‹ Les Œuvres de François RabelaisChapitre 4 sur 409 · Gargantua · 2

Gargantua · 2

+ i ? enu le grand dompteur des Cimbres,
V■ ſant par l’aer, de peur de la rouſee,
’ ſa venue on a remply les Timbres
♀’beure fraiz, tombant par vne houſee,
= uquel quand fut la grand mere arrouſee,
Cria tout hault, hers par grace peſchez le.
Car ſa barbe eſt preſque toute embouſee :
Ou pour le moins, tenez luy vne eſchelle.
Aulcuns diſoient que leicher ſa pantoufle
Eſtoit meilleur que guaigner les pardons :
Mais il ſuruint vn affecté marroufle,
Sorti du creux ou l’on peſche aux gardons,
Qui dict, meſſieurs, pour dieu nous engardons,
L’anguille y eſt, & en ceſt eſtau muſſe.
Là trouuerez (ſi de pres regardons)
Vne grand tare, au fond de ſon aumuſſe.
Quand fut au poinct de lire le chapitre,
On n’y trouua que les cornes d’vn veau.
Ie (diſoit il) ſens le fond de ma mitre
Si froid, qu’autour me morfond le cerueau.
On l’eſchaufa d’vn parfunct de naueau
Et fut content de ſoy tenir es atres,

Pourueu qu’on feiſt vn limonier noueau
A tant de gens qui ſont acariatres.
Leur propos fut du trou de ſainct Patrice,
De Gilbathar, & de mille aultres trous :
S’on les pourroit reduire à cicatrice,
Par tel moien, que plus n’euſſent la tous :
Veu qu’il ſembloit impertinent à tous
Les veoir ainſi à chaſcun vent baiſler.
Si d’aduenture ilz eſtoient à poinct clous,
On les pourroit pour houſtage bailler.
En ceſt arreſt le courbeau fut pelé
Par Hercules : qui venoit de Libye.
Quoy ? diſt Minos, que n’y ſuis ie appellé ?
Excepté moy, tout le monde on conuie.
Et puis l’on veult que paſſe mon enuie,
A les fournir d’huytres & de grenoilles :
Ie donne au diable en quas que de ma vie
Preigne à mercy leur vente de quenoilles.
Pour les matter suruint Q. B. qui clope,
Au ſauconduict des miſtes Sanſonnetz.
Le tamiſeur, couſin du grand Cyclope,
Les maſſacra. Chaſcun mouſche ſon nez :
En ce gueret peu de bougrins ſont nez,
Qu’on n’ait berné ſus le moulin à tan.
Courrez y tous : & à l’arme ſonnez :
Plus y aurez, que n’y euſtes antan.
Bien peu apres, l’oyſeau de Iupiter
Delibera pariſer pour le pire.
Mais les voyant tant fort ſe deſpiter,
Craignit qu’on miſt ras, ius, bas, mat, l’empire :
Et mieulx ayma le feu du ciel empire
Au tronc rauir ou l’on vend les ſoretz :
Que aer ſerain, contre qui l’on conſpire,
Aſſubiectir es dictz des Maſſoretz.

Le tout conclud fut à poincte affilee,
Maulgré Até, la cuiſſe heronniere,
Qui là s’aſſiſt, voyant Pentaſilee,
Sus ſes vieux ans prinſe pour creſſonniere.
Chaſcun crioit, vilaine charbonniere,
T’apartient il toy trouuer par chemin ?
Tu la tolluz la Romaine baniere,
Qu’on auoit faict au traict du parchemin.
Ne fuſt Iuno, que deſſoubz l’arc celeſte
Auec ſon duc tendoit à la pipee :
On luy euſt faict vn tour ſi treſmoleſte
Que de tous poincts elle euſt eſté frippee.
L’accord fut tel, que d’icelle lippee
Elle en auroit deux œufz de Proſerpine,
Et ſi iamais elle y eſtoit grippee,
On la lieroit au mont de L’albeſpine.
Sept moys apres, houſtez en vingt & deux,
Cil qui iadis anihila Carthage,
Courtoyſement ſe miſt en mylieu d’eux,
Les requerent d’auoir ſon heritage.
Ou bien qu’on feiſt iuſtement le partage
Selon la loy que l’on tire au riuet,
Diſtribuent vn tatin du potage
A ſes facquins qui firent le breuet.
Mais l’an viendra, ſigné d’vn arc turquoys
De v. fuſeaulx, & troys culz de marmite,
Onquel le dos d’vn roy trop peu courtoys
Poyuré ſera ſoubz vn habit d’hermite.
O la pitié. Pour vne chattemite
Laiſſerez vous engouffrer tant d’arpens ?
Ceſſez, ceſſez, ce maſque nul n’imite.
Retirez vous au frere des ſerpens.
Ceſt an paſſé, cil qui eſt regnera
Paiſiblement auec ſes bons amis.

Ny bruſq, ny Smach lors ne dominera,
Tout bon vouloir aura ſon compromis.
Et le ſolas qui iadis fut promis
Es gens du ciel, viendra en ſon befroy.
Lors les haratz qui eſtoient eſtommis
Triumpheront en royal palefroy.
Et durera ce temps de paſſe paſſe
Iuſques à tant que Mars ayt les empas.
Puis en viendra vn qui tous aultres paſſe,
Delitieux, plaiſant, beau ſans compas.
Leuez vos cueurs : tendez à ce repas,
Tous mes feaulx. Car tel eſt treſpaſſé
Qui pour tout bien ne retourneroit pas,
Tant ſera lors clamé le temps paſſé.
Finablement celluy qui fut de cire
Sera logé au gond du Iacquemart.
Plus ne ſera reclamé, Cyre, Cyre,
Le brimbaleur, qui tient le cocquemart.
Heu, qui pourroit ſaiſir ſon bracquemart ?
Toust ſeroient netz les tintouins cabus,
Et pourroit on à fil de poulemart
Tout baffouer le maguazin d’abus.

Leur propos fut du trou de ſainct Patrice,
De Gilbathar, & de mille autres trous.

L’Eueſque print le theſme de l’Epiſtre
Pour mieux ouurir l’entendement à tous
Et feiſt ſerment que le fons de ſa mitre
Eſtoit ſi froid qu’il en auoit la toux.
On luy fourra, puis il parla plus doulx
Et deuiſa du trou de la ſybille,
De ſainct Patrice & de mille autres troux ;
Mais i’ay vn peu la memoire labile.

On eſt pirs qu’au trous saint Patris,
Foullando in calibiſtris.

(Farce de frère Guillebert. Anc. Théât. franc., Bibl. elzévir, t. I, p. 306)

Tant affoibly m’a d’eſtrange maniere ;
Et ſi m’a faict la cuiſſe heronniere.

Le grand vainqueur des haults monts de Carthaige.