bien & hault & bas
Fors ſainct Michel qui cheut a bas.

(Annales & chroniques du pays & conté de Laual, par Guillaume Ledoyen, notaire à Laval, f V. Bibliothèque de l’École des Chartes, série C, t. III, p. 390)

Suivant les commentateurs, Rabelais, par « l’invention ſaincte croix, » entend l’art de trouver de l’argent, de la monnaie marquée, comme elle l’était alors, d’une croix ; cette expression paraît en effet avoir ce sens dans un passage, d’ailleurs assez obscur, de Du Fail, (t. I, p. 211). Il se peut aussi qu’il prenne tout simplement le mot invention dans le sens de supercherie, d’imposture, et qu’il fasse ici cause commune avec les réformés qui contestaient l’authenticité de la Sainte Croix. — Par clercs de finesse, Rabelais entend des personnages bien différents des clercs sots et des clercs fous qui remplissaient les rôles comiques dans les représentations d’alors.

L. 4 : Maioris… boudinos. « Major, De la manière de faire des boudins. » Il est probablement question de Jean Major, Ecossais, ancien régent de Montaigu.

L. 5 : La cornemuſe des prelaz. On trouve dans le Prologue du V liure (t. III, p. 4) sept vers qui sont donnés comme tirés de cet ouvrage, dont l’auteur est qualifié de « venerable docteur. »

L. 6 : Beda de optimitate triparum. « Bède, De l’excellence des tripes. » Noël Bède, docteur en Sorbonne, ennemi de Guillaume Budé, est appelé gros ſoupier dans le dernier chapitre d’une anatomie de la meſſe publiée en 1555.

L. 10 : Des poys au lart cum commento. « Avec commentaire. » Ici, par le commentaire on peut entendre ce qui accompagne ce plat. « Le deſieuner d’vn ſimple Prieur eſt d’vne peroris (il faut entendre auec le comment). » (H. Eſtienne, Apologie pour Hérodote, ch. XXII). Rabelais a rappelé plus tard cet ouvrage imaginaire quand il a écrit le Prologue de Gargantua. (t. I, p. 4)

L. 12 : Preclariſſimi… enucidiluculidiſſima. « Répétition lucidissime du très illustre docteur en l’un et l’autre droit maître Pillot Raquedenare sur les baguenaudes de la glose d’Accurse à rabobeliner, » c’est-à-dire : à rapetasser, à ressemeler, comme un vieux soulier. Au lieu de ce titre et des six suivants on lit dans l’édition de Juste de 1533 : Ariſtoteli libri nouem de modo dicendi horas canonicas. « Neuf livres d’Aristote sur la manière de dire les heures canoniques. »

L. 15 : Stratagemata Francarchieri de Baignolet. « Stratagèmes du Franc archer de Bagnolet. » Voyez le Monologue du Franc archier de Baignollet à la suite des œuvres de Villon, p. 150.

L. 16 : Franctopinus de re militari cum figuris Teuoti. « Franctaupin, De l’art militaire avec les figures de Tevot. » Le nom de Tevot est, dans plusieurs farces, celui d’un soldat peureux, et Rabelais nous apprend ailleurs (t. II, p. 47) que, lorsque les francs Taupins partaient en guerre, on leur criait : « Saulue Teuot le pot au vin, c’eſt le cruon. »

L. 17 : De vſu… Quebecu. « De l’uſage & de l’utilité d’écorcher les chevaux et les cavales, par notre maître de Quebecu. »

L. 20 : M. n. Roſtocoſtoiambedaneſſe… Vaurrillonis « Quatorze livres de notre maître Rostocostojambedanesse, sur la moutarde à servir après dîner, apostilles par maître de Vaurrillon. »

L. 23 : Le couillaige des promoteurs. Il s’agit ici d’une redevance grâce à laquelle les ecclésiastiques étaient autorisés à garder des concubines. « Oſerois-ie bien parler de l’infame tribut qu’on ſouloit faire payer aux preſtres… & le nommer par ſon nom le couilliage ? » (H. Eſtienne, Apologie pour Hérodote, chap. XXI, p. 492). Après ce titre on lit le suivant dans l’édition de Juste, 1534 : Iabolenus de Coſmographia Purgatori. « Jabolen ſur la coſmographie du Purgatoire. »

L. 24 : Quæſtio… Conſtantienſi. « Question très subtile : Une chimère, bourdonnant dans le vide, pourrait-elle manger des secondes intentions ? Et elle fut débattue pendant dix semaines dans le concile de Constance. » Noël du Fail dans les Contes d’Eutrapel (t. II, p. 41) agite à son tour cette question. On en trouve beaucoup du même genre dans la Kreſme philoſophalle des queſtions enciclopediques de Pantagruel (t. III, p. 283).

L. 29 : Barbouilamenta Scoti. « Les Barbouillements de Scot. »

L. 31 : De calcaribus… roſata. « Onze décades sur la manière d’écarter les éperons, par maître Alberic de Rosata. » — « Les Décrétales (19 l. c. 1) portaient, en parlant des clercs : « calcaribus deauratis non utantur, » puis, dans un passage qui suivait : « mandamus quatenus clericos qui fornicarias habuerint, a se illas removeant. » Il y a probablement ici de la part de Rabelais une confusion volontaire entre les deux prescriptions, et le tout est mis sur le compte d’Alberic de Rosata, jurisconsulte de Bergame, qui avait commenté les Décrétales. » (Burgaud des Marets.) Rien de plus fréquent alors que les plaisanteries dirigées contre les moines qui s’avisaient d’aller à cheval : voyez, t. II, p. 455.

L. 33 : Eiuſdem de caſtrametandis crinibus lib. tres. « Trois livres du même sur la castramétation des cheveux. »

Page 248, l. 1 : Marforii… mulis. « Marforio, bachelier gisant à Rome, Sur la manière d’étriller et de harnacher les mules des cardinaux. » On sait qu’on couvrait la statue de Marforio, comme celle de Pasquin, d’inscriptions satiriques.

L. 5 : Pronoſtication… Songrecruſyon. « Prognostication qui commence par : Balade de Sylvius Triquebille, par notre maître Songecreux. » Ce titre fait allusion à un ouvrage réel : Prenoſtication de maiſtre Albert Songecreux Biſſcain, in-4, goth. de 4 f. L’exemplaire de La Vallière portait cette note manuscrite : « Proclamatum menſe decemb. 1527. » Voyez Brunet, Manuel, t. IV, col. 862, la table des noms propres, H. Estienne, Apologie pour Hérodote, ch. XXXIX, art. 10, et la Bibliothèque de Du Verdier, t. II, p. 339, article Préel.

L. 7 : Boudarini… poſtea non. « Neuf neuvaines de Boudarin, évêque, sur les profits des émulgences (action de traire le bétail, par allusion aux indulgences) avec privilège papal pour trois ans et non plus. »

L. 10 : Le chiabrena. Voyez, t. II, p. 48, les vers que Rabelais donne comme tirés de cet ouvrage et, au glossaire, les mots : Chiabrena et Chiabrener.

L. 14 : Manducité. Allusion à mendicité. « Rabelais appelle Manducité l’état des ordres mendiants, par rapport à la ſtatue appelée Manduce de manducare, laquelle (liv. IV, ch. 59) eſt l’idole des Gaſtrolâtres. Du reſte l’alluſion de frères manducans à frères mendiants eſt originairement de Louiſe de Savoie, mère de François I : elle eſt tirée du Journal manuſcrit de cette princeſſe & rapportée pag. 151 de la Réponſe du miniſtre Drelincourt au landgrave Erneſt. » (Le Duchat)

L. 18 : Olcam. « Occam, dont le nom s’est écrit de diverses manières, cordelier anglais, chef des Nominaux au XIV siècle. » (Burgaud des Marets.) Ce nom ne s’est pas écrit aussi diversement qu’on pourrait le croire. Olcam équivaut à Okam. Lc ou lz sont d’anciennes manières de représenter le k, qui manquait quelquefois dans les casses des imprimeries : on lit dans la Farce de Ieninot (Anc. théâtre François, t. I, p. 300) : « Quand ie vouldray faire Izalza ; » et dans l’Apologie d’Hérodote (ch. XV, p. 234) : « en la marlze d’Ancône. »

L. 19 : Magiſtri… quadraginta. « Quarante livres de notre maître Fripesaucisses sur les grabellations (de grabeler, éplucher, examiner) des heures canoniales. »

L. 21 : Cullebutatorium… autore. « Le Culbutatoire des confrairies par un auteur incertain. »

L. 26 : Poiltroniſmus… Bruſlefer. « Le Poltronisme des choses italiennes, par maître Brulefer. » La poltronnerie était alors considérée comme le défaut particulier aux Italiens. H. Estienne, dans son Apologie pour Hérodote (ch. XVIII, t. I, p. 410), les appelle : « les poultrons naturels ; » Marot, dans son épistre à Mgr. le Dauphin, dit que les Lombards lui ont appris

Aparler peu & à poltroniſer.

L. 28 : R. Lullius de batisfolagiis principum. « Raimond Lulle, Des batifolages des princes. »

L. 29 : Callibiſtratorium caffardis… hereticometra. « Le Callibiſtratoire pour les cafards (ou de la cafarderie en lisant cafardie au lieu de cafardis, comme l’ont fait la plupart des éditeurs) par Jacques Hooghstraten, héréticomètre (mesureur d’hérétiques). »

L. 31 : Chaultcouillonis de magiſtro noſtrandorum… gualantiſſimi. « Huit livres fort galants de Chautcouilion sur les buvetes de nos maîtres présents et à venir. » Ce terme bizarre magister noſtrandus, dont Noël du Fail n’a pas manqué de se servir (t. II, p. 8 et 213), donne lieu à une longue discussion dans la première des Epiſtolæ obſcurorum virorum : « Les maîtres… se mirent à parler savamment sur de grandes questions, et l’un d’eux demanda s’il était correct de dire magiſter noſtrandus, ou bien noſter magiſtrandus, en parlant d’un homme apte à être reçu docteur en théologie. » Rabelais a tiré de cette expression un adverbe français de sa façon dans un passage (t. II, p. 63) où il parle de Jupiter « transformé magiſtronoſtralement en ſecondes intentions. »

Page 249, l. 3 : Almanach perpetuel… Rabelais fait probablement ici allusion à ses propres almanachs.

