‹ Les Œuvres de François RabelaisChapitre 5 sur 409 · Gargantua · 3

Gargantua · 3

randgovsier eſtoit bon raillard en ſon temps, aymant à boyre net autant que homme qui pour lors fuſt au monde, & mangeoit voluntiers ſalé. A ceſte fin auoit ordinairement bonne munition de iambons de Magence & de Baionne, force langues de beuf fumees, abondance de andouilles en la ſaiſon & beuf ſallé à la mouſtarde. Renfort de boutargues, prouiſion de ſaulciſſes, non de Bouloigne (car il craignoit ly boucon de Lombard) mais de Bigorre, de Lonquaulnay, de la Brene, & de Rouargue. En ſon eage virile eſpouſa Gargamelle, fille du roy des Parpaillos, belle gouge & de bonne troigne. Et faiſoient eux deux ſouuent enſemble la beſte à deux doz, ioyeuſement ſe frotans leur lard, tant qu’elle engroiſſa d’vn beau filz, & le porta iuſques à l’vnzieſme moys.

Car autant, voire d’aduantage, peuuent les femmes ventre porter, meſmement quand c’eſt quelque chef d’œuure, & perſonnage que doibue en ſon temps faire grandes proueſſes. Comme dict Homere que l’enfant duquel Neptune engroiſſa la nymphe naſquit l’an apres reuolu : ce fut le douzieſme moys. Car (comme dict A. Gelle, lib. iij.) ce long temps conuenoit à la maieſté de Neptune, affin qu’en icelluy l’enfant feuſt formé à perfection. A pareille raiſon Iupiter feiſt durer xlviij. heures la nuyct qu’il coucha auecques Alcmene. Car en moins de temps n’euſt il peu forger Hercules, qui nettoia le monde de monstres & tyrans.

Meſſieurs les anciens Pantagrueliſtes ont conformé ce que ie dis, & ont declairé non ſeulement poſſible, mais auſſi legitime, l’enfant né de femme l’vnzieſme moys apres la mort de ſon mary.

Hippocrates, lib. de alimento.

Pline, li. vij. cap. v.

Plaute, in Ciſtellaria.

Marcus Varro en la ſatyre inſcripte Le teſtament, allegant l’autorité d’Ariſtoteles à ce propos.

Cenſorinus, li. de die natali.

Ariſtoteles, libr. vij. capi. iij. & iiij. de nat. animalium.

Gellius, li. iij. ca. xvj. Seruius in egl. expoſant ce metre de Virgile : Matri longa decem, &c.

Et mille aultres folz : le nombre deſquelz a eſté par les legiſtes acreu. ff. de ſuis & legit. l. Inteſtato, § fi.

Et in autent. de reſtitut. & ea que parit in xj. menſe.

D’abondant en ont chaffourré leur robidilardicque loy Gallus ff. de lib. & poſthu. & l. ſeptimo. ff. de ſtat. homi. & quelques aultres, que pour le preſent dire n’auſe.

Moiennans leſquelles loys, les femmes vefues peuuent franchement iouer du ſerrecropiere à tous enuiz & toutes reſtes, deux moys apres le treſpas de leurs mariz. Ie vous prie par grace, vous aultres mes bons auerlans, ſi d’icelles en trouuez que vaillent le deſbraguetter, montez deſſus & me les amenez. Car ſi au troiſieſme moys elles engroiſſent, leur fruict ſera heritier du deffunct. Et la groiſſe congneue pouſſent hardiment oultre, & vogue la gualee, puis que la panſe eſt pleine. Comme Iulie fille de l’empereur Octauian ne ſe abandonnoit à ſes taboureurs ſinon quand elle ſe ſentoit grosse, à la forme que la nauire ne reçoit ſon pilot, que premierement ne ſoit callafatee & chargee. Et ſi perſonne les blaſme de ſoy faire rataconniculer ainſi ſuz leur groiſſe, veu que les beſtes ſuz leur ventrees n’endurent iamais le maſle maſculant, elles reſponderont que ce ſont beſtes, mais elles ſont femmes : bien entendentes les beaulx & ioyeux menuz droictz de ſuperfetation : comme iadis reſpondit Populie, ſelon le raport de Macrobe li. ij. Saturnal. Si le diauol ne veult qu’elles engroiſſent, il fauldra tortre le douzil, & bouche clouſe.

Matri longa decem tulerunt fastidia menses.

(Eglog., IV, 61)

Yauoit trois filles,
Toutes trois d’un grand ;
Diſoient l’une à l’autre :
Je n’ay point d’amant.
Et hé ! hé !
Vogue la galée !
Donne luy du vent.