‹ Les Œuvres de François RabelaisChapitre 7 sur 409 · Gargantua · 5

Gargantua · 5

vis entrerent en propos de reſieunier on propre lieu.

Lors flaccons d’aller, iambons de troter, goubeletz de voler, breuſſes de tinter. Tire, baille, tourne, brouille. Boutte à moy, ſans eau, ainſi mon amy : fouette moy ce verre gualentement, produiz moy du clairet, verre pleurant. Treues de ſoif. Ha, faulſe fiebure, ne t’en iras tu pas ? Par ma fy, ma commere, ie ne peuz entrer en bette. Vous eſtez morfondue, m’amie. Voire. Ventre ſainct Qenet, parlons de boire. Ie ne boy que à mes heures, comme la mulle du pape. Ie ne boy que en mon breuiaire, comme vn beau pere guardian. Qui feut premier ſoif ou beuuerye ? Soif. Car qui euſt beu ſans ſoif durant le temps de innocence ? Beuuerye. Car priuatio preſupponit habitum. Ie ſuys clerc. Fœcundi calices quem non fecere diſertum ? Nous aultres innocens ne beuuons que trop ſans ſoif. Non moy, pecheur, ſans ſoif. Et ſi non preſente, pour le moins future, la preuenent comme entendez. Ie boy pour la ſoif aduenir. Ie boy eternellement, ce m’est eternité de beuuerye, & beuuerye de eternité. Chantons, beuuons, vng motet. Entonnons. Ou eſt mon entonnoir ? Quoy, ie ne boy que par procuration.