L. 4 : Maneries… Eccium. « Manières de ramoner les fourneaux par maître Eccius. »

L. 8 : L’hiſtoire des farfadetz. Ce titre semble faire allusion à l’histoire des farfadets et de la prévôte d’Orléans dont Rabelais parle, t. II, p. 112.

L. 12 : Badinatorium ſophiſtarum. « L’Amusement des sophistes. » Édition Juste, 1533 : Sorboniformium (des Sorboniformes), au lieu de Sophiſtarum.

L. 13 : Antipericatametanaparbeugedamphicribrationes merdicantium. Il serait bien difficile d’expliquer avec quelque rigueur le mot burlesque par lequel ce titre commence. Éloi Johanneau remarque qu’il est « composé des prépositions grecques anti, peri, cata, ana, para, amphi, et du mot cribrationes ; » et comme il adopte mendicantium, leçon donnée par Dolet, et dont merdicantium n’est peut-être que l’équivalent burlesque, il pense qu’il est question des « innombrables trous qu’on voit aux habits ou aux besaces des mendiants, par devant, par derrière, le long et tout à l’entour. » Si tel est le sens, ce n’est pas de mendiants quelconques, mais de frères mendiants qu’il s’agit.

L. 23 : La patenoſtre du cinge. Expression proverbiale, qui s’emploie en parlant des gesticulations que fait le singe. « Enfin apperceurent maiſtre Reuerant. qui diſoit les Patenoſtres du Singe. » (Du Fail, t. II, p. 63.)

Comme vn ſinge faſché i’en dy ma patenoſtre.

(Regnier, Satires, XI, p. 91)

L. 30 : Lourdaudus… braguardorum. « Lourdaud, De la vie et de l’honnêteté des braguards. »

L. 31 : Lyrippii… Lupoldum. « Les Moralisations du lyripipion Sorbonique, par maître Lupold. » Nous avons vu Janotus, coiffé du « lyripipion theologal. » — « Morellet atteste que, de son temps, on faisoit encore lire aux séminaristes des traités mystiques, des moralisations de l’étole, de la chasuble, du surplis, etc. » (Burgaud des Marets)

L. 34 : Eueſques potatifz. « Buveurs. » Équivoque sur « portatifs, » mot qui désignait alors les évêques qui n’avaient point de siège permanent.

Page 250, l. 1 : Tarraballationes… Reuchlin. « Les Trimbalements des docteurs de Cologne contre Reuchlin. » C’est de 1509 à 1516 qu’eut lieu la dispute de ce savant avec les docteurs de Cologne.

L. 5 : Vireuouſtatorum… Pedebiletis. « Le Virevoustateur (ou virevoustoire) des nacquets, par Frère Piedbillette. » Les éditeurs ont mis Vireuouſtorium. Virevoute signifie tour d’adresse, de souplesse.

L. 8 : De auferibilitate pape ab eccleſia. « Du droit de déposition du pape par l’Église. » Titre d’un ouvrage réel.

L. 10 : Io. Dytebrodii… acephalos. « Jean Dytebrode, De la terrible conséquence des excommunications, livret acéphale. » Acéphale, sans tête, c’est-à-dire sans frontispice ou peut-être sans dédicace, ainsi que l’indique Furetière, lorsqu’il parle dans le Roman Bourgeois (t. II, p. 102, Nouv. coll. Jannet), du pédant Hortensius « aigrement repris pour avoir appelé un livre sans dédicace liber ὰϰέφαλος. » Du reste, quel que soit le sens propre donné à cette expression, il est évident que Rabelais a surtout en vue la signification figurée : déraisonnable, dépourvu de cervelle.

L. 12 : Ingenioſitas… Guinguolfum. « Ingénieuse façon d’invoquer diables et diablesses, par maître Guinguolf. »

L. 17 : Moillegroin… ſeptem. « Mouillegroin, docteur chérubique, De l’origine des pattepelues, et des rits des torticoles, sept livres. »

L. 19 : De haulte greſſe. Voyez ci-dessus, p. 62, la note sur la p. 5 l. 21.

L. 26 : Sutoris… eccleſia. « Sutor (probablement Pierre Couturier), Contre un quidam qui l’avait appelé fripon ; et que les fripons ne sont pas damnés par l’Église. »

L. 29 : Cacatorium medicorum. « Le Cacatoire des médecins. »

L. 31 : Campi elyſteriorum per §. C. « Les Champs de clystères, par S. C. (Symphorien Champier.) » Il a intitulé plusieurs de ses ouvrages campi, par allusion à son nom, et en a réellement composé un qui a pour titre : Clyſteriorum camporum ſecundum Galeni mentem libellus.

L. 34 : Iuſtinianus de cagotis tollendis. « Justinien, De l’enlèvement des cagots. » Ailleurs (t. II, p. 47), ce titre de Justinien est indiqué comme tiré de son livre IV. C’est, suivant toute apparence, une allusion au De caducis tollendis, qui concerne les biens caducs.

Page 251, l. 1 : Antidotarium anime. « L’Antidotaire (recueil des antidotes) de l’âme. » Allusion à un livre de Nicolas Salicceti, publié, à la fin du XV siècle, sous ce titre : liber meditationum ac orationum deuoiarum qui Antidotarius animæ dicitur.

L. 2 : Merlinus Coccaius de patria diabolorum. « Merlin Coccaie (Théophile Folengo), De la patrie des diables. » Il a décrit l’enfer dans sa Macaronée, à laquelle Rabelais a fait plus d’un emprunt.

Page 252, l. 1 : Comment Pantagruel eſtant à Paris receut letres de ſon pere Gargantua. Qui lira cette lettre avec attention se convaincra que Pantagruel a été écrit avant Gargantua. C’est ici qu’on trouve l’annonce et le programme de cette éducation si bien dirigée et si complète, racontée dans le livre placé le premier, mais composé le second. Rabelais résume ici éloquemment les idées exprimées par son premier protecteur, Budé, dans son De ſtudio litterarum, adressé à François I. Voyez Guillaume Budé, par D. Rebitté, p. 184, 185.

Page 255, l. 3 : Marc Tulle en ſon liure de vieilleſſe. Caton s’y exprime ainsi : « Nihil nécesse est mihi de me ipso dicere, quamquam est id quidem senile, ætatique nostræ conceditur. (De senectute, 9)

L. 4 : La ſentence de Plutarche : « L’envie s’attache beaucoup moins à la vieillesse qu’à tout autre âge. »

L. 8 : Grecque, ſans laquelle c’eſt honte que vne perſonne ſe dit ſçauant. Opinion de Budé : « Sans la congnoissance d’icelle Langue, encore vn homme Latin n’eſt (à la verité) que demy docte. » (Inſtitution du prince, ch. XXII, p. 94)

Page 257, l. 12 : Salomon. V. La Sagesse, I, 4.

Page 259, l. 1 : Panurge. L’étymologie de ce nom n’est pas douteuse : il vient de πᾶν, tout, et ἒργος, œuvre, travail. Il n’est pas de l’invention de Rabelais : l’Antiquité le lui a fourni. Dans le plaidoyer de Cicéron pour Roscius (§ 10), nous trouvons un Panurgus esclave. Le sens du mot est très nettement défini dans l’Alphabet de l’Auteur François (édit. de 1663) : « Panurge. Un factorum, un maiſtre aliborum qui de tout ſe meſle. Item un matois, fin & malitieux. Jupiter, au 2 dialogue des Dieux de Lucian reproche à l’Amour qu’il est γέρων ϰαὶ Πανοῦργος. Panurge est un homme qui met toute pièce en œuvre. » De nos jours on a voulu faire de Panurge le peuple qui fait tout et n’est récompensé de rien ; on l’a pris au sérieux et presque au tragique. C’est un contre-sens qu’il importe d’écarter.

Page 260, l. 3 : Dont venez vous ? ou allez vous ? que querez vous… ? Dans le fabliau du Vilain mire, la femme du vilain adresse, presque dans les mêmes termes, des questions analogues aux « meſſagiers le roi » qui cherchent un médecin :

Dont eſtes vous & ou alez
Et dites moi que vous querez.

L. 5 : En langue Germanicque. Iuncker… luſt. Nous n’avons pas essayé de restituer ce discours ni les suivants, mais au contraire de reproduire fidèlement le texte de l’édition que nous suivons. Pour les traductions, nous mettons, bien entendu, à profit les travaux de nos prédécesseurs. « Jeune gentilhomme, avant tout, que Dieu vous donne bonheur et prospérité. Cher jeune gentilhomme, apprenez que ce que vous me demandez est triste et digne de pitié, et il y aurait à dire à ce sujet bien des choses, ennuyeuses pour vous à entendre et pour moi à raconter, bien que les poètes et les orateurs d’autrefois aient dit, dans leurs adages et sentences, que le souvenir des peines et de la pauvreté est un grand plaisir. »

Panurge a sans doute en vue ce passage de Virgile (Énéide, l. 203) :

…Forsan et hæc olim meminisse juvabit.

L. 17 : Al barildim… prim. C’est ici une pure mystification. Burgaud des Marets est parvenu à décomposer tout ce passage en mots anglais « All bar ill dim…, » au milieu desquels figure le nom de Chinon. Ces mots, jetés au hasard, ne présentent aucun sens.

L. 31 : Signor mio… annichillati. Discours italien : « Mon seigneur, vous voyez par exemple que la cornemuse ne sonne jamais si elle n’a le ventre plein ; ainsi moi pareillement je ne vous saurais conter mes fortunes, si d’abord le ventre troublé n’a l’habituelle réfection. Il lui est avis que les mains et les dents ont perdu leurs fonctions naturelles, et sont tout à fait annihilées. »

Page 261, l. 5 : Lard… gud. Discours anglais, qui manque dans les premières éditions, ainsi que les deux suivants jusqu’à (l. 30) : Herre, ie en… : a Seigneur, si vous êtes aussi puissant par l’intelligence que grand de corps, vous devez avoir pitié de moi, car la nature nous a faits égaux, mais la fortune en a élevé quelques-uns et abaissé d’autres. Toutefois la vertu est souvent dédaignée, et les hommes vertueux sont méprisés, car avant la dernière fin nul n’est bon. »

L. 12 : Iona… vadu. Texte basque altéré, qui paraît pour la première fois en 1542, par conséquent après ces deux mots, lagona edatera, qui se trouvent dans Gargantua (t. I, p. 23). On a cru longtemps que c’était là le plus ancien texte basque. On en a maintenant un autre, antérieur d’une centaine d’années. C’est un refrain de chanson (Chanſons du XV ſiècle, publiées par la Société des anciens textes français, VII). Le discours de Panurge a été ainsi restitué dans l’Examen critique du Manuel de la langue basque, publié sous le pseudonyme d’Urhersigarria (Bayonne, Cluzeau, déc. 1826, 8 de 31 p., p. 10) : « Jaun handia, gauza gucietan behar da erremedio ; behar da, bercela icer landa. Ambatez othoyez nauzu, eguin ezazu gur, aya roppasatia ordine den. Non izanen baita facheria gabe, ginaraci bada zadazu neure asia. Arren horen hondoan, galde zadazu nahi duzuna ; eztut hutcic eguinen zuri nie, erten derauzut eguia arimaz, Jaincoac placer badu. »

« Mon grand monsieur, à toute chose il faut un remède ; il en faut un, autrement besoin est de suer. Je vous prie donc de me faire connaître par signe si ma proposition est dans l’ordre ; et, si elle vous paraît sans inconvénient, donnez-moi ma subsistance. Puis, après cela, demandez-moi tout ce que vous voudrez, je ne vous ferai faute en rien ; je vous dis la vérité du fond du cœur, s’il plaît à Dieu. »

L. 20 : Sainct Treignan, foutys vous deſcoſſ… Il est hors de doute que saint Treignan (voyez la Table des noms) ou saint Eugnan (4 des Cent Nouvelles nouvelles) est le saint par lequel juraient les Écossais ; mais cela n’éclaircit pas beaucoup cette locution, au sujet de laquelle les commentateurs de Rabelais ont proposé bien des interprétations diverses. La plus vraisemblable est celle de Burgaud des Marets : « Abandonnez l’Écosse » (f… vous hors d’Écosse) si je n’ai failli comprendre.

L. 22 : Prug… ſtzampenards. C’est encore un langage imaginaire, au milieu duquel on trouve les noms de quelques localités du Chinonais, auxquelles l’édition de Juste, 1534, ajoute Seuillé, qu’elle substitue à Beuille.

L. 27 : Parlez vous chriſtian, mon amy, ou langaige patelinoys ? Parler chrétien, c’est parler un langage usité parmi les chrétiens, et par conséquent intelligible, non un idiome barbare employé par des idolâtres ; parler patelinois, c’est parler d’une façon incompréhensible, comme Pathelin dans son prétendu délire. Le drapier qui, dans la farce, est aussi surpris qu’Épistémon l’est ici, s’écrie (act. II, s. 5, p. 60) :

Par le corps bien ! il barbelotte
Ses mots, tant qu’on n’y entend rien.
Il ne parle pas chreſtien,
Ne nul langaige qui apere.

L. 29 : Langaige lanternoys. Cette expression s’emploie souvent pour désigner un langage inintelligible : « Mais le paillard reſpondit en langage de Lanternois, & où l’on n’entendoit que le haut alleman. » (Noël du Fail, t. II, p. 58.) Dans le tiers livre (t. II, p. 219, 220) Panurge explique le « bon Lanternoys… le courtiſan languaige Lanternoys » à Pantagruel et à Épistémon.

L. 30 : Herre… zunch. Discours hollandais : « Seigneur, je ne parle point une langue qui ne soit pas chrétienne : il me paraît toutefois que, sans que je vous dise un seul mot, mes haillons vous décèlent assez ce que je souhaite. Soyez assez charitable pour me donner de quoi me restaurer. »

Page 262, l. 2 : Seignor… mas. Discours espagnol : « Seigneur, je suis las de tant parler ; aussi je supplie Votre Révérence de considérer les préceptes évangéliques pour qu’ils la portent à ce qu’exige la conscience ; s’ils ne suffisaient à émouvoir sa charité, je supplie qu’elle considère la pitié naturelle qui, je crois, la touchera, comme il est juste ; après cela, je ne dis plus rien. »

L. 13 : Myn herre… lykſaligth. Vieux danois : « Monsieur, même au cas que, comme les enfants et les bêtes brutes, je ne parlasse aucune langue, mes vêtements et la maigreur de mon corps montreraient clairement ce dont j’ai besoin, à savoir de manger et de boire. Ayez donc pitié de moi, et faites-moi donner de quoi maîtriser mon estomac aboyant, de même qu’on met une soupe devant Cerbère. En ce cas, vous vivrez longtemps et heureux. »

L. 25 : Adoni… ral. Hébreu : « Le savant M. Carmoly l’a ainsi rétabli pour nous, dit Burgaud des Marets : Adonaï, schalôm lachém. Im ischar hatob aal aabdecha, bimherah thithên li kikar lechêm, chachatub : malveh adonaï chônên dal. Mousieur, la paix soit sur vous. Si vous voulez faire du bien à votre serviteur donnez-moi tout de suite une miche de pain, ainsi qu’il est écrit : Celui-là prête au Seigneur, qui a pitié du pauvre. (Proverbes, XIX, 17) »

L. 30 : Despota… chre. Grec. Ce texte est transcrit conformément à la prononciation nationale ou orientale, pratiquée par Reuchlin et ses partisans, et à laquelle on revient de nos jours. Ce fut Érasme qui y substitua celle qui est encore en usage dans la plupart de nos collèges, malgré les efforts des hellénistes actuels, (Voyez : De la prononciation nationale du grec, par M. Gustave d’Eichtal, Annuaire de l’Association des études grecques, 1868, p. 65.)

« Excellent maître, pourquoi ne me donnez-vous pas de pain ? Vous me voyez mourir misérablement de faim, cependant vous êtes pour moi sans pitié et vous me demandez des choses inutiles. Pourtant tous les amis des lettres sont d’accord que les discours et les paroles sont inutiles quand la chose même est claire pour tous. Les discours ne sont nécessaires que là où les choses sur lesquelles nous discutons ne se montrent pas clairement. »

Page 263, l. 7 : Agonou… troppaſſou. Langage inintelligible que Pantagruel, un peu plus bas, pense être de son « pays de Vtopie. » Dans le quatrième chapitre de son Mithridates, consacré aux langues factices, Gessner rapporte un quatrain de Morus dans le langage d’Utopie ; en voici le premier vers :

Vtopos haboccas peula chama polta chamaan

Du reste, aucun des mots bizarres de ce quatrain ne se retrouve dans le discours de Panurge.

L. 17 : Iam toties… dicitur. Latin : « Déjà bien des fois je vous ai conjuré par ce qu’il y a de plus sacré, par tous les dieux et par toutes les déesses, si quelque pitié vous touche, de soulager mon indigence ; mais mes cris et mes lamentations ne servent à rien. Laissez-moi, je vous prie, laissez-moi, hommes impitoyables, m’en aller où les destins m’appellent, et ne me fatiguez point davantage de vos vaines interpellations, vous rappelant ce vieil adage qui dit que ventre affamé n’a pas d’oreilles. »

Page 265, l. 4 : Fort admirable. Premières éditions : Plus admirable que celluy de Salomon.

L. 10 : Miſt concluſions. On trouvera des échantillons des sujets traités dans les disputes de ce genre en se reportant (t. III, p. 283) à La creſme philoſophalle des queſtions enciclopediques de Pantagruel.

L. 20 : Prendre ſa refection. Les premières éditions et Dolet ajoutent : « Non pas quil engardaſt leſdictz theologiens Sorbonicques de chopiner, & ſe refraiſchir a leurs beuuettes acouſtumees. »

Page 268, l. 11 : De orlg. iuris. Ce n’est pas Ulpien, mais Pomponius, qui, au § 4 de ladite loi, constate l’origine grecque de la loi des Douze tables.

L. 27 : De plumes. Les premières éditions ajoutent : « & en vſent comme vng crucifix dung pitre. » Rabelais feignait ici, comme il lui arrive souvent, que la langue tournait à l’orateur, qui voulait dire : comme un pifre, un goinfre, d’un crucifix.

Page 269, l. 6 : Tite Liue parlant des Cartagiens. « Pauci ac terme optimus quisque Hannoni assentiebantur, sed (ut plerumque fit) major pars meliorem verti. » (XXI, 4)

L. 9 : Replicques. Les premières éditions ajoutent : « Duplicques. »

Page 270, l. 8 : Couurez vous.

petit jean.

Meſſieurs… Couvrez-vous O ! Meſ… Couvrez-vous, vous dis-je.

dandin.

Meſſieurs… Couvrez-vous. O ! Meſ… Couvrez-vous, vous dis-je.

petit jean.

Meſſieurs… Couvrez-vous. O ! Meſ… Couvrez-vous, vous dis-je.

dandin.

Meſſieurs… Couvrez-vous. O ! Meſ… Couvrez-vous, vous dis-je.

(Racine, Les Plaideurs, acte III, sc. III)

L. 12 : Et maille. Premières éditions et Dolet : Diametralement oppoſe es Troglodytes.

L. 17 : Bon bies. Premières éditions et Dolet : Troys, ſix, neuf, dix.

Page 271, l. 14 : Beati… trebuchauerunt. « Heureux les lourds parce qu’ils ont trébuché. » Parodie des phrases analogues qui se trouvent dans le sermon sur la montagne.

L. 33 : Or, monſieur, diſt Baiſecul. Les premières éditions et Dolet disent d’abord : « Vrayement, diſt le ſeigneur de Baiſecul, c’eſt bien ce que son dit, qu’il faict bon aduiſer aucunesfois les gens, car vng homme aduiſe en vault deux. »

L. 34 : Ses gaudez & audinos. Les antiennes, qui commencent par Gaude « réjouis-toi » et Audi nos « écoute-nous. »

Page 272, l. 12 : Ie ſue…

Je ſuois ſang & eau pour voir ſi du Japon
Il viendroit à bon port au fait de ſon Chapon.