Mouillez vous pour ſeicher, ou vous ſeichez pour mouiller ? Ie n’entens poinct la theoricque : de la praticque ie me ayde quelque peu. Haſte. Ie mouille, ie humecte, ie boy. Et tout de peur de mourir. Beuuez touſiours vous ne mourrez iamais. Si ie ne boy ie ſuys à ſec. Me voyla mort. Mon ame s’en fuyra en quelque grenoillere. En ſec jamais l’ame ne habite. Somelliers, ô createurs de nouuelles formes, rendez moy de non beuuant beuuant ! Perannité de arrouſement par ces nerueux & ſecz boyaulz. Pour neant boyt qui ne s’en ſent. Ceſtuy entre dedans les venes, la piſſotiere n’y aura rien. Ie laueroys voluntiers les tripes de ce veau que i’ay ce matin habillé. I’ay bien ſaburré mon ſtomach. Si le papier de mes ſchedules beuuoyt auſſi bien que ie foys, mes crediteurs auroient bien leur vin quand on viendroyt à la formule de exhiber. Ceſte main vous guaſte le nez. O quants aultres y entreront, auant que ceſtuy cy en ſorte : Boyre à ſi petit gué : c’eſt pour rompre ſon poictral. Cecy s’appelle pipee à flaccons. Quelle difference eſt entre bouteille et flaccon ? Grande, car bouteille eſt fermee à bouchon, et flaccon à viz. De belles. Nos peres beurent bien & vuiderent les potz. C’eſt bien chié, chanté, beuuons. Voulez vous rien mander à la riuiere ? Ceſtuy cy va lauer les tripes. Ie ne boy en plus q’vne eſponge. Ie boy comme vn templier, & ie tanquam ſponſus, & moy ſicut terra ſine aqua. Vn ſynonyme de iambon ? C’eſt vne compulſoire de beuuettes, c’eſt vn poulain. Par le poulain, on deſcend le vin en caue, par le iambon, en l’eſtomach. Or ça, à boire, boire ça. Il n’y a poinct charge. Reſpice perſonam : pone pro duos : bus non eſt in vſu. Si ie montois auſſi bien comme i’aualle, je feuſſe piec’a hault en l’aer. Ainſi ſe feiſt Iacques Cueur riche. Ainſi profitent boys en friche. Ainſi conqueſta Bacchus l’Inde. Ainſi philoſophie Melinde. Petite pluye abat grand vend. Longues beuuettes rompent le tonnoire. Mais ſi ma couille piſſoit telle vrine, la vouldriez vous bien ſugcer ? Ie retiens apres. Paige, baille : ie t’inſinue ma nomination en mon tour. Hume Guillot, encores y en a il vn pot. Ie me porte pour appellant de ſoif, comme d’abus. Paige, relieue mon appel en forme. Ceſte roigneure. Ie ſouloys iadis boyre tout : maintenant, ie n’y laiſſe rien. Ne nous haſtons pas, & amaſſons bien tout. Voy cy trippes de ieu et guodebillaux d’enuy, de ce fauueau à la raye noire. O pour Dieu, eſtrillons le à profict de meſnaige. Beuuez, ou ie vous… Non, non. Beuuez, ie vous en prye. Les paſſereaux ne mangent ſi non que on leurs tappe les queues. Ie ne boy ſi non qu’on me flatte. Lagona edatera. Il n’y a raboulliere en tout mon corps ou ceſtuy vin ne furette la ſoif. Ceſtuy cy me la fouette bien. Ceſtuy cy me la bannira du tout. Cornons icy à ſon de flaccons & bouteilles, que quiconques aura perdu la ſoif ne ayt à la chercher ceans. Longs clyſteres de beuuerie l’ont faict vuyder hors le logis. Le grand Dieu feiſt les planettes : & nous faiſons les platz netz. I’ay la parolle de Dieu en bouche : Sitio. La pierre dicte ἄσβεστος n’eſt plus inextinguible que la ſoif de ma paternité. L’appetit vient en mangeant, diſoyt Angeſt on Mans : la ſoif s’en va en beuuant. Remede contre la ſoif ? Il eſt contraire à celluy qui eſt contre morſure de chien, courrez touſiours apres le chien, iamais ne vous mordera, beuuez touſiours auant la ſoif, & iamais ne vous aduiendra. Ie vous y prens, ie vous reſueille. Sommelier eternel, guarde nous de ſomme. Argus auoyt cent yeulx pour veoir, cent mains fault à vn ſommelier, comme auoyt Briareus, pour infatigablement verſer. Mouillons, hay, il faict beau ſeicher. Du blanc, verſe tout, verſe de par le diable, verſe deça, tout plein, la langue me pelle. Lans, tringue : à toy, compaing, de hayt, de hayt, là, là, là, c’est morfiaillé, cela. O lachryma Chriſti : c’eſt de la Deuiniere, c’eſt vin pineau. O le gentil vin blanc, & par mon ame, ce n’eſt que vin de tafetas. Hen, hen, il eſt à vne aureille, bien drappé, & de bonne laine. Mon compaignon, couraige. Pour ce ieu, nous ne voulerons pas, car i’ay faict vn leué. Ex hoc in hoc. Il n’y a poinct d’enchantement. Chaſcun de vous l’a veu. Ie y ſuis maiſtre paſſé. A brum, à brum, ie ſuis prebſtre Macé. O les beuueurs. O les alterez. Paige, mon amy, emplis icy & couronne le vin, ie te pry. A la Cardinale. Natura abhorret vacuum. Diriez-vous q’vne mouche y euſt beu ? A la mode de Bretaigne. Net, net, à ce pyot. Auallez, ce ſont herbes.

Mouillons donc ; il faict bon ſecher,

dit-il dans un de ses vaux de vire (p. 104).

Vlà-t-i pas qu’eſt bien chié ! (chanté).

Voulez vous rien mander
La bas a la riuiere ?
Y auez vous affaire ?
Les trippes vay lauer.

(Jean Le Houx, p. 69)

T’imitant, compagnon,
Ne me faut de iambon
Pour m’inciter à boire :
L’ay bientoſt auallé,
Sans d’vn ſergeant ſallé,
Attendre vn compulſoire.

(Jean Le Houx, p. 69)

Ainſi ſe feiſt Iacques cueur riche.
Ainſi profitent boys en friche.
Ainſi conqueſta Bacchus l’Inde.
Ainſi philoſophie Melinde.

Renifle, Pierrot,
Y a du beurre au pot.

Ie iuray que dorenaduant
Ie n’y ferois plus appellant
Qu’aux cabaretz les plus notables,
La soif, ma partie, intimant
Deuant les beuueurs, mes ſemblables.

(Jean Le Houx, p. 104)

« Faiſons comme les ſergens, releuons mengerie, » dit Du Fail, dans un sens analogue (t. I, p. 109).

pathelin.

Ceſtuy cy eſt il taint en laine ?
..........

le drappier.

C’eſt vn tres bon drap de Rouen,
Ie vous prometz, & bien drappé.

On ne diroit qu’vne mouche y euſt beu.

(Jean le Houx, p. 81)