(Racine, Les Plaideurs, acte III, sc. III)

L. 21 : Qu’on ne ſe ſignaſt… poiſſons. Premières éditions : Quon ne ſe ſeignaſt de la main gauche, la bonne femme ſe print a eſculler les ſouppes par la foy des petis poiſſons…

L. 27 : Son couſin Geruays remué d’vne buſche de moulle. Du Fail a reproduit ce coq à l’âne : « voſtre couſine remuee d’vne buſche, & ce par deuers la paille. » (t. I, p. 43)

L. 31 : Non de ponte vadit qui cum ſapientia cadit. Pour :

Non de ponte cadit
Qui cum ſapientia vadit.

« Qui va avec sagesse ne tombe pas d’un pont. »

L. 34 : Les lunettes des princes. Ouvrage souvent réimprimé, de Jean Meschinot, surnomme « le Banny de liesse. » Voyez Brunet, Manuel du libraire.

Page 273, l. 2 : Partie aduerſe… Les premières éditions ajoutent : « En ſa foy, ou bien. »

L. 3 : In facer verbo dotis. Pour : In verbo ſacerdotis, « en parole de prêtre. » — « En verité, reſpondit alors le curé… ie vous aſſeure in verbo ſacerdotis. » (Les Cent Nouvelles nouvelles, LXX). La tmèse dont use Rabelais pourrait s’autoriser par de nombreux exemples, tirés des meilleurs poètes latins.

L. 12 : Lamibaudichon. Chanson populaire :

(Que) ie ſceuſſe d’vne vielle
Iouer ſans plus vne chanſon,
Seulement l’amy baudichon ;
Ce ſeroit aſſez pour me viure…

(Voy. Petit de Justeville, Histoire du théâtre en France, Les mystères, Mystère de l’Assomption, t. I, p. 275)

Joachim du Bellay ayant blâmé, dans son Illuſtration de la langue françoiſe : « Laiſſez la verde couleur… & autres telz Ouuraiges, mieux dignes d’eſtre nommez Chanſons vulgaires, qu’Odes… », Charles Fontaine lui répond dans son Quintil Horatian : « Chanſons, bien ; vulgaires, non ; comme ſeroit la Tirelitanteine ou Lamy Baudichon. Car ce ne ſont chanſons deſquelles on voiſe à la moutarde. « (Voyez du Bellay, Pléiade françoiſe, t. I, p. 482, note 37)

L. 29 : Le tu autem. Le principal, l’important. Allusion à la leçon : « Tu autem. Domine, miserere nobis » (Mais toi, Seigneur, aie pitié de nous), qui revient souvent dans le bréviaire.

Page 274, l. dernière : Se dodeliner. Le texte de 1542 porte à tort : Se deliner. Premières éditions : Se asseoir à table.

L. dernière : Iouer du luc, ſonner du cul. « Luc » pour « luth » est fréquent au XVI siècle. Cette forme est l’anagramme exacte du mot employé plus loin. « Luc renuerſé », comme dit du Fail (t. II, p. 37).

Page 275, l. 2 : Forme. Les premières éditions et Dolet ajoutent : « ſur beaulx eſcarpins deſchiquettez a barbe deſcreuiſſe. »

L. 4 : L’aultre cinq, quatre & deux. Premières éditions et Dolet : Laultre ſe cache le muſeau pour les froidures hybernales.

L. 17 : Gens de plain iour. Premières éditions et Dolet : Gens dignes de memoire.

L. 24 : Le vin. Les premières éditions et Dolet ajoutent : « en plain minuyct. »

L. 31 : Friſeſomorum. Une des formes du syllogisme. V. ci-dessus, p. 109, la note sur la l. 13 de la p. 67.

Barbara celarent Darii erio baralipton.

Page 276, l. 3 : Voylà qui faict le ſel tant cher. « Voila iuſtement, ce qui fait que votre fille eſt muette. » (Molière, Le Médecin malgré luy, acte II, sc. IV)

L. 10 : Naueaulx. Premières édit. : Auez mariatz.

L. 17 : Fringuez. Premières édit. : Auecques.

L. 17 : Beuez à ouissance : depiſcando grenoillibus. Premières édit. : Viuez en ſouffrance & me peſchez force grenoilles. « Vivez en souffrance » veut dire ici : avec patience, en paix, en souffrant philosophiquement ce qu’on ne peut empêcher.

L. 21 : Bauars de godale. Ceux qui bavardent en buvant de la bière, de l’ale. Édit. de 1553 : Bauars de Confort. Flâneurs de la place de Notre-Dame de Confort, à Lyon, où François Juste avait sa boutique.

L. 33 : Her, tringue, tringue. « Monsieur, à boire ! à boire ! » en allemand.

L. 33 : De doublet en caſe. Premières éditions et Dolet : Das iſt cotz, frelorum bigot paupera guerra fuit (cela est bon. Des frelores [perdus, gâtés], par dieu la guerre fut pauvre). Et meſbahys bien fort, comment les aſtrologues ſen empeſchent tant en leurs aſtrolabes, & almucantharat. Dans l’édit. Juste, 1534, au lieu des trois premiers mots : Das dich gots martre ſchend… « Que le martyre de Dieu vous envoie… (au diable). »

L. 34 : Sur petit pont geline de feurre. Cri annonçant qu’on vendait sur le Petit Pont des poulets de paillier, des poulets de grain non engraissés. Il se trouve dans la chanson des Cris de Paris de Jannequin.

Page 277, l. 13 : Pour deux & ar. Prem. édit. et Dolet : Pour ſix blancs. Marnef omet : conſideré… d’auoir eſguard.

L. 13 : I’entens, par mon ſerment, de laine.

La toyſon
Dont il ſouloit eſtre foyſon
Me couſta, à la Magdaleine,
Huict blans, par mon ſerment, de laine
Que ie ſoulois auoir pour quattre.

(Farce de Pathelin, act. I, sc. II, p. 18)

L. 15 : Cornemuſes. Prem. édit. et Dolet : Maiſons.

L. 28 : Tunc… quid iuris pro minoribus ? « Alors… quel est le droit pour les mineurs ? »

L. 32 : En temps de godemarre ſublimer la penurie de ſon membre par… Premières édit. : En temps de peſte charger ſon pauure membre de…

Page 278, l. 8 : Donnons. Prem. édit. et Dolet : Donnez.

Page 279, l. 8 : Viue vocis oraculo. « Par oracle de vive voix. »

L. 13 : Vna voce. « D’une seule voix, unanimement. »

L. 14 : Ex nunc prout ex tunc. « D’ores (de maintenant) comme d’alors. »

L. 18 : Voſtre paraphe Caton. — Paraphe est, par corruption pour paragraphe, ainsi qu’il est remarqué dans la briefue declaration, t. III, p. 204. — Toutes les lois citées ici sont des textes sérieux et notables, célèbres pour les difficultés qu’ils présentent. Le § Cato est le premier de la loi Eadem dicemus IV de verborum obligationibus (45, 1). Il a trait à la théorie de l’indivisibilité, que Dumoulin a approfondie dans son traité intitulé : Extricatio labyrinthi dividui & individui. La plupart des autres lois qui suivent ont été réunies dans ces vers techniques :

Ex empto. Prætor, Si quis, Pomponius, Arbor.
Si dominus. Mater. Vinum. Mulier bona. Frater.
...............
Sunt hæ difficiles fatis, hoc in codice leges ;
Ne careas lege : carmina noſtra lege.

Ce commentateur égayé parfois son travail par des réflexions plaisantes. Il dit, au sujet de la loi Vinum (l. 22, De rebus creditis, 12, 1) :

Quæ licet forte non ſit difficilis,
Et tamen utilis, cum lætificet cor nominis.

C’était, du reste, une loi que son titre avait rendue populaire et qu’on trouve alléguée jusque dans nos farces :

Seigneurs, eſcoutez, s’il vous plaiſt,
Expoſer la loy de vinum,
Qui eſt eſcripte, ſe dit-on.
En Digeſte, ou XII liure ;
Ne cuydez pas que le ſoye yure.

(Anc. Théât. fr., t. II, p. 8 : — Sermon ioyeux de bien boyre)

Àl’occasion de la loi Mulier bona, le commentateur ne pouvait guère se dispenser de taire en passant, conformément à l’usage du temps, une inoffensive plaisanterie contre les femmes. Après avoir séparé, dans la ponctuation, mulier et bona, il s’exprime ainsi :

Aduerte, aliqui aſſeucrant quod mulier
Bona ſit lex vnica quæ eſt de iure dotium.
Sed cum mulier bona ſit rara auis :
Inde non eſt facienda lex.

On voit, par les vers techniques que nous avons cités, que la loi intitulée emptor, dans notre texte, et exemptor, dans les deux premières éditions, est réellement désignée par ex empto, l. 11, De actione empti, 19, 1.

Quelquefois le glossateur lui-même hésite entre plusieurs lois dont les premiers mots sont les mêmes. Ainsi il y a plus de trois cents lois commençant par Si quis dans le Digeste, et plus de deux cents dans le Code, sans compter « la loi si quis canis » si plaisamment alléguée par L’Intimé, dans Les Plaideurs, act. III, sc. III.

Il y a pour Jundi dix lois au Digeste, pour Venditor huit au Digeste et une au Code. On n’a point de doute à l’égard de Gallus (l. 29, XXVIII, 2), ni de Qinque pedum (C. 5, III, 39). Voyez Digeſtum vetus, à la suite de la table des titres, et la grande glose, Lyon, 1612.

Page 280, l. 11 : Lucifuges… cheual. Prem. éd. : Lucifuges nycticoraces, qui ſont inquilines du climat diaromes dung crucifix a cheual. Marnef : Lucifuges nicticoraces. Le demandeur.

Page 282, l. 21 : Cuſanus trompé en ſes coniectures. Le cardinal Nicolas de Cusa, franciscain, a écrit, en 1452, un ouvrage : De coniecturis nouiſſimorum temporum, où, se fondant sur ce que le déluge est arrivé dans le trente-quatrième jubilé de cinquante ans, il prédit la fin du monde pour le premier jubilé de l’ère chrétienne, c’est-à-dire avant 1734.

L. 23 : Muitz de hon vin. Prem. édit. : bon poiſſon de vin.

Page 283, l. 6 : Humer. Les trois premières éditions portent, au lieu du texte qui suit, presque identique à un passage de Gargantua, (voyez ci-dessus, p. 80, note sur la l. 2 de la p. 23) : Par ſainct Thibault (diſt il) tu dys vray, & ſi ie montaſſe.

L. 10. A la mode des paſſereaux. Voyez ci-dessus p. 80, note sur la l. 18 de la p. 23.

L. 12 : Auecques Empedocles. Dans l’Icaro-Ménippe de Lucien, Empédocle raconte à Ménippe qu’après s’être jeté dans le cratère de l’Etna il fut transporté au delà de la lune, où il retomba.

Page 285, l. 21 : L’apologie de boſſutis & contrefactis pro Magiſtros noſtros. « L’apologie des bossus et contrefaits, dédiée à nos maîtres. »

L. 23 : Agyos, athanatos, ho theos. Voyez ci-dessus p. 131, note sur la l. 11 de la p. 132.

Page 286, l. 7 : Mais ou ſont les neiges d’antan ? Refrain de la Ballade des dames du temps jadis, de Villon.

Page 287, l. 2 : Corinthiace. Prem. éd. : Tudeſque.

L. 19 : Bruſlant… Les premières éditions ajoutent : « Comme Sodome & Gomorre. »

Page 290, l. 13 : Ferrare. Édition de François Juste, 1533 et 1534 : Carpentras.

L. 17 : Demander, qui eſt là bas ? Noël du Fail a dit (t. I, p. 91) : « S’equiperent… auec vne forte Arbaleſte de paſſe, qui eſtoit au premier front pour ſeruit de demander : Qui eſt là ? qui bruit ? qui vous meme ?… & autres ſemblables mots & demandes de nuit. »

L. 25 : A meilleur marrhé que les pierres. On lit dans la complaincte de la mère Cardine (Poésies françoises des XV et XVI siècles, Biblioth. elzév., t. III, p. 295) :

Ce n’eſt plus le paſſé qu’vn badault papelard
Le faiſoit ſeurement à deux coups le liard.

Dans Le Moyen de parvenir (p. 19) : « I’aimerois bien mieux faire ma prouiſion à Paris ; i’aurois pleine chemise de chair pour cinq fols, & vne pannerée de cerifes pour quatre. » Et plus loin (p. 309) : « On trouue à Paris pleine chemiſe de chair que pour cinq ſous au rabais. » Cinq sous de ce temps équivalent à peu près à un franc de notre monnaie.

L. 32 : De tant… clauſtrales. Premières éditions : De tant de vitz quon couppa en ceſte ville es pouures Italiens a l’entree de la Reyne. L’entrée à Bourges de la reine mère, accompagnée de la duchesse de Berry et du jeune dauphin, eut lieu le 23 juillet 1524. Des pillards, des incendiaires, des boute-feux, qui avaient conspiré à Naples, subirent alors de cruels supplices.

Page 291, l. 11 : L’ouurage gaſté. Les éditions de Fr. Juste de 1533 et 1534 ajoutent : « & le pape diffamé. »

L. 16 : Frater Lubinus, libro de compotationibus mendicantium. « Frère Lubin, au livre des buveries en commun des mendiants. » Les éditions de Juste 1533 et 1534 ont : De cornibus « maiſtre de cornibus, » comme il dit t. II, p. 73 (voyez la Table des noms), au lieu de : Lubinus.

Page 292, l. 10 : Solution de continuité. Rabelais a répété cette expression dans le Quart livre (t. II, p. 434). Voyez le Commentaire.

Page 293, l. 17 : Deux charrettees. Les trois premières éditions ajoutent : « Et bien puis que dieu le veult, et touſiours forroit dedans. »

L. 28 : Et vbi prenus ? « Et où les prenez-vous ? » En latin de cuisine. Cette phrase se trouve dans la Farce de Colin (Ancien théâtre françois, t. I, p. 230) :

Et vbi prenu qui ne l’emble.

L. 31 : Et n’y a que neuf iours. Trois premières éditions : Et ſil ny a que neuf iours, voire de mangereſſes dymaiges & de theologiennes.

Page 294, l. 30 : Mais il n’eſt encores imprimé. Voyez ci-dessus, p. 61, note sur la l. 17 de la p. 4.

Page 295, l. 12 : Faulte d’argent c’eſt doleur non pareille. Ce refrain, qui se trouve déjà dans la sottie de Pierre Gringore, représentée le mardi 25 février 1512, était très populaire, et a servi à diverses chansons et pièces de vers. (Voyez La sottie en France, par M. Émile Picot, Romania, avril 1878, p. 264)

L. 16 : Pipeur, beuueur. Ces deux mots et le vers qu’on trouve plus loin :

ne sont pas dans les trois premières éditions. C’est un emprunt textuel fait à Marot, Epiſtre au Roy, pour auoir eſté derobe :

I’auois vn iour vn vallet de Gaſcongne
.............
Pipeur, ..........
Au demourant, le meilleur filz du monde.

Page 296, l. 9 : Son Deus det. D’ordinaire les Grâces se terminent par : Deus det nobis suam pacem, « que Dieu nous donne sa paix. » Il est piquant d’indiquer, comme la prière la mieux connue et la plus pratiquée de Panurge, celle par laquelle on remercie Dieu du repas qu’on vient de prendre.

L. 16 : Maiſtres es ars. Les premières édit. ajoutent : « & theologiens. »

L. 23 : A yceulx… Premières édit. : A tous les theologiens de ſe trouuer en Sorbone pour examiner les articles de la foy.

L. 28 : Oignit tout le paué. Premières édit. : Oignit theologalement tout le treilliz de Sorbonne.

Page 298, l. 12 : Ite miſſa eſt. « Allez… » Paroles qui terminent la messe.

L. 28 : Ce que faict les aureilles des aſnes ſi grandes.

Sçauez vous pourquoy vn aſne
A ſi grans’oreilles, beau pere ?
Non dea. C’eſt pour ce que ſa mere
Ne luy myt point de beguinet
Pour fairer vng petit ſa teſte.

(Myſtère de Sainct Didier, par Guillaume Flamant, joué en 1482. — Voyez Petit de Julleville, Les Mystères, t. I, p. 240).

Page 299, l. 31 : Lingere du palays… Édit. de Juste 1533 et 1534 : Des galleries de la Saincte Chappelle. Peut-être est-ce « Lynote, Lingere meſdiſante, » à qui Cl. Marot a consacré une de ses épigrammes.

Page 300, l. 2 : Ceſt ouuraige eſt il de Flandre ou de Haynault ?

Ie taſte voſtre hahit, l’étoffe en eſt moüelleuſe.
...............
Mon Dieu, que de ce Point l’ouurage eſt merueilleux !
On trauaille aujourd’huy, d’vn air miraculeux.

(Molière, Tartuffe, acte III, sc. III)

L. 18 : Vn teſton… grans blancs. « Le teston est la plus forte monnaie du temps, en argent, ornée de la teste royale, d’où lui venait son nom ; elle avait d’abord été introduite dans notre système monétaire par Louis XII, à l’imitation de certaines monnaies italiennes, et notamment de celles qu’il avait frappées comme duc d’Orléans, dans sa seigneurie d’Ast. Cette monnaie vaudrait 2 francs. Le grand blanc varia souvent de titre et de taille ; il fut le sol ou douzain, et quelquefois onzain, dixain, etc., suivant le nombre de deniers pour quoi il courait ; longue dégénérescence du gros tournois, c’était la monnaie la plus commune de cette époque, et les changeurs en donnaient un certain nombre pour un teston. » (Cartier, Numismatique, p. 344)

L. 19 : Maiſtre mouſche. Coquillart a dit, au Monologue des perruques : (t. II, p. 290)

Il iouera mieulx que maiſtre Mouche,
Qui me prendra en deſarroy !

Quant à indiquer avec quelque certitude de quel personnage il s’agit, ce serait fort difficile.

Page 301, l. 13 : Qui ne virent oncq pere ny mere.

Encore ay-ie le denier & maille,
Qu’oncques ne virent pere & mere.

(La Farce de Pathelin, acte I, sc. II, p. 15)

L. dernière : Grates vobis dominos. « Je vous rends grâces, Seigneur. » En latin corrompu.

Page 302, l. 12 : Cabaret du chaſteau. Voyez ci-dessus, p. 172, note sur la l. 2 de la p. 242.

L. 19 : Ainſi d’vne main ie prins douze deniers. Ce genre de friponnerie avait déjà été signalé par Érasme dans son colloque du Pèlerinage : « Quelques-uns sont tellement dévots à la très sainte Vierge, qu’en feignant de déposer leur offrande sur l’autel, ils dérobent avec une dextérité surprenante ce qu’un autre y a placé. »

L. 20 : Douze liards ou doubles… » Dans ce récit… nous voyons paraître comme monnaie usuelle le denier, ancienne base de notre système monétaire tournois ; le liard, monnaie de billon, introduit dans la circulation sous Louis XI, pour trois deniers ; le double, valant deux deniers tournois, et le douzain, véritable sou valant, ainsi que son nom l’exprime, douze deniers. » (Cartier, Numismatique, p. 346)

L. 28 : Centuplum accipies. « Tu recevras le centuple. » — « Omnis qui reliquent domum… centuplum accipiet. » (S. Matth., XIX, 29)

L. 32 : Diliges dominum, id eſt dilige. « Tu chériras le Seigneur, c’est-à-dire : chéris. » Premières édit. : Dominum Deum tuum adorabis & illi ſoli ſeruies ; diliges præmium tuum, & ſic de aliis. « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et ne serviras que lui ; tu chériras ta récompense ; et ainsi des autres. »

Page 303, l. 2 : Le pape Sixte. Parmi les damnés (chap. XXX, p. 366) il exerce la profession de « greſſeur de verolle. »

L. 25 : D’aultant… il leur failloyt donner d’aduantage. Ce système n’est pas de l’invention de Panurge : c’est celui que, d’après Hérodote (liv. I), on employait pour marier les filles à Babylone.

L. 34 : Bubaialloient. Premières édit. : Arreſſoient.

Page 304, l. 29 : Maiſtre Fyfy.

Et le tien curoit les priuez
..........
Et s’appelloit maiſtre Fy Fy.

(Anc. Théât. françois, t. II, p. 131 : Farce du savetier)

L. 31 : La pipe de buſſart, ne le quart de Sentences. Premières édit. : Les Liures de ſentences. Il s’agit des Sentences de Pierre Lombard ; et cet ouvrage a sans doute été choisi à cause du jeu de mots qu’il fournit avec sentir, sentant. Dans le second texte, il faut probablement lire : la pipe, le bussart, comme le portent les éditions modernes, et il y a une allusion aux tonneaux de maître Fyfy. Le mot quart a été employé avec ce double sens de quatrième partie d’une pièce et de quatrième livre d’un ouvrage dans le Prologue du Liure III (t. II, p. 11) : « Ie voys de nouueau percer mon tonneau. Et… tirer du creu de nos paſſetemps epicenaires vn guallant tiercin, & conſecutiuement vn ioyeulx quart de ſentences Pantagruelicques. »

L. 33 : Du Feurre, en face de tous les aultres Sophistes. Premières édit. : « De Sorbonne, en face de tous les theologiens. »

Page 305, l. 17 : Sainct Adauras. Ad auras, « dans les airs. » — « Rabelais, dit Le Duchat, a forgé ce saint comme le patron qui garantit d’être suspendu en l’air. »

L. 20 : Ce pendent. Les prem. édit. disent d’abord : Ieſuchrist ne fut-il pas pendu en lair ? Mais à propos…

L. 34 : La reparation de deſſoubz le nez. Les dépenses faites pour la nourriture, et surtout pour la boisson.

Page 306, l. 22 : Elle exciteroit tout le monde en admiration de ſoy. Δειοὺς γὰρ ἂν παρεῖχεν ἔρωτας, εἵ τι τοιοῦτον ἑαυτῆς ἐναργὲς εἴδωλον παρείχετο εἰς ὄψιν ἰὸν (Phèdre, 31)

Page 307, l. 31 : De Philoſophie… de Caballe. Prem. édit. : De Philoſophie, de Magie, de Alkimie, & de Caballe.

Page 308, l. 7 : Pro & contra. « Pour et contre. »

L. 21 : A perſonne. Premières édit. : A nully.

L. 33 : Au quel diſoit Heraclite eſtre la verité cachee. Rabelais a dit de même (t. II, p. 172) : « On puiz tenebreux, onquel diſoit Heraclytus eſtre Verité cachée. » C’est d’ordinaire à Démocrite qu’on attribue ce mot : « Democritus quasi in puteo quodam sic alto ut fundus sit nuUus, veritatem jacere depressam ait. » (Cicéron, Académiques, V)

Page 309, l. 29 : De numeris & ſignis. « Des nombres et des signes. » Voici le véritable titre de ce traité, publié à Venise en 1525 : De computo ſeu indigitilatione & de loquela manuali per geſtum digitorum.

L. 30 : De inenarrabilibus. « Des inénarrables. » Plotin déplorait l’insuffisance du langage pour la haute philosophie.

L. 31 : De magia. « De la magie. » Proclus passe pour avoir étudié la magie des Chaldéens. Les premières éditions donnent ici Proclus, et, à la ligne suivante : Artemidorus.

L. 32 : Peri onirocriticon. « Περὶ ὀνειροϰριτιϰῶν, sur l’interprétation des songes. »

L. 33 : Peri ſemion. « Περὶ σημείων, sur les signes. »

L. 34 : Peri aphaton. « Περὶ ὰφάτων, sur les choses qu’on ne doit pas dire. »

Page 310, l. 2 : Peri anecphoneton. « Περὶ ἀνεϰφωνήτων, sur les mots qu’on ne peut prononcer. »

L. 11 : Ad metam non loqui. « Au point de ne pas parler. »

L. 23 : Iouer toutes les aigueillettes de ſes chauſſes. Dans les dialogues de Mathurin Cordier, au chapitre du Jeu (De corrupti ſermonis emendatione. Ludendi ſumma) on voit des écoliers jouant ainsi leurs aiguillettes : « Ego amisi quatuor ligas. »

L. 30 : Reſueurs & beiaunes Sophiſtes. Premières édit. : Sorbonicoles.

Page 311, l. 10 : Euſſent ilz mangé quinze liures de plume. Du Fail a dit de même : « Diſoient qu’ilz n’oſeroient touſſir, les beliſtres euſſent ilz mengé vn plein ſac de plume. » (t. I, p. 82)

L. 24 : Ces maraulx Sophiſtes. En plus, édit. Juste, 1534 : « Sorbillans, Sorbonnagres, Sorbonnigenes, Sorbonicoles, Sorboniformes, Sorboniſecques, Niborciſans, Borſoniſans, Saniborſans. »

Page 312, l. 3 : Dedans auoit mis vne belle pomme d’orange. « Ilz (les hommes) portoyent vne ample & groſſe brayette, qui auoit deux aiſles aux deux coſtez, qu’ils attachoyent auec des eſguillettes, vne de chaſque coſté ; & en ce grand eſpace qui eſtoit entre leſdites deux eſguillettes, la chemiſe & la brayette, ils y mettoyent leurs mouchoirs, vne pomme, vne orange, ou autres fruicts… & n’eſtoit pas inciuil eſtans à table de preſenter les fruicts conſeruez quelque temps en ceſte brayette, comme encor aucuns preſentent des fruicts pochetez. » (Louis Guyon, Les Diuerſes leçons, liv. II, c. 6)

Page 313, l. 1 : Comment Panurge feiſt quinaud l’Angloys. Le Duchat indique en ces termes où Rabelais a trouvé le point de départ de cette invention plaisante : « Accurse a égayé sa glose (sur la loi 2 au Digeste, De origine Juris) d’une singerie approchante, qu’il dit s’estre anciennement passée dans Rome, entre un philosophe grec & un fou que les Romains lui mirent en teste. À tous les signes mystérieux de ce Grec le fou en opposa de fort fantasques qui, comme ici par Thaumaste, furent pris par le philosophe pour autant de savantes réponses à tous ses doutes & à toutes ses objections. » L’auteur du Moyen de parvenir n’a pas manqué d’imiter cette facétie : voyez la dispute par signes d’un menuisier et d’un savant, p. 362.

Page 314, l. 14 : Les quatre doigtz… en l’air. Si l’on essaie de reproduire le mouvement qui vient d’être décrit, on s’apercevra, non sans quelque étonnement, que l’Anglais exécute un des gestes les plus familiers des gamins de Paris, geste considéré généralement comme d’invention récente.

Page 315, l. 22 : L’œil dextre. Les premières édit. ajoutent : « Et ce dura bien par leſpace dung bon quart dheure. Dont Thaumaſte… »

Page 319, l. 10 : Et ecce pluſquam Salomon hic. « En voici un qui est plus que Salomon. » (S Luc, XI, 31)

L. 14 : Problemes inſolubles. Édit. in-4 : Doubtes inexpuyſables ; Goth. s. d. : inexpulſables ; Marnef : inexpuſables.

Page 320, l. 3 : A tant ie redigeray… affin que… A tant se rapporte à affin que, et signifie pour tel objet, de telle manière. La plupart des éditeurs y ont substitué à temps, dans le sens de à loisir, qui donne un faux sens.

L. 9 : Non eſt diſcipulus ſuper magiſtrum. « Le disciple n’est pas au-dessus du maître. » (S Matthieu, X, 24)

L. 15 : A ventre… de preſent. Prem. éd. : Comme toutes bonnes ames le iour des mortz, le ventre contre terre.

L. 22 : Sicut terra ſine aqua. Psaume 142, 6 verset. Voyez ci-dessus, p. 79, note sur la l. 30 de la p. 22.

Page 326, l. 5 : Feſte du ſacre. Premières édit. : Feſte du corps dieu. La Fête-Dieu.

L. 13 : Lyciſque orgooſe. Premières édit. : Chienne qui eſtoit en chaleur.

L. 16 : Ce que ſçauent les Geomantiens Gregoys. Voyez Galien, liv. I, aphor. 22.

Page 328, l. 3 : Compiſſoyent… Premières édit. ; La conchioient toute & compiſſoient…

L. 4 : Sur la teſte. Les premières édit. ajoutent : « Et luy cuUotoit son collet par derrière. »

L. 6 : Piſſoient sur ſes… Premières édit. : Culletoient ſes…

Page 329, l. 6 : Nagé. Prem. édit. : Noué, qui a la même signification. Burgaud des Marets lit noue et l’explique ; « très vaste mare, » interprétation juste en elle-même, mais qui ici ne présenterait aucun sens. Les premières éditions finissent le chapitre par ce mot.

L. 10 : Doribus. Édit. de Juste, 1534 : De Quereu.

Page 330, l. 11 : Ogier & Artus. Premières édit. : Enoch & Helye.

Page 331, l. 9 : Biſcoteroyent. Premières édit. : Cheuaucheroient.

L. 12 : Fanfreluchoient. Premières édit. : Cheuauchoient.

L. 16 : Olif en ly caleil. « Huile dans le calice. » Il s’agit, dans cette expression provençale, du calice de la lampe à queue, qui, dans cette contrée, est demeurée, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours, d’un usage courant.

L. 17 : Belinoyent. Premières édit. : Cheuauchoient. Ce même verbe cheuaucher est répété, dans les premières éditions, au lieu de biscoteroyent (l. 9), fanfreluchoient (l. 12), et de belinoyent (l. 17).

L. dernière : P n t g r l. Il n’y a ici que les consonnes du nom de Pantagruel ; les voyelles sont supprimées, comme dans l’hébreu, où de simples points les remplacent.

Page 333, l. 15 : La fineſſe que mect Aulle Gelle. La manière dont on se servait, pour correspondre secrètement, des bâtons appelés scytales, est expliquée tout au long dans le livre XVII des Nuits attiques, ch. 9. L’auteur y parle aussi de la plupart des procédés que Rabelais a énumérés ici.

L. 30 : De literis illegibilibus. Ces divers traités « sur les lettres insisibles » sont imaginaires, ou du moins inconnus des bibliographes.

L. 34 : Lamah hazabthani. Ou plus correctement : Lamah ſabacthani. Dernières paroles de Jésus sur la croix. « Cette application profane… est proprement du génie italien, & c’est de la 41 nouvelle du Massuccio Salernitano que Rabelais l’a tirée. » (Le Duchat)

Page 334, l. 6 : Dy amant faulx. Le diamant véritable indiquait, au contraire, la constance. Rinaldi, qui le remarque, reproduit aussi le rébus de la dame de Paris : « Diamante gemma ſignifica coſtanza & fermezza di animo… Diamante falſo cioè Brilo ſignifica : Dimmi falſo amante, per che coſi giubili e fai feſta. (Il moſtruoſiſſimo moſtro di Giovanni Rinaldi)

L. 27 : Meden… Vti… Vdem… Gelaſim… Achorie. Après avoir suivi un itinéraire réel, nous voici dans des contrées purement imaginaires. Meden… Vti… Vden… sont trois mots grecs qui signifient « rien. » — Gelaſim, de γελάω, rire, « pays du rire » ou, peut-être, « pays pour rire. » — Achorie, de ἀ privatif, et χῶρος, pays, « ce qui n’est pas un pays, » est formée à l’imitation de Utopie, que nous avons déjà vue et que nous retrouverons tout à l’heure.

Page 335, l. 15 : Ie (diſt Panurge) entreprens de entrer en leur camp par le meillieu des gardes. « Imitation des gabs de Charlemagne & de ses Pairs chez le Roi Hugues de Constantinople, au chap. 8 de Galien restauré. » (Le Duchat)

Page 336, l. 8 : Camille Amazone.

Illa vel intactæ segetis per summa volaret
Gramina, nec teneras cursu læsisset aristas.

(Virgile, Énéide, li. VII, v. 808)

Page 340, l. 19 : Courant. Au lieu de l’énumération qui suit, on lit seulement, dans les premières éditions : Courant tua des pieds dix ou douze que leuraulx que lapins qui ia eſtoient hors de page. Doncq il frappa le cheureul…

Page 342, l. 10 : Armez de pierre de taille. « Cette plaisante imagination est du roman de Mabriant (chap. 31.). où Roland, aïant ouï vanter la merveilleuse cuirasse de Mabriant : « Par Sainct Denis, dit-il, s’il eſtoit armé de pierre de taille, ſi iouſteray-ie demain à luy. » (Le Duchat). Il est intéressant de faire remonter jusque-là l’origine de cette expression ; mais il aurait été bon de remarquer que Rabelais n’a pas eu à la chercher si loin, et que dans les Grandes cronicques (voyez ci-dessus, p. 37) les Ces et Magos sont si armez de pierre de taille. »

L. 15 : Vnze mille. Premières édit. : Troys mille.

L. 18 : Cent cinquante mille. Premières édit. : Quatre cent cinquante mille.

Page 343, l. 17 : Tout le monde cheuauchera & ie meneray l’aſne.

Chaſcun le ſait, & ie mene l’aſne.

(Coquillart, Monologue des perruques, t. II, p. 278)

On a dit dans le même sens : « Je garde le mulet, je tiens la chandelle. » Bien que le vers de Coquillart ait été cité par Le Duchat, Burgaud des Marets a cru qu’il y avait ici une « allusion à un très ancien usage qui subsiste encore dans quelques-unes de nos provinces, » à l’habitude de promener sur un âne tenu par la queue les maris trompés et ceux qui se laissent battre par leurs femmes. Mais ceci n’a nul rapport avec le passage de Rabelais.

L. 20 : Qui poteſt capere capiat. « Qui peut saisir saisisse. » Jeu de mots. Capere, qui dans ce proverbe s’emploie d’ordinaire au sens moral et veut dire « comprendre, » est ici au sens physique et signifie « prendre. »

Page 346, l. 8 : Engin mieulx vault que force. Le Duchat complète ainsi ce proverbe ;

D’autant que bois mieux vaut qu’eſcorce,
Aussi mieux vaut engin que force.

L. 21 : Le pied droit de deuant. Ainsi dans les deux premières éditions. Les suivantes portent : Les pieds droits, faute évidente que nous avons dû faire disparaître du texte.

Page 347, l. 32 : Autant de petites femmes. Dans Le Moyen de parvenir (p. 134), Rabelais parlant d’une femme qui a laissé aller « vne veſſe ou veſne eſpouuantable » dit : « Cette femme eſtoit ou deuoit eſtre vne belle grande veſſe, d’autant que chaque eſpece engendre ſa ſemblable. »

Page 351, l. 5 : Metz… Édit. Nourry et Marnef : Ie ne te dys pas comme les caphars Ayde toy dieu te aydera : car ceſt au rebours ayde toy, le diable te rompra le col. Mais ie te dys, metz…

Page 353, l. 4. : A la Breteſque. C’est-à-dire à la bretonne. Édit. Nourry et Marnef : A la Tudeſque.

L. 13 : Lithontripon… cantharidiſé. Édit. Nourry et Marnet : Trochiſtz dallrelrange et de cantharides et aultres…

L. 23 : Voix, & partez. Édit. Nourry et Marnef : Voix qui eſt plus eſpouuantable que neſtoit celle de Stentor qui fut ouy par ſur tout le bruyt de la bataille des Troyans, & vous en partez.

L. 34 : Ce feuſt le dangier. Édit. Nourry et Marnef : O la pitié.

Page 354, l. 29 : Le ſang des ennemys. On trouve quelque chose d’analogue dans Les Rois, (liv. IV, ch. 3, v. 22, 23) : « Les Moabites s’étant levés au point du jour, dès que les rayons du soleil brillèrent sur les eaux, elles leur parurent rouges comme du sang. Et ils s’entre-dirent : « C’est le sang du glaive ; les rois se sont battus l’un contre l’autre et se sont entretués. »

Page 356, l. 13 : A voſtre maſt. Premières édit. : De voſtre maſt.

L. 17 : Dauid tua bien Goliath facillement. On lit ensuite dans les trois premières édit. : Moy doncques qui en battroys douze telz queſtoit Dauid : car en ce temps la ce neſtoit que vng petit chiart, nen defferayie pas bien vne douzaine.

L. dernière : Bien chié. Édit. Nourry et Marnef : Bien chien chie. Édit. s. d. gothique : Bren chien chie. Voyez ci-dessus p. 78 la note sur la l. 26 de la p. 22.

Vlà-t-i pas qu’eſt bien chié ! (chanté).

Page 358, l. 1 : Pheée. Il faut bien lire pheée avec trois e, conformément au texte original, et non phée avec deux e, comme le donnent presque toutes les éditions, et notamment colles de Le Duchat, d’Éloi Johanneau, et même, parmi les plus récentes, celles de la Bibliothèque elzévirienne, de la collection Jouaust et de la collection Jannet. Burgaud des Marets, qui dans sa seconde édition a mis, comme il le fallait, pheée, dit en note, par une contradiction assez étrange : « Ce mot est adjectif dans les anciens romans de chevalerie, et veut dire enchanté. On a dit une épée fée, un anneau fée ou phée. On trouve même à l’infinitif le verbe phéer, féer. » Il aurait fallu dire : Phéer. Féer, ou plus anciennement faer, signifiait : enchanter, charmer, douer d’une propriété merveilleuse. Le participe de ce verbe était, au masculin, faé, phéé, féé :

Ens ſon eſtant n’ot de grant que. III. piés,
Et s’ert faés, de vreté le fachiés.

(Huon de Bordeaux, v. 27, portrait d’Oberon)

Au féminin, on ajoutait naturellement un e muet, ce qui faisait trois e de suite, féée, comme aujourd’hui au féminin du participe de créer : créée.

Page 360, l. 22 : Enclume. Premières édit. : mail.

L. 28 : Te haſcheray ie comme chair à paſtez. C’est la menace que le chat botté adresse, dans les Contes de Perrault, aux faucheurs et aux moissonneurs : « Vous serez tous hachés comme chair à pâte. »

Page 361, l. 15 : Tour de beurre. Nom donné à plusieurs tours, entre autres à l’une de celles de la cathédrale de Rouen. On le leur donnait parce qu’elles avaient été construites avec l’argent donné pour avoir la permission de manger du beurre en carême.

L. 24 : Riflandouille. Premières édit. : Moricault.

Page 362, l. 1 : La coupe teſtée. Cette burlesque interversion de syllabes, qui revient dans un cas presque semblable, la couppe guorgée, dans le Prologue du tiers livre (p. 12), n’existait pas d’abord. Les premières éditions portent : La teſte tranchée. Brantôme dit : « Un ſoldat gaſcon, en Piedmont, ayant eſté ainſy condamné avoir la teſle coupée, comme dit Rabelais… » (Édit. de la Société de l’histoire de France, t. VII, p. 98). Brantôme avait écrit évidemment : « coupe testée. » Ce n’est pas, du reste, le seul endroit où il parle de ce chapitre, car, blâmant ailleurs (t. VI, p. 53) les grands, il s’écrie : « Je les envoyé tous aux enfers de M. noſtre maiſtre Rabelais, où il les faict ſi pauvres & malotrus haires, que l’on en aura la raiſon là-bas. »

Huet cite la Nécyomancie de Lucien comme ayant fourni plusieurs traits à ce morceau. (Baudement, Les Rabelais de Huet, p. 25). — Merlin Coccaie a écrit aussi une description burlesque des enfers, que Rabelais connaissait bien et à laquelle il fait allusion lorsqu’il attribue à cet auteur un livre De patria diabolorum. Voyez ci-dessus, p. 186, la note sur la l. 2 de la p. 251.

On voit que Rabelais s’est complu à écrire ce chapitre, où sa verve bouffonne s’est donné pleine carrière. Dans la première édition, l’énumération des damnés est beaucoup plus courte que dans les suivantes. Quelques noms propres, francisés dans celles-ci, s’y trouvent sous leur forme latine : Coccytus, Antiochus, Romulus. Les autres variantes, sauf deux ou trois que nous avons relevées, n’ont aucune importance. Quant au motif qui a fut attribuer à chaque souverain, à chaque héros, telle ou telle profession, c’est quelquefois un simple rapport de son, un pur jeu de mots, qui se rapporte ou au nom du personnage, ou à quelque circonstance de sa vie. Le Duchat et Éloi Johanneau ont tâché de les expliquer presque tous. Burgaud des Marets les a négligés entièrement. Nous prendrons un moyen terme et signalerons seulement les interprétations qui présentent quelque vraisemblance.

Page 363, l. 12 : Diamerdis. Premières édit. : Aloes. D’après les Recherches italiennes & françaises d’Oudin, diamerdis se dit quelquefois d’une préparation de sauge, médicament fort employé pour la guérison des plaies : « Confettione di Saluia ſeluatica. Item, merda. » Dans la facétie intitulée La vraye Medecine qui guariſt de tous maulx & de pluſieurs autres (Recueil de Poés.françoises, Bibl. elzév., t. I, p. 161), nous trouvons ce remède ordonné, « pour guarir les fois » :

Follemus gueriſſanteo,
Prenez pour vn double de ſens
Et vne once dyamerdo.

Page 364, l. 12 et 13 : Tarquin tacquin. Piſo paiſant. L’allusion au nom est évidente.

L. 20 : Ciceron atizefeu. « Pour avoir contribué à la guerre civile, en se déclarant pour Pompée. » (Le Duchat)

L. 21 : Fabie enfileur de patenoſtres. « Il avoit esté grand tempositeur. » (Le Duchat)

L. 23 : Eneas meuſnier. « Il avoit emporté son père hors de Troie comme un mûnier charge sur son dos un sac de farine. » (Le Duchat)

L. 33 : Scipion Africain cryoit la lye. La lie, qui se vendait alors pour faire du vinaigre, était criée dans les rues :

A Paris on crie tres hault
Ieunes ou vieux, lye, lye.

(Cris de Paris)

Suivant Éloi Johanneau, si Rabelais a donné ce métier à Scipion, c’est à cause de son prénom de Cornelius, plaisamment interprété par : « qui corne (crie) lie. »

Page 365, l. 12 : Pain chaumeny. On lit ensuite, dans Nourry et Marnef : Les douze pers de France ſont la & ne font riens que ie aye veu, maiz ils gaignent leur vie à endurer force plameuſes, chinquenaudes, alouettes, & grans coups de poing ſus les dentz. Édit. goth. s. d. : Pluſieurs autres hommes…

L. 14 : Antonin lacquays. « Les diminutifs comme Antonin, Pierrot, Jannot, conviennent à de petits laquais. » (Le Duchat)

Page 366, l. 17 : Nicolas pape tiers eſtoit papetier. Allusion entre pape tiers, pape troisième du nom, et papetier.

L. 19 : Le pape Sixte greſſeur de verolle. Il ne faut pas oublier que Panurge se vante (t. I, p. 303) de « luy auoir guery vne boſſe chancreuſe. »

Page 367, l. 3 : Cleopatra reuendereſſe d’oignons. Selon Le Duchat, soit à cause des excellents oignons que produisait son royaume, soit à cause de la perle qu’elle fit avaler à Antoine, dissoute dans du vinaigre, les perles se nommant, en latin, unio, de même que les oignons.

L. 8 : Lucreſſe hoſpitaliere. C’est-a-dire : hôterrière, pour donner à penser qu’elle était devenue plus accueillante qu’elle ne l’avait été à l’égard de Tarquin.

L. 31 : Chopinaſmes theologalement. Voyez ci-dessus, p. 104, note sur la l. 9 de la p. 61.

Page 368, l. 22 : Ie vous absoulz de pain & de ſouppe. Jeu de mots sur la formule d’absolution : « Je vous absous de peine et de coulpe. » Un peu plus loin, le coup de pau ſus les reins est une allusion à l’usage de donner, à ceux qui reçoivent l’absolution, un coup de baguette à chaque verset du Miſerere, qu’on leur fait réciter.

L. 23 : De ne valoir… diſant. Juste, 1533 : De ne valoir iamais riens & ne faire iamais nul bien. Adoncq il appella Caillette, Triboulet & d’aultres qui leur ſembloyent diſant.

Page 369, l. 6 : Neuf muys de biere. Il ne faut pas oublier qu’un peu plus haut (p. 306, l. 3) Rabelais a dit que Morgant était « braſſeur. »

Page 371, l. 13 : Dixhuyct cens cinquante & six mille & vnze. Premières édit. : Dixhuyct cent cinquante mille.

Page 372, l. 2 : Mouſſeur du Roy de troys cuittes. Voyez p. 168, la note sur la l. 29 de la p. 234. L’expression roy de troys cuittes a fort embarrassé les commentateurs. Dolet a mis, dans son édition : Roy de troys pommes cuyttes, mais cette leçon n’a pas été adoptée. Le Duchat prétend qu’il s’agit de celui qui, pendant la semaine des Rois, a été roi de la fève, à trois cuissons, à trois fournées différentes. Enfin Prosper Blanchemain, qui avait bien voulu me communiquer quelques notes inédites sur Rabelais, voyait là un jeu de mots : « Roi d’ét’roi quitte, « c’est-à-dire : « Quitte d’être roi, qui ne le sera plus. » Je laisse au lecteur le soin de décider.

Et bon jour, Monſieur du Corbeau.

Page 374, l. 16 : La main au pot. « La main sur le pot » était une formule qui indiquait la conclusion d’un marché et équivalait au denier à Dieu :

...... ſe i’euſſe dict
La main ſur le pot par ce dict
Mon denier me fuſt demouré.

(Farce de Pathelin, acte I, sc. V, p. 28)

Page 375, l. 26 : Auſſi peſant q’vn mortier. « Tout le monde ne peult pas auoir les couillons d’acier. » (Noël du Fail, Propos rustiques, t. I, p. 105)

Page 376, l. 17 : Laryngues & Pharingues. Villes situées dans le larynx et dans le pharynx de Pantagruel. Du Fail en a fait des noms d’une géographie plus générale, car il parle des « Rois de Laringues & Pharingues. » (Baliverneries, t. I, p. 179)

L. 22 : Vingt & deux cens ſoixante mille & ſeize. Premières édit. : XXII cens mille.

Page 379, l. 19 : Limons. Prem. édit : Limous.

Page 380, l. 26 : xvij groſſes pommes. Ainsi dans toutes les éditions. Cependant, si on fait l’addition des boules employées, on n’en trouve que seize. Burgaud des Marets, pensant qu’il y a un jambage de trop, a proposé de l’effacer, et de lire seize.

L. 33 : En cinq aultres entrerent. Dans Nourry, il y a un bourdon, reproduit dans l’édition de 1542 que nous suivons d’ordinaire, de sorte qu’on lit : En cinq aultres entrerent trois paizans ; ce qui ne présente aucun sens.

Page 381, l. 8 : Ainſi cheurent… Finablement… Premières édit. : Ainſi chercherait plus de demye lieue ou eſtoient les humeurs corrumpues. Finablement… L’édition de 1534 donne : Ainſi cherent, qui, ne présentant pas de sens, a été remplacé par cheurent, moins satisfaisant que chercherent.

L. 10 : Lac de Sorbone, duquel eſcript Strabo. S’il n’a pas effectivement parlé du lac de Sorbonne, il a du moins décrit celui de Serbone en Égypte, liv. I et XVII.

L. 16 : Ieunes gualoyſes. Cette expression revient plus loin (t. II, p. 21, l. 1) : Mignonnes gualoiſes. La Fontaine l’a recueillie. Il parle dans Les Rémois des « gentilles Galoiſes. »

Page 382, l. 6 : Icy ie feray fin à ce premier liure. Voici encore une preuve que Pantagruel a paru avant Gargantua. On objecterait vainement qu’il ne s’agit pas ici du premier livre de tout l’ouvrage, mais seulement de l’histoire de Pantagruel ; car, lorsque Gargantua parut, ce livre devint le second, et quand Rabelais en écrivit la suite, il ne manqua pas de l’intituler : Tiers liure.

L. 20 : Nommee Preſthan. Il s’agit du père et non de la fille, et nommé doit, par conséquent, être au masculin. Prem. éditions : Dit Preſtre Iehan.

L. 24 : Comment il viſita les regions de la lune. Les auteurs du Supplément du Catholicon se sont piqués de remplir ces promesses, que Rabelais a oublié de tenir : « Ne vous ſoubuient il plus, gens de bien, d’auoir leu au chapitre dernier du ſecond liure des Chroniques Pantagruelines, comme feu de beuueuſe memoire, maiſtre François Rabelais vous faiſoit ample promeſſe de vous deſcrire la deſcente de ſon roy Pantagruel aux enfers… Apres comment il viſita les regions de la lune. Si ay-ie à tout hazard, moy voſtre tres humble, entrepris ceſte charge en partie. » (Le Supplément du Catholicon, préface. Satire Ménippée, édit. de Labitte, p. 304)

Page 383, l. 3 : Belles beſoignes. Premières édit. : Beaux textes deuangilles en francoys.

L. 4 : Pardonnate my. « Pardonnez-moy. »

L. 5 : Es voſtres. Les premières éditions se terminent ici par le mot : Finis.

L. 22 : Curios ſimulant, ſed Bacchanalia viuunt. « Ils font les Curius, mais vivent dans les orgies. » (Juvénal, Satires, III, v. 3). Le Duchat fait observer avec vraisemblance que Rabelais semble se rappeler ici l’application que, dans les vers suivants, Politien faisait de ce passage à des hypocrites qui se scandalisaient qu’on expliquât Plaute dans les écoles.

Sed qui nos damnant, histriones sunt maxumi :
Nam Curios simulant, vivunt Bacchanalia.
Hi sunt præcipue, quidam clamosi, leves,
Cucullaii, lignipedes, cincti funibus,
Superciliosum, incurvicervicum pecus,
Qui quod ab aliis habitu, & cultu dissentiunt,
Tristesquc vultu vendunt sanctimonias,
Censuram sibi quandam, et tyrannidem occupant,
Pavidamque plebem territant minaciis.

(Épitres, l. VII)

Page 384, l. 5 : Ne vous fiez iamais en gens qui regardent par vn partuys. C’eſt-à-dire à des moines, qui regardent par le trou que forme leur capuchon : « La Damoiſelle de l’Hoſtel… pria noſtre maiſtre ſe retirer aux ſoirs… chez elle, en vne chambre baſtie exprès pour loger les bons Religieux & autres gens qui ne regardent que par vn trou. » (Noël du Fail, Contes d’Eutrupel, t. II, p. 139